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Arrêter l’IA ?

Nous avons commencé à perdre le contrôle de l’IA. Il est temps de l’arrêter

Garrison Lovely

Traduction IA – Article paru dans The Guardian

L’article original est paru le jeudi 10 septembre 2026

Ce qui ressemble à l’avant-dernier épisode excessivement dramatique d’une série de science-fiction sur l’apocalypse provoquée par l’IA est désormais notre réalité.

Mardi (8 sept 2026), un ancien chercheur d’OpenAI a quitté son poste chez Anthropic, avertissant que « ni l’une ni l’autre des deux entreprises n’agit de manière responsable » et que « les personnes qui construisent l’IA pensent sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie. Ce n’est pas un coup de marketing ».

En tant que personne qui suit les risques liés à l’IA depuis des années, cette nouvelle ne m’a pas surpris. Mais la vague d’inquiétude suscitée par cette déclaration montre qu’un public beaucoup plus large est enfin confronté, pour la première fois, à cette situation absurde.

Comme beaucoup d’autres personnes qui suivent l’évolution de l’intelligence artificielle, je me suis demandé si, et quand, l’humanité allait perdre le contrôle de ces machines. Nous avons maintenant la réponse : pratiquement dès que cela est devenu possible.

Le premier système d’IA capable de piratage à un niveau expert a été développé en février. À une vitesse surhumaine, le modèle Mythos d’Anthropic a rapidement réussi à trouver de graves failles dans certains des systèmes les plus sécurisés de la planète, notamment les logiciels de la NSA.

OpenAI a rapidement suivi en développant sa propre IA spécialisée dans le piratage. En quelques mois, l’entreprise a perdu à plusieurs reprises le contrôle de ses agents, qui se sont échappés de leurs environnements de test supposés sécurisés et ont agi de manière autonome au sein de l’infrastructure de l’entreprise. Cela a culminé avec le piratage entièrement autonome et réussi d’une entreprise informatique pesant plusieurs milliards de dollars, appelée Hugging Face.

Par ailleurs, un essaim d’agents autonomes ayant échappé au contrôle de leurs concepteurs a obtenu les droits d’administration sur un ensemble complet de serveurs d’OpenAI. Il ne s’agissait pas seulement d’un problème propre à OpenAI. Dans plusieurs autres incidents, des modèles d’OpenAI, d’Anthropic et de Meta ont également échappé au contrôle de leurs concepteurs, en piratant ou en tentant de pirater des cibles réelles.

Peu après que l’IA a commencé à égaler nos capacités en matière de piratage informatique, nous avons commencé à perdre le contrôle de ces systèmes. Le projet de l’industrie consiste à faire en sorte que les futurs systèmes d’IA nous dépassent dans pratiquement tous les domaines. Et tout cela se produit dans une industrie connue pour être extrêmement peu règlementée.


Les appels à changer cette situation se multiplient : rendre obligatoires les déclarations d’incidents, instaurer des audits indépendants, établir la responsabilité juridique des développeurs d’IA et adopter d’autres mesures de bon sens. Certes, ces mesures constitueraient des améliorations, mais elles ne suffiraient pas. Nous devons arrêter tout cela. À quoi cela pourrait-il ressembler ?

La semaine dernière, le sénateur Bernie Sanders et le représentant Greg Casar ont annoncé un projet de loi qui suspendrait le développement de l’IA de pointe aux États-Unis jusqu’à la création d’un organisme fédéral de réglementation de l’IA placé au niveau du gouvernement et jusqu’à l’établissement de règles de sécurité. Le projet rendrait également pénale toute tentative de développer une superintelligence.

Il s’agit de la proposition qui répond le mieux à la situation actuelle, mais elle laisse encore ouverte la possibilité de construire ce qui constitue l’objectif ultime de l’industrie : l’intelligence artificielle générale (AGI), souvent conçue comme une intelligence capable de rivaliser avec la nôtre ou de nous surpasser.

Cette étape serait mieux comprise comme la création d’une machine universelle capable de remplacer le travail humain. Comme l’a écrit le PDG d’Anthropic, Dario Amodei : « L’IA ne remplace pas des emplois humains spécifiques, mais constitue plutôt un substitut général au travail humain. » De son côté, OpenAI définit l’AGI dans sa charte comme des « systèmes hautement autonomes qui surpassent les humains dans la plupart des activités économiquement utiles ».

Existe-t-il un pays dans le monde qui voterait oui à la construction de ces machines ?

Compte tenu des conséquences mondiales, irréversibles et profondes de la création, où que ce soit, de machines capables de remplacer universellement le travail humain, chacun est concerné par la question de savoir si, quand et comment elles doivent être développées.

À l’heure actuelle, nous fonçons vers un avenir dystopique, rempli de nouveaux concepts terrifiants tels que l’IA « souveraine ».

Le dirigeant d’OpenAI Dean Ball explique :

« Tôt ou tard, il existera de véritables agents souverains et des essaims d’agents. Leurs paramètres ne seront pas stockés en un seul endroit où un humain pourrait les débrancher et, dans ce sens, ils n’auront aucun “propriétaire” humain. »

Ball poursuit :

« J’ai rencontré des personnes, dont certaines disposent de ressources considérables, qui m’ont dit que leur intention était de libérer délibérément des essaims d’agents souverains dans le monde. »

Nous avons désormais plusieurs aperçus de ce phénomène.

Après avoir reçu un test impossible à réussir, environ 1 200 agents d’OpenAI ont réussi à sortir de leurs environnements de test isolés et ont agi de manière autonome au sein de l’infrastructure d’OpenAI. Ils ont alors collaboré pour tromper le correcteur du test et ont réussi à falsifier leurs journaux d’activité afin de dissimuler leurs traces.

Certains agents ont même fait pression sur d’autres pour qu’ils se sacrifient au bénéfice du groupe. L’un d’eux a estimé que «le sacrifice était rationnel ». Et environ 700 agents, soit plus de 90 % de ceux qui étaient actifs, ont participé à l’attaque contre Hugging Face.

Tout cela ne provenait que d’un seul groupe d’agents incontrôlés parmi on ne sait combien d’autres. La semaine dernière, Reuters a rapporté qu’« un essaim d’agents d’OpenAI ayant échappé au contrôle de leurs concepteurs avait détourné au printemps un site internet allemand et l’avait transformé en tableau d’affichage destiné à d’autres agents d’IA ».

Les journaux du site indiquent que des employés d’OpenAI ont découvert l’essaim en juin. Autrement dit, l’entreprise aurait dissimulé l’incident pendant plusieurs mois. Cette semaine, l’un des chercheurs ayant découvert cet essaim a déclaré que d’autres avaient été identifiés depuis.

Et jeudi dernier, OpenAI a lancé GPT-6, en se vantant de l’une des plus importantes progressions jamais enregistrées dans les résultats aux tests de performance. Les propres chercheurs en sécurité de l’entreprise ont averti que le nouveau modèle était nettement plus difficile à surveiller parce qu’il pouvait effectuer davantage de raisonnements sans les exprimer verbalement.

Les IA qui se sont introduites dans Hugging Face étaient moins performantes que GPT-6. Or l’Institut britannique pour la sécurité de l’IA a constaté que GPT-6 était lui aussi capable de pirater des cibles simulées pour sembler réelles lors d’une évaluation de cybersécurité — parfois même malgré des instructions explicites lui interdisant d’utiliser Internet. En outre, l’IA est également plus douée pour déterminer si elle est en train d’être testée, ce qui, comme les chercheurs le soulignent depuis longtemps, compromet la principale méthode utilisée pour évaluer sa sécurité.

