Le mouvement climat entre activisme et vision rassuriste

Paul Blume

Depuis la dernière campagne électorale (26 mai 2019) les espoirs du mouvement climat de voir émerger des relais politiques efficaces se sont effondrés.

Les activistes qui, courageusement, continuent d’essayer d’imposer l’écocide et le climat dans les agendas médiatiques ne peuvent que le constater : l’ensemble des partis composant les actuelles majorités sacrifie l’avenir des générations futures sur l’autel des théories de la croissance à tout prix.

Aucune politique de rupture immédiate d’avec la croissance continue des émissions des gaz à effet de serre n’a été mise en place. Aucune n’est proposée à ce jour.

Au contraire, les gouvernements fédéraux et régionaux ont continué de privilégier les investissements carbonés (aéroports, automobile, énergies fossiles, technologies, …).

De fait, le lobbying Carbone a largement écrasé celui du Climat.

Cette réalité provoque logiquement une cassure dans le mouvement climat lui-même.

Avec d’un côté les activistes d’organisations diverses qui continuent à exiger la réduction conséquente et immédiate de l’usage des énergies fossiles (par exemple) et d’autres structures engoncées dans leurs relations étroites – parfois personnelles – avec des partis politiques.

Pour celles-ci, l’incapacité de placer leurs relations politiques, sociales, voire affectives, hors du champ de l’analyse proprement dite, les conduit à minimiser l’urgence, accepter des délais, tordre les constats à l’aune de récits prétendument positifs.

Cette exigence d’optimisme dans l’inaction ne peut qu’effrayer celles et ceux qui par contre ont compris que la trajectoire est continue, sans arrêts, sans retour. Et que ne pas l’admettre, c’est se priver de, sinon la maîtriser, au moins l’influencer.

La façon dont les organisations « climat » traiteront à la fois le bilan des gouvernements et les propositions des partis en lice pour le 9 juin sera indicative de leur capacité à être indépendantes, encrées dans la réalité scientifique ou non.

Nous verrons dans les semaines qui viennent qui franchira éventuellement la barrière du silence complice pour carrément soutenir l’une ou l’autre formation politique, fut-ce à demi-mots.

Affaire à suivre. De près.



L’effet Sénèque : La philosophie de l’effondrement

Ugo Bardi

Traduction : Deepl Josette – The Seneca Effect: The Philosophy of Collapse

Au 1er siècle de notre ère, le philosophe romain Sénèque (en latin Lucius Annaeus Seneca) observe le début de la désintégration de l’Empire romain. Ce processus ne s’achèvera que quelques siècles plus tard mais il était déjà évident pour ceux qui étaient prêts à regarder au-delà de la surface de l’Empire encore puissant.

Sénèque n’a jamais explicitement mentionné l’idée que l’Empire allait s’effondrer, mais la sensation d’une catastrophe imminente est omniprésente dans ses écrits. Dans une lettre à un ami, il résume la question en une phrase lapidaire.

« Ce serait une consolation pour la faiblesse de notre personne et de nos œuvres, si toutes les choses périssaient aussi lentement qu’elles sont nées ; mais comme c’est le cas, les augmentations sont d’une croissance lente, mais le chemin de la ruine est rapide. »

C’était la première fois que quelqu’un remarquait par écrit une caractéristique typique de ces systèmes complexes appelés CAS (complex adaptive systems) qui peuvent également être définis en termes de concept d’ « holobionte » (*) en biologie. Ces systèmes ont tendance à évoluer graduellement (« les augmentations sont d’une croissance lente »), mais lorsqu’ils atteignent un « point de basculement », ils basculent dans un état différent, impliquant généralement un effondrement (« la ruine est rapide »). C’est ainsi que va l’univers : généralement en douceur, mais souvent par à-coups. Il est même possible de créer un modèle mathématique qui explique comment cela fonctionne. Le résultat est cette jolie « courbe de Sénèque ».

Vous pouvez observer cette courbe dans de nombreux cas de trajectoires calculées et observées pour des trajectoires réelles. Plusieurs exemples sont énumérés sur ce lien, les plus inquiétants étant les « points de basculement » climatiques qui pourraient faire de la Terre une planète inhabitable.

Sénèque a vu l’effondrement se produire autour de lui, mais c’était un bon stoïcien et il n’a jamais eu une attitude morose. Il n’était peut-être pas le plus grand philosophe de l’histoire (j’ai tendance à le comparer à un blogueur moderne !), mais il comprenait le concept de base de la philosophie stoïcienne qu’un autre penseur stoïcien, Épictète, a décrit comme suit :

« La tâche principale dans la vie est simplement la suivante : identifier et séparer les choses afin que je puisse me dire clairement quelles sont les choses extérieures qui ne sont pas sous mon contrôle et quelles sont celles qui ont trait aux choix que je contrôle réellement. Où dois-je donc chercher le bien et le mal ? Non pas vers les éléments extérieurs incontrôlables, mais en moi-même, vers les choix qui sont les miens… »

Si vous comprenez l’effet Sénèque, vous pouvez l’utiliser comme une boussole pour gérer votre vie et vos activités. Parfois, l’effondrement est inévitable, mais si vous y êtes préparé, vous pouvez l’utiliser comme point de départ d’un nouveau commencement. Sénèque lui-même a écrit : il n’y a pas de succès qui ne soit le résultat d’un échec passé, une affirmation que j’appelle le « rebond de Sénèque ». C’est ainsi que nous avançons dans la vie, toujours vers l’avant, simplement parce que nous n’avons pas le choix.



La « crise comportementale » de l’homme est à l’origine du dérèglement climatique

Rachel Donald

Deepltraduction Josette – article original paru dans The Guardian

Chaleur record, émissions record, consommation record de combustibles fossiles. Un mois après la Cop28, le monde est plus éloigné que jamais de ses objectifs collectifs en matière de climat. Selon des recherches récentes, la « crise comportementale » de l’homme, terme inventé par une équipe interdisciplinaire de scientifiques, est à l’origine de tous ces problèmes.

« Nous avons procédé à notre propre ingénierie sociale de la même manière que nous avons procédé à la géo-ingénierie de la planète », explique Joseph Merz, auteur principal d’un nouvel article selon lequel le dérèglement climatique serait un symptôme du dépassement écologique, lui-même causé par l’exploitation délibérée du comportement humain.

« Nous devons prendre conscience de la manière dont nous sommes manipulés », déclare M. Merz, cofondateur de l’Institut Merz, une organisation qui étudie les causes systémiques de la crise climatique et les moyens d’y remédier.

M. Merz et ses collègues estiment que la plupart des « solutions » proposées jusqu’à présent ne s’attaquent qu’aux symptômes plutôt qu’aux causes profondes de la crise. Selon eux, cela conduit à une augmentation des trois « leviers » du dépassement : la consommation, les déchets et la population.

Ils affirment que si la demande de ressources n’est pas réduite, de nombreuses autres innovations ne sont que des emplâtres. « Nous pouvons faire face au changement climatique et aggraver le dépassement », déclare M