Anthropocènisme ?

Format court numéro 7

Idée jetée

Paul Blume (*)

01 septembre 2026

L’été 2026, avec ses sécheresses, ses canicules à répétition et ses énormes feux de forêts, deviendra-t-il celui de la prise de conscience ? Verrons-nous dans les mois et années qui viennent des changements économiques et politiques majeurs pour prendre en compte le caractère anthropique du réchauffement climatique ?

Dans la foulée, allons-nous voir l’extractivisme tempéré ? Le recours aux énergies fossiles fortement diminuer années après années ? Productions et consommations superficielles disparaître peu à peu ?

L’Humanité va-t-elle enfin prendre la mesure des pollutions catastrophiques que son système industriel génère ? Arrêter d’empoisonner la Vie et de s’empoisonner comme si elle était incapable de sortir d’une démarche collective délétère ?

Espérons-le.

En attendant, comment qualifier cette propension bien ancrée à transformer le vivant, dépasser les limites, croître sans restriction ? Cette tendance suicidaire à l’écocide ?

Les outils de cette auto-destruction sont connus. Des trajectoires alternatives sont proposées. L’Humanité est confrontée à un avenir fait de sobriété violente. Le modèle actuel s’effondre.

Pourtant, nous persistons. Telle une espèce dont les conditions de subsistance se dégraderaient sans qu’elle ne s’en rendre compte.

Nous semblons atteints d’anthropocènisme. Incapables de sortir d’une trajectoire ancrée depuis des millénaires dans notre évolution. Et qui, dans sa démesure exponentielle, nous conduit droit vers des lendemains de plus en plus rapidement catastrophiques.

Comment penser des trajectoires alternatives ? Qu’est-il possible d’envisager ?

Ce débat devrait être LA priorité. De l’individu aux collectifs et instances, à tous les niveaux de nos sociétés.

Et, son cadre général est connu. Nous devons sortir de l’Anthropocènisme.


Anthropocènisme : n. m. désigne la propension qu’a l’Humanité de faire croître ses activités sans tenir compte des limites écosystémiques.


Anthropocentrisme, consumérisme, croissantisme, écocide, extractivisme, hubris, illimitisme, posthumanisme, technocentrisme, technosolutionnisme, transhumanisme, …


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Quand on veut,

on ne peut pas toujours

Arthur Keller

Republication – post LinkedIn

Ingénieur en aérospatiale de formation, une chose m’a toujours frappé.

À bord de la Station spatiale internationale, les systèmes de support de vie ne sont pas un sujet parmi d’autres, ils conditionnent tout le reste. Composition de l’air, température, pression, hygrométrie, nourriture, recyclage des matières, etc. : tout paramètre vital est surveillé en continu, et au moindre écart, la mission est mise sur pause et rétablir les conditions de survie devient l’unique priorité.

Le parallèle avec la Terre est patent : elle aussi a ses systèmes de support de vie (les biomes, l’hydrosphère, le climat…) sans lesquels elle serait inhabitable.

Or, les activités humaines dégradent ces systèmes à un rythme effréné.

Si nous étions un équipage d’astronautes, nous suspendrions aussitôt les activités non essentielles et mobiliserions nos talents et ressources pour restaurer les systèmes vitaux du vaisseau et basculer vers un plan B collectif.

Hélas l’humanité n’est pas un équipage soudé, compétent, discipliné. Nous sommes des milliards d’individus, entreprises, États, fonds d’investissement et organisations qui sont en concurrence à court terme et ne partagent pas les mêmes visions du monde, valeurs, idéologies, identités.

Nul commandant de bord, nulle autorité capable de décider pour tous dans l’intérêt de tous, nul protocole d’urgence pouvant interrompre les activités non vitales si la survie est compromise.

Nos logiques sont enchâssées dans un système global qui pose comme finalité première la maximisation du capital.

Experts et militants appellent à réorienter l’économie et à coopérer à l’échelle mondiale. Ils disent : « il faut ». Mais primo ces transformations sont largement incompatibles avec les logiques productivistes, capitalistes, industrialistes, matérialistes et consuméristes qui structurent le système actuel, secundo l’humanité n’est pas un tout uni mu par une volonté commune.

La systémique permet de saisir que le système a des verrouillages auto-organisés qui échappent aux intentions humaines. Le problème ne se résume pas à une lacune de bonne volonté. Quand on veut, on ne peut pas toujours.

Il est temps d’envisager le fiasco : et si nous ne parvenions jamais au niveau de coopération requis et aux mutations nécessaires ?

D’urgence, il nous faut un plan de secours pour réfréner la folie destructrice du système et préparer les territoires, organisations et communautés à affronter les bascules à venir dans la dignité en développant des capacités de Résistance, de Reliance, de Résilience, de Réorganisation et de Régénération.

Aucun ingénieur n’enverrait quiconque dans l’espace sans des plans B, C, D… Pourquoi nous accrochons-nous à l’espoir que ça peut marcher jusqu’à dénigrer ceux qui alertent sur un plausible échec ?

Il est temps de ne plus tout miser sur l’hypothèse d’une « transition » réussie et d’élargir notre fenêtre d’Overton quant aux stratégies à déployer.

L’heure est venue de recruter pour les chantiers 3 et 4.



Europe : les conditions d’habitabilité

Ce que le climat va faire à l’Europe. Neuf conditions d’habitabilité

par Nathanaël Wallenhorst

Republication – article paru sur le site de l’institut Momentum

Quelles seront nos conditions d’existence dans vingt-cinq ans et quelle sera l’habitabilité humaine à Thessalonique, en Laponie ou à Rennes ? A quoi ressemblerait notre vie quotidienne, en 2049, sur une Terre qui franchirait les principaux points de basculement ? Fort de savoirs actualisés, ce séminaire de Nathanaël Wallenhorst, qui s’est tenu à Paris le 19 mai 2026, anticipe d’une façon concrète ce que pourrait être 2049 pour les écosystèmes, le climat et la société. Aurons-nous toujours des saisons en 2049 ? De quoi sera faite notre alimentation ? Quels seront nos loisirs ? Climat, eau, santé et migrations, Nathanaël Wallenhorst raconte notre quotidien dans ce futur proche si rien ne change.

2049 n’est pas tant une date qu’une image. Celle d’un monde à venir avec des sociétés humaines explosées par les ruptures que nous créons sur la Terre. C’est une image difficile à voir. Elle résulte de la familiarisation avec des milliers d’articles académiques, de tous champs disciplinaires, accumulés depuis plus de dix ans. 2049, c’est un futur dystopique. C’est un réel en train de se faire, appréhendé à partir d’un faisceau d’analyses scientifiques. Pour cela, il est nécessaire de maîtriser une boîte à outils, constituée de savoirs biophysiques, d’éléments techniques, comme des controverses scientifiques en cours.

Les sciences du système Terre sont une forme de fédération disciplinaire qui étudie notre planète comme un système dynamique et complexe, un système interconnecté et sensible aux perturbations globales. Ses racines remontent à certaines des idées du XVIIIe siècle, comme celles du géologue écossais, James Hutton, sur la théorie de la terre, et aux travaux du bio-géochimiste russo ukrainien, Vladimir Vernadski sur la biosphère au début du XXe siècle.

Ensuite, c’est dans la seconde moitié du XXe siècle, que les sciences du système Terre ont émergé formellement, notamment grâce à des initiatives scientifiques, comme l’année géo physique, 1957–1958, évènement préparé au cours de la décennie précédente, qui regroupe 67 états.

Le concept d’Anthropocène, proposition de nouvelle époque géologique, marquée par une transformation des conditions d’habitabilité de notre planète, introduit par les sciences du système Terre, a été une étape importante dans la formalisation de cette émergence disciplinaire, qui est alors venue interagir avec les sciences géologiques. Celles-ci ont également été profondément marquées par la conceptualisation des tipping points ou points de bascule, dans des sous-systèmes, comme la calotte glaciaire du Groenland, ou l’Amazonie, où des perturbations peuvent entraîner des changements irréversibles.

Dans le monde de la recherche, le savoir, s’organise en silo où chacun approfondit une expertise sans l’articuler aux autres données scientifiques. Cette compartimentation du savoir constitue une entrave pour les chercheurs et les citoyens à disposer d’une vision panoramique, pourtant essentielle dans la compréhension de la trajectoire des sociétés humaines.

Au contraire, travailler sur les conditions d’existence suppose une articulation singulière des données scientifiques, sans être cantonné à un champ disciplinaire. Cela implique, par exemple, d’appréhender l’Anthropocène à partir des savoirs géologiques et de leurs fondements stratigraphiques, sans oublier les savoirs systémiques, ni ceux des sciences humaines et sociales.

Les conditions qui permettent l’existence humaine connaissent de profonds bouleversements. Une dynamique non linéaire, reliant les causes et leurs effets, est en train de changer toute notre compréhension de la Terre, une autre manière d’habiter le monde : la mort, soigneusement mise à distance dans nos sociétés occidentales, fait son grand retour. La pénurie d’eau et les famines que nous avons réussi à évincer, se frayent une place de choix dans nos vies. Mais c’est aussi au dépeuplement de la Terre que nous devons faire face, à l’expérience systématique de la contamination de nos propres, corps, au surgissement permanent de l’imprévisible, aux migrations et aux guerres.

Au cœur des conditions qui permettent nos existences apparaît progressivement le chaos. Fondamentalement, c’est la désaffiliation et l’esseulement qui nous guettent : comment être ensemble, nous soutenir, et nous aimer, dans un environnement où tout nous serait devenu hostile ?