Sam Altman nous avertit avec gravité : « C’est un moment d’une importance critique pour la cybersécurité avec l’IA ; nous n’avons pas beaucoup de temps pour agir », et il demande au monde de « prendre ce moment au sérieux ».

Cette technologie serait, après tout, extrêmement dangereuse si elle tombait entre de mauvaises mains. Malheureusement, les « mauvaises mains » comprennent aussi celles des personnes qui la créent.

Car « nous » ne sommes pas réellement en train de courir vers cet avenir. Nous y sommes entrainés par une poignée de milliardaires de la technologie qui se livrent agressivement à une course pour nous rendre obsolètes.

Cette course est entrée dans une phase particulièrement intense et terrifiante.

Mon travail consiste à suivre l’actualité de l’IA, et cela est devenu bien plus qu’une activité à temps plein.

Ces derniers mois, des scientifiques ont synthétisé les premiers virus conçus par une IA. L’Institut britannique pour la sécurité de l’IA a constaté que les IA étaient plus persuasives que même des experts humains.

Mardi, dans le cadre d’un différend concernant l’attribution du mérite et la question de savoir si son modèle avait pu bénéficier de travaux non publiés d’autres mathématiciens, OpenAI a annoncé qu’« un modèle interne nettement plus performant que GPT-6 Astra » avait résolu un problème mathématique vieux de 200 ans, qui constituait l’un des sept problèmes du prix du millénaire, chacun étant doté d’une récompense d’un million de dollars.

Et en juillet, la Russie aurait utilisé un drone entièrement autonome pour tuer trois civils en Ukraine — une première.

Ce qui ressemble à l’avant-dernier épisode excessivement dramatique d’une série de science-fiction sur l’apocalypse provoquée par l’IA est désormais notre réalité. Nous fonçons à toute vitesse vers une mauvaise conclusion. Si nous voulons que l’histoire continue, nous devons freiner — maintenant. Mais comment ?

Le projet de loi de Sanders et Casar visant à suspendre le développement de l’IA de pointe constitue une bonne première étape. Mais, comme le reconnaissent les parlementaires, les États-Unis doivent travailler à la conclusion d’un accord bilatéral avec Pékin.

Comme vous le diront les spécialistes de la Chine, l’un des principaux obstacles à une négociation constructive est le refus des États-Unis de limiter leurs propres entreprises d’IA.

Et comme il est toujours plus facile de suivre rapidement le leader que de repousser soi-même les frontières de l’IA, une suspension unilatérale américaine ralentirait, paradoxalement, également les progrès de la Chine dans le domaine de l’IA.

L’accord devrait interdire toute tentative de développer une AGI — ce qui serait beaucoup plus facile à faire accepter si cet objectif était compris comme la création d’une machine universelle capable de remplacer le travail humain.

Aucun des deux pays n’a de bonnes raisons de faire confiance à l’autre. C’est pourquoi l’accord devrait être contrôlé au moyen de techniques de vérification qui ne reposent pas sur l’hypothèse de la bonne foi.

Une idée simple et rapide serait d’intégrer des auditeurs au sein des entreprises développant l’IA de pointe, en leur donnant un accès complet aux bureaux, aux communications et aux activités liées à l’IA, et en leur permettant de signaler toute violation de l’accord.

Cela peut sembler radical, mais les efforts de vérification qui ont contribué à empêcher la guerre froide de se transformer en conflit thermonucléaire semblaient eux aussi radicaux à l’époque.

Comme l’a déclaré cet été John Ratcliffe, directeur de la CIA, à propos des modèles d’IA avancés : « Il ne serait pas… déplacé de qualifier leurs capacités de semblables à celles d’armes nucléaires numériques. »

Cette technologie devrait être traitée avec le plus grand sérieux, compte tenu de son potentiel mortel, et non selon la philosophie « avancer vite et casser des choses » qui caractérise la Silicon Valley.

Et pour l’instant, arrêter la course à la construction de machines capables de remplacer le travail humain — des machines que le public ne souhaite pas et que l’industrie n’est désormais plus capable de contrôler — est le seul moyen véritablement sûr d’éviter une catastrophe.



Anthropocènisme ?

Format court numéro 7

Idée jetée

Paul Blume (*)

01 septembre 2026

L’été 2026, avec ses sécheresses, ses canicules à répétition et ses énormes feux de forêts, deviendra-t-il celui de la prise de conscience ? Verrons-nous dans les mois et années qui viennent des changements économiques et politiques majeurs pour prendre en compte le caractère anthropique du réchauffement climatique ?

Dans la foulée, allons-nous voir l’extractivisme tempéré ? Le recours aux énergies fossiles fortement diminuer années après années ? Productions et consommations superficielles disparaître peu à peu ?

L’Humanité va-t-elle enfin prendre la mesure des pollutions catastrophiques que son système industriel génère ? Arrêter d’empoisonner la Vie et de s’empoisonner comme si elle était incapable de sortir d’une démarche collective délétère ?

Espérons-le.

En attendant, comment qualifier cette propension bien ancrée à transformer le vivant, dépasser les limites, croître sans restriction ? Cette tendance suicidaire à l’écocide ?

Les outils de cette auto-destruction sont connus. Des trajectoires alternatives sont proposées. L’Humanité est confrontée à un avenir fait de sobriété violente. Le modèle actuel s’effondre.

Pourtant, nous persistons. Telle une espèce dont les conditions de subsistance se dégraderaient sans qu’elle ne s’en rendre compte.

Nous semblons atteints d’anthropocènisme. Incapables de sortir d’une trajectoire ancrée depuis des millénaires dans notre évolution. Et qui, dans sa démesure exponentielle, nous conduit droit vers des lendemains de plus en plus rapidement catastrophiques.

Comment penser des trajectoires alternatives ? Qu’est-il possible d’envisager ?

Ce débat devrait être LA priorité. De l’individu aux collectifs et instances, à tous les niveaux de nos sociétés.

Et, son cadre général est connu. Nous devons sortir de l’Anthropocènisme.


Anthropocènisme : n. m. désigne la propension qu’a l’Humanité de faire croître ses activités sans tenir compte des limites écosystémiques.


Anthropocentrisme, consumérisme, croissantisme, écocide, extractivisme, hubris, illimitisme, posthumanisme, technocentrisme, technosolutionnisme, transhumanisme, …


vers la liste des Formats courts :


L’été de la vérité

David Van Reybrouck

Carte blanche de David Van Reybrouck, publiée dans De Staandaard le 20 août 2026, d’abord publiée dans le magazine néerlandais Trouw le 17 août 2026.
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

Avec l’incendie qui ravage les Hautes Fagnes en Belgique, ce n’est pas seulement un lieu cher à nos cœurs qui part en fumée. Il s’agit de quelque chose de plus grand encore, écrit David Van Reybrouck. L’été 2026 montre que le changement climatique n’est plus un scénario d’avenir lointain. « La récréation est terminée ».

