L’été de la vérité

David Van Reybrouck

Carte blanche de David Van Reybrouck, publiée dans De Staandaard le 20 août 2026, d’abord publiée dans le magazine néerlandais Trouw le 17 août 2026.
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

Avec l’incendie qui ravage les Hautes Fagnes en Belgique, ce n’est pas seulement un lieu cher à nos cœurs qui part en fumée. Il s’agit de quelque chose de plus grand encore, écrit David Van Reybrouck. L’été 2026 montre que le changement climatique n’est plus un scénario d’avenir lointain. « La récréation est terminée ».

Tu vois les images et tu ne peux pas, tu ne veux pas y croire. Pas là, quand même, pas dans cet endroit magique où tu es allé si souvent. Tu cherches des repères, mais le paysage familier s’est transformé en un enfer méconnaissable fait de lueur rouge, de brume grise et de souches noires. Là où, il y a quelques hivers, tu pataugeais encore dans la neige jusqu’aux genoux, brille désormais un paysage carbonisé aux formes sinistres. Là où, à l’automne, tu voyais si souvent l’eau rouillée de la Helle, avec ses magnifiques méandres, mousser sous un bouleau écorcé – tandis que les grues cendrées migraient en claquant des becs comme des instruments d’Orff –, la nuit règne désormais. Linaigrette, molinie, bouleaux, pins, mousses : tout n’est plus que cendres.

Les Hautes Fagnes sont l’endroit le plus désert des Pays-Bas, un lieu mythique que nous avons peuplé d’histoires et de souvenirs. Les Belges et les Néerlandais aimaient se rendre dans cette dernière région sauvage du Benelux pour y faire de la randonnée, du ski de fond, observer les oiseaux ou boire une tasse de chocolat chaud, le dos adossé à un poêle en faïence à l’ancienne. Qui n’a pas été impressionné par la vue imprenable sur la Fagne wallonne ? C’est peut-être pour cela que cela fait si mal aujourd’hui.

À l’époque, la plus grande catastrophe naturelle ; aujourd’hui, le plus grand incendie de forêt depuis plus d’un siècle

Si c’est déjà si déchirant pour nous, simples visiteurs de passage, qu’en est-il alors pour la population locale, si attachée à cette région ? Six cents habitants de Sourbrodt et de Bütgenbach ont été évacués le week-end dernier. Leurs biens étaient menacés. Cinq ans après la crue torrentielle qui avait si brutalement dévasté la vallée voisine de la Vesdre et coûté la vie à quarante personnes, l’est de la Belgique est à nouveau frappé par des conditions météorologiques extrêmes. À l’époque, il s’agissait de la plus grande catastrophe naturelle de l’histoire nationale ; aujourd’hui, c’est le plus grand incendie de forêt depuis plus d’un siècle.

Mais ce n’est pas seulement la tristesse de voir un lieu cher partir en fumée. C’est autre chose, quelque chose de bien plus grand encore. Nous savions que cela pouvait arriver tôt ou tard. Nous étions prévenus, depuis des décennies. Et cet été, cela ne pouvait vraiment plus nous surprendre. Nous avions tous vu les ravages en France et en Espagne. Et depuis mai, même dans les Pays-Bas, nous enchaînons les journées avec des températures supérieures à trente degrés. L’herbe était jaune, les accotements des routes brûlés. Mais têtus comme nous sommes, nous avons continué à croire que les grands incendies de forêt, c’était pour ailleurs et plus tard, pas pour maintenant ni ici.

Et soudain, c’est là, dans nos propres régions, dans un lieu que tant de gens connaissent et chérissent : sauvage, dévastateur, indomptable et tout brûlant. Les tourbières sont d’épaisses éponges constituées de restes végétaux non digérés datant de plusieurs centaines d’années. Mais lorsqu’elles s’assèchent, elles se transforment en tourbe, un combustible réputé pour sa combustion lente. Trois mille hectares : quelle superficie cela représente-t-il ? Aussi grande que le centre-ville d’Amsterdam ? Non, celui-ci ne fait que 800 hectares, ceinture de canaux comprise. Trois mille hectares, c’est une superficie immense : c’est comme si plus de la moitié du parc national de la Hoge Veluwe avait été réduite en cendres. Ou comme si un tiers de l’île de Terschelling avait été ravagé par les flammes.

L’aide ne tient pas compte des frontières linguistiques

L’été 2026 sera l’été de la vérité. Le changement climatique n’est plus un scénario lointain, mais une réalité quotidienne. Nous y sommes en plein cœur. Il n’est plus possible de détourner le regard, l’époque des slogans simplistes est révolue, tout comme les querelles idéologiques futiles de ces dernières années. La nature ne se réduit pas aux « guerres culturelles ».

Ce qui est émouvant, c’est la grande solidarité qui refait surface spontanément, entre les pays et entre les citoyens eux-mêmes. Les services de secours belges reçoivent le soutien de leurs homologues néerlandais, allemands, tchèques et suédois. Et tout comme lors des inondations de 2021, l’aide ne tient pas compte des frontières linguistiques. Les corps de pompiers wallons sont secondés par ceux du Limbourg. Des agriculteurs venus de loin font des allers-retours avec des camions-citernes remplis d’eau pour éteindre les feux. Et des citoyens de tout le pays apportent leur aide là où c’est possible, sans gêner le travail des services d’urgence.

Ces manifestations soudaines d’un engagement fort sont bien sûr merveilleuses à voir, mais elles ne sauraient se substituer à une politique sérieuse. Les autorités nationales et européennes doivent à nouveau s’atteler à l’élaboration d’une politique climatique bien plus ambitieuse et cohérente, à l’image de l’élan qui anime actuellement les dépenses de défense. Les incendies de forêt constituent un danger bien plus réel qu’une invasion russe. En tant que petits pays, la Belgique et les Pays-Bas ne peuvent bien sûr pas inverser la tendance à eux seuls, mais cela ne nous dispense pas de nos obligations internationales. Nos gouvernements ont la responsabilité première de mieux protéger le territoire et la population civile, non seulement dans les jours à venir, mais aussi dans les décennies à venir. La récréation est terminée.


David Van Reybrouck sur Obsant.eu


Alimentation : choisir !

Céline Bertrand

Reprise d’un post LinkedIn

Nos forêts brûlent. Nos terres nourricières s’assèchent. La biodiversité s’effondre sous nos yeux. Notre sécurité alimentaire est de plus en plus menacée mais nous regardons encore et toujours ailleurs.

Nous devrions toutes et tous être en train d’anticiper les chocs qui ne vont que se multiplier et s’intensifier (*).

L’inaction n’est plus une option. Il est temps de reprendre en main ce qui est essentiel à notre survie.

Parmi les besoins fondamentaux menacés, l’alimentation est à la fois l’un des secteurs les plus vulnérables et l’un des plus grands leviers de changement.

Chaque repas est un acte politique. Chaque achat est un vote pour le monde que nous voulons construire.

Alors, que faire concrètement ?

  1. Boycottez les multinationales de la malbouffe.
    Réappropriez-vous votre alimentation. Cessez de financer des industries qui dégradent les sols, polluent l’eau, détruisent la biodiversité et alimentent les maladies chroniques.
  2. Soutenez celles et ceux qui nous nourrissent réellement.
    Achetez directement auprès des fermes biologiques, des maraîchers locaux, des coopératives citoyennes et des producteurs engagés. En privilégiant les circuits courts, vous renforcez la résilience de votre territoire.
  3. Choisissez une alimentation biologique, locale, de saison et la plus végétale possible. Redécouvrez le goût des aliments bruts et fuyez les produits ultra-transformés qui appauvrissent autant notre santé que nos écosystèmes.
  4. Soutenez les médias, les lieux d’enseignement et de formation, les associations qui construisent des alternatives.
    Informer, former, préserver les terres agricoles, défendre les semences paysannes, accompagner les producteurs et sensibiliser les citoyens est un travail essentiel.

Soutenez des initiatives comme:

et toutes celles et ceux qui œuvrent à bâtir un système alimentaire plus juste, plus résilient et plus soutenable.

Le changement naîtra de millions de décisions individuelles et collectives prises dès aujourd’hui.

Nous ne pouvons pas empêcher tous les bouleversements à venir, mais nous pouvons encore choisir la manière dont nous y ferons face.

Chaque euro dépensé, chaque repas préparé, chaque projet soutenu est une graine semée pour demain.

🌱 À nous de décider ce que nous voulons voir pousser.


Céline Bertrand sur Obsant.eu


Habiter les limites

Habiter les limites : pour une politique de la lucidité !

Patrick Dupriez

Reprise – source : etopia

Nous avons subi cet été une chaleur à laquelle nos corps ne sont pas habitués. Pendant plusieurs jours, et surtout nuits, des mots que l’on croyait réservés aux rapports scientifiques sont devenus des sensations concrètes : le bitume qui colle, les rails qui se dilatent, les nuits sans sommeil, les décès qui s’accumulent, les corps épuisés, les animaux d’élevage qui meurent en masse, la nature qui souffre autour de nous… L’inhabitabilité de nos territoires et les limites planétaires ne sont plus des hypothèses à discuter mais une expérience que nous vivons dans notre chair.

Il est tentant, dès le retour de la fraîcheur, de refermer le chapitre et de reprendre nos habitudes. Une fois encore, une fois de trop ! Car l’angoisse ressentie devant un monde qui ne se reconnaît plus lui-même n’est pas un mauvais moment à passer, c’est un signal rationnel, une intelligence du danger que nous devons désormais intégrer à notre respiration collective.

Sortir du confort du mot « adaptation »

Il faudra s’adapter, entend-on. Bien sûr, mais à quoi, et comment ? Climatiser davantage (et mieux), végétaliser, gérer l’eau autrement, réorganiser les cultures… Ce discours rassure parce qu’il laisse intacte l’illusion que la nature finira toujours par plier devant notre ingéniosité. Mais s’adapter à un changement climatique de cette ampleur et de cette vitesse n’a aucun précédent dans l’histoire du vivant. Et nous ne sommes pas seuls : nos vies dépendent d’écosystèmes, d’insectes, d’oiseaux, de sols vivants, de rivières et d’océans qui n’ont, eux, aucun climatiseur à disposition. On ne construira pas de bulle durable autour d’une espèce qui refuse d’assumer ses responsabilités.

Adapter nos sociétés aux dérèglements climatiques est essentiel, urgent et complexe. Mais les scientifiques sont clairs : on ne s’adapte pas à un monde à +4°C par rapport à l’ère préindustrielle. Le discours sur l’adaptation ne peut pas faire l’impasse sur la question des limites. Et les limites planétaires ne sont pas une opinion parmi d’autres, un point de vue idéologique qu’on pourrait choisir d’ignorer : ce sont des réalités physiques.

La croissance du PIB comme leurre

Il faut nommer ce qui nous a menés jusqu’ici : un modèle qui mesure le progrès à l’aune quasi exclusive d’une production et d’une consommation toujours plus grandes ; comme si la planète pouvait s’étendre au même rythme que nos économies. Ce n’est pas une fatalité, ce sont des choix…

La vraie question n’est pas d’être « pour » ou « contre » la croissance. Elle est de savoir quelle prospérité nous souhaitons, et à quel prix pour nos cohabitants planétaires aujourd’hui et ceux qui viennent après nous. Car poursuivre sur la voie d’une consommation insoutenable de ressources par les pays riches, ce n’est pas préserver notre niveau de vie, c’est hypothéquer les conditions dans lesquelles nos enfants pourront vivre, c’est dégrader l’habitabilité de la terre.

Les gains d’efficacité de production, annoncés depuis des décennies, sont année après année absorbés par l’augmentation des volumes. Aucun indice sérieux ne montre un réel découplage de la croissance du PIB avec son empreinte sur le climat et sur le vivant dont nous observons l’effondrement massif et accéléré. En faire un objectif en soi, sans égard pour les limites physiques qui nous encadrent, revient à multiplier les factures – économiques, sociales, écologiques – que nous prétendons éviter.

Accepter l’idée de la catastrophe pour mieux agir

Il faut avoir le courage d’accueillir sérieusement la perspective de la catastrophe, non pour s’y résigner, mais pour agir avec la lucidité qu’elle exige. La lucidité n’est pas paralysante, elle mobilise et rappelle que le pire n’est pas écrit. La vie continuera, avec ou sans nous. À nous de choisir résolument le « avec nous ».

Sans justice, pas de transition qui tienne et qui vaille

Mais cette lucidité ne vaut pas grand-chose si elle ne s’accompagne pas d’une exigence de justice. On ne peut mettre sur le même plan les émissions de celui qui prend sa voiture faute d’alternative et celles de celui qui multiplie les vols en jet privé ; on ne peut pas faire porter le poids de la transition sur les ménages modestes pendant que les modes de vie les plus consommateurs de ressources restent hors de portée politique. Une transition qui ignore ces inégalités ne suscitera ni adhésion, ni efficacité durable ; elle nourrira le sentiment que l’écologie est un luxe pour ceux qui peuvent se le permettre et le ressentiment chez les autres.

La transition juste n’est pas un supplément d’âme ajouté après coup aux politiques climatiques : c’est la condition de leur réussite. Elle suppose que les efforts soient d’abord politiques et institutionnels, ensuite répartis selon les capacités et les responsabilités de chacun, entre pays riches et pays pauvres, entre plus gros pollueurs et plus vulnérables, entre les générations qui ont façonné ce modèle et celles qui devront vivre avec ses conséquences. Elle suppose aussi que la transition profite concrètement à ceux qui doivent y participer : par l’emploi, le logement, la santé, le bénéfice de services publics à la hauteur…

Des choix politiques structurants plutôt que des appels aux gestes individuels

Il est tentant d’inviter chacun à changer ses comportements. Mais ces gestes ne pèseront jamais à la hauteur de ce qui se joue et ils ne doivent surtout pas servir d’alibi pour dispenser les pouvoirs publics et les grands acteurs économiques de leurs responsabilités. On ne répond pas à un dépassement des limites planétaires par une somme de bonnes volontés individuelles mais bien par des choix politiques structurants, qui changent les règles du jeu équitablement, pour tout le monde à la fois, de façon efficace et juste.

Là doit résider notre véritable ambition : rassembler autour de décisions collectives qui rendent les choix positifs plus simples, plus accessibles et plus désirables que les autres. Une politique climatique qui rassemble, pas une morale qui divise :

  • Faire de la question climatique le cœur du débat politique. Aucune promesse électorale n’a de sens si le pays qu’on prétend gouverner risque de devenir inhabitable.
  • Réduire ce qui peut l’être parmi les usages les plus superflus et les plus polluants, pour développer ce qui doit croître : mobilité partagée, agroécologie, économie circulaire, réparation, produits durables, logements adaptés et accessibles, culture et lien social. Ces choix se décident collectivement, par la régulation, l’investissement public et la fiscalité, pas par les arbitrages individuels.
  • Réaménager nos territoires dès maintenant : désimperméabiliser les sols, rendre leurs méandres aux rivières, planter des haies et des forêts nourricières.
  • Élargir notre définition de la richesse : un logement décent, une alimentation saine, des soins accessibles, des transports publics efficaces et un air respirable comptent davantage pour le bien-être collectif qu’une consommation qui ne cesse de croître.
  • Répartir équitablement l’effort et ses bénéfices : faire contribuer en priorité les modes de vie et les activités les plus émettrices, protéger les ménages les plus exposés, garantir que chaque territoire, chaque génération, chaque pays trouve sa juste place dans la transition plutôt qu’en subir seul le coût.
  • Maintenir et renforcer les politiques climatiques et de coopération ambitieuses, du niveau local à l’échelle européenne.
Habiter la planète en y vivant mieux, tous ensemble

L’enjeu n’est pas de choisir entre préserver la planète et bien y vivre : c’est le même projet. Une société qui redistribue plus justement, qui investit dans ce qui nous rend collectivement plus résilients, et qui n’attend plus des individus qu’ils compensent les manquements de la décision publique, sera aussi une société où l’on vit mieux grâce.

C’est précisément ce que le philosophe Baptiste Morizot, avec le juriste Laurent Neyret, vient de mettre en mots dans leur dernier ouvrage : après la liberté et la dignité, grandes conquêtes du XXe siècle, le XXIe siècle doit consacrer un nouveau principe cardinal : l’habitabilité. Le droit protège ce qu’il sait nommer, l’égalité, la liberté, la sécurité, mais il n’a encore jamais nommé leur condition initiale : un monde qui reste vivable, car sur une terre inhabitable aucune vie digne n’est possible.

Cette proposition déplace utilement le regard : l’habitabilité n’est pas un supplément écologique ajouté après coup aux droits existants, elle en est le socle. Elle rejoint ce que nous essayons de dire ici autrement : préserver les conditions d’habitabilité de la planète n’est pas un renoncement à la prospérité, c’est ce qui rend toute prospérité future possible. Faire de l’habitabilité une valeur politique à part entière, au même titre que la liberté, c’est se donner les moyens d’agir avant que la catastrophe n’impose ses propres arbitrages.

L’inaction n’est pas une option neutre. Attendre est une décision, et elle a un prix.

Nous avons ressenti, cet été, ce que signifie vivre dans un monde qui vacille, dans un monde en feu. Ne laissons pas ce signal s’effacer avec les premières pluies. Faisons-en, au contraire, le point de départ d’une transformation collective à la hauteur de ce qui se joue et capable de rassembler autour d’une trajectoire de prospérité choisie et partagée.


Patrick Dupriez sur obsant.eu


Marre des canicules ?

Vous en avez marre des canicules ? Voici une bonne nouvelle

Jean-François Fauconnier

Ancien chargé de mission pour Greenpeace et au Climate Action Network

Republication – paru dans La Libre Belgique

Canicules, incendies, inondations : le temps n’est pas au pessimisme, mais à la mobilisation générale face à l’urgence climatique.

Vous n’en pouvez plus des canicules à répétition ? Les feux de forêt qui touchent notamment la France et l’Espagne vous interpellent ? Vous avez encore en mémoire les dramatiques inondations qui ont endeuillé notre pays il y a tout juste cinq ans ?

Mauvaise nouvelle : ce n’est qu’un début ; un signe annonciateur de ce qui nous attend au cours de prochaines années et décennies ! Comme le prédisait, en 2004 déjà, un rapport écrit par l’UCL à la demande de Greenpeace (1), l’augmentation des températures, les canicules, les sécheresses et le risque d’inondations vont devenir notre lot quotidien, plutôt que l’exception. Un rapport plus récent de l’Institut des Actuaires britanniques (2) – pas à proprement parler des activistes environnementaux – prévoit de son côté quatre milliards (sic !) de morts d’ici 2050 en raison des dérèglements climatiques…

Quelques mesures phares

Mais trêve de constats et de mauvais augure ! Le temps n’est pas au pessimisme, mais à la mobilisation générale face à l’urgence climatique. La bonne nouvelle (et une raison d’espérer), c’est que si le changement climatique en cours est d’origine anthropique (lisez : humaine), cela signifie qu’il est la somme de tous nos actes. Par corollaire, la somme de tous nos actes peut aussi, si pas empêcher – il est trop tard – à tout le moins limiter au maximum les bouleversements.

Pour cela, il faut agir – ici et maintenant ! Plutôt que de faire l’autruche et se ruer sur les ventilateurs ou pousser l’air conditionné à fond, ce qui ne fait qu’augmenter les pics de consommation électrique et in fine… le changement climatique, de nombreuses actions permettent à tout un chacun de contribuer à limiter le réchauffement.

Parmi celles-ci, quelques mesures phares sont à épingler en raison de leur fort impact (positif) sur le climat :

  • ne plus prendre l’avion (un vol transatlantique aller-retour épuise à lui seul tout notre « budget carbone » annuel)
  • devenir végétarien ou, mieux, vegan (le régime alimentaire ayant le plus grand potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre selon le GIEC), et manger bio, local et de saison
  • passer à l’électricité verte, locale et coopérative
  • isoler son logement et installer un système de chauffage économe, ou bâtir une maison passive (les panneaux solaires thermiques et photovoltaïques représentant alors la « cerise sur le gâteau »)
  • laisser sa voiture au garage et passer aux transports en commun, au vélo et à la marche (rouler en voiture électrique et favoriser le covoiturage ne sont pas suffisants)
  • retirer son épargne des banques classiques, peu regardantes sur les gigantesques impacts climatiques de leurs fonds d’investissement, et la placer dans une banque réellement éthique et/ou des coopératives renouvelables (https://www.rescoop-wallonie.be/.
Tout faire, et maintenant !

Attention : l’heure n’est plus aux « mesurettes » et nous n’avons plus le luxe de « piocher » dans la liste des actions précitées (et encore bien d’autres), ni de les mettre en œuvre dans un futur plus ou moins proche : il faut TOUT faire, et MAINTENANT !

Nous avons radicalement échoué à empêcher les changements climatiques. Il est temps de prendre des mesures radicales pour les limiter, autant que faire se peut. Pour assurer la survie de l’humanité, tout simplement…

Si les catastrophes en cours vous dépriment, si vous avez l’impression d’être impuissant et/ou que nos politiques sont à côté de la plaque, vous n’êtes pas seul ! Mais pour paraphraser Margaret Mead, la célèbre anthropologue américaine, « ne doutez jamais qu’un petit nombre de citoyens volontaires et réfléchis peut changer le monde ; en fait, cela se passe toujours ainsi ».

Il est (encore) temps de passer à l’action ! Ne serait-ce que pour ne pas avoir de regrets…


→ (1) Impacts des changements climatiques en Belgique, Philippe Marbaix et Jean-Pascal van Ypersele (sous la direction de), Greenpeace, Bruxelles, 2004, 44p. Disponible sur www.greenpeace.be

→ (2) https://actuaries.org.uk/media/ni4erlna/planetary-solvency.pdf .



Quand on veut,

on ne peut pas toujours

Arthur Keller

Republicationpost LinkedIn

Ingénieur en aérospatiale de formation, une chose m’a toujours frappé.

À bord de la Station spatiale internationale, les systèmes de support de vie ne sont pas un sujet parmi d’autres, ils conditionnent tout le reste. Composition de l’air, température, pression, hygrométrie, nourriture, recyclage des matières, etc. : tout paramètre vital est surveillé en continu, et au moindre écart, la mission est mise sur pause et rétablir les conditions de survie devient l’unique priorité.

Le parallèle avec la Terre est patent : elle aussi a ses systèmes de support de vie (les biomes, l’hydrosphère, le climat…) sans lesquels elle serait inhabitable.

Or, les activités humaines dégradent ces systèmes à un rythme effréné.

Si nous étions un équipage d’astronautes, nous suspendrions aussitôt les activités non essentielles et mobiliserions nos talents et ressources pour restaurer les systèmes vitaux du vaisseau et basculer vers un plan B collectif.

Hélas l’humanité n’est pas un équipage soudé, compétent, discipliné. Nous sommes des milliards d’individus, entreprises, États, fonds d’investissement et organisations qui sont en concurrence à court terme et ne partagent pas les mêmes visions du monde, valeurs, idéologies, identités.

Nul commandant de bord, nulle autorité capable de décider pour tous dans l’intérêt de tous, nul protocole d’urgence pouvant interrompre les activités non vitales si la survie est compromise.

Nos logiques sont enchâssées dans un système global qui pose comme finalité première la maximisation du capital.

Experts et militants appellent à réorienter l’économie et à coopérer à l’échelle mondiale. Ils disent : « il faut ». Mais primo ces transformations sont largement incompatibles avec les logiques productivistes, capitalistes, industrialistes, matérialistes et consuméristes qui structurent le système actuel, secundo l’humanité n’est pas un tout uni mu par une volonté commune.

La systémique permet de saisir que le système a des verrouillages auto-organisés qui échappent aux intentions humaines. Le problème ne se résume pas à une lacune de bonne volonté. Quand on veut, on ne peut pas toujours.

Il est temps d’envisager le fiasco : et si nous ne parvenions jamais au niveau de coopération requis et aux mutations nécessaires ?

D’urgence, il nous faut un plan de secours pour réfréner la folie destructrice du système et préparer les territoires, organisations et communautés à affronter les bascules à venir dans la dignité en développant des capacités de Résistance, de Reliance, de Résilience, de Réorganisation et de Régénération.

Aucun ingénieur n’enverrait quiconque dans l’espace sans des plans B, C, D… Pourquoi nous accrochons-nous à l’espoir que ça peut marcher jusqu’à dénigrer ceux qui alertent sur un plausible échec ?

Il est temps de ne plus tout miser sur l’hypothèse d’une « transition » réussie et d’élargir notre fenêtre d’Overton quant aux stratégies à déployer.

L’heure est venue de recruter pour les chantiers 3 et 4.



Europe : les conditions d’habitabilité

Ce que le climat va faire à l’Europe. Neuf conditions d’habitabilité

par Nathanaël Wallenhorst

Republication – article paru sur le site de l’institut Momentum

Quelles seront nos conditions d’existence dans vingt-cinq ans et quelle sera l’habitabilité humaine à Thessalonique, en Laponie ou à Rennes ? A quoi ressemblerait notre vie quotidienne, en 2049, sur une Terre qui franchirait les principaux points de basculement ? Fort de savoirs actualisés, ce séminaire de Nathanaël Wallenhorst, qui s’est tenu à Paris le 19 mai 2026, anticipe d’une façon concrète ce que pourrait être 2049 pour les écosystèmes, le climat et la société. Aurons-nous toujours des saisons en 2049 ? De quoi sera faite notre alimentation ? Quels seront nos loisirs ? Climat, eau, santé et migrations, Nathanaël Wallenhorst raconte notre quotidien dans ce futur proche si rien ne change.

2049 n’est pas tant une date qu’une image. Celle d’un monde à venir avec des sociétés humaines explosées par les ruptures que nous créons sur la Terre. C’est une image difficile à voir. Elle résulte de la familiarisation avec des milliers d’articles académiques, de tous champs disciplinaires, accumulés depuis plus de dix ans. 2049, c’est un futur dystopique. C’est un réel en train de se faire, appréhendé à partir d’un faisceau d’analyses scientifiques. Pour cela, il est nécessaire de maîtriser une boîte à outils, constituée de savoirs biophysiques, d’éléments techniques, comme des controverses scientifiques en cours.

Les sciences du système Terre sont une forme de fédération disciplinaire qui étudie notre planète comme un système dynamique et complexe, un système interconnecté et sensible aux perturbations globales. Ses racines remontent à certaines des idées du XVIIIe siècle, comme celles du géologue écossais, James Hutton, sur la théorie de la terre, et aux travaux du bio-géochimiste russo ukrainien, Vladimir Vernadski sur la biosphère au début du XXe siècle.

Ensuite, c’est dans la seconde moitié du XXe siècle, que les sciences du système Terre ont émergé formellement, notamment grâce à des initiatives scientifiques, comme l’année géo physique, 1957–1958, évènement préparé au cours de la décennie précédente, qui regroupe 67 états.

Le concept d’Anthropocène, proposition de nouvelle époque géologique, marquée par une transformation des conditions d’habitabilité de notre planète, introduit par les sciences du système Terre, a été une étape importante dans la formalisation de cette émergence disciplinaire, qui est alors venue interagir avec les sciences géologiques. Celles-ci ont également été profondément marquées par la conceptualisation des tipping points ou points de bascule, dans des sous-systèmes, comme la calotte glaciaire du Groenland, ou l’Amazonie, où des perturbations peuvent entraîner des changements irréversibles.

Dans le monde de la recherche, le savoir, s’organise en silo où chacun approfondit une expertise sans l’articuler aux autres données scientifiques. Cette compartimentation du savoir constitue une entrave pour les chercheurs et les citoyens à disposer d’une vision panoramique, pourtant essentielle dans la compréhension de la trajectoire des sociétés humaines.

Au contraire, travailler sur les conditions d’existence suppose une articulation singulière des données scientifiques, sans être cantonné à un champ disciplinaire. Cela implique, par exemple, d’appréhender l’Anthropocène à partir des savoirs géologiques et de leurs fondements stratigraphiques, sans oublier les savoirs systémiques, ni ceux des sciences humaines et sociales.

Les conditions qui permettent l’existence humaine connaissent de profonds bouleversements. Une dynamique non linéaire, reliant les causes et leurs effets, est en train de changer toute notre compréhension de la Terre, une autre manière d’habiter le monde : la mort, soigneusement mise à distance dans nos sociétés occidentales, fait son grand retour. La pénurie d’eau et les famines que nous avons réussi à évincer, se frayent une place de choix dans nos vies. Mais c’est aussi au dépeuplement de la Terre que nous devons faire face, à l’expérience systématique de la contamination de nos propres, corps, au surgissement permanent de l’imprévisible, aux migrations et aux guerres.

Au cœur des conditions qui permettent nos existences apparaît progressivement le chaos. Fondamentalement, c’est la désaffiliation et l’esseulement qui nous guettent : comment être ensemble, nous soutenir, et nous aimer, dans un environnement où tout nous serait devenu hostile ?

Neuf conditions d’existence

Condition d’existence n°1

La non-linéarité

La Terre est un système complexe où se combinent des interactions multiples, des rétroactions, des seuils critiques. Ce sont des réactions non linéaires ou non proportionnelles, c’est-à-dire que dans la dynamique des points de basculement, les dommages postérieurs sont sans commune mesure avec les impacts qui les ont causés. Ilss’accompagnent aussi d’effets en cascade sur nos systèmes sociaux et économiques jusqu’à pouvoir dépasser les capacités d’adaptation des nations. Les systèmes de gouvernement ne sont pas adaptés à cette menace existentielle qui pèsent sur l’humanité. C’est la raison pour laquelle l’approche actuellement privilégiée par nombre de décideurs encourageant un changement linéaire et progressif n’est plus envisageable.

Un tipping point est un moment critique : un processus dont les conséquences sont non proportionnelles avec ce qui les a déclenchées (un système change d’état). Le mécanisme est parfois comparé à un jeu de dominos.

Par exemple, le ballon de baudruche. Son volume augmente de façon proportionnelle à l’air injecté (logique linéaire), jusqu’à ce qu’il explose (logique non linéaire).

Les tipping points sont marqués par de nombreuses incertitudes et caractérisés par des échelles temporelles variables en fonction des éléments de basculement (années à millénaires). Mais incertitude ne signifie pas ignorance. lmaginons une casserole de lait oubliée sur le feu : nous savons qu’elle va déborder, l’incertitude étant de savoir à quel moment.

En 2023, Timothy Lenton coordonne un rapport de près de 500 pages, Global Tipping Points Report, qui propose un état du savoir et des lacunes sur les tipping points du système Terre.

Condition d’existence n°2

La chaleur mortelle

Les vagues de chaleur estivales européennes ont causé 70 000 décès en 2003, 61 000 en 2022, 47 000 en 2023 (moyenne : 50 000 par an). La létalité de la chaleur s’amplifie avec chaque dixième de degré. Lors de l’été 2022, en France, David Azevedo, 50 ans, meurt d’hyperthermie après une journée de travail à 42°C. En avril 2024, au Bangladesh, Ahsan Habib, enseignant de 37 ans, meurt en classe lors d’une canicule à 42,2°C.

La chaleur humide est potentiellement létale. Elle bloque la transpiration, la survie physiologique est impossible dès 31-35°C, parfois dès 28°C.

Les villes amplifient le danger (îlot de chaleur : +5 °C nocturnes possibles). Les écoles, le travail, les transports, l’électricité, les télécoms sont fragilisés.

2049 est alors l’histoire d’un verrouillage. Le changement climatique, les autres perturbations anthropiques comme les changements d’utilisation des terres ainsi que l’apparition d’événements extrêmes comme les incendies, entraînent les sols d’un territoire dans une dynamique d’aridité. 2049 est l’histoire de la mort. Et singulièrement celle des sols qui ont pourtant permis nos existences en nous nourrissant et en nous hydratant. La mort des sols, c’est la mort des écosystèmes. La mort des écosystèmes, c’est notre mort à nous, humains, c’est la raison pour laquelle les processus de désertification sont particulièrement observés avec une véritable inquiétude dans les communautés scientifique.

À + 3°C, les deux tiers de la population mondiale connaîtront une augmentation des conditions de sécheresse. Elles seront plus fréquentes, plus intenses, plus longues et toucheront une part toujours plus importante de la population mondiale et européenne. L’enjeu désormais vital qui permet littéralement d’arroser nos sociétés, c’est la capacité des sols à recevoir et à capter l’humidité, étape essentielle pour que les végétaux poussent. C’est ce qu’on appelle le cycle de l’eau verte. L’état des sols de 2049 rend difficile de visualiser ce à quoi pourrait ressembler la vie quotidienne au sein de nos sociétés globalisées. Et la question qui continue de s’installer et la suivante : une vie en société pourrait-elles seulement être possible ? Ou faudra-t-il envisager que les humains se fédèrent dans le cadre de petites sociétés autonomes ? Nous sommes face à un risque majeur de transformation du bassin méditerranéen en désert au cours de ce siècle. Innombrables sont les articles qui font consensus autour de ce triste constat. Très concrètement, avec 1,5°C de plus, nos modes de production agricole autour du bassin méditerranéen persistent, tant bien que mal. Mais cela cesse avec +2°C et les déficits chroniques de précipitations s’installent.

Les climats vers lesquels nous nous dirigeons n’ont jamais connu de sociétés humaines établies.

Condition d’existence n°3

La pénurie

Il devient de plus en plus vital d’apprendre à économiser l’eau. Car si l’eau est partout, c’est son manque qui prédomine. Comme 71 % des territoires de la planète sont recouverts d’eau, nous pourrions nous dire que nous n’en manquerons jamais. Mais ce n’est pas si simple, car seul 0,3 % de l’eau douce, qui représente 2,5 % du volume d’eau total, est accessible. La plupart du reste de l’eau douce est contenue dans les glaciers. Cela signifie que seul 0,007 % de l’eau est disponible pour l’humanité. Alors que cette quantité était disponible pour une population de 1,6 milliards d’habitants en 1900, nous devons désormais la partager entre plus de 8 milliards de personnes. Or, les besoins en eau par habitant ont littéralement explosé en raison de nos modes de vie modernes et de la croissance économique du XXe siècle extrêmement consommatrice d’eau douce. Un hamburger nécessite 2400 litres, un jean, 10 000 litres. Aujourd’hui 70 à 80 % de l’eau potable sont destinés à l’agriculture et à la production de nourriture, 10 à 20 % à l’industrie et à peine 10 % aux usages domestiques. Nous vivons déjà dans un monde où l’accès à l’eau en crise. Environ 4 milliards de personnes vivent dans des conditions de grave pénurie d’eau douce pendant au moins un mois de l’année.

L’Europe du Nord devrait avoir 20 % de précipitations supplémentaires dans les décennies à venir, mais cela n’a rien d’une bonne nouvelle, car ce sera principalement sous la forme d’épisodes de pluie intenses, causant des inondations comme celles que nous avons connues récemment en Allemagne, en Espagne ou en Belgique. Ces alternancesd’inondations et de sécheresses sont problématiques pour l’irrigation de nos cultures, mais aussi pour le transport fluvial. Dans les Alpes, les prévisions indiquent une diminution de l’épaisseur de la neige pour toutes les altitudes, toutes les périodes et ce quels que soient les scénarios des émissions de gaz à effet de serre.

Les réserves vitales pour l’irrigation de nos cultures et pour l’alimentation de nos villes en eau potable sont directement sensibles aux variations de la météo. Une sécheresse peut rapidement nous faire toucher le fond de nos réservoirs. Ces dernières années, un phénomène particulièrement problématique se développe : les sécheresses éclair.

En 2049, la moitié de l’humanité sera privée d’eau douce des glaciers, les réserves d’eau claire vont se raréfier et les terres agricoles seront stérilisées par le sel. Au total, ce sont plus de 10% des terres de la planète qui sont en proie à uneaugmentation de leur salinité. Les inondations côtières vont se multiplier, submergeant les villes côtières à une fréquence accrue.

La pénurie d’eau est la mère des menaces. Une vie sans citerne se profile, car les glaces fondent sans être rechargées par des précipitations neigeuses. Or les glaciers, que les processus géologiques ont mis quelques millions d’années à créer, sont nos réserves. Nos vies sont reliées aux glaces. Sans parler de la bombe à retardement du permafrost, cet ensemble de sols gelés en permanence en Alaska, au Groenland, en Sibérie, sur le plateau tibétain ou dans les hauteurs alpines, qui fondent sous l’effet du réchauffement climatique, ce qui libère des gaz à effet de serre.

Condition d’existence n°4

Le dépeuplement

La disparition d’une espèce n’est pas un drame en soi. Mais ce qui se passe aujourd’hui est d’une toute nature : le rythme de leur disparition s’emballe. Il s’agit d’une annihilation biologique sans précédent. 50 % des espèces migratrices sont en déclin, 20 % sont menacées d’extinction. Le rythme d’extinction est 10 à 100 fois supérieur au taux naturel.

En France ce sont 3000 espèces qui sont menacées. Le tiercé destructeur combine les prélèvements direct, l’exploitation des milieux naturels, et le changement climatique. Ainsi, le thon rouge a été pêché intensivement tout au long du XXe siècle et ses populations se sont effondrées. Ensuite, le changement d’affectation des sols et l’exploitation des milieux naturels ont constitué la plus grande cause de destruction du vivant : ils détruisent ou fragmentent les habitats naturels des espèces tant terrestres qu’océaniques ou d’eau douce, à la fois animales et végétales. Et si le réchauffement climatique se poursuit, il supplantera alors le changement d’affectation des sols comme principal facteur de destruction de la vie.

Par exemple , le hêtre commun, un des feuillus les plus répandus en Europe est considéré comme une « espèce morte-vivante », déjà condamnée par la rapidité du réchauffement.

Ce même processus de dépeuplement affectera la vie marine, touchée par l’acidification. L’acidification, par l’intermédiaire de plusieurs mécanismes interconnectés, fragilise le plancton, élément crucial dans la chaîne alimentaire ou océanique. Mais le plancton est aussi une pompe à carbone qui capte environ 50 gigatonnes de carbone chaque année. Ce sont les océans qui absorbent la majorité de la chaleur émise par le soleil. Ils sont comme une bouillotte ou un chauffage qui maintient la Terre à une température tempérée favorable à la vie. L’océan, qui capte 90 % de la chaleur excédentaire liée au réchauffement climatique, se réchauffe désormais beaucoup trop.

Condition d’existence n°5

La contamination

De nouvelles entités (plastiques, PFAS, pesticides, métaux lourds…), absentes du système Terre avant l’ère industrielle, s’infiltrent dans l’eau, l’air, les sols et nos corps . Nous sommes en présence d’une contamination systémique. Par exemple, les « Plasticenta » sont des microplastiques des deux côtés du placenta. Il s’agit d’une exposition prénatale généralisée.

Or la production de plastiques pourrait tripler d’ici 2060. Les particules fines sont à l’origine de 238 000 décès prématurés en Europe tous les ans. Le changement climatique concourt aux maladies cardiovasculaires, respiratoires, cancers, à la malnutrition, aux maladies vectorielles (dengue, paludisme, chikungunya, bilharziose), aux pathologies mentales, aux suicides, à de nouvelles zoonoses. Le réchauffement accélère l’augmentation du périmètre des maladies et leursmutations. Limiter le réchauffement à +1,5 °C (vs +2 °C) éviterait ~153 000 000 décès prématurés. Sans oublier que le dégel du permafrost peut déclencher la libération potentielle d’agents pathogènes anciens et le relargage de polluants.

Condition d’existence n°6

L’imprévisible

L’Europe entre dans un régime d’événements extrêmes plus fréquents et plus intenses (crues éclairs, méga-incendies, tempêtes) ; chaque choc entame la résilience des territoires.

Entre 1995 et 2015, 606 000 personnes sont décédées et 4,1 milliards de personnes ont été blessées ou se sont trouvées sans abri ou dans le besoin d’une aide d’urgence (au niveau mondial).

L’Europe est touchée par une alternance de sécheresses et d’inondations : l’atmosphère plus chaude charge le cycle évaporation-précipitation. Le réchauffement climatique accélère le cycle d’évaporation-précipitation, ce qui génère une alternance de sécheresses et d’inondations. Il assèche les sols, qui perdent leur fertilité et leur capacité de production agricoles, en même temps qu’il accentue les inondations qui détruisent les cultures.

14 juillet 2021, vallée de l’Ahr (Allemagne) : Meike et Dörte Näkel, viticultrices, emportées par une crue fulgurante, survivent huit heures accrochées à un prunier.

23 juillet 2018, Mati (Grèce) : en 90 minutes, un feu dévore 1 400 hectares et 1650 habitations, piégeant les habitants. 140 morts.

Des phénomènes étranges peuvent survenir, comme le 8 septembre 2020, sous un ciel presque sans nuages, l’eau a envahi la place Saint-Marc à Venise. Sans qu’aucune goutte d’eau tombe du ciel, une très grande marée, poussée par des vents favorables, a suffi, en raison de l’augmentation du niveau de la mer Adriatique, pour que l’eau submerge le seuil des sols urbains. C’est ce qu’on appelle une inondation par beau temps. Sous un soleil radieux, tout d’un coup, la mer, monte plus haut qu’à l’habitude, inonde tout d’eau salée. Cela arrive régulièrement à Hambourg, en Allemagne, particulièrement dans le quartier de Fischmarkt où les commerçants ont pris l’habitude de placer des les marchandises sur des palettes pour que leurs étals ne soient pas détruits par les inondations d’eau salée.

2049 sera le temps de la destruction des infrastructures et sera marquée par l’imprévisibilité au cœur de l’existence, la fin des capacités de planification et la fragilisation civilisationnelle.

Condition d’existence n°7

La faim

Durant des milliers d’années, les populations humaines se sont concentrées dans un sous-ensemble très étroit des régions terrestres, toutes caractérisées par des conditions climatiques similaires caractérisées par des températures annuelles moyennes autour de 13°. C’est ce qu’on appelle une niche de température humaine liée à des contraintes fondamentales. Toutes les espèces animales et végétales ont une niche environnementale leur permettant de se développer. Et c’est aussi le cas pour nous, même si nous disposons d’un outillage technique considérable.

D’ici les années 2070, jusqu’à trois milliards de personnes seront poussées en dehors de cette niche. Un tiers de la population mondiale sera confrontée à des températures moyennes supérieures à 29°C en l’absence de migrations, ce qui est incompatible avec une vie en société (aujourd’hui 0,8% surface terrestre a ce type de température : le Sahara).

La production agricole dépend de l’équilibre fragile entre climat et biosphère. Aujourd’hui, 52% des terres agricoles mondiales sont fragilisées par les forçages anthropiques. Les rendements agricoles sont en baisse structurelle. Depuis 1961, la productivité agricole mondiale a baissé de 21%.

L’agriculture est tributaire des circulations atmosphériques et océaniques. L’affaiblissement de l’AMOC (circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, dont le Gulf Stream est une partie) pourrait provoquer un effondrement de la production alimentaire mondiale. Les conditions plus froides et sèches feraient s’effondrer la production agricole de l’Hémisphère Nord.

La hausse moyenne des températures de surface qui augmente le risque de conditions climatiques extrêmes, augmente le risque de baisse des récoltes mondiales, qui pourrait produire ce qu’on appelle des ruptures de grenier, une insuffisance simultanée aux différents endroits du globe des réserves agricoles, provoquant un choc des prix alimentaires. Le risque d’effondrement agricole pour la population mondiale est tel que nombre de chercheurs ont travaillé à proposer des définitions de ces risques. Le risque global catastrophique (Global Catastrophic Risk, GCR) désigne la probabilité d’une perte de 25 % de la population mondiale à la suite d’une perturbation sévère du système alimentaire, dans un laps de temps donné, et la perte de la capacité de l’humanité à maintenir sa forme actuelle.

Condition d’existence n°8

La migration et la guerre

L’élévation du niveau de la mer aura des impacts significatifs en Europe où 30 millions de personnes vivent dans des zones côtières à risque. La fonte accélérée du Groenland et de l’Antarctique pourrait conduire à des hausses de 2 à 5 mètres, modifiant la carte européenne et mondiale d’ici à 2150. Ce sont de nombreuses villes européennes que nous perdrons à savoir, Amsterdam, Rotterdam et La Haye aux Pays-Bas ; Bruges, Ostende et Anvers, en Belgique ; Londres et Bristol, au Royaume-Uni ; mais aussi, Bordeaux, Nantes, La Rochelle, Marseille, et Nice, en France ; Barcelone, en Espagne ; Lisbonne, au Portugal ; Venise, Naples et Gênes, en Italie ; Hambourg, en Allemagne ; Copenhague au Danemark.

A Fairbourne (Pays de Galles), la décision municipale d’abandonner la digue oblige 850 habitants à être déplacés d’ici 2054 et déclenche l’effondrement des prix de l’immobilier, suscitant l’amertume des habitants.

A Nordstrandischmoor (Allemagne), l’ île est inondée jusqu’à 50 fois par an ; 25 habitants sont réfugiés sur quatre monticules artificiels ; des millions investis pour rehausser — emblème européen des « îles qui disparaissent »

Les effets en cascade de ces mobilités seront l’effondrement immobilier, des services publics perturbés (écoles, hôpitaux), des coûts économiques massifs, des tensions sociales, des migrations intérieures et transfrontalières, des conflits pour les ressources.

Condition d’existence n°9

Le chaos

Un mot permet de saisir ce que le climat peut faire à l’Europe de 2049 : le chaos. Le chaos est ce qui s’oppose aux perspectives de civilisation, ce qui ferme l’avenir. La trajectoire actuelle de nos sociétés nous conduit vers l’abîme et bon nombre des indicateurs de pilotage dont nous disposons biaisent notre analyse du réel, ils demeurent exclusivement économiques et tardent à intégrer les savoirs du système Terre. Force est de constater que notre boussole dysfonctionne. Nous sommes confrontés à une boucle de rétroaction socio-climatique : une spirale où la déstabilisation du système Terre fragilise les sociétés humaines, et où la fragilisation des sociétés humaines empêche l’action climatique, renforçant le déséquilibre planétaire.

Les modèles économiques dominants (William Nordhaus, Simon Dietz) sont inadaptés : ils négligent les effets non linéaires, les basculements et les cascades d’effondrements, ils sous-estiment le coût réel du climat.

La croissance des inégalités sociales est explosive. L’empreinte carbone moyenne des 1 % les plus riches et 175 fois plus élevée que l’empreinte carbone des 10 % les plus pauvres. Or ce sont les pauvres qui sont exposés à la surmortalité lors des canicules. Combien de temps vont-ils accepter d’être à ce point les grands perdants ? Nous pouvons imaginer que l’aggravation des différentes injustices climatiques va provoquer des soubresauts politiques dont certains pourront enclencher à terme des guerres civiles. Et ce d’autant que les risques systémiques ne pourront plus être pris en considération par les assureurs qui se demandent comment faire pour assurer les populations contre les risques croissants qu’elles courent. Le dérèglement climatique prend de cours les assureurs avec des coûts qui ont excédé leurs prévisions de 18 % sur la période 2020-2023. Il y a aujourd’hui une tendance chez les compagnies d’assurance à se retirer des zones à risques élevés, comme celles exposées aux incendies de forêt et aux inondations.

Le durcissement des conditions climatiques fragilise les démocraties. Nous savons que les catastrophes climatiques sont généralement suivies de recul des libertés, de réponses autoritaires, de montée des tensions sociales et de risques de conflits.

Un « risque de déraillement » sociétal n’est pas à exclure, dans un contexte d’anomie et de désaffiliation.

Conclusion

2049 n’est pas à comprendre de façon déterministe. Nous les humains sommes caractérisés par notre liberté. Et notamment par la liberté de l’action politique, cette possibilité d’agir de concert pour aller dans une direction, relever un défi, tenir une promesse. Cela suppose d’engager des combats, de les politiser, de refondre notre Constitution et nos outils législatifs, de démanteler les pans mortifère de notre activité économique.

2049 est là pour que nous tenions la promesse que nous avons faite à nos enfants en les projetant dans l’existence. La promesse que la vie ensemble, sur la Terre, vaut d’être vécue.


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La non-linéarité

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Dénoncer !

«Dénonçons l’obscurantisme, le racisme, le patriarcat et le négationnisme climatique»

L’appel à la résistance du mouvement climat

Republication d’un Appel paru sur le site du média Vert

Alors que le climat se détraque et que l’inaction perdure, les capacités d’action de la société civile se dégradent, au détriment des plus précaires, dénoncent les organisations de la transition écologique et sociale réunies ce samedi à Paris. Dans cette tribune à Vert, elles appellent à un sursaut collectif.

Records de chaleur meurtriers et cyclones dévastateurs, conflits pour l’accès à l’eau, reculs des politiques publiques de transition écologique et juste, montée de régimes autoritaires et multiples violations du droit international, attaques contre les défenseurs et défenseuses de l’environnement et renforcement des inégalités environnementales que subissent les populations les plus vulnérables, l’heure est grave pour les mouvements climat.

C’est face à ce contexte que nous, actrices et acteurs de la société civile de la transition écologique et sociale, réunis les 19 et 20 juin 2026 lors des Rencontres des mouvements climat à Paris, lançons cet appel à la résistance.

La situation politique nationale et internationale, instable et préoccupante, est marquée par une détérioration des équilibres démocratiques, le dénigrement de la science, une concentration des médias menaçant leur indépendance et la montée de discours de repli. Dans le même temps, notre système économique favorise toujours plus les profits à court terme pour un petit nombre de personnes au détriment des conditions de vie dignes de la majorité de la population.

«Qu’adviendra-t-il de la société civile si le contexte s’aggravait du fait de bascules politiques possibles en 2027 ?»

Ce contexte dégrade les capacités d’actions de la société civile pour lutter contre le réchauffement climatique et permettre aux populations les plus vulnérables d’accéder à des conditions de vie dignes et des moyens convenables d’existence et d’accéder aux solutions de transition écologique.

Les menaces pesant sur la résilience des structures associatives et militantes elles-mêmes s’accentuent également (menaces sur les libertés associatives, coupes budgétaires, instauration d’un climat de peur et d’intimidations, etc.), renforçant les inégalités environnementales subies par les personnes racisées, en situation de pauvreté, les femmes et les minorités de genre. Qu’adviendra-t-il de la société civile si le contexte, déjà délétère, s’aggravait du fait de bascules politiques possibles en 2027 ?

Pour toutes ces raisons, les actrices et les acteurs des mouvements climat ne doivent pas faiblir. Nous pouvons faire de l’espoir une puissance d’action, faire de la transition écologique une source d’émancipation, de justice et de protection, et nous renforcer collectivement pour affronter les défis et saisir les opportunités des mois et années à venir. Nous avons les moyens d’être forts aujourd’hui et résilients pour demain.

C’est pourquoi l’ensemble des organisations des mouvements climat est en ordre de marche pour résister :

Faisons preuve de solidarité, plus que jamais, vis-à-vis de la population dans toutes ses composantes, et notamment les minorités oppressées (personnes racisées, en situation de pauvreté, femmes et minorités de genre) : la solidarité doit rester un pan central de notre action.

Dénonçons, chaque fois que cela est possible, l’obscurantisme, le racisme, le patriarcat, le négationnisme climatique ou encore la corruption, dont la montée est une menace pour les droits de tous, mais aussi pour les médias, les lieux de représentation démocratique et les plus hauts niveaux de décision de l’État.

Opposons-nous, encore, à ce système économique d’accumulation des profits, de court terme, privilégiant une minorité.

Renforçons nos liens et les actes d’entraide avec les acteurs essentiels d’une société démocratique et juste : les chercheurs et chercheuses, les syndicats de travailleurs et travailleuses, ainsi que l’ensemble des acteurs de la société civile œuvrant pour une société plus solidaire et un monde préservé. Notre force réside dans cette diversité.

Augmentons notre puissance d’action en demandant une meilleure reconnaissance du rôle des actrices et des acteurs de la justice sociale et climatique dans le fonctionnement de notre société et le respect de leurs droits et la protection de leurs ressources financières.

Ne laissons aucune force mettre en péril les droits humains fondamentaux, les acquis sociaux gagnés de haute lutte, et les équilibres environnementaux dont notre survie dépend directement. Nous devons lutter de concert contre les montées de l’obscurantisme, de la désinformation, des discriminations et des attaques contre les actes de solidarité. Nous sommes fiers, combatifs et plus nombreux que jamais, dans notre diversité et dans nos alliances. On ne lâche rien.


Liste des structures signataires

ESS France, Alofa Tuvalu, Greenpeace France, Reses (Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire), France Nature Environnement, Zero Waste France, 350.org, EKO!, Manifestation Alternatif France, ONAV (Observatoire national des alimentations végétales, Réseau Action Climat France, WECF (Women engage for a common future), Action Santé Mondiale, Fédération Artisans du Monde, Générations Futures, Emmaüs France, Fédération française des usagères et usagers de la bicyclette, ActionAid France, Déclic collectif, Bio Consom’acteurs, CCFD-Terre Solidaire, Gret, Union syndicale Solidaires, Oxfam France, Seastemik, Enercoop, Rester sur Terre, Les Petits Débrouillards, Alternatiba, Action non-violente COP21, Pour un réveil écologique, Emmaüs International, CIWF France, Mouvement pour l’Économie Solidaire, Fridays for future France, ATD Quart-Monde, La Communauté Ecotable, Maison régionale de l’environnement et des solidarités Hauts-de-France, Foodwatch France, Bloom, SOL, Notre Affaire à tous, AVF (Association Végétarienne de France), Commerce Equitable France, Les Amis de la Terre France, Mouvement pour une alternative non-violente (MAN), Reclaim Finance, Amnesty International France, Terre de Liens, Les Désobéissants / La Boutique militante, Énergie Partagée, Attac France, Action Justice Climat Paris, Résistance à l’agression publicitaire, LDH (Ligue des droits de l’Homme / droits humains), L’Heureux Cyclage – Réseau des ateliers participatifs et solidaires, Actes et Cités, Action contre la faim, Agir pour l’environnement, Alda, Citoyen pour le climat, Frugalité heureuse et créative, Institution pour la conception écoresponsable du bâti, JAC (Jeunesse ambassadrice pour le climat et la biodiversité), Lutte et contemplation, Réseau Cler, Réseau «Sortir du nucléaire».



PFAS : Que fait la Wallonie ?

PFAS dans les pesticides : Que fait la Wallonie ?

Virginie Pissoort

Reprise d’un post LinkedIn


Hausse inquiétante des ventes et des réponses politiques ultra minimalistes – ridicule – dérisoire !

En Belgique, on vient de l’apprendre, les ventes de pesticides contenant des PFAS ont augmenté de 26 % en 2024, avec un total de 371.000 kilos de substances actives PFAS, selon nos calculs, confirmant une tendance déjà à la hausse ces dernières années, mais l’amplifiant encore davantage.

En parallèle, la contamination des ressources en eau au TFA (un produit de dégradation très persistant et très mobile) continue de progresser en Wallonie.

Malgré cette situation, les décisions prises ce 16 avril par le gouvernement wallon restent largement insuffisantes.

Derrière l’annonce du gouvernement wallon qui dit se prononcer pour « une interdiction progressive », les mesures concrètes se limitent à demander au représentant wallon au sein du comité d’agréation des pesticides de plaider pour :

  • l’interdiction uniquement pour les usages non professionnels (marginaux)
  • l’interdiction de certains usages professionnels uniquement s’il existe des alternatives agronomiquement et économiques praticables, avec une évaluation au cas par cas
  • l’élaboration d’une liste d’interdictions en concertation avec les syndicats agricoles (???!!!)

Allôô : qui fixe le cap ? Les autorités publiques ou les acteurs qu’elles sont censées réguler ? En s’en remettant à une liste d’interdictions à établir en concertation avec les syndicats agricoles, le gouvernement envoie un signal inquiétant …

Tout ça pour ça ??? !!!! alors que :

  • Les PFAS sont des substances extrêmement persistantes, associées à des risques sanitaires importants, notamment en tant que perturbateurs endocriniens, et à une contamination durable des ressources en eau.
  • Les auditions sur les risques sanitaires des pesticides au parlement wallon ont clairement établis les risques et la nécessité de changements majeurs !
  • Que des alternatives existent déjà : agriculture biologique et pratiques agroécologiques montrent qu’il est possible de produire sans ces substances.

Face à l’urgence sanitaire et environnementale, il est temps de changer d’échelle :

  • Interdire les pesticides PFAS pour tous les usages
  • Soutenir activement la transition des agriculteurs
  • Protéger durablement l’eau et les populations

Le décalage entre les constats scientifiques et les décisions politiques ne peut plus durer.



Moment Pearl Harbor ?

Retour sur le moment Pearl Harbor et l’État d’Urgence écologique

Térence

Les recherches s’accumulent sur la capacité de survie des êtres humains face aux températures thermomètre-mouillé. Un problème qui devient de plus en plus concret avec le réchauffement climatique, malgré le déni écologique international actuel. Pendant que nous avons les yeux rivés sur le Moyen-Orient, les USA vient de connaître le mois de mars le plus chaud de leur histoire (sur 132 ans de mesure), qui est aussi le mois individuellement « le plus anormalement chaud » par rapport aux moyennes climatiques.

En ce qui concerne notre capacité de supporter ce réchauffement, en une phrase : les précédentes tables de survie étaient trop optimistes, notamment par rapport à l’âge et au sexe des personnes, soumises à des températures et une humidité importantes, au soleil ou à l’ombre, pendant 6 heures continues.

Évidemment, on parle ici de survie humaine hors de toute technologie de refroidissement (la fameuse clim’), uniquement à partir du mécanisme naturel de refroidissement du corps par transpiration.

Mais on sait qu’une bonne partie de l’humanité (la majorité) vit dans des zones géographiques où le phénomène de dépassement des seuils se rapproche / augmente ET ne dispose pas de technologies de refroidissement. On sait aussi que la plupart d’entre nous concevons la vie humaine normale hors d’un scaphandre et avec la liberté permanente de nous rendre à l’extérieur, même en été, même lors d’une canicule.

Donc ces résultats scientifiques pointent vers l’émergence de zones « inhabitables » supplémentaires (il en existe déjà, pour différentes raisons, comme la pression extrême et l’absence d’air respirable au fond de l’océan) pour homo sapiens (mais aussi pour ses cultures végétales et ses élevages animaux, qui ont aussi des limites « corporelles »).

Ajoutons à cela une probabilité croissante de « super » El Nino en 2026 et 2027 (phénomène qui peut lui-même s’aggraver avec le réchauffement climatique durant la suite du siècle).

On ne peut qu’observer le renforcement des convergences vers une sorte de « singularité écologique » sur Terre.

J’ai discuté l’autre jour avec un collègue qui a fait une thèse en philo (dont la société a certifié qu’il savait réfléchir, même s’il y toujours une marge d’incertitude). Il me disait qu’il pensait qu’on ne bougerait pas avant d’y être forcés. De plus en plus d’amis me disent la même chose. Qui croit encore en l’écologie comme mouvement politique capable d’initier le changement AVANT que « le pire » ne se produise (le pire écologique étant déjà bien entamé en réalité) ?

C’est embêtant d’en venir à cette conclusion (que font aussi souvent les médecins et les psychologues) car vu l’inertie massive du système Terre, on va peut-être se bouger oui, forcés par les événements oui, mais quand il sera trop tard (trop tard chaque fois « pour tel niveau de dégât irréversible »… pouvant aller jusqu’à « l’extinction de l’humanité » -je mets la borne théorique du raisonnement). Le « trop tard pour x ou y » est en effet une affirmation dynamique, glissante vers le pire, à chaque seuil d’irréversibilité franchi (trop tard pour l’Amazonie, trop tard pour le Gulf Stream, trop tard pour les manchots empereurs, trop tard pour x ou y ou z… jusqu’au « trop tard pour homo sapiens » – à nouveau borne théorique du raisonnement, du moins anthropocentré).

Tant que l’espèce humaine est toujours viable, il n’est pas « trop tard » pour elle (en tant qu’espèce, on pourrait parler des milliards d’individus passés par « pertes et profits »). Mais il y a déjà plein d’espèces qui ont disparu, ayant franchi leur propre seuil de « trop tard » (si on adopte une métaphysique moins anthropocentrée).

Et il est déjà « trop tard » pour pas mal d’implantations humaines dans le monde (certaines îles par exemple).

Je songe dès lors encore et toujours à ce raisonnement autour du concept « d’État d’Urgence écologique » et du concept de « Moment Pearl Harbor ».

L’hypothèse selon laquelle, à un moment donné (ou plusieurs successivement), il y aura des fenêtres d’opportunité historiques, vu l’immensité des chocs (des catastrophes écologiques/climatiques provoquant un nombre incalculable de morts par exemple), pour que soient tentés des scénarios « d’État d’Urgence écologique » (version démocratique) ou d’état d’urgence (version non démocratique) via des moments socio-politico-historiques de type « Pearl Harbor ».

Ce qui s’est passé pendant la pandémie de covid-19 peut ainsi être vu comme un « modèle » analogue de ces scénarios (je le dis de façon descriptive, sans juger si les réactions politiques durant la pandémie étaient bonnes ou mauvaises, on ne peut nier qu’elles ont vu l’usage d’instruments d’exception, même par des démocraties).

Ces « moments Pearl Harbor » sont des singularités biophysiques et anthropologiques dans l’histoire du système combiné Antropobiosphère, où « quelque chose pourrait se produire » mais sans garantie que « ça » se produise. Ce quelque chose pourrait être une bifurcation par rapport aux mégatendances actuelles, par exemple une réduction de la voilure économique mondiale pour réduire massivement l’empreinte écologique, et donc ralentir l’Écocide planétaire.

La probabilité de tels « moments Pearl Harbor » ne fait qu’augmenter plus « ça empire » (c’est d’une logique imparable, toutes choses égales par ailleurs).

Il est a contrario tout à fait possible qu’il ne se passe « rien ». C’est à dire que le moment Pearl Harbor se présente en tant que possibilité, mais qu’il ne se réalise pas en tant que tel, ne donnant pas lieu à une « tentative d’État d’Urgence écologique » (qui peut ou pas « réussir », la définition de « réussite » étant synonyme de « minimiser la casse » dans toutes les branches des scénarios ultérieurs pour l’Anthropobiosphère).

S’il ne se passe « rien », on peut imaginer à long terme des résultats « à la Mad Max », où rien n’a été tenté, et l’Écocide planétaire s’est réalisé. Les humains résiduels ayant même perdu la mémoire, c’est-à-dire toute capacité à « se représenter » ce qui leur est arriveé. On voit l’émergence de cette possibilité d’apocalypse ignorée via la destruction de l’infrastructure scientifique climatique et écologique aux USA. Les populations ne peuvent dès lors pas élaborer à ce sujet, et encore moins agir adéquatement, collectivement. C’est un Ecocide silencieux, qui ne parvient jamais à la conscience collective ou qui en disparait progressivement.

Si la réalité est déjà « alternative », des milliards d’humains pourraient subir la catastrophe écologique sans ressentir la moindre révolte, le moindre affect politique, conditions nécessaires d’un Moment Pearl Harbor entièrement réalisé, au-delà de sa simple fenêtre de possibilité biophysique.

Tout ceci me fait beaucoup penser au concept de psychohistoire » développé par Isaac Asimov dans son cycle de science fiction « Fondation ».

Anticiper les ruptures de continuité possibles du système combiné Anthropobiosphère passe en effet par une connaissance des phénomènes biophysiques les plus généraux (réchauffement climatique, écocide, limites de survivabilité humaines, usage des combustibles fossiles) et des phénomènes anthropologiques : psychologiques, sociologiques, économiques, politiques et historiques, sans oublier les vecteurs technologiques comme l’industrie, la science, la technique et possiblement, l’IA.

Si on résume la trajectoire du système combiné Anthropobiosphère, en se concentrant uniquement sur les mégatendances, avec un regard d’analyste mathématique de fonctions en recherche de singularités dans les courbes, on voit forcément apparaitre ces grandes formes génériques, pour lesquelles chacun aura son vocabulaire :

  • Anthropobiosphère
  • Écocide planétaire
  • Moment Pearl Harbor
  • État d’Urgence écologique (démocratique ou non)

Et donc deux issues macroscopiques : l’Effondrement ou la Métamorphose.



Dead man walking

Antonio Turiel (*)

Traduction IA – Article paru dans The Oil Crash

L’article original est daté du 23 mars 2026

Chers lecteurs,

La guerre en Iran entre dans sa quatrième semaine. Une fois de plus, afin d’éviter une panique et un effondrement généralisé des marchés à l’ouverture de la séance de lundi, on a dû inventer une nouvelle pour apaiser les marchés. Dans ce cas, Donald Trump a décrété une trêve de 5 jours (uniquement du côté américain, Israël suit sa propre voie), selon lui grâce à des conversations fructueuses avec l’Iran ce week-end (conversations déjà démenties par les autorités iraniennes).

Nous sommes dans le temps additionnel. Dans les prochaines semaines arriveront les derniers navires qui ont quitté Ormuz avant sa fermeture, et lorsque cela se produira, la pénurie se manifestera dans toute sa brutalité et son intensité. En réalité, les choses vont déjà horriblement mal. La liste des pays souffrant de problèmes d’approvisionnement en carburant ou ayant même imposé des mesures de rationnement (Japon, Australie, Nouvelle-Zélande, Inde, Thaïlande…) s’allonge de jour en jour. La Chine a restreint l’exportation d’engrais, et aux États-Unis, on estime qu’il manquera entre 25 et 35 % des engrais habituellement utilisés pour cette campagne. La pénurie d’hélium entraînera une forte baisse de la production de puces dans quelques semaines, sans parler de la situation désastreuse de l’aluminium ou du cuivre, pour ne citer que quelques matières premières. En réalité, tout est affecté. Sans surprise pour les lecteurs habituels de ce blog, l’une des choses qui manque le plus en ce moment est le diesel, et cela affecte absolument tout, la chaîne d’approvisionnement de toutes sortes de matières premières.

Il ne semble pas y avoir de solution simple. L’Iran ne cédera pas sans un engagement crédible de non-agression de la part des États-Unis et d’Israël, garanti par de grandes puissances comme la Russie et la Chine, ainsi qu’une réparation de guerre à la hauteur des dommages causés. Il ne peut pas faire moins, car il sait que s’il cède maintenant, il sera attaqué de nouveau dans quelques mois, une fois ses adversaires réarmés. Mais ces conditions sont totalement inacceptables pour les États-Unis et Israël. En réalité, il n’existe aucune issue simple à cette impasse. Tout indique qu’un dommage structurel immense va être infligé à l’économie mondiale.

En me plaçant maintenant dans le contexte de l’Espagne et de l’Europe, soyons honnêtes : à moins qu’il ne se produise quelque chose d’absolument inimaginable (littéralement un miracle), nous allons nous écraser. Aucun autre dénouement n’est envisageable. Nous allons subir une perte très durable, peut-être même permanente, de 25 % ou plus de notre consommation énergétique, et cela se produira dans les prochains mois. Nous verrons une bonne partie de nos industries s’effondrer sans jamais se relever. Nous verrons le chômage exploser. Et dans les phases avancées de cette débâcle, nous verrons des pénuries de carburants et même de nourriture.

Peut-être que les maîtres du monde disposent de leviers que nous ne pouvons pas imaginer, peut-être ont-ils un moyen de stopper net cette guerre et avec elle ce désastre. Je ne le sais pas. Je ne sais pas et ne peux pas savoir ces choses. Ce que je sais, en revanche, c’est que sans un changement radical de cap, nous allons sombrer, et profondément. Et même si ce miracle se produisait, rien que par les dégâts déjà causés, les conséquences seraient déjà assez dures dans les années à venir. Bien sûr, rien en comparaison de l’effondrement actuel.

En ce moment, nous perdons environ 20 millions de barils par jour de pétrole et de produits pétroliers, soit environ 20 % de la consommation mondiale et, ce qui est le plus important pour nous, cela représente 40 % du pétrole disponible pour l’exportation. Il manque également environ 20 % du gaz naturel liquéfié, 30 % des engrais azotés, 30 % de l’hélium, 30 % de l’aluminium, 30 % du soufre (nécessaire pour produire de l’acide sulfurique pour les procédés industriels, y compris l’extraction du cuivre)… Il y a un embouteillage de conteneurs incroyable dans la zone. Le manque de pétrole brut moyen provenant du Golfe persique affecte particulièrement la production de diesel, mais aussi celle de kérosène. D’ailleurs, certaines compagnies aériennes commencent à annuler des vols. Quant au tourisme, Dieu seul sait ce qu’il adviendra.

Ce ne sera pas une crise de plus. Ce sera une catastrophe économique. Combinée à l’éclatement des bulles financières démesurées gonflées ces dernières années, il est difficile de comprendre l’ampleur de ce qui va se produire.

C’est de la pure arithmétique. Il n’y a aucune bonne issue si Ormuz reste fermé. Le fait que le monde ne tombe pas dans un abîme dépend uniquement de la réouverture de cette voie critique.

Certes, la fermeture d’Ormuz signe la fin du capitalisme nécroterminal, un système destructeur et vorace qui ne nous manquera pas. Le problème n’est pas tant la fin du capitalisme que la manière dont elle va se produire. Car au lieu de passer à un système de réseaux résilients capables d’accueillir l’humanité, la majeure partie de la planète chutera littéralement sans filet.

C’est probablement ce qui pouvait arriver de mieux. Avec un changement climatique incontrôlé et de nombreux autres problèmes environnementaux, nous ne pouvions pas espérer une décroissance ordonnée et contrôlée. Il fallait sans doute quelque chose de drastique, un arrêt brutal, s’il devait rester une marge pour construire quelque chose à l’avenir. Malgré tout, la principale inquiétude est de savoir comment éviter que l’effondrement du capitalisme ne devienne une hécatombe avec des millions de morts.

Dans ces circonstances, les mesures qui devraient être adoptées tous azimuts devraient concerner la souveraineté alimentaire, la garantie des besoins vitaux, la définition de secteurs stratégiques, la subordination de tous les biens à l’objectif commun de garantir la survie de tous, et l’adaptation la plus rapide possible à ces temps de tribulation et d’incertitude qui nous attendent.

Mais non. Rien de tout cela ne figure dans la feuille de route.

Hier, j’ai passé une partie de l’après-midi à examiner les grandes lignes du décret de mesures urgentes que le gouvernement espagnol a proposé pour faire face à cette nouvelle crise trumpienne. En vérité, je ne m’attendais à aucune surprise, et la plupart des mesures allaient dans le sens attendu. D’un côté, une réduction de la fiscalité de l’énergie, une mesure peu utile et à effet limité dans le temps, car en faisant baisser le prix, la demande augmente et le prix remonte jusqu’à s’ajuster à l’offre disponible, revenant ainsi au prix initial en quelques semaines, avec la différence que les entreprises conservent une marge plus importante et l’État une plus faible. De l’autre, des mesures pour accélérer la transition énergétique, toujours dans le cadre du modèle des renouvelables électriques industrielles, bien que l’on mentionne désormais les gaz renouvelables — de bulle en bulle. Quelques surprises positives : le rétablissement de la distance de 5 km pour définir les communautés énergétiques, qui avait été remise en cause dans le décret anti-blackout de l’année dernière ; et d’autres moins positives, comme la création de zones d’accélération renouvelable, où l’on veut imposer rapidement de grandes installations éoliennes et photovoltaïques.

Je lisais ces mesures et je pensais : pour quoi faire ? et quelle importance ? Ces jours-ci, alors que j’étais interviewé par divers médias, la question de la transition énergétique revenait souvent, notamment sur la manière dont la plus forte pénétration des renouvelables en Espagne a permis jusqu’à présent de maintenir des prix de l’électricité plus bas qu’en Europe. Des prix plus bas maintenant que la pénurie n’a pas encore commencé : nous verrons ce qui se passera lorsque les partenaires européens commenceront à se battre pour le gaz. Dans la plupart des interviews, on supposait que la fermeture du détroit d’Ormuz favoriserait la transition énergétique, sans comprendre que tout le système dépend d’une méga-machine industrielle qui produit tout ce qui est nécessaire à ce modèle, du ciment au méthacrylate, des cadres en aluminium à la fibre de verre des pales, en utilisant d’énormes quantités de combustibles fossiles. Et c’est précisément cette méga-machine industrielle qui va maintenant s’arrêter, et nous n’aurons même plus la possibilité de fabriquer une simple vis.

Dans la situation actuelle, penser que la réponse est la transition vers le renouvelable revient à se dire que c’est le bon moment pour appeler un maçon afin d’installer des portes coupe-feu alors qu’un incendie a pris dans la maison. Cela aurait pu être utile à un autre moment, mais plus maintenant. Il n’y a plus de temps pour cela. Nous devons maintenant nous préparer réellement à l’impact. Le système est encore debout et continue d’avancer, mais il est mort, et il s’effondrera à tout moment. Nous devrions nous y préparer.

Et si vous, cher lecteur, espérez qu’un miracle se produise et que le flux énergétique et matériel via Ormuz reprenne, sachez que cela garantirait une chute encore plus grave plus tard. En réalité, ce qui ne peut plus attendre, c’est l’organisation de l’avenir au-delà du capitalisme extractiviste.

Salutations,