Neuf conditions d’existence

Condition d’existence n°1

La non-linéarité

La Terre est un système complexe où se combinent des interactions multiples, des rétroactions, des seuils critiques. Ce sont des réactions non linéaires ou non proportionnelles, c’est-à-dire que dans la dynamique des points de basculement, les dommages postérieurs sont sans commune mesure avec les impacts qui les ont causés. Ilss’accompagnent aussi d’effets en cascade sur nos systèmes sociaux et économiques jusqu’à pouvoir dépasser les capacités d’adaptation des nations. Les systèmes de gouvernement ne sont pas adaptés à cette menace existentielle qui pèsent sur l’humanité. C’est la raison pour laquelle l’approche actuellement privilégiée par nombre de décideurs encourageant un changement linéaire et progressif n’est plus envisageable.

Un tipping point est un moment critique : un processus dont les conséquences sont non proportionnelles avec ce qui les a déclenchées (un système change d’état). Le mécanisme est parfois comparé à un jeu de dominos.

Par exemple, le ballon de baudruche. Son volume augmente de façon proportionnelle à l’air injecté (logique linéaire), jusqu’à ce qu’il explose (logique non linéaire).

Les tipping points sont marqués par de nombreuses incertitudes et caractérisés par des échelles temporelles variables en fonction des éléments de basculement (années à millénaires). Mais incertitude ne signifie pas ignorance. lmaginons une casserole de lait oubliée sur le feu : nous savons qu’elle va déborder, l’incertitude étant de savoir à quel moment.

En 2023, Timothy Lenton coordonne un rapport de près de 500 pages, Global Tipping Points Report, qui propose un état du savoir et des lacunes sur les tipping points du système Terre.

Condition d’existence n°2

La chaleur mortelle

Les vagues de chaleur estivales européennes ont causé 70 000 décès en 2003, 61 000 en 2022, 47 000 en 2023 (moyenne : 50 000 par an). La létalité de la chaleur s’amplifie avec chaque dixième de degré. Lors de l’été 2022, en France, David Azevedo, 50 ans, meurt d’hyperthermie après une journée de travail à 42°C. En avril 2024, au Bangladesh, Ahsan Habib, enseignant de 37 ans, meurt en classe lors d’une canicule à 42,2°C.

La chaleur humide est potentiellement létale. Elle bloque la transpiration, la survie physiologique est impossible dès 31-35°C, parfois dès 28°C.

Les villes amplifient le danger (îlot de chaleur : +5 °C nocturnes possibles). Les écoles, le travail, les transports, l’électricité, les télécoms sont fragilisés.

2049 est alors l’histoire d’un verrouillage. Le changement climatique, les autres perturbations anthropiques comme les changements d’utilisation des terres ainsi que l’apparition d’événements extrêmes comme les incendies, entraînent les sols d’un territoire dans une dynamique d’aridité. 2049 est l’histoire de la mort. Et singulièrement celle des sols qui ont pourtant permis nos existences en nous nourrissant et en nous hydratant. La mort des sols, c’est la mort des écosystèmes. La mort des écosystèmes, c’est notre mort à nous, humains, c’est la raison pour laquelle les processus de désertification sont particulièrement observés avec une véritable inquiétude dans les communautés scientifique.

À + 3°C, les deux tiers de la population mondiale connaîtront une augmentation des conditions de sécheresse. Elles seront plus fréquentes, plus intenses, plus longues et toucheront une part toujours plus importante de la population mondiale et européenne. L’enjeu désormais vital qui permet littéralement d’arroser nos sociétés, c’est la capacité des sols à recevoir et à capter l’humidité, étape essentielle pour que les végétaux poussent. C’est ce qu’on appelle le cycle de l’eau verte. L’état des sols de 2049 rend difficile de visualiser ce à quoi pourrait ressembler la vie quotidienne au sein de nos sociétés globalisées. Et la question qui continue de s’installer et la suivante : une vie en société pourrait-elles seulement être possible ? Ou faudra-t-il envisager que les humains se fédèrent dans le cadre de petites sociétés autonomes ? Nous sommes face à un risque majeur de transformation du bassin méditerranéen en désert au cours de ce siècle. Innombrables sont les articles qui font consensus autour de ce triste constat. Très concrètement, avec 1,5°C de plus, nos modes de production agricole autour du bassin méditerranéen persistent, tant bien que mal. Mais cela cesse avec +2°C et les déficits chroniques de précipitations s’installent.

Les climats vers lesquels nous nous dirigeons n’ont jamais connu de sociétés humaines établies.

Condition d’existence n°3

La pénurie

Il devient de plus en plus vital d’apprendre à économiser l’eau. Car si l’eau est partout, c’est son manque qui prédomine. Comme 71 % des territoires de la planète sont recouverts d’eau, nous pourrions nous dire que nous n’en manquerons jamais. Mais ce n’est pas si simple, car seul 0,3 % de l’eau douce, qui représente 2,5 % du volume d’eau total, est accessible. La plupart du reste de l’eau douce est contenue dans les glaciers. Cela signifie que seul 0,007 % de l’eau est disponible pour l’humanité. Alors que cette quantité était disponible pour une population de 1,6 milliards d’habitants en 1900, nous devons désormais la partager entre plus de 8 milliards de personnes. Or, les besoins en eau par habitant ont littéralement explosé en raison de nos modes de vie modernes et de la croissance économique du XXe siècle extrêmement consommatrice d’eau douce. Un hamburger nécessite 2400 litres, un jean, 10 000 litres. Aujourd’hui 70 à 80 % de l’eau potable sont destinés à l’agriculture et à la production de nourriture, 10 à 20 % à l’industrie et à peine 10 % aux usages domestiques. Nous vivons déjà dans un monde où l’accès à l’eau en crise. Environ 4 milliards de personnes vivent dans des conditions de grave pénurie d’eau douce pendant au moins un mois de l’année.

L’Europe du Nord devrait avoir 20 % de précipitations supplémentaires dans les décennies à venir, mais cela n’a rien d’une bonne nouvelle, car ce sera principalement sous la forme d’épisodes de pluie intenses, causant des inondations comme celles que nous avons connues récemment en Allemagne, en Espagne ou en Belgique. Ces alternancesd’inondations et de sécheresses sont problématiques pour l’irrigation de nos cultures, mais aussi pour le transport fluvial. Dans les Alpes, les prévisions indiquent une diminution de l’épaisseur de la neige pour toutes les altitudes, toutes les périodes et ce quels que soient les scénarios des émissions de gaz à effet de serre.

Les réserves vitales pour l’irrigation de nos cultures et pour l’alimentation de nos villes en eau potable sont directement sensibles aux variations de la météo. Une sécheresse peut rapidement nous faire toucher le fond de nos réservoirs. Ces dernières années, un phénomène particulièrement problématique se développe : les sécheresses éclair.

En 2049, la moitié de l’humanité sera privée d’eau douce des glaciers, les réserves d’eau claire vont se raréfier et les terres agricoles seront stérilisées par le sel. Au total, ce sont plus de 10% des terres de la planète qui sont en proie à uneaugmentation de leur salinité. Les inondations côtières vont se multiplier, submergeant les villes côtières à une fréquence accrue.

La pénurie d’eau est la mère des menaces. Une vie sans citerne se profile, car les glaces fondent sans être rechargées par des précipitations neigeuses. Or les glaciers, que les processus géologiques ont mis quelques millions d’années à créer, sont nos réserves. Nos vies sont reliées aux glaces. Sans parler de la bombe à retardement du permafrost, cet ensemble de sols gelés en permanence en Alaska, au Groenland, en Sibérie, sur le plateau tibétain ou dans les hauteurs alpines, qui fondent sous l’effet du réchauffement climatique, ce qui libère des gaz à effet de serre.

Condition d’existence n°4

Le dépeuplement

La disparition d’une espèce n’est pas un drame en soi. Mais ce qui se passe aujourd’hui est d’une toute nature : le rythme de leur disparition s’emballe. Il s’agit d’une annihilation biologique sans précédent. 50 % des espèces migratrices sont en déclin, 20 % sont menacées d’extinction. Le rythme d’extinction est 10 à 100 fois supérieur au taux naturel.

En France ce sont 3000 espèces qui sont menacées. Le tiercé destructeur combine les prélèvements direct, l’exploitation des milieux naturels, et le changement climatique. Ainsi, le thon rouge a été pêché intensivement tout au long du XXe siècle et ses populations se sont effondrées. Ensuite, le changement d’affectation des sols et l’exploitation des milieux naturels ont constitué la plus grande cause de destruction du vivant : ils détruisent ou fragmentent les habitats naturels des espèces tant terrestres qu’océaniques ou d’eau douce, à la fois animales et végétales. Et si le réchauffement climatique se poursuit, il supplantera alors le changement d’affectation des sols comme principal facteur de destruction de la vie.

Par exemple , le hêtre commun, un des feuillus les plus répandus en Europe est considéré comme une « espèce morte-vivante », déjà condamnée par la rapidité du réchauffement.

Ce même processus de dépeuplement affectera la vie marine, touchée par l’acidification. L’acidification, par l’intermédiaire de plusieurs mécanismes interconnectés, fragilise le plancton, élément crucial dans la chaîne alimentaire ou océanique. Mais le plancton est aussi une pompe à carbone qui capte environ 50 gigatonnes de carbone chaque année. Ce sont les océans qui absorbent la majorité de la chaleur émise par le soleil. Ils sont comme une bouillotte ou un chauffage qui maintient la Terre à une température tempérée favorable à la vie. L’océan, qui capte 90 % de la chaleur excédentaire liée au réchauffement climatique, se réchauffe désormais beaucoup trop.