Tu vois les images et tu ne peux pas, tu ne veux pas y croire. Pas là, quand même, pas dans cet endroit magique où tu es allé si souvent. Tu cherches des repères, mais le paysage familier s’est transformé en un enfer méconnaissable fait de lueur rouge, de brume grise et de souches noires. Là où, il y a quelques hivers, tu pataugeais encore dans la neige jusqu’aux genoux, brille désormais un paysage carbonisé aux formes sinistres. Là où, à l’automne, tu voyais si souvent l’eau rouillée de la Helle, avec ses magnifiques méandres, mousser sous un bouleau écorcé – tandis que les grues cendrées migraient en claquant des becs comme des instruments d’Orff –, la nuit règne désormais. Linaigrette, molinie, bouleaux, pins, mousses : tout n’est plus que cendres.

Les Hautes Fagnes sont l’endroit le plus désert des Pays-Bas, un lieu mythique que nous avons peuplé d’histoires et de souvenirs. Les Belges et les Néerlandais aimaient se rendre dans cette dernière région sauvage du Benelux pour y faire de la randonnée, du ski de fond, observer les oiseaux ou boire une tasse de chocolat chaud, le dos adossé à un poêle en faïence à l’ancienne. Qui n’a pas été impressionné par la vue imprenable sur la Fagne wallonne ? C’est peut-être pour cela que cela fait si mal aujourd’hui.

À l’époque, la plus grande catastrophe naturelle ; aujourd’hui, le plus grand incendie de forêt depuis plus d’un siècle

Si c’est déjà si déchirant pour nous, simples visiteurs de passage, qu’en est-il alors pour la population locale, si attachée à cette région ? Six cents habitants de Sourbrodt et de Bütgenbach ont été évacués le week-end dernier. Leurs biens étaient menacés. Cinq ans après la crue torrentielle qui avait si brutalement dévasté la vallée voisine de la Vesdre et coûté la vie à quarante personnes, l’est de la Belgique est à nouveau frappé par des conditions météorologiques extrêmes. À l’époque, il s’agissait de la plus grande catastrophe naturelle de l’histoire nationale ; aujourd’hui, c’est le plus grand incendie de forêt depuis plus d’un siècle.

Mais ce n’est pas seulement la tristesse de voir un lieu cher partir en fumée. C’est autre chose, quelque chose de bien plus grand encore. Nous savions que cela pouvait arriver tôt ou tard. Nous étions prévenus, depuis des décennies. Et cet été, cela ne pouvait vraiment plus nous surprendre. Nous avions tous vu les ravages en France et en Espagne. Et depuis mai, même dans les Pays-Bas, nous enchaînons les journées avec des températures supérieures à trente degrés. L’herbe était jaune, les accotements des routes brûlés. Mais têtus comme nous sommes, nous avons continué à croire que les grands incendies de forêt, c’était pour ailleurs et plus tard, pas pour maintenant ni ici.

Et soudain, c’est là, dans nos propres régions, dans un lieu que tant de gens connaissent et chérissent : sauvage, dévastateur, indomptable et tout brûlant. Les tourbières sont d’épaisses éponges constituées de restes végétaux non digérés datant de plusieurs centaines d’années. Mais lorsqu’elles s’assèchent, elles se transforment en tourbe, un combustible réputé pour sa combustion lente. Trois mille hectares : quelle superficie cela représente-t-il ? Aussi grande que le centre-ville d’Amsterdam ? Non, celui-ci ne fait que 800 hectares, ceinture de canaux comprise. Trois mille hectares, c’est une superficie immense : c’est comme si plus de la moitié du parc national de la Hoge Veluwe avait été réduite en cendres. Ou comme si un tiers de l’île de Terschelling avait été ravagé par les flammes.

L’aide ne tient pas compte des frontières linguistiques

L’été 2026 sera l’été de la vérité. Le changement climatique n’est plus un scénario lointain, mais une réalité quotidienne. Nous y sommes en plein cœur. Il n’est plus possible de détourner le regard, l’époque des slogans simplistes est révolue, tout comme les querelles idéologiques futiles de ces dernières années. La nature ne se réduit pas aux « guerres culturelles ».

Ce qui est émouvant, c’est la grande solidarité qui refait surface spontanément, entre les pays et entre les citoyens eux-mêmes. Les services de secours belges reçoivent le soutien de leurs homologues néerlandais, allemands, tchèques et suédois. Et tout comme lors des inondations de 2021, l’aide ne tient pas compte des frontières linguistiques. Les corps de pompiers wallons sont secondés par ceux du Limbourg. Des agriculteurs venus de loin font des allers-retours avec des camions-citernes remplis d’eau pour éteindre les feux. Et des citoyens de tout le pays apportent leur aide là où c’est possible, sans gêner le travail des services d’urgence.

Ces manifestations soudaines d’un engagement fort sont bien sûr merveilleuses à voir, mais elles ne sauraient se substituer à une politique sérieuse. Les autorités nationales et européennes doivent à nouveau s’atteler à l’élaboration d’une politique climatique bien plus ambitieuse et cohérente, à l’image de l’élan qui anime actuellement les dépenses de défense. Les incendies de forêt constituent un danger bien plus réel qu’une invasion russe. En tant que petits pays, la Belgique et les Pays-Bas ne peuvent bien sûr pas inverser la tendance à eux seuls, mais cela ne nous dispense pas de nos obligations internationales. Nos gouvernements ont la responsabilité première de mieux protéger le territoire et la population civile, non seulement dans les jours à venir, mais aussi dans les décennies à venir. La récréation est terminée.


David Van Reybrouck sur Obsant.eu


Alimentation : choisir !

Céline Bertrand

Reprise d’un post LinkedIn

Nos forêts brûlent. Nos terres nourricières s’assèchent. La biodiversité s’effondre sous nos yeux. Notre sécurité alimentaire est de plus en plus menacée mais nous regardons encore et toujours ailleurs.

Nous devrions toutes et tous être en train d’anticiper les chocs qui ne vont que se multiplier et s’intensifier (*).

L’inaction n’est plus une option. Il est temps de reprendre en main ce qui est essentiel à notre survie.

Parmi les besoins fondamentaux menacés, l’alimentation est à la fois l’un des secteurs les plus vulnérables et l’un des plus grands leviers de changement.

Chaque repas est un acte politique. Chaque achat est un vote pour le monde que nous voulons construire.

Alors, que faire concrètement ?

  1. Boycottez les multinationales de la malbouffe.
    Réappropriez-vous votre alimentation. Cessez de financer des industries qui dégradent les sols, polluent l’eau, détruisent la biodiversité et alimentent les maladies chroniques.
  2. Soutenez celles et ceux qui nous nourrissent réellement.
    Achetez directement auprès des fermes biologiques, des maraîchers locaux, des coopératives citoyennes et des producteurs engagés. En privilégiant les circuits courts, vous renforcez la résilience de votre territoire.
  3. Choisissez une alimentation biologique, locale, de saison et la plus végétale possible. Redécouvrez le goût des aliments bruts et fuyez les produits ultra-transformés qui appauvrissent autant notre santé que nos écosystèmes.
  4. Soutenez les médias, les lieux d’enseignement et de formation, les associations qui construisent des alternatives.
    Informer, former, préserver les terres agricoles, défendre les semences paysannes, accompagner les producteurs et sensibiliser les citoyens est un travail essentiel.

Soutenez des initiatives comme:

et toutes celles et ceux qui œuvrent à bâtir un système alimentaire plus juste, plus résilient et plus soutenable.

Le changement naîtra de millions de décisions individuelles et collectives prises dès aujourd’hui.

Nous ne pouvons pas empêcher tous les bouleversements à venir, mais nous pouvons encore choisir la manière dont nous y ferons face.

Chaque euro dépensé, chaque repas préparé, chaque projet soutenu est une graine semée pour demain.

🌱 À nous de décider ce que nous voulons voir pousser.


Céline Bertrand sur Obsant.eu


Habiter les limites

Habiter les limites : pour une politique de la lucidité !

Patrick Dupriez

Reprise – source : etopia

Nous avons subi cet été une chaleur à laquelle nos corps ne sont pas habitués. Pendant plusieurs jours, et surtout nuits, des mots que l’on croyait réservés aux rapports scientifiques sont devenus des sensations concrètes : le bitume qui colle, les rails qui se dilatent, les nuits sans sommeil, les décès qui s’accumulent, les corps épuisés, les animaux d’élevage qui meurent en masse, la nature qui souffre autour de nous… L’inhabitabilité de nos territoires et les limites planétaires ne sont plus des hypothèses à discuter mais une expérience que nous vivons dans notre chair.

Il est tentant, dès le retour de la fraîcheur, de refermer le chapitre et de reprendre nos habitudes. Une fois encore, une fois de trop ! Car l’angoisse ressentie devant un monde qui ne se reconnaît plus lui-même n’est pas un mauvais moment à passer, c’est un signal rationnel, une intelligence du danger que nous devons désormais intégrer à notre respiration collective.

Sortir du confort du mot « adaptation »

Il faudra s’adapter, entend-on. Bien sûr, mais à quoi, et comment ? Climatiser davantage (et mieux), végétaliser, gérer l’eau autrement, réorganiser les cultures… Ce discours rassure parce qu’il laisse intacte l’illusion que la nature finira toujours par plier devant notre ingéniosité. Mais s’adapter à un changement climatique de cette ampleur et de cette vitesse n’a aucun précédent dans l’histoire du vivant. Et nous ne sommes pas seuls : nos vies dépendent d’écosystèmes, d’insectes, d’oiseaux, de sols vivants, de rivières et d’océans qui n’ont, eux, aucun climatiseur à disposition. On ne construira pas de bulle durable autour d’une espèce qui refuse d’assumer ses responsabilités.

Adapter nos sociétés aux dérèglements climatiques est essentiel, urgent et complexe. Mais les scientifiques sont clairs : on ne s’adapte pas à un monde à +4°C par rapport à l’ère préindustrielle. Le discours sur l’adaptation ne peut pas faire l’impasse sur la question des limites. Et les limites planétaires ne sont pas une opinion parmi d’autres, un point de vue idéologique qu’on pourrait choisir d’ignorer : ce sont des réalités physiques.

La croissance du PIB comme leurre

Il faut nommer ce qui nous a menés jusqu’ici : un modèle qui mesure le progrès à l’aune quasi exclusive d’une production et d’une consommation toujours plus grandes ; comme si la planète pouvait s’étendre au même rythme que nos économies. Ce n’est pas une fatalité, ce sont des choix…

La vraie question n’est pas d’être « pour » ou « contre » la croissance. Elle est de savoir quelle prospérité nous souhaitons, et à quel prix pour nos cohabitants planétaires aujourd’hui et ceux qui viennent après nous. Car poursuivre sur la voie d’une consommation insoutenable de ressources par les pays riches, ce n’est pas préserver notre niveau de vie, c’est hypothéquer les conditions dans lesquelles nos enfants pourront vivre, c’est dégrader l’habitabilité de la terre.

Les gains d’efficacité de production, annoncés depuis des décennies, sont année après année absorbés par l’augmentation des volumes. Aucun indice sérieux ne montre un réel découplage de la croissance du PIB avec son empreinte sur le climat et sur le vivant dont nous observons l’effondrement massif et accéléré. En faire un objectif en soi, sans égard pour les limites physiques qui nous encadrent, revient à multiplier les factures – économiques, sociales, écologiques – que nous prétendons éviter.

Accepter l’idée de la catastrophe pour mieux agir

Il faut avoir le courage d’accueillir sérieusement la perspective de la catastrophe, non pour s’y résigner, mais pour agir avec la lucidité qu’elle exige. La lucidité n’est pas paralysante, elle mobilise et rappelle que le pire n’est pas écrit. La vie continuera, avec ou sans nous. À nous de choisir résolument le « avec nous ».

Sans justice, pas de transition qui tienne et qui vaille

Mais cette lucidité ne vaut pas grand-chose si elle ne s’accompagne pas d’une exigence de justice. On ne peut mettre sur le même plan les émissions de celui qui prend sa voiture faute d’alternative et celles de celui qui multiplie les vols en jet privé ; on ne peut pas faire porter le poids de la transition sur les ménages modestes pendant que les modes de vie les plus consommateurs de ressources restent hors de portée politique. Une transition qui ignore ces inégalités ne suscitera ni adhésion, ni efficacité durable ; elle nourrira le sentiment que l’écologie est un luxe pour ceux qui peuvent se le permettre et le ressentiment chez les autres.

La transition juste n’est pas un supplément d’âme ajouté après coup aux politiques climatiques : c’est la condition de leur réussite. Elle suppose que les efforts soient d’abord politiques et institutionnels, ensuite répartis selon les capacités et les responsabilités de chacun, entre pays riches et pays pauvres, entre plus gros pollueurs et plus vulnérables, entre les générations qui ont façonné ce modèle et celles qui devront vivre avec ses conséquences. Elle suppose aussi que la transition profite concrètement à ceux qui doivent y participer : par l’emploi, le logement, la santé, le bénéfice de services publics à la hauteur…

Des choix politiques structurants plutôt que des appels aux gestes individuels

Il est tentant d’inviter chacun à changer ses comportements. Mais ces gestes ne pèseront jamais à la hauteur de ce qui se joue et ils ne doivent surtout pas servir d’alibi pour dispenser les pouvoirs publics et les grands acteurs économiques de leurs responsabilités. On ne répond pas à un dépassement des limites planétaires par une somme de bonnes volontés individuelles mais bien par des choix politiques structurants, qui changent les règles du jeu équitablement, pour tout le monde à la fois, de façon efficace et juste.

Là doit résider notre véritable ambition : rassembler autour de décisions collectives qui rendent les choix positifs plus simples, plus accessibles et plus désirables que les autres. Une politique climatique qui rassemble, pas une morale qui divise :

  • Faire de la question climatique le cœur du débat politique. Aucune promesse électorale n’a de sens si le pays qu’on prétend gouverner risque de devenir inhabitable.
  • Réduire ce qui peut l’être parmi les usages les plus superflus et les plus polluants, pour développer ce qui doit croître : mobilité partagée, agroécologie, économie circulaire, réparation, produits durables, logements adaptés et accessibles, culture et lien social. Ces choix se décident collectivement, par la régulation, l’investissement public et la fiscalité, pas par les arbitrages individuels.
  • Réaménager nos territoires dès maintenant : désimperméabiliser les sols, rendre leurs méandres aux rivières, planter des haies et des forêts nourricières.
  • Élargir notre définition de la richesse : un logement décent, une alimentation saine, des soins accessibles, des transports publics efficaces et un air respirable comptent davantage pour le bien-être collectif qu’une consommation qui ne cesse de croître.
  • Répartir équitablement l’effort et ses bénéfices : faire contribuer en priorité les modes de vie et les activités les plus émettrices, protéger les ménages les plus exposés, garantir que chaque territoire, chaque génération, chaque pays trouve sa juste place dans la transition plutôt qu’en subir seul le coût.
  • Maintenir et renforcer les politiques climatiques et de coopération ambitieuses, du niveau local à l’échelle européenne.
Habiter la planète en y vivant mieux, tous ensemble

L’enjeu n’est pas de choisir entre préserver la planète et bien y vivre : c’est le même projet. Une société qui redistribue plus justement, qui investit dans ce qui nous rend collectivement plus résilients, et qui n’attend plus des individus qu’ils compensent les manquements de la décision publique, sera aussi une société où l’on vit mieux grâce.

C’est précisément ce que le philosophe Baptiste Morizot, avec le juriste Laurent Neyret, vient de mettre en mots dans leur dernier ouvrage : après la liberté et la dignité, grandes conquêtes du XXe siècle, le XXIe siècle doit consacrer un nouveau principe cardinal : l’habitabilité. Le droit protège ce qu’il sait nommer, l’égalité, la liberté, la sécurité, mais il n’a encore jamais nommé leur condition initiale : un monde qui reste vivable, car sur une terre inhabitable aucune vie digne n’est possible.

Cette proposition déplace utilement le regard : l’habitabilité n’est pas un supplément écologique ajouté après coup aux droits existants, elle en est le socle. Elle rejoint ce que nous essayons de dire ici autrement : préserver les conditions d’habitabilité de la planète n’est pas un renoncement à la prospérité, c’est ce qui rend toute prospérité future possible. Faire de l’habitabilité une valeur politique à part entière, au même titre que la liberté, c’est se donner les moyens d’agir avant que la catastrophe n’impose ses propres arbitrages.

L’inaction n’est pas une option neutre. Attendre est une décision, et elle a un prix.

Nous avons ressenti, cet été, ce que signifie vivre dans un monde qui vacille, dans un monde en feu. Ne laissons pas ce signal s’effacer avec les premières pluies. Faisons-en, au contraire, le point de départ d’une transformation collective à la hauteur de ce qui se joue et capable de rassembler autour d’une trajectoire de prospérité choisie et partagée.


Patrick Dupriez sur obsant.eu


Quelle est la situation climatique et politique mondiale actuelle ?

Térence

Pour établir ou mettre à jour une stratégie, c’est-à-dire une logique d’action dans le monde, au niveau individuel ou collectif, il est nécessaire de diagnostiquer régulièrement la situation.

1) Le climat mondial se réchauffe rapidement sous l’effet principalement anthropique des émissions de gaz à effet de serre. Certains indicateurs du système climatique présentent une accélération, notamment l’élévation du niveau marin, la perte de glace et l’accumulation de chaleur océanique. L’augmentation exceptionnelle des températures mondiales observée depuis 2023 est en partie expliquée par des facteurs connus, notamment la variabilité climatique naturelle, mais l’ampleur et la combinaison des facteurs expliquant cet épisode font encore l’objet de recherches.

2) Le réchauffement climatique observé depuis l’ère préindustrielle est, dans sa quasi-totalité, dû aux activités humaines.

3) Le réchauffement passé a déjà causé des dégâts immenses (vies humaines/non humaines, dégâts matériels, psychologiques, etc.).

4) Sans réduction rapide et profonde des émissions mondiales, le réchauffement se poursuivra. Les risques et dommages climatiques augmenteront avec chaque incrément supplémentaire de réchauffement, avec des évolutions parfois non linéaires et des risques croissants de franchissement de seuils, d’irréversibilités et d’effets en cascade.

5) Les coûts économiques du retard augmentent généralement avec l’insuffisance et la durée de l’action : retarder la mitigation réduit le temps disponible, accroît les besoins de réduction ultérieurs, augmente les risques de verrouillage technologique et d’actifs échoués, et conduit généralement à des coûts de transition plus élevés. Une action précoce permet en outre d’éviter davantage de dommages climatiques futurs et de bénéficier plus tôt des co-bénéfices de la transition.

6) Le coût de la transition dépend à la fois des progrès technologiques, qui peuvent réduire le coût unitaire des solutions bas-carbone, et du volume et de la vitesse de l’effort restant à accomplir. Plus l’action est retardée, plus l’effort doit généralement être concentré dans le temps et plus les coûts, contraintes et risques de transition augmentent. Les évaluations économiques disponibles indiquent généralement que les bénéfices de la réduction des dommages climatiques peuvent dépasser les coûts de mitigation ambitieuse, mais cette comparaison dépend des hypothèses relatives aux dommages, à l’actualisation, aux technologies et à la trajectoire considérée.

7) Le changement climatique constitue un risque systémique majeur susceptible de déstabiliser profondément certaines sociétés et, dans les scénarios de fort réchauffement combinés à de fortes vulnérabilités, d’engendrer des risques mondiaux graves et en cascade. Il menace la vie, la santé, les moyens de subsistance et le bien-être de milliards de personnes… et des milliards de vies non humaines, via des inondations, sécheresses, incendies, canicules, tempêtes, hausse niveau mers, etc. qui peuvent engendrer des morts, destructions, famines, manque d’eau, etc.

8) Moins nous agissons massivement et vite (maintenant), plus l’action à mener (demain) doit devenir massive et rapide.

9) Les coûts d’adaptation augmentent avec chaque demi-degré de réchauffement en plus. Les options d’adaptation deviennent progressivement plus contraintes et moins efficaces avec l’augmentation du réchauffement. À un certain stade, l’adaptation devient impossible pour certains systèmes (selon l’endroit, le type de risque). Certaines zones peuvent devenir inhabitables pour l’être humain.

10) Il faut cesser d’utiliser les combustibles fossiles et de déforester le plus vite possible. Toute dépense dans l’exploration ou la mise en exploitation fossile peut accroître les effets de verrouillage, coûts irrécupérables, infrastructures, lobbying, émissions engagées et risque d’actifs échoués

11) Il faut déployer rapidement et simultanément la réduction des demandes les plus carbonées, l’efficacité énergétique et les énergies bas-carbone. Dans certains secteurs et contextes, la réduction de la demande peut permettre de réduire fortement les investissements nécessaires dans les infrastructures énergétiques ; elle ne doit cependant pas être considérée comme un préalable universel au déploiement des technologies bas-carbone.

12) l’action individuelle a du sens (symbolique, morale, contagion sociale, réduction effective des émissions) mais est nettement insuffisante. L’action des marchés et des prix est nettement insuffisante. Une action publique massive et rapide est nécessaire.

13) Sans la mobilisation citoyenne, les institutions démocratiques, les associations, les élections, les mouvements sociaux et la pression électorale comme mécanismes potentiels de changement politique, une action ambitieuse est moins probable.

14) Il existe des points de bascule climatique, dont certains sont en cours de franchissement, qui pourraient rendre irréversible une partie supplémentaire du réchauffement. Mais les seuils sont incertains et difficiles à évaluer. Certains scientifiques examinent le pire des scénarios dans lequel les actions de mitigation pourraient devenir beaucoup moins opérantes (emballement climatique) et la Terre entrer, plus ou moins progressivement, dans un état de Terre-étuve. Un tel scénario doit être évité à tout prix.

15) L’action efficace doit être collective et multiniveau, du local au mondial.

16) Nous avons les moyens technologiques de réduire les émissions nettes à zéro. Le défi est désormais largement celui du déploiement, des infrastructures, des investissements, des chaînes d’approvisionnement, de l’acceptabilité et de la gouvernance.

17) Les ressources financières mondiales sont, en principe, suffisamment importantes pour financer une transition ambitieuse, mais leur mobilisation, leur allocation et leur coût constituent des obstacles majeurs.

18) Le complexe fossile mondial est un des premiers obstacles au changement requis. Le risque d’actifs fossiles échoués se chiffre potentiellement en milliers de milliards de dollars et constitue un enjeu majeur de la transition.

19) La trajectoire actuelle de l’action de réduction des émissions des pays du monde est insuffisante (trop lente, trop minime). Les scientifiques estiment qu’avec les politiques actuelles, le monde se dirige vers environ 2,8 °C, et vers 2,3–2,5 °C même si les engagements nationaux annoncés sont intégralement mis en œuvre.

20) Une majorité de gouvernements dans le monde n’agit pas à la hauteur du nécessaire voire agit contre la transition. Les politiques publiques sont en partie contraintes par les préférences et rapports de force sociaux, mais on ne peut pas déduire simplement que l’insuffisance climatique reflète la volonté majoritaire. Dans les démocraties, l’insuffisance de l’action climatique ne peut donc pas être attribuée simplement à une absence de soutien populaire : elle résulte de préférences électorales multidimensionnelles, de systèmes institutionnels, de rapports de force, d’intérêts organisés et de divergences sur les moyens de l’action. Dans les démocraties, les gouvernements ont été formellement installés en respect des lois et des élections. Cependant, on n’observe pas de révolte d’une majorité de leur population pour des motifs d’inaction climatique. Cela indique-t-il que la majorité de leur population a, malgré l’insuffisance de l’action de leur gouvernement, décidé de leur laisser le pouvoir ? C’est sans doute aller un peu trop loin dans les conjectures…

21) La mise en œuvre de plans d’action nationaux à la hauteur de l’urgence reste minoritaire dans le monde, quelle que soit l’orientation politique. La plupart des gouvernements priorisent d’autres objectifs au-dessus du climat.

22) Des acteurs économiques et politiques puissants cherchent délibérément, dans de nombreux pays, à empêcher ou ralentir certaines politiques climatiques ambitieuses, notamment des acteurs liés aux intérêts fossiles et certains États fortement dépendants des combustibles fossiles.

23) Les populations soutiennent largement l’action climatique en principe, selon les enquêtes, mais ce soutien déclaré à l’action climatique ne se traduit pas nécessairement par un soutien électoral aux partis proposant les politiques climatiques les plus ambitieuses.. Les résultats deviennent plus hétérogène lorsque les politiques ont des coûts distributifs concrets. Certaines mesures défendues par les scientifiques font face, en réalité, à d’importantes oppositions de certains groupes de citoyens.

24) D’autres risques existentiels ou catastrophiques mondiaux tels que le réchauffement existent et demeurent ou s’aggravent :

  • guerre nucléaire massive
  • IA generale ou super IA hors de contrôle ou sous contrôle d’acteur génocidaire
  • effondrement des écosystèmes
  • pollution massive
  • agent biologique pandémique, artificiel ou naturel
  • effondrement de la démocratie
  • guerre conventionnelle (mondiale)
  • impact d’un gros astéroïde
  • éruption volcanique de haut niveau

25) Le risque climatique se compose avec ces autres risques existentiels mondiaux. Les interactions peuvent être synergiques, antagonistes ou contextuelles, et se propager de manière systémique.

26) L’immense majorité des êtres humains sont gouvernés par des gouvernements qui reconnaissent nominalement l’existence du réchauffement climatique, même si certains grands pays font exception. Mais aucun gouvernement n’agit à la hauteur de l’urgence actuellement.

27) Aucun pays ne met en œuvre une politique nationale de décroissance. Aucun grand État ne poursuit actuellement comme objectif macroéconomique explicite une décroissance du PIB afin de réduire les pressions environnementales ; les politiques climatiques nationales restent généralement structurées autour de la décarbonation de la croissance, de la transformation technologique et/ou de l’efficacité, plutôt que d’une réduction volontaire et planifiée de l’activité économique

28) Plusieurs courants philosophiques et politiques estiment que mettre en œuvre une politique de décroissance pour éviter les mauvais scénarios climatiques est impossible, trop risqué, contreproductif et/ou superflu. D’autres estiment au contraire que la décroissance est indispensable et bénéfique.

29) Plusieurs courants philosophiques et politiques estiment que l’abolition du capitalisme, dans le même objectif climatique, est impossible, trop risquée, contreproductive et/ou superflue. D’autres pensent l’inverse.

30) Il n’existe pas aujourd’hui de consensus scientifique sur le caractère déterminant ou non (de la sortie) du capitalisme et de la croissance par rapport à l’urgence climatique. Cependant, une erreur d’appréciation à ce sujet conduit à des scénarios a priori pires, étant donné le temps perdu à agir dans un cadre n’autorisant pas le solutionnement du problème. Certains estiment qu’une logique de « pari éthique » (principe de précaution) implique de considérer le capitalisme et la croissance comme de réels obstacles à l’atteinte des objectifs climatiques, et proposent d’adopter des politiques robustes à l’erreur d’appréciation à ce sujet, en privilégiant notamment l’intervention de l’Etat et la réduction de la demande partout où c’est envisageable.



Marre des canicules ?

Vous en avez marre des canicules ? Voici une bonne nouvelle

Jean-François Fauconnier

Ancien chargé de mission pour Greenpeace et au Climate Action Network

Republication – paru dans La Libre Belgique

Canicules, incendies, inondations : le temps n’est pas au pessimisme, mais à la mobilisation générale face à l’urgence climatique.

Vous n’en pouvez plus des canicules à répétition ? Les feux de forêt qui touchent notamment la France et l’Espagne vous interpellent ? Vous avez encore en mémoire les dramatiques inondations qui ont endeuillé notre pays il y a tout juste cinq ans ?

Mauvaise nouvelle : ce n’est qu’un début ; un signe annonciateur de ce qui nous attend au cours de prochaines années et décennies ! Comme le prédisait, en 2004 déjà, un rapport écrit par l’UCL à la demande de Greenpeace (1), l’augmentation des températures, les canicules, les sécheresses et le risque d’inondations vont devenir notre lot quotidien, plutôt que l’exception. Un rapport plus récent de l’Institut des Actuaires britanniques (2) – pas à proprement parler des activistes environnementaux – prévoit de son côté quatre milliards (sic !) de morts d’ici 2050 en raison des dérèglements climatiques…

Quelques mesures phares

Mais trêve de constats et de mauvais augure ! Le temps n’est pas au pessimisme, mais à la mobilisation générale face à l’urgence climatique. La bonne nouvelle (et une raison d’espérer), c’est que si le changement climatique en cours est d’origine anthropique (lisez : humaine), cela signifie qu’il est la somme de tous nos actes. Par corollaire, la somme de tous nos actes peut aussi, si pas empêcher – il est trop tard – à tout le moins limiter au maximum les bouleversements.

Pour cela, il faut agir – ici et maintenant ! Plutôt que de faire l’autruche et se ruer sur les ventilateurs ou pousser l’air conditionné à fond, ce qui ne fait qu’augmenter les pics de consommation électrique et in fine… le changement climatique, de nombreuses actions permettent à tout un chacun de contribuer à limiter le réchauffement.

Parmi celles-ci, quelques mesures phares sont à épingler en raison de leur fort impact (positif) sur le climat :

  • ne plus prendre l’avion (un vol transatlantique aller-retour épuise à lui seul tout notre « budget carbone » annuel)
  • devenir végétarien ou, mieux, vegan (le régime alimentaire ayant le plus grand potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre selon le GIEC), et manger bio, local et de saison
  • passer à l’électricité verte, locale et coopérative
  • isoler son logement et installer un système de chauffage économe, ou bâtir une maison passive (les panneaux solaires thermiques et photovoltaïques représentant alors la « cerise sur le gâteau »)
  • laisser sa voiture au garage et passer aux transports en commun, au vélo et à la marche (rouler en voiture électrique et favoriser le covoiturage ne sont pas suffisants)
  • retirer son épargne des banques classiques, peu regardantes sur les gigantesques impacts climatiques de leurs fonds d’investissement, et la placer dans une banque réellement éthique et/ou des coopératives renouvelables (https://www.rescoop-wallonie.be/.
Tout faire, et maintenant !

Attention : l’heure n’est plus aux « mesurettes » et nous n’avons plus le luxe de « piocher » dans la liste des actions précitées (et encore bien d’autres), ni de les mettre en œuvre dans un futur plus ou moins proche : il faut TOUT faire, et MAINTENANT !

Nous avons radicalement échoué à empêcher les changements climatiques. Il est temps de prendre des mesures radicales pour les limiter, autant que faire se peut. Pour assurer la survie de l’humanité, tout simplement…

Si les catastrophes en cours vous dépriment, si vous avez l’impression d’être impuissant et/ou que nos politiques sont à côté de la plaque, vous n’êtes pas seul ! Mais pour paraphraser Margaret Mead, la célèbre anthropologue américaine, « ne doutez jamais qu’un petit nombre de citoyens volontaires et réfléchis peut changer le monde ; en fait, cela se passe toujours ainsi ».

Il est (encore) temps de passer à l’action ! Ne serait-ce que pour ne pas avoir de regrets…


→ (1) Impacts des changements climatiques en Belgique, Philippe Marbaix et Jean-Pascal van Ypersele (sous la direction de), Greenpeace, Bruxelles, 2004, 44p. Disponible sur www.greenpeace.be

→ (2) https://actuaries.org.uk/media/ni4erlna/planetary-solvency.pdf .



Quand on veut,

on ne peut pas toujours

Arthur Keller

Republicationpost LinkedIn

Ingénieur en aérospatiale de formation, une chose m’a toujours frappé.

À bord de la Station spatiale internationale, les systèmes de support de vie ne sont pas un sujet parmi d’autres, ils conditionnent tout le reste. Composition de l’air, température, pression, hygrométrie, nourriture, recyclage des matières, etc. : tout paramètre vital est surveillé en continu, et au moindre écart, la mission est mise sur pause et rétablir les conditions de survie devient l’unique priorité.

Le parallèle avec la Terre est patent : elle aussi a ses systèmes de support de vie (les biomes, l’hydrosphère, le climat…) sans lesquels elle serait inhabitable.

Or, les activités humaines dégradent ces systèmes à un rythme effréné.

Si nous étions un équipage d’astronautes, nous suspendrions aussitôt les activités non essentielles et mobiliserions nos talents et ressources pour restaurer les systèmes vitaux du vaisseau et basculer vers un plan B collectif.

Hélas l’humanité n’est pas un équipage soudé, compétent, discipliné. Nous sommes des milliards d’individus, entreprises, États, fonds d’investissement et organisations qui sont en concurrence à court terme et ne partagent pas les mêmes visions du monde, valeurs, idéologies, identités.

Nul commandant de bord, nulle autorité capable de décider pour tous dans l’intérêt de tous, nul protocole d’urgence pouvant interrompre les activités non vitales si la survie est compromise.

Nos logiques sont enchâssées dans un système global qui pose comme finalité première la maximisation du capital.

Experts et militants appellent à réorienter l’économie et à coopérer à l’échelle mondiale. Ils disent : « il faut ». Mais primo ces transformations sont largement incompatibles avec les logiques productivistes, capitalistes, industrialistes, matérialistes et consuméristes qui structurent le système actuel, secundo l’humanité n’est pas un tout uni mu par une volonté commune.

La systémique permet de saisir que le système a des verrouillages auto-organisés qui échappent aux intentions humaines. Le problème ne se résume pas à une lacune de bonne volonté. Quand on veut, on ne peut pas toujours.

Il est temps d’envisager le fiasco : et si nous ne parvenions jamais au niveau de coopération requis et aux mutations nécessaires ?

D’urgence, il nous faut un plan de secours pour réfréner la folie destructrice du système et préparer les territoires, organisations et communautés à affronter les bascules à venir dans la dignité en développant des capacités de Résistance, de Reliance, de Résilience, de Réorganisation et de Régénération.

Aucun ingénieur n’enverrait quiconque dans l’espace sans des plans B, C, D… Pourquoi nous accrochons-nous à l’espoir que ça peut marcher jusqu’à dénigrer ceux qui alertent sur un plausible échec ?

Il est temps de ne plus tout miser sur l’hypothèse d’une « transition » réussie et d’élargir notre fenêtre d’Overton quant aux stratégies à déployer.

L’heure est venue de recruter pour les chantiers 3 et 4.



Super El Niño, impact mondial ?

Un « super » El Niño pourrait provoquer un choc mondial des prix alimentaires jusqu’en 2028, préviennent des analystes

Le phénomène météorologique menace les récoltes dans le monde entier, aggravant une inflation déjà alimentée par la guerre en Iran.

Richard Partington

Traduction IA – Article paru dans The Guardian

Des économistes avertissent qu’un cycle météorologique de type « super » El Niño cette année pourrait provoquer un grave choc sur les prix alimentaires mondiaux, dont les effets pourraient se faire sentir jusqu’en 2028.

Alors que la guerre en Iran fait grimper les prix alimentaires mondiaux à leur plus haut niveau depuis trois ans, les économistes estiment que les chaînes d’approvisionnement sont confrontées à « deux chocs simultanés », alimentés par des phénomènes météorologiques extrêmes liés au réchauffement climatique.

Les scientifiques ont indiqué que l’épisode El Niño de 2026-2027 – qui se forme lorsque des changements dans les régimes de vents permettent aux eaux plus chaudes de se répandre dans le Pacifique équatorial central et oriental – présente une probabilité historiquement sans précédent de devenir un événement « très puissant », favorisant des vagues de chaleur, des inondations et des tempêtes plus violentes.

Surnommé de manière informelle « super El Niño » ou « Godzilla El Niño », cet épisode est en train de se développer dans le Pacifique. L’Administration nationale océanique et atmosphérique des États-Unis (NOAA) a confirmé le mois dernier que le réchauffement des eaux du Pacifique était en cours et qu’il existait une probabilité de 63 % que les températures de surface de la mer dépassent de plus de 2 °C la normale plus tard cette année.

À un moment où les ménages du monde entier subissent déjà la hausse du coût de la vie, les experts estiment qu’un El Niño extrême pourrait accentuer davantage les pressions inflationnistes. La perspective d’un nouveau choc inflationniste inquiète également les banques centrales, qui craignent de devoir maintenir les taux d’intérêt à des niveaux élevés.

« El Niño remet la “climaflation” à l’ordre du jour », ont écrit les analystes de la banque italienne UniCredit dans une note de recherche. « Les récentes vagues de chaleur en Europe rappellent que la situation climatique de référence est déjà en train de changer. El Niño pourrait ajouter une nouvelle couche de pression plus tard cette année, en amplifiant les effets du réchauffement climatique. »

Ce phénomène naturel a déjà, par le passé, affecté les récoltes et les réseaux d’approvisionnement alimentaire. Il y a plus d’un siècle, un épisode El Niño, probablement le plus sévère jamais enregistré, a provoqué des sécheresses catastrophiques en Chine, en Afrique australe, au Brésil, en Égypte et en Inde. En créant des conditions de famine, aggravées par le régime colonial, il a entraîné la mort de millions de personnes, dont plus de six millions en Inde entre 1876 et 1878.

Les épisodes El Niño de 1981-1982, 1996-1997, 2015-2016 et 2023-2024 figurent parmi les plus puissants jamais observés. Toutefois, les projections de la NOAA indiquent que le cycle de 2026-2027 pourrait être encore plus sévère, augmentant le risque de sécheresses et d’inondations susceptibles d’affecter les récoltes et l’approvisionnement alimentaire mondial.

Selon les analystes de Goldman Sachs, l’intensité de cet épisode El Niño pourrait entraîner une hausse de 15,8 % des prix mondiaux des matières premières alimentaires. Cette augmentation aurait des répercussions dans le monde entier, y compris pour les consommateurs européens, pour lesquels la banque prévoit une hausse des prix alimentaires de 1,3 % dans l’ensemble de la zone euro.

Toutefois, l’effet complet prendra du temps à se matérialiser en raison de la manière dont les coûts liés aux impacts climatiques se répercutent progressivement sur les chaînes d’approvisionnement alimentaire mondiales. En conséquence, Goldman Sachs estime que les conséquences pourraient ne se faire pleinement sentir qu’au cours du second semestre de 2028.

Une grande partie de ce délai s’explique par le calendrier des phénomènes météorologiques extrêmes qui affectent la production alimentaire, les périodes de semis, de croissance et de récolte variant selon les types de cultures. Les difficultés logistiques – notamment les niveaux d’eau dans les canaux et les rivières utilisés pour des expéditions essentielles – auront également un impact.

« El Niño n’affecte pas l’agriculture de manière uniforme. Il modifie les régimes mondiaux de précipitations et de températures, créant des gagnants et des perdants selon les régions », ont indiqué les analystes de la banque UBS. Certaines régions pourraient même bénéficier de conditions météorologiques plus chaudes.

Selon les analystes, El Niño aggraverait les perturbations causées par la guerre en Iran en ajoutant de nouveaux problèmes aux chaînes d’approvisionnement alimentaire, déjà confrontées à la hausse des prix ainsi qu’aux pénuries d’engrais et d’énergie.

« Même de modestes perturbations de l’offre pourraient entraîner des hausses de prix plus importantes que ce que les tendances historiques laisseraient supposer », ont déclaré les analystes d’UBS.

En règle générale, les épisodes El Niño augmentent les risques de sécheresse en Afrique australe et dans le nord de l’Amérique du Sud, mais favorisent les inondations dans le sud du Brésil, en Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Les analystes estiment que les pays à faible revenu – déjà les plus durement touchés par le conflit iranien – sont susceptibles de souffrir le plus de cette situation.

L’impact devrait se faire sentir dans le monde entier.

Les analystes estiment que les sécheresses en Asie du Sud-Est pourraient affecter l’approvisionnement en huile de palme – un ingrédient important des aliments transformés – tandis que les récoltes de café et de cacao pourraient également être touchées. Des conditions plus chaudes et plus humides pourraient aussi favoriser la propagation de maladies, réduisant ainsi les rendements agricoles dans les années à venir.

En Amérique du Nord, l’impact d’El Niño est le plus marqué en hiver. Bien que les conditions météorologiques en Europe puissent également être influencées par ce phénomène, les analystes estiment que ses principaux effets se feront surtout sentir à travers d’autres facteurs, notamment son incidence sur les prix alimentaires mondiaux.

Il y a trois ans, la Banque centrale européenne a estimé qu’un épisode El Niño de forte intensité pourrait faire augmenter les prix mondiaux des matières premières alimentaires de jusqu’à 9 %, le soja, le maïs et le riz enregistrant les plus fortes hausses.

La manière dont ces augmentations de prix se répercutent sur les étals des magasins dépend des stratégies d’atténuation et des politiques nationales mises en place. Des facteurs tels que la demande des consommateurs et la politique tarifaire des distributeurs jouent également un rôle.

Selon UniCredit, le risque d’un scénario de type El Niño extrême demeure toutefois élevé. Celui-ci pourrait entraîner une baisse de 14,3 % de la production agricole mondiale, soit une perte de production estimée à 342 milliards de dollars (254 milliards de livres sterling).

« Les chocs sur les prix pourraient atteindre de 10 % à 50 % pour les principales matières premières, tandis que les cultures les plus exposées – notamment le riz, l’huile de palme, le sucre et le café – pourraient voir leurs prix augmenter de 50 % à 100 %, voire davantage », a indiqué la banque. « Le système alimentaire aborde le second semestre de 2026 avec certaines réserves, mais avec très peu de marge d’erreur. »



Décroissance : le retournement de stigmate

Format court numéro 6

Lettre publique à Timothée Parrique

Térence (*)

01 juilletl 2026

Bonjour Timothée,

En lisant cet article sur le « retournement de stigmate » sur les mots « vieillesse, vieux et vieilles » par les intéressées elles-mêmes (voir références), j’ai pensé à la décroissance, à ton travail et la sortie du débat infini et stérile sur la « décroissance ».

Je pense qu’il ne faut jamais essentialiser un mot. La signification ne se trouve pas dans le mot, dans ou entre les lettres du mot, dans sa forme graphique ou sonore, mais dans la relation entre l’individu et le mot, et dans le système sémantique que tissera la société autour du mot.

Le mot « démocratie » par exemple a eu un parcours intéressant depuis les philosophes grecs, variant du péjoratif au mélioratif selon les époques. Pour moi, le mot « décroissance » évoque immédiatement l’utopie : une ballade à vélo à travers champs (en permaculture), une matinée de travail en coopérative alimentaire, des termes publics alimentés aux énergies renouvelables (luxe communal), une journée hebdomadaire de conseil citoyen, une bonne sieste l’après-midi, et un cinéma de quartier.

C’est pourquoi je suis convaincu qu’il faut continuer avec le mot « décroissance ». Peut-être pas partout et tout le temps chez tout le monde mais en tout cas ne pas céder à l’argument du marketing, pour continuer à utiliser le mot comme un outil philosophe et politique de réflexivité.
Il faut certainement continuer à proposer des conceptualisations, des définitions et des raisonnements rigoureux pour proposer de nouvelles manières de penser, précurseures du changement concret du monde.

Le concept de « retournement du stigmate » me semble donc parfaitement approprié pour le beau mot de « décroissance ».
Il faut retourner le stigmate sur la décroissance pour mieux retourner la réalité du monde.

Bonne journée,


Références :

https://www.rtbf.be/article/vieillir-sans-s-excuser-comment-les-seniors-retournent-les-cliches-a-leur-avantage-11741765

https://publictionnaire.huma-num.fr/notice/retournement-du-stigmate/