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Un espace sûr et équitable pour tous (version du 5/12/2023)

Liège – 10 février 2024

En croissance exponentielle depuis la révolution industrielle (au XVIIIe siècle), la demande en ressources a rejoint et même dépassé depuis les années ’70 l’offre, c’est-à-dire le volume des matières, renouvelables ou non, qui seraient exploitables sur notre terre. La planète est en rupture de stock : chaque année, le ‘jour du dépassement’ est atteint désormais dès juillet, ce qui veut dire que nous mangeons notre avenir et celui de nos enfants.
    Les atteintes à l’environnement sont en général réparties entre quatre grandes catégories (fortement interconnectées) :

  1. le dérèglement climatique : l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre causée par les activités humaines a entrainé un réchauffement de la planète et une modification profonde du climat, accompagnés de phénomènes météorologiques extrêmes, tels que la hausse du niveau des mers, ainsi que des phases inattendues de sècheresse ou de pluviosité catastrophiques ;
  2. l’appauvrissement de la biodiversité : l’activité humaine a entrainé la destruction et la fragmentation des habitats naturels, favorisé les transferts d’espèces invasives, l’augmentation de l’acidité des océans ; cela a provoqué le déclin rapide de la diversité des espèces ainsi que la diminution drastique des populations animales (y compris des insectes) avec des répercussions très néfastes sur le fonctionnement et la résilience des écosystèmes ;
  3. la dégradation quantitative et qualitative des ressources : les gisements de minéraux et d’autres ressources non renouvelables s’épuisent à un rythme insoutenable, ce qui se traduit par une augmentation rapide des couts d’exploitation et des risques de dégradation écologique encore plus importants. La qualité des terres cultivables et autres se dégrade en raison de la déforestation, de l’érosion des sols et de la désertification. La demande en eau augmente (agriculture et industrialisation) tandis que les réserves d’eau douce sont de plus en plus sollicitées tout en se réduisant en conséquence du changement climatique et de l’artificialisation des sols. Notre économie, loin d’être circulaire, produit d’énormes quantités de déchets qui partent en fumée ou s’accumulent dans des décharges ou dérivent sur les océans, aggravant leur pollution ;
  4. la pollution : malgré les efforts d’assainissement et d’épuration, la qualité des sols et de l’eau est compromise par les déversements de produits chimiques et de plastiques non dégradables. L’air devient dangereusement irrespirable en raison directe de la combustion de combustibles fossiles (dans les processus industriels et les transports).
Le système économique qui s’est massivement généralisé depuis la révolution industrielle est essentiellement capitaliste, extractiviste, productiviste, consumériste, marchand et mondialisé, et, depuis plusieurs décennies, néolibéral, transhumaniste et illimitiste. Il fonctionne de manière holiste sans aucunement tenir compte de la viabilité des écosystèmes et des limites des ressources renouvelables et non renouvelables. L’innovation scientifique et industrielle parait parfois constituer une planche de salut, tandis que le fonctionnement économique pourrait être repensé en termes d’une consommation ‘raisonnable’ accompagnée d’une bien plus grande circularité, pour recycler tout ce qui peut l’être et pour résoudre l’immense problème de la pollution directe et indirecte qui a pris sur notre terre, des dimensions gigantesques.
Ce système économique engendre d’importantes inégalités sociales et économiques, tant entre les pays qu’au sein de chacun d’eux. Dans les pays défavorisés politiquement et économiquement, toutes ces problématiques décrites ci-dessus sont particulièrement aggravées.
Toutes les solutions scientifiques et techniques existent déjà mais elles sont étrangères à la rationalité proprement économique, qui privilégie le rendement à très courte échelle et de manière limitée aux seuls agents économiques. La dégradation de l’environnement, le dépassement des limites planétaires et le manque de ressources requièrent des solutions qui ne peuvent être mises en œuvre qu’au sein d’une approche globale qui tienne pleinement compte de tous les facteurs sociaux, économiques et politiques. L’économie doit être repensée au sein d’une vision citoyenne et politique : citoyenne pour se convertir à des modes de consommation et de production réellement durables, politique pour assurer un accès équitable aux ressources et garantir énergiquement la protection des écosystèmes et de la biodiversité de la planète.
Cédric Chevalier, Rebecca Thissen, Tom Bauler, Christian Jonet, Christian Arnsperger et Michel A. de Kemmeter.