Condition d’existence n°5

La contamination

De nouvelles entités (plastiques, PFAS, pesticides, métaux lourds…), absentes du système Terre avant l’ère industrielle, s’infiltrent dans l’eau, l’air, les sols et nos corps . Nous sommes en présence d’une contamination systémique. Par exemple, les « Plasticenta » sont des microplastiques des deux côtés du placenta. Il s’agit d’une exposition prénatale généralisée.

Or la production de plastiques pourrait tripler d’ici 2060. Les particules fines sont à l’origine de 238 000 décès prématurés en Europe tous les ans. Le changement climatique concourt aux maladies cardiovasculaires, respiratoires, cancers, à la malnutrition, aux maladies vectorielles (dengue, paludisme, chikungunya, bilharziose), aux pathologies mentales, aux suicides, à de nouvelles zoonoses. Le réchauffement accélère l’augmentation du périmètre des maladies et leursmutations. Limiter le réchauffement à +1,5 °C (vs +2 °C) éviterait ~153 000 000 décès prématurés. Sans oublier que le dégel du permafrost peut déclencher la libération potentielle d’agents pathogènes anciens et le relargage de polluants.

Condition d’existence n°6

L’imprévisible

L’Europe entre dans un régime d’événements extrêmes plus fréquents et plus intenses (crues éclairs, méga-incendies, tempêtes) ; chaque choc entame la résilience des territoires.

Entre 1995 et 2015, 606 000 personnes sont décédées et 4,1 milliards de personnes ont été blessées ou se sont trouvées sans abri ou dans le besoin d’une aide d’urgence (au niveau mondial).

L’Europe est touchée par une alternance de sécheresses et d’inondations : l’atmosphère plus chaude charge le cycle évaporation-précipitation. Le réchauffement climatique accélère le cycle d’évaporation-précipitation, ce qui génère une alternance de sécheresses et d’inondations. Il assèche les sols, qui perdent leur fertilité et leur capacité de production agricoles, en même temps qu’il accentue les inondations qui détruisent les cultures.

14 juillet 2021, vallée de l’Ahr (Allemagne) : Meike et Dörte Näkel, viticultrices, emportées par une crue fulgurante, survivent huit heures accrochées à un prunier.

23 juillet 2018, Mati (Grèce) : en 90 minutes, un feu dévore 1 400 hectares et 1650 habitations, piégeant les habitants. 140 morts.

Des phénomènes étranges peuvent survenir, comme le 8 septembre 2020, sous un ciel presque sans nuages, l’eau a envahi la place Saint-Marc à Venise. Sans qu’aucune goutte d’eau tombe du ciel, une très grande marée, poussée par des vents favorables, a suffi, en raison de l’augmentation du niveau de la mer Adriatique, pour que l’eau submerge le seuil des sols urbains. C’est ce qu’on appelle une inondation par beau temps. Sous un soleil radieux, tout d’un coup, la mer, monte plus haut qu’à l’habitude, inonde tout d’eau salée. Cela arrive régulièrement à Hambourg, en Allemagne, particulièrement dans le quartier de Fischmarkt où les commerçants ont pris l’habitude de placer des les marchandises sur des palettes pour que leurs étals ne soient pas détruits par les inondations d’eau salée.

2049 sera le temps de la destruction des infrastructures et sera marquée par l’imprévisibilité au cœur de l’existence, la fin des capacités de planification et la fragilisation civilisationnelle.

Condition d’existence n°7

La faim

Durant des milliers d’années, les populations humaines se sont concentrées dans un sous-ensemble très étroit des régions terrestres, toutes caractérisées par des conditions climatiques similaires caractérisées par des températures annuelles moyennes autour de 13°. C’est ce qu’on appelle une niche de température humaine liée à des contraintes fondamentales. Toutes les espèces animales et végétales ont une niche environnementale leur permettant de se développer. Et c’est aussi le cas pour nous, même si nous disposons d’un outillage technique considérable.

D’ici les années 2070, jusqu’à trois milliards de personnes seront poussées en dehors de cette niche. Un tiers de la population mondiale sera confrontée à des températures moyennes supérieures à 29°C en l’absence de migrations, ce qui est incompatible avec une vie en société (aujourd’hui 0,8% surface terrestre a ce type de température : le Sahara).

La production agricole dépend de l’équilibre fragile entre climat et biosphère. Aujourd’hui, 52% des terres agricoles mondiales sont fragilisées par les forçages anthropiques. Les rendements agricoles sont en baisse structurelle. Depuis 1961, la productivité agricole mondiale a baissé de 21%.

L’agriculture est tributaire des circulations atmosphériques et océaniques. L’affaiblissement de l’AMOC (circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, dont le Gulf Stream est une partie) pourrait provoquer un effondrement de la production alimentaire mondiale. Les conditions plus froides et sèches feraient s’effondrer la production agricole de l’Hémisphère Nord.

La hausse moyenne des températures de surface qui augmente le risque de conditions climatiques extrêmes, augmente le risque de baisse des récoltes mondiales, qui pourrait produire ce qu’on appelle des ruptures de grenier, une insuffisance simultanée aux différents endroits du globe des réserves agricoles, provoquant un choc des prix alimentaires. Le risque d’effondrement agricole pour la population mondiale est tel que nombre de chercheurs ont travaillé à proposer des définitions de ces risques. Le risque global catastrophique (Global Catastrophic Risk, GCR) désigne la probabilité d’une perte de 25 % de la population mondiale à la suite d’une perturbation sévère du système alimentaire, dans un laps de temps donné, et la perte de la capacité de l’humanité à maintenir sa forme actuelle.

Condition d’existence n°8

La migration et la guerre

L’élévation du niveau de la mer aura des impacts significatifs en Europe où 30 millions de personnes vivent dans des zones côtières à risque. La fonte accélérée du Groenland et de l’Antarctique pourrait conduire à des hausses de 2 à 5 mètres, modifiant la carte européenne et mondiale d’ici à 2150. Ce sont de nombreuses villes européennes que nous perdrons à savoir, Amsterdam, Rotterdam et La Haye aux Pays-Bas ; Bruges, Ostende et Anvers, en Belgique ; Londres et Bristol, au Royaume-Uni ; mais aussi, Bordeaux, Nantes, La Rochelle, Marseille, et Nice, en France ; Barcelone, en Espagne ; Lisbonne, au Portugal ; Venise, Naples et Gênes, en Italie ; Hambourg, en Allemagne ; Copenhague au Danemark.

A Fairbourne (Pays de Galles), la décision municipale d’abandonner la digue oblige 850 habitants à être déplacés d’ici 2054 et déclenche l’effondrement des prix de l’immobilier, suscitant l’amertume des habitants.

A Nordstrandischmoor (Allemagne), l’ île est inondée jusqu’à 50 fois par an ; 25 habitants sont réfugiés sur quatre monticules artificiels ; des millions investis pour rehausser — emblème européen des « îles qui disparaissent »

Les effets en cascade de ces mobilités seront l’effondrement immobilier, des services publics perturbés (écoles, hôpitaux), des coûts économiques massifs, des tensions sociales, des migrations intérieures et transfrontalières, des conflits pour les ressources.

Condition d’existence n°9

Le chaos

Un mot permet de saisir ce que le climat peut faire à l’Europe de 2049 : le chaos. Le chaos est ce qui s’oppose aux perspectives de civilisation, ce qui ferme l’avenir. La trajectoire actuelle de nos sociétés nous conduit vers l’abîme et bon nombre des indicateurs de pilotage dont nous disposons biaisent notre analyse du réel, ils demeurent exclusivement économiques et tardent à intégrer les savoirs du système Terre. Force est de constater que notre boussole dysfonctionne. Nous sommes confrontés à une boucle de rétroaction socio-climatique : une spirale où la déstabilisation du système Terre fragilise les sociétés humaines, et où la fragilisation des sociétés humaines empêche l’action climatique, renforçant le déséquilibre planétaire.

Les modèles économiques dominants (William Nordhaus, Simon Dietz) sont inadaptés : ils négligent les effets non linéaires, les basculements et les cascades d’effondrements, ils sous-estiment le coût réel du climat.

La croissance des inégalités sociales est explosive. L’empreinte carbone moyenne des 1 % les plus riches et 175 fois plus élevée que l’empreinte carbone des 10 % les plus pauvres. Or ce sont les pauvres qui sont exposés à la surmortalité lors des canicules. Combien de temps vont-ils accepter d’être à ce point les grands perdants ? Nous pouvons imaginer que l’aggravation des différentes injustices climatiques va provoquer des soubresauts politiques dont certains pourront enclencher à terme des guerres civiles. Et ce d’autant que les risques systémiques ne pourront plus être pris en considération par les assureurs qui se demandent comment faire pour assurer les populations contre les risques croissants qu’elles courent. Le dérèglement climatique prend de cours les assureurs avec des coûts qui ont excédé leurs prévisions de 18 % sur la période 2020-2023. Il y a aujourd’hui une tendance chez les compagnies d’assurance à se retirer des zones à risques élevés, comme celles exposées aux incendies de forêt et aux inondations.

Le durcissement des conditions climatiques fragilise les démocraties. Nous savons que les catastrophes climatiques sont généralement suivies de recul des libertés, de réponses autoritaires, de montée des tensions sociales et de risques de conflits.

Un « risque de déraillement » sociétal n’est pas à exclure, dans un contexte d’anomie et de désaffiliation.

Conclusion

2049 n’est pas à comprendre de façon déterministe. Nous les humains sommes caractérisés par notre liberté. Et notamment par la liberté de l’action politique, cette possibilité d’agir de concert pour aller dans une direction, relever un défi, tenir une promesse. Cela suppose d’engager des combats, de les politiser, de refondre notre Constitution et nos outils législatifs, de démanteler les pans mortifère de notre activité économique.

2049 est là pour que nous tenions la promesse que nous avons faite à nos enfants en les projetant dans l’existence. La promesse que la vie ensemble, sur la Terre, vaut d’être vécue.


RÉFÉRENCES

La non-linéarité

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La chaleur

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La pénurie

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La planète meurt

La planète est en train de mourir mais tu as du travail lundi

Lettre à celle ou celui qui vient de s’éveiller

Sarah Connor

Traduction IA – Article paru sur collapse2050.com

Je sais exactement où tu es assis(e) en ce moment. Tu fixes un graphique des températures de surface de l’Atlantique Nord, observant une ligne rouge s’envoler vers un territoire inconnu et terrifiant. Encore une donnée horrible qui confirme ce que tu sais déjà. Tu ressens ce nœud familier au creux de l’estomac alors que tu prends conscience de la réalité biophysique : les systèmes de la planète sont en train de s’effondrer.

Quinze minutes plus tard, tu te connectes à une réunion Microsoft Teams. Ton manager partage un diaporama sur l’alignement stratégique de la marque et les objectifs de chiffre d’affaires du troisième trimestre, ou quelque chose comme ça. Tu acquiesces. Tu écris une question polie dans le chat pour montrer que tu es là. Tu souris.

Le choc entre le pergélisol qui fond et les absurdités de façade des entreprises fait l’effet d’un profond schisme cognitif.

Tu te demandes comment tu peux continuer à faire ça. Tu as la conviction inébranlable que les systèmes qui soutiennent notre civilisation sont en déclin terminal, et pourtant tu dois continuer à feindre de l’enthousiasme pour des réunions absurdes avec des gens absurdes sur des problèmes absurdes.

Tu as peut-être l’impression de devenir fou/folle en gaspillant ton temps restant à faire des choses qui, au fond, n’ont aucune importance. Mais tu dois acheter de la nourriture pour ton chat et payer la facture d’électricité… alors tu continues d’assister à ces réunions Teams.

Je t’écris pour t’assurer d’une vérité fondamentale : ta dissonance cognitive est rationnelle.

Tu fais partie d’un sous-ensemble discret mais en expansion rapide de la classe professionnelle qui traverse une rupture épistémologique profonde. Tu as abandonné les prémisses de l’« environnementalisme » moderne. Tu ne crois plus que l’innovation technologique ou les initiatives de durabilité des entreprises puissent éviter des issues catastrophiques. Tu reconnais que la catastrophe est déjà là.

Le traumatisme spécifique que tu as ressenti en abandonnant le mythe du développement durable porte un nom clinique. Les chercheurs en soins palliatifs l’appellent la « gifle existentielle ». Cela décrit la crise aiguë et désorientante qu’un patient subit lorsqu’il reçoit un diagnostic terminal, le moment où son futur anticipé disparaît. Ta gifle existentielle s’est produite lorsque tu as enfin intégré les calculs de la théorie des systèmes complexes et de la fragilité globale. Le récit du progrès humain s’est effondré. L’Organisation mondiale de la santé note que les patients en phase terminale ressentent une douleur spirituelle aiguë lorsque leurs croyances fondamentales sont détruites. Tu ressens exactement cette douleur spirituelle. Tu fais le deuil d’une civilisation tout en étant contractuellement obligé(e) de faire semblant de t’intéresser pendant que ton supérieur met l’équipe à jour sur la dernière version des formulaires.

Tu te demandes probablement pourquoi tu ne peux pas simplement compartimenter et faire ton travail. Le domaine de la théorie de la gestion de la peur explique parfaitement ta paralysie. Les humains construisent des visions du monde culturelles élaborées pour se protéger de la peur paralysante de notre mort inévitable. Pour le professionnel moderne, l’évolution de carrière et l’accumulation de richesse servent de projets d’immortalité. Le travail fournit une hiérarchie mesurable de valeur et nous distrait du vide.

Ton acceptation intérieure de l’effondrement civilisationnel a court-circuité ce mécanisme de défense. Ton projet d’immortalité s’est révélé être un moteur de destruction écologique. L’entité corporative a perdu toute permanence. Quand ton manager parle de croissance économique infinie et de planification à long terme, tu reconnais que c’est une impossibilité biophysique. Le travail ne calme plus ton anxiété ; il agit comme un rappel constant de l’effondrement imminent. Les sociologues appellent cela une « crise de légitimation » du travail. Le travail émotionnel que tu fournis pour maintenir la fiction de ton emploi est une forme de violence spirituelle.

Pour survivre à la journée de travail, tu tentes actuellement une adaptation complexe et épuisante de double conscience. Le sociologue W.E.B. Du Bois a inventé ce terme pour décrire l’expérience des personnes marginalisées forcées de maintenir simultanément deux réalités inconciliables.

Ta version est un cerveau scindé. Une moitié traite la trajectoire terrifiante de l’Anthropocène. L’autre moitié traite des feuilles Excel pour maintenir ton revenu. Séparer les deux nécessite un pare-feu psychologique, car tu crains que dire la vérité dans la salle de pause déclenche les mécanismes de défense du monde de tes collègues et entraîne une ostracisation sociale.

Ce masquage corporatif élaboré, comme tu l’as probablement constaté, n’est pas durable. Sans les moyens de t’autofinancer, tu as besoin d’un nouveau cadre de sens pour naviguer dans l’open space d’une planète mourante.

Considère la « Deep Adaptation », un concept développé par Jem Bendell. La Deep Adaptation abandonne le modèle traditionnel de gestion des impacts climatiques pour maintenir le statu quo. Elle propose une méthode de traitement du deuil à travers des questions fondamentales, notamment le principe de « renoncement ».

Le renoncement exige d’abandonner intentionnellement les comportements et attentes qui aggravent la crise. Tu pourrais réduire ton enthousiasme performatif au travail. Le monde de l’entreprise dira que tu fais du « quiet quitting » — un échec générationnel de caractère. Je considère cela comme une manœuvre psychologique rationnelle et protectrice.

Tu dois fournir le minimum d’efforts nécessaire pour maintenir ton revenu et ton assurance santé. Tu dois aussi protéger délibérément ton esprit d’un système toxique et rediriger ton énergie vers ta communauté, tes réseaux d’entraide et la régulation de ton propre système nerveux.

À moins que tu ne sauves des vies ou quelque chose du genre, abandonne la croyance arrogante et moderniste que ton travail individuel a un sens. Adopte la posture d’un travailleur en soins palliatifs. Vois ton rôle comme celui de quelqu’un qui prend soin d’une institution mourante, en minimisant la souffrance immédiate des personnes piégées en son sein, y compris toi-même. Concentre-toi sur les relations humaines agréables au bureau. Protège tes subordonnés de la toxicité de la direction. Pratique une empathie extrême et localisée.

Finalement, cette acceptation t’apportera un certain soulagement. Accepte que la bataille pour sauver le paradigme industriel est perdue. Cela apporte un léger apaisement à cette dissonance cognitive torturante.

Le Dark Mountain Project, un mouvement fondé sur la philosophie de la « décivilisation », encourage à accepter la fin de l’ère anthropocentrique et à se concentrer sur des tâches profondément humaines : créer de l’art, préserver les connaissances et raconter des histoires honnêtes dans l’ombre de l’effondrement.

Hélas, tu as des factures à payer.

Tu te connecteras encore aux réunions stratégiques du mardi matin. Tu regarderas encore les tableaux Excel. Cependant, les frontières rigides de ton ego professionnel s’assoupliront. L’avenir de l’humanité est terrifiant et incontrôlable. Le présent doit devenir ton sanctuaire vital. Tu es coincé(e) dans le jeu, alors tu dois apprendre à y jouer avec détachement, pleinement conscient(e) qu’aucun de ces objectifs trimestriels ne changera la trajectoire finale de notre déclin. Tu es éveillé(e) dans une société de somnambules. Ton rôle maintenant est simplement de faire ce que tu peux pour rendre la fin un peu moins cruelle.



Moment Pearl Harbor ?

Retour sur le moment Pearl Harbor et l’État d’Urgence écologique

Térence

Les recherches s’accumulent sur la capacité de survie des êtres humains face aux températures thermomètre-mouillé. Un problème qui devient de plus en plus concret avec le réchauffement climatique, malgré le déni écologique international actuel. Pendant que nous avons les yeux rivés sur le Moyen-Orient, les USA vient de connaître le mois de mars le plus chaud de leur histoire (sur 132 ans de mesure), qui est aussi le mois individuellement « le plus anormalement chaud » par rapport aux moyennes climatiques.

En ce qui concerne notre capacité de supporter ce réchauffement, en une phrase : les précédentes tables de survie étaient trop optimistes, notamment par rapport à l’âge et au sexe des personnes, soumises à des températures et une humidité importantes, au soleil ou à l’ombre, pendant 6 heures continues.

Évidemment, on parle ici de survie humaine hors de toute technologie de refroidissement (la fameuse clim’), uniquement à partir du mécanisme naturel de refroidissement du corps par transpiration.

Mais on sait qu’une bonne partie de l’humanité (la majorité) vit dans des zones géographiques où le phénomène de dépassement des seuils se rapproche / augmente ET ne dispose pas de technologies de refroidissement. On sait aussi que la plupart d’entre nous concevons la vie humaine normale hors d’un scaphandre et avec la liberté permanente de nous rendre à l’extérieur, même en été, même lors d’une canicule.

Donc ces résultats scientifiques pointent vers l’émergence de zones « inhabitables » supplémentaires (il en existe déjà, pour différentes raisons, comme la pression extrême et l’absence d’air respirable au fond de l’océan) pour homo sapiens (mais aussi pour ses cultures végétales et ses élevages animaux, qui ont aussi des limites « corporelles »).

Ajoutons à cela une probabilité croissante de « super » El Nino en 2026 et 2027 (phénomène qui peut lui-même s’aggraver avec le réchauffement climatique durant la suite du siècle).

On ne peut qu’observer le renforcement des convergences vers une sorte de « singularité écologique » sur Terre.

J’ai discuté l’autre jour avec un collègue qui a fait une thèse en philo (dont la société a certifié qu’il savait réfléchir, même s’il y toujours une marge d’incertitude). Il me disait qu’il pensait qu’on ne bougerait pas avant d’y être forcés. De plus en plus d’amis me disent la même chose. Qui croit encore en l’écologie comme mouvement politique capable d’initier le changement AVANT que « le pire » ne se produise (le pire écologique étant déjà bien entamé en réalité) ?

C’est embêtant d’en venir à cette conclusion (que font aussi souvent les médecins et les psychologues) car vu l’inertie massive du système Terre, on va peut-être se bouger oui, forcés par les événements oui, mais quand il sera trop tard (trop tard chaque fois « pour tel niveau de dégât irréversible »… pouvant aller jusqu’à « l’extinction de l’humanité » -je mets la borne théorique du raisonnement). Le « trop tard pour x ou y » est en effet une affirmation dynamique, glissante vers le pire, à chaque seuil d’irréversibilité franchi (trop tard pour l’Amazonie, trop tard pour le Gulf Stream, trop tard pour les manchots empereurs, trop tard pour x ou y ou z… jusqu’au « trop tard pour homo sapiens » – à nouveau borne théorique du raisonnement, du moins anthropocentré).

Tant que l’espèce humaine est toujours viable, il n’est pas « trop tard » pour elle (en tant qu’espèce, on pourrait parler des milliards d’individus passés par « pertes et profits »). Mais il y a déjà plein d’espèces qui ont disparu, ayant franchi leur propre seuil de « trop tard » (si on adopte une métaphysique moins anthropocentrée).

Et il est déjà « trop tard » pour pas mal d’implantations humaines dans le monde (certaines îles par exemple).

Je songe dès lors encore et toujours à ce raisonnement autour du concept « d’État d’Urgence écologique » et du concept de « Moment Pearl Harbor ».

L’hypothèse selon laquelle, à un moment donné (ou plusieurs successivement), il y aura des fenêtres d’opportunité historiques, vu l’immensité des chocs (des catastrophes écologiques/climatiques provoquant un nombre incalculable de morts par exemple), pour que soient tentés des scénarios « d’État d’Urgence écologique » (version démocratique) ou d’état d’urgence (version non démocratique) via des moments socio-politico-historiques de type « Pearl Harbor ».

Ce qui s’est passé pendant la pandémie de covid-19 peut ainsi être vu comme un « modèle » analogue de ces scénarios (je le dis de façon descriptive, sans juger si les réactions politiques durant la pandémie étaient bonnes ou mauvaises, on ne peut nier qu’elles ont vu l’usage d’instruments d’exception, même par des démocraties).

Ces « moments Pearl Harbor » sont des singularités biophysiques et anthropologiques dans l’histoire du système combiné Antropobiosphère, où « quelque chose pourrait se produire » mais sans garantie que « ça » se produise. Ce quelque chose pourrait être une bifurcation par rapport aux mégatendances actuelles, par exemple une réduction de la voilure économique mondiale pour réduire massivement l’empreinte écologique, et donc ralentir l’Écocide planétaire.

La probabilité de tels « moments Pearl Harbor » ne fait qu’augmenter plus « ça empire » (c’est d’une logique imparable, toutes choses égales par ailleurs).

Il est a contrario tout à fait possible qu’il ne se passe « rien ». C’est à dire que le moment Pearl Harbor se présente en tant que possibilité, mais qu’il ne se réalise pas en tant que tel, ne donnant pas lieu à une « tentative d’État d’Urgence écologique » (qui peut ou pas « réussir », la définition de « réussite » étant synonyme de « minimiser la casse » dans toutes les branches des scénarios ultérieurs pour l’Anthropobiosphère).

S’il ne se passe « rien », on peut imaginer à long terme des résultats « à la Mad Max », où rien n’a été tenté, et l’Écocide planétaire s’est réalisé. Les humains résiduels ayant même perdu la mémoire, c’est-à-dire toute capacité à « se représenter » ce qui leur est arriveé. On voit l’émergence de cette possibilité d’apocalypse ignorée via la destruction de l’infrastructure scientifique climatique et écologique aux USA. Les populations ne peuvent dès lors pas élaborer à ce sujet, et encore moins agir adéquatement, collectivement. C’est un Ecocide silencieux, qui ne parvient jamais à la conscience collective ou qui en disparait progressivement.

Si la réalité est déjà « alternative », des milliards d’humains pourraient subir la catastrophe écologique sans ressentir la moindre révolte, le moindre affect politique, conditions nécessaires d’un Moment Pearl Harbor entièrement réalisé, au-delà de sa simple fenêtre de possibilité biophysique.

Tout ceci me fait beaucoup penser au concept de psychohistoire » développé par Isaac Asimov dans son cycle de science fiction « Fondation ».

Anticiper les ruptures de continuité possibles du système combiné Anthropobiosphère passe en effet par une connaissance des phénomènes biophysiques les plus généraux (réchauffement climatique, écocide, limites de survivabilité humaines, usage des combustibles fossiles) et des phénomènes anthropologiques : psychologiques, sociologiques, économiques, politiques et historiques, sans oublier les vecteurs technologiques comme l’industrie, la science, la technique et possiblement, l’IA.

Si on résume la trajectoire du système combiné Anthropobiosphère, en se concentrant uniquement sur les mégatendances, avec un regard d’analyste mathématique de fonctions en recherche de singularités dans les courbes, on voit forcément apparaitre ces grandes formes génériques, pour lesquelles chacun aura son vocabulaire :

  • Anthropobiosphère
  • Écocide planétaire
  • Moment Pearl Harbor
  • État d’Urgence écologique (démocratique ou non)

Et donc deux issues macroscopiques : l’Effondrement ou la Métamorphose.



Dead man walking

Antonio Turiel (*)

Traduction IA – Article paru dans The Oil Crash

L’article original est daté du 23 mars 2026

Chers lecteurs,

La guerre en Iran entre dans sa quatrième semaine. Une fois de plus, afin d’éviter une panique et un effondrement généralisé des marchés à l’ouverture de la séance de lundi, on a dû inventer une nouvelle pour apaiser les marchés. Dans ce cas, Donald Trump a décrété une trêve de 5 jours (uniquement du côté américain, Israël suit sa propre voie), selon lui grâce à des conversations fructueuses avec l’Iran ce week-end (conversations déjà démenties par les autorités iraniennes).

Nous sommes dans le temps additionnel. Dans les prochaines semaines arriveront les derniers navires qui ont quitté Ormuz avant sa fermeture, et lorsque cela se produira, la pénurie se manifestera dans toute sa brutalité et son intensité. En réalité, les choses vont déjà horriblement mal. La liste des pays souffrant de problèmes d’approvisionnement en carburant ou ayant même imposé des mesures de rationnement (Japon, Australie, Nouvelle-Zélande, Inde, Thaïlande…) s’allonge de jour en jour. La Chine a restreint l’exportation d’engrais, et aux États-Unis, on estime qu’il manquera entre 25 et 35 % des engrais habituellement utilisés pour cette campagne. La pénurie d’hélium entraînera une forte baisse de la production de puces dans quelques semaines, sans parler de la situation désastreuse de l’aluminium ou du cuivre, pour ne citer que quelques matières premières. En réalité, tout est affecté. Sans surprise pour les lecteurs habituels de ce blog, l’une des choses qui manque le plus en ce moment est le diesel, et cela affecte absolument tout, la chaîne d’approvisionnement de toutes sortes de matières premières.

Il ne semble pas y avoir de solution simple. L’Iran ne cédera pas sans un engagement crédible de non-agression de la part des États-Unis et d’Israël, garanti par de grandes puissances comme la Russie et la Chine, ainsi qu’une réparation de guerre à la hauteur des dommages causés. Il ne peut pas faire moins, car il sait que s’il cède maintenant, il sera attaqué de nouveau dans quelques mois, une fois ses adversaires réarmés. Mais ces conditions sont totalement inacceptables pour les États-Unis et Israël. En réalité, il n’existe aucune issue simple à cette impasse. Tout indique qu’un dommage structurel immense va être infligé à l’économie mondiale.

En me plaçant maintenant dans le contexte de l’Espagne et de l’Europe, soyons honnêtes : à moins qu’il ne se produise quelque chose d’absolument inimaginable (littéralement un miracle), nous allons nous écraser. Aucun autre dénouement n’est envisageable. Nous allons subir une perte très durable, peut-être même permanente, de 25 % ou plus de notre consommation énergétique, et cela se produira dans les prochains mois. Nous verrons une bonne partie de nos industries s’effondrer sans jamais se relever. Nous verrons le chômage exploser. Et dans les phases avancées de cette débâcle, nous verrons des pénuries de carburants et même de nourriture.

Peut-être que les maîtres du monde disposent de leviers que nous ne pouvons pas imaginer, peut-être ont-ils un moyen de stopper net cette guerre et avec elle ce désastre. Je ne le sais pas. Je ne sais pas et ne peux pas savoir ces choses. Ce que je sais, en revanche, c’est que sans un changement radical de cap, nous allons sombrer, et profondément. Et même si ce miracle se produisait, rien que par les dégâts déjà causés, les conséquences seraient déjà assez dures dans les années à venir. Bien sûr, rien en comparaison de l’effondrement actuel.

En ce moment, nous perdons environ 20 millions de barils par jour de pétrole et de produits pétroliers, soit environ 20 % de la consommation mondiale et, ce qui est le plus important pour nous, cela représente 40 % du pétrole disponible pour l’exportation. Il manque également environ 20 % du gaz naturel liquéfié, 30 % des engrais azotés, 30 % de l’hélium, 30 % de l’aluminium, 30 % du soufre (nécessaire pour produire de l’acide sulfurique pour les procédés industriels, y compris l’extraction du cuivre)… Il y a un embouteillage de conteneurs incroyable dans la zone. Le manque de pétrole brut moyen provenant du Golfe persique affecte particulièrement la production de diesel, mais aussi celle de kérosène. D’ailleurs, certaines compagnies aériennes commencent à annuler des vols. Quant au tourisme, Dieu seul sait ce qu’il adviendra.

Ce ne sera pas une crise de plus. Ce sera une catastrophe économique. Combinée à l’éclatement des bulles financières démesurées gonflées ces dernières années, il est difficile de comprendre l’ampleur de ce qui va se produire.

C’est de la pure arithmétique. Il n’y a aucune bonne issue si Ormuz reste fermé. Le fait que le monde ne tombe pas dans un abîme dépend uniquement de la réouverture de cette voie critique.

Certes, la fermeture d’Ormuz signe la fin du capitalisme nécroterminal, un système destructeur et vorace qui ne nous manquera pas. Le problème n’est pas tant la fin du capitalisme que la manière dont elle va se produire. Car au lieu de passer à un système de réseaux résilients capables d’accueillir l’humanité, la majeure partie de la planète chutera littéralement sans filet.

C’est probablement ce qui pouvait arriver de mieux. Avec un changement climatique incontrôlé et de nombreux autres problèmes environnementaux, nous ne pouvions pas espérer une décroissance ordonnée et contrôlée. Il fallait sans doute quelque chose de drastique, un arrêt brutal, s’il devait rester une marge pour construire quelque chose à l’avenir. Malgré tout, la principale inquiétude est de savoir comment éviter que l’effondrement du capitalisme ne devienne une hécatombe avec des millions de morts.

Dans ces circonstances, les mesures qui devraient être adoptées tous azimuts devraient concerner la souveraineté alimentaire, la garantie des besoins vitaux, la définition de secteurs stratégiques, la subordination de tous les biens à l’objectif commun de garantir la survie de tous, et l’adaptation la plus rapide possible à ces temps de tribulation et d’incertitude qui nous attendent.

Mais non. Rien de tout cela ne figure dans la feuille de route.

Hier, j’ai passé une partie de l’après-midi à examiner les grandes lignes du décret de mesures urgentes que le gouvernement espagnol a proposé pour faire face à cette nouvelle crise trumpienne. En vérité, je ne m’attendais à aucune surprise, et la plupart des mesures allaient dans le sens attendu. D’un côté, une réduction de la fiscalité de l’énergie, une mesure peu utile et à effet limité dans le temps, car en faisant baisser le prix, la demande augmente et le prix remonte jusqu’à s’ajuster à l’offre disponible, revenant ainsi au prix initial en quelques semaines, avec la différence que les entreprises conservent une marge plus importante et l’État une plus faible. De l’autre, des mesures pour accélérer la transition énergétique, toujours dans le cadre du modèle des renouvelables électriques industrielles, bien que l’on mentionne désormais les gaz renouvelables — de bulle en bulle. Quelques surprises positives : le rétablissement de la distance de 5 km pour définir les communautés énergétiques, qui avait été remise en cause dans le décret anti-blackout de l’année dernière ; et d’autres moins positives, comme la création de zones d’accélération renouvelable, où l’on veut imposer rapidement de grandes installations éoliennes et photovoltaïques.

Je lisais ces mesures et je pensais : pour quoi faire ? et quelle importance ? Ces jours-ci, alors que j’étais interviewé par divers médias, la question de la transition énergétique revenait souvent, notamment sur la manière dont la plus forte pénétration des renouvelables en Espagne a permis jusqu’à présent de maintenir des prix de l’électricité plus bas qu’en Europe. Des prix plus bas maintenant que la pénurie n’a pas encore commencé : nous verrons ce qui se passera lorsque les partenaires européens commenceront à se battre pour le gaz. Dans la plupart des interviews, on supposait que la fermeture du détroit d’Ormuz favoriserait la transition énergétique, sans comprendre que tout le système dépend d’une méga-machine industrielle qui produit tout ce qui est nécessaire à ce modèle, du ciment au méthacrylate, des cadres en aluminium à la fibre de verre des pales, en utilisant d’énormes quantités de combustibles fossiles. Et c’est précisément cette méga-machine industrielle qui va maintenant s’arrêter, et nous n’aurons même plus la possibilité de fabriquer une simple vis.

Dans la situation actuelle, penser que la réponse est la transition vers le renouvelable revient à se dire que c’est le bon moment pour appeler un maçon afin d’installer des portes coupe-feu alors qu’un incendie a pris dans la maison. Cela aurait pu être utile à un autre moment, mais plus maintenant. Il n’y a plus de temps pour cela. Nous devons maintenant nous préparer réellement à l’impact. Le système est encore debout et continue d’avancer, mais il est mort, et il s’effondrera à tout moment. Nous devrions nous y préparer.

Et si vous, cher lecteur, espérez qu’un miracle se produise et que le flux énergétique et matériel via Ormuz reprenne, sachez que cela garantirait une chute encore plus grave plus tard. En réalité, ce qui ne peut plus attendre, c’est l’organisation de l’avenir au-delà du capitalisme extractiviste.

Salutations,



Vers une Famine mondiale ?

Nous laissons les grandes entreprises jouer avec nos vies. Agissez maintenant, sinon la nourriture pourrait venir à manquer

George Monbiot

Traduction IA – Article paru dans The Guardian

La fragilité du système alimentaire mondial m’emplit d’effroi – et la guerre avec l’Iran a révélé à quel point il est proche de l’effondrement.

Le destin des écologistes est de passer leur vie à essayer de ne pas avoir raison. Être confirmé dans ses craintes est ce que nous redoutons. Mais il y a une menace qui me hante plus que toute autre : l’effondrement du système alimentaire mondial. Nous ne pouvons pas prédire quel en sera le déclencheur immédiat. Mais la guerre avec l’Iran est exactement le type d’événement qui pourrait en être un.

En m’appuyant sur des années de données scientifiques, j’affirme depuis un certain temps que ce risque existe – et que les gouvernements n’y sont absolument pas préparés. En 2023, j’ai soumis une contribution à une commission parlementaire sur le changement environnemental et la sécurité alimentaire, accompagnée d’une longue liste de références. Appelé comme témoin, j’ai passé une grande partie du temps à expliquer que le problème dépassait largement le cadre de l’enquête.

Si certains députés ont compris, les gouvernements dans leur ensemble ne semblent tout simplement pas saisir ce qui nous attend. Voici le problème : le système alimentaire mondial est structurellement fragile, de la même manière que le système financier mondial l’était avant la crise de 2008.

Il est facile d’identifier des vulnérabilités potentielles, comme une pénurie d’engrais causée par la fermeture du détroit d’Ormuz, ou des échecs de récoltes dus au dérèglement climatique. Mais ce ne sont pas le problème en soi. Ce sont des perturbations susceptibles de le déclencher. Le véritable problème est celui d’un système entier qui bascule dans le vide. Les mêmes facteurs qui auraient fait s’effondrer le système financier, sans un sauvetage de plusieurs milliers de milliards de dollars, menacent désormais le système alimentaire.

Des données récentes suggèrent que chaque partie de ce système est désormais fortement concentrée entre les mains de quelques entreprises, qui se sont consolidées à la fois verticalement et horizontalement. Une étude récente a montré que le système alimentaire américain s’est « concentré presque deux fois plus que l’ensemble de l’économie ». Certaines de ces entreprises, en se diversifiant dans les produits financiers, ressemblent désormais davantage à des banques qu’à des négociants en matières premières, mais sans être soumises au même niveau de régulation. Elles affirment que la financiarisation les aide à se protéger contre les risques, mais comme le souligne une étude, « il est presque impossible de distinguer la couverture du risque de la spéculation ». Nous ignorons à quel point elles sont exposées au risque, mais cela n’a rien de rassurant. En partie sous leur influence, le monde s’est orienté vers un « régime alimentaire standard mondial », fourni par une agriculture standardisée mondiale.

Ces vulnérabilités sont aggravées par l’utilisation de chaînes d’approvisionnement en flux tendu et par la concentration du commerce mondial autour de plusieurs points de passage stratégiques. Certains avertissent depuis longtemps que le détroit d’Ormuz, ainsi que le canal de Suez, les détroits turcs, le canal de Panama et le détroit de Malacca, sont des points critiques dont l’obstruction menacerait l’acheminement de la nourriture, des engrais, du carburant et d’autres ressources agricoles essentielles. Il y a un an, j’ai évoqué les « attaques militaires contre des détroits et des canaux » comme un risque majeur, aggravé par les agissements de Donald Trump. L’idée que des rebelles houthis au Yémen, soutenus par le gouvernement iranien, puissent reprendre simultanément leurs attaques contre les navires en mer Rouge m’empêche de dormir.

Tout cela entraîne une réduction des éléments essentiels de la résilience du système : la diversité, la redondance (la capacité de réserve), la modularité (le degré de compartimentation), les solutions de secours, l’asynchronie (qui empêche les chocs de se cumuler brutalement) et les mécanismes de sécurité (principalement sous forme de régulation efficace). La perte d’un seul de ces éléments devrait déjà être un signal d’alarme. Mais aujourd’hui, tous les voyants sont au rouge.

Lorsqu’un système a perdu sa résilience, il est difficile de prévoir comment et quand il pourrait s’effondrer. La faillite d’une entreprise ? La fermeture simultanée de plusieurs points de passage ? Une panne informatique majeure ? Un événement climatique extrême combiné à une crise géopolitique ? L’étape suivante pourrait être une faillite contagieuse et un effondrement en cascade des secteurs. Et ensuite… c’est au-delà de l’imaginable. Le lien entre vendeur et acheteur – aussi fondamental que la production alimentaire elle-même – pourrait soudainement se rompre. Les rayons se videraient sous l’effet des achats paniques. Les récoltes pourriraient dans les champs, les silos ou les ports. Relancer un système dont l’architecture financière s’est effondrée pourrait s’avérer impossible dans les délais nécessaires pour éviter une famine de masse. Pour nos sociétés complexes, cela pourrait représenter un événement terminal.

Nous savons ce qu’il faut faire : démanteler les grandes entreprises ; soumettre le système à une régulation adéquate ; diversifier nos régimes alimentaires et leurs modes de production ; réduire notre dépendance à quelques grands pays exportateurs ; constituer des réserves alimentaires stratégiques accessibles à tous. Mais il y a un problème – et ce n’est pas seulement Trump. Presque tous les gouvernements sont soumis au pouvoir des entreprises et de la finance. Les mesures nécessaires pour éviter la catastrophe sont précisément celles qu’ils sont le moins disposés à adopter. Les chances d’un accord mondial sur ce problème global sont proches de zéro.

Le mieux que nous puissions espérer est que des responsables politiques plus courageux, dans nos propres pays, cherchent à nous protéger des pires conséquences. Une étape cruciale consiste à encourager un passage à une alimentation à base de plantes. Beaucoup peinent à en voir l’intérêt, mais c’est simple : ce type d’alimentation nécessite beaucoup moins de ressources, notamment seulement un quart des terres nécessaires à un régime occidental standard, ainsi que beaucoup moins d’engrais et d’intrants. De la même manière que nous renforçons notre sécurité énergétique en passant des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, nous renforçons notre sécurité alimentaire en passant des produits animaux aux végétaux. Ce n’est pas qu’un avis personnel : c’est un message clé d’une évaluation de sécurité nationale que le gouvernement a tenté de garder secrète – probablement pour ne pas contrarier certains intérêts puissants. Des chercheurs chinois sont arrivés à la même conclusion pour leur pays : la résilience alimentaire est désormais dangereusement compromise par l’augmentation de la consommation de produits animaux.

Mais la politique au Royaume-Uni est tout simplement absurde. En réponse aux avertissements sur notre vulnérabilité alimentaire, la secrétaire à l’environnement, ancienne lobbyiste financière, Emma Reynolds, a déclaré vouloir augmenter la production nationale de volaille. Étant donné que ce secteur dépend largement d’aliments importés (comme le soja du Brésil et le maïs des États-Unis), son plan nous rendrait encore plus vulnérables. Pourtant, elle ne propose presque rien d’autre : pas de réserves stratégiques, pas de chaînes d’approvisionnement alternatives, aucune mesure défensive utile.

Ici comme dans la majeure partie du monde, la politique semble consister à laisser « le marché » (c’est-à-dire quelques grandes multinationales) décider de la suite. On peut le dire autrement : nos gouvernements laissent un groupe de spéculateurs impitoyables jouer aux dés avec nos vies.



Économie et Climat, l’Effondrement ?

Des modèles économiques défaillants pourraient faire s’effondrer l’économie mondiale à cause de la crise climatique, préviennent des experts

Damian Carrington

Traduction IA – Article paru dans The Guardian

Les États et les institutions financières utilisent des modèles qui ignorent les chocs liés aux événements météorologiques extrêmes et aux points de bascule climatiques

Des modèles économiques défaillants signifient que l’impact accéléré de la crise climatique pourrait conduire à un effondrement financier mondial, avertissent des experts.

Selon eux, la reprise serait bien plus difficile qu’après la crise financière de 2008, car « on ne peut pas renflouer la planète comme on l’a fait pour les banques ».

Alors que le monde se dirige rapidement vers un réchauffement global de 2 °C, les risques de catastrophes météorologiques extrêmes et de points de bascule climatiques augmentent fortement. Pourtant, les modèles économiques actuels utilisés par les gouvernements et les institutions financières passent totalement à côté de ces chocs, expliquent les chercheurs. Ils prévoient au contraire une croissance économique régulière, seulement ralentie par l’augmentation progressive des températures moyennes. Cela s’explique par le fait que ces modèles supposent que l’avenir se comportera comme le passé, alors même que la combustion des énergies fossiles pousse le système climatique en territoire inconnu.

Des points de bascule, tels que l’effondrement de courants atlantiques essentiels ou de la calotte glaciaire du Groenland, auraient des conséquences mondiales pour la société. Certains seraient déjà atteints, ou très proches de l’être, bien que leur calendrier reste difficile à prévoir. Des catastrophes météorologiques extrêmes combinées pourraient anéantir des économies nationales, ont déclaré les chercheurs de l’université d’Exeter et du groupe de réflexion financier Carbon Tracker Initiative.

Leur rapport conclut que les gouvernements, les régulateurs et les gestionnaires financiers doivent accorder bien plus d’attention à ces risques à fort impact mais à probabilité plus faible, car éviter des conséquences irréversibles en réduisant les émissions de carbone coûte bien moins cher que d’essayer d’y faire face une fois qu’elles se produisent.

« Nous ne parlons pas d’ajustements économiques gérables », a déclaré le Dr Jesse Abrams, de l’université d’Exeter. « Les climatologues que nous avons interrogés ont été sans équivoque : les modèles économiques actuels ne parviennent pas à saisir ce qui compte le plus — les défaillances en cascade et les chocs cumulés qui caractérisent le risque climatique dans un monde plus chaud — et pourraient saper les fondements mêmes de la croissance économique. »

« Pour les institutions financières et les décideurs politiques, c’est une lecture fondamentalement erronée des risques auxquels nous faisons face », a-t-il ajouté. « Nous pensons à quelque chose de comparable à 2008 [un krach], mais dont nous ne pourrions pas nous remettre aussi facilement. Une fois que les écosystèmes ou le climat s’effondrent, on ne peut pas renflouer la planète comme on l’a fait pour les banques. »

Mark Campanale, directeur général de Carbon Tracker, a déclaré : « Le résultat net de conseils économiques erronés est une complaisance généralisée parmi les investisseurs et les décideurs politiques. Il existe, dans certains ministères, une tendance à minimiser les impacts du climat sur l’économie afin d’éviter de prendre des décisions difficiles aujourd’hui. C’est un problème majeur — les conséquences du retard sont catastrophiques. »

Hetal Patel, du groupe Phoenix, qui gère environ 300 milliards de livres sterling d’investissements à long terme pour ses clients, a déclaré : « Sous-estimer les risques physiques ne fausse pas seulement les décisions d’investissement, cela minimise aussi les conséquences réelles qui finiront par affecter la société dans son ensemble. »



Alimentation + Combustion = 5 milliards/heure !

La production alimentaire et les combustibles fossiles causent 5 milliards de dollars de dégâts environnementaux par heure

Un rapport du PNUE affirme que mettre fin à ces dommages est essentiel à la transformation mondiale nécessaire « avant que l’effondrement ne devienne inévitable ».

Damian Carrington

Traduction IA – Article paru dans The Guardian

« La production non durable de nourriture et de combustibles fossiles provoque 5 milliards de dollars (3,8 milliards de livres sterling) de dégâts environnementaux par heure », selon un important rapport des Nations unies.

Mettre fin à ces dommages constitue un élément clé de la transformation mondiale des systèmes de gouvernance, de l’économie et de la finance, nécessaire « avant que l’effondrement ne devienne inévitable », ont déclaré les experts.

Le rapport « Global Environment Outlook » (GEO), rédigé par 200 chercheurs pour le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), affirme que la crise climatique, la destruction de la nature et la pollution ne peuvent plus être considérées comme de simples crises environnementales.

« Elles sapent notre économie, notre sécurité alimentaire, notre sécurité hydrique, la santé humaine et constituent également des enjeux de sécurité nationale, conduisant à des conflits dans de nombreuses régions du monde », a déclaré le professeur Robert Watson (*), coprésident de l’évaluation.

Toutes les crises environnementales s’aggravent à mesure que la population mondiale augmente et nécessite davantage de nourriture et d’énergie, dont la majorité est produite de manière polluante et destructrice pour la nature, ont expliqué les experts.

Un monde durable est possible, ont-ils affirmé, mais il exige un courage politique.

« C’est un appel urgent à transformer dès maintenant nos systèmes humains avant que l’effondrement ne devienne inévitable », a déclaré le professeur Edgar Gutiérrez-Espeleta (*), autre coprésident du rapport et ancien ministre de l’Environnement du Costa Rica.
« La science est solide. Les solutions sont connues. Ce qui manque, c’est le courage d’agir à l’échelle et à la vitesse que l’histoire exige », a-t-il ajouté, soulignant que la fenêtre d’action se refermait « rapidement ».

Les experts reconnaissent que la situation géopolitique actuelle est difficile, avec les États-Unis sous Donald Trump, certains autres pays et des intérêts économiques puissants cherchant à bloquer ou à inverser les actions environnementales. Watson, ancien président de grands groupes scientifiques internationaux sur le climat et la biodiversité, a déclaré : « Le public doit exiger un avenir durable pour ses enfants et ses petits-enfants. La plupart des gouvernements essaient de répondre. »

Le rapport GEO est exhaustif — 1 100 pages cette année — et est généralement accompagné d’un résumé à l’intention des décideurs, approuvé par tous les pays du monde. Toutefois, de fortes objections de pays comme l’Arabie saoudite, l’Iran, la Russie, la Turquie et l’Argentine aux références aux combustibles fossiles, aux plastiques, à la réduction de la consommation de viande et à d’autres sujets ont empêché tout accord cette fois-ci.

Une déclaration faite par le Royaume-Uni au nom de 28 pays indique : « Nous avons été témoins de tentatives de diversion visant à remettre en cause la nature scientifique de ce processus. Nos délégations respectent pleinement le droit de chaque État à défendre ses intérêts et ses droits nationaux, mais la science n’est pas négociable. »

Le rapport GEO souligne que les coûts de l’action sont bien inférieurs à ceux de l’inaction à long terme et estime que les bénéfices de l’action climatique à eux seuls atteindraient 20 000 milliards de dollars par an d’ici 2070 et 100 000 milliards de dollars d’ici 2100. « Nous avons besoin de pays visionnaires et d’entreprises privées capables de reconnaître qu’ils gagneront davantage en s’attaquant à ces problèmes plutôt qu’en les ignorant », a déclaré Watson.

Le rapport contient plusieurs « vérités cruciales », selon Gutiérrez-Espeleta : les crises environnementales sont des urgences politiques et sécuritaires qui menacent les liens sociaux maintenant les sociétés unies. Les gouvernements et les systèmes économiques actuels échouent face aux besoins de l’humanité, et la réforme financière constitue la pierre angulaire de la transformation. « La politique environnementale doit devenir l’épine dorsale de la sécurité nationale, de la justice sociale et de la stratégie économique. »

L’un des problèmes majeurs est constitué par les 45 000 milliards de dollars de dégâts environnementaux annuels causés par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, ainsi que par la pollution et la destruction de la nature dues à l’agriculture industrielle. Le système alimentaire représente les coûts les plus élevés, avec 20 000 milliards de dollars, suivi des transports (13 000 milliards) et de l’électricité produite à partir de combustibles fossiles (12 000 milliards).

Ces coûts — appelés externalités par les économistes — doivent être intégrés dans le prix de l’énergie et de l’alimentation afin de refléter leur coût réel et d’orienter les consommateurs vers des choix plus écologiques, a déclaré Watson : « Nous avons donc besoin de filets de sécurité sociale. Il faut veiller à ce que les plus pauvres ne soient pas pénalisés par la hausse des coûts. »

Le rapport propose des mesures telles qu’un revenu universel de base, des taxes sur la viande et des subventions pour des aliments sains d’origine végétale.

Il souligne également l’existence d’environ « 1 500 milliards de dollars de subventions nuisibles à l’environnement » accordées aux combustibles fossiles, à l’alimentation et au secteur minier. Celles-ci devraient être supprimées ou réorientées. Watson note que l’énergie éolienne et solaire est déjà moins chère dans de nombreux endroits, mais reste freinée par les intérêts liés aux combustibles fossiles.

La crise climatique pourrait être encore plus grave que prévu, a-t-il averti : « Nous sous-estimons probablement l’ampleur du changement climatique », le réchauffement mondial se situant vraisemblablement dans la fourchette haute des projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Selon le rapport, la suppression des subventions aux combustibles fossiles pourrait réduire les émissions d’un tiers.




Biodiversity : « My name is … »

L’effondrement de la biodiversité menace la sécurité du Royaume-Uni, avertissent les chefs du renseignement

Fiona Harvey

Traduction IA – article original de : The Guardian

La destruction des écosystèmes va accroître les pénuries alimentaires, le désordre et les migrations de masse, des effets déjà visibles.

L’attaque mondiale contre la nature menace la sécurité nationale du Royaume-Uni, ont averti des responsables du renseignement gouvernemental, alors que l’effondrement de systèmes naturels vitaux, de plus en plus probable, entraînerait des migrations massives, des pénuries alimentaires et des hausses de prix, ainsi qu’un désordre mondial.

Les approvisionnements alimentaires sont particulièrement menacés car, « sans augmentations significatives », le Royaume-Uni ne serait pas en mesure de rivaliser avec d’autres nations pour des ressources rares, indique un rapport remis aux ministres.

Certains écosystèmes essentiels pourraient s’effondrer d’ici cinq ans, menaçant la sécurité nationale et la prospérité du Royaume-Uni, selon ce rapport de 14 pages.

De nombreux impacts se font déjà sentir sous forme d’échecs de récoltes, de catastrophes naturelles intensifiées et de flambées de maladies infectieuses. Ceux-ci vont s’aggraver et provoquer « une instabilité géopolitique, une insécurité économique, des conflits, des migrations et une intensification de la concurrence entre États pour les ressources ».

Ce rapport percutant, qui aurait dû être publié à l’automne dernier sans une intervention de Downing Street, est officiellement attribué au ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales, mais le Guardian comprend que le comité conjoint du renseignement, qui supervise les agences MI5 et MI6, en est responsable.

Les experts en sécurité nationale ont intensifié leurs avertissements selon lesquels la crise climatique apportera des dangers existentiels auxquels nous ne sommes toujours pas préparés. Le rapport de mardi se concentre sur une menace encore moins prise en compte : l’effondrement des systèmes biologiques, comme les forêts tropicales se transformant en savanes sous l’effet de la déforestation, du dérèglement climatique et d’autres pressions.

Le lieutenant-général Richard Nugee, ancien haut commandant militaire, a déclaré : « Cette évaluation, reconnaissance bienvenue et importante de la nature critique de la diversité des menaces auxquelles le Royaume-Uni est confronté, traite l’effondrement des écosystèmes avec le sérieux qu’il mérite, comme une menace pour notre sécurité nationale. Lorsque les risques sont systémiques, inévitables et déjà en cours, il existe un devoir de renforcer la résilience et la préparation nationales, qui dépendent de la compréhension et de l’honnêteté. »

Le rapport est inhabituel en ce qu’il applique des techniques de renseignement militaire pour examiner la crise de la biodiversité dans le monde. « Les écosystèmes critiques qui soutiennent les principales zones de production alimentaire et influencent le climat mondial, les cycles de l’eau et de la météo sont les plus importants pour la sécurité nationale du Royaume-Uni », indique le rapport.

« Une dégradation sévère ou leur effondrement entraîneraient très probablement une insécurité hydrique, une forte baisse des rendements agricoles, une réduction mondiale des terres arables, l’effondrement des pêcheries, des changements dans les régimes météorologiques mondiaux, la libération de carbone piégé aggravant le changement climatique, l’apparition de nouvelles maladies zoonotiques et la perte de ressources pharmaceutiques. »

Les auteurs identifient des zones clés de plus en plus menacées comme « particulièrement importantes » pour le Royaume-Uni, notamment les forêts amazoniennes et congolaises, les forêts boréales, l’Himalaya ainsi que les récifs coralliens et mangroves d’Asie du Sud-Est.

Certaines de ces zones, dont les récifs coralliens et les forêts boréales, devraient commencer à s’effondrer à partir de 2030, tandis que les autres pourraient tenir jusqu’en 2050, selon le rapport. Certains scientifiques ont averti que l’Amazonie montre déjà des signes de basculement plus rapide que prévu.

Ruth Chambers, chercheuse principale au sein du think tank Green Alliance, qui a fait pression sur le gouvernement pour publier le rapport, a déclaré : « Cela devrait être une lecture essentielle pour le gouvernement. Cela devrait inciter à respecter les objectifs visant à inverser le déclin de la nature au Royaume-Uni, où les progrès sont en retard dans la plupart des domaines. Mais cela devrait aussi nous amener à repenser notre retrait des efforts internationaux pour préserver la biodiversité, comme notre incapacité à contribuer à un fonds pour les forêts tropicales du monde lors du dernier sommet climatique mondial. »

Les ministres débattent du montant que le Royaume-Uni devrait consacrer à l’aide aux pays pauvres pour faire face à la crise climatique et enrayer le déclin de la nature, lorsque l’engagement actuel de 11,6 milliards de livres pour 2021-2026 arrivera à échéance. Des sources ont indiqué au Guardian que ce montant serait probablement fortement réduit et que le fléchage de certaines dépenses vers des projets liés à la nature pourrait prendre fin.

Zac Goldsmith, ancien ministre du climat et de la nature sous Boris Johnson, a mis en garde contre de telles décisions. « L’évaluation montre que nous ne pouvons pas espérer détruire des écosystèmes clés comme les grands bassins forestiers, les tourbières, les mangroves ou les récifs coralliens sans conséquences graves pour notre sécurité et notre prospérité. Mais c’est ce que nous faisons », a-t-il déclaré. « Le gouvernement a déplacé ses priorités de la nature vers un objectif très étroit centré sur le carbone, et nous devons espérer que ce rapport impose un changement de cap. »

Le rapport indique également que le Royaume-Uni doit se concentrer sur ses propres systèmes alimentaires, très dépendants des importations, car sans une action forte « il est peu probable que le Royaume-Uni puisse maintenir sa sécurité alimentaire si l’effondrement des écosystèmes alimente une concurrence géopolitique pour la nourriture ».

David Exwood, vice-président de la National Farmers’ Union, a déclaré que le gouvernement devait fournir un soutien financier pour aider les agriculteurs à investir dans des améliorations environnementales et dans la production alimentaire. « Avec une situation géopolitique et climatique de plus en plus instable, nous ne pouvons pas compter sur les importations pour nous nourrir. Investir dans notre sécurité alimentaire nationale doit être une priorité, et cela commence par investir dans la terre », a-t-il déclaré.

Un porte-parole du ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales a déclaré : « La nature soutient notre sécurité, notre prospérité et notre résilience, et comprendre les menaces que nous fait peser la perte de biodiversité est essentiel pour y faire face. Les conclusions de ce rapport guideront les actions que nous entreprendrons pour nous préparer à l’avenir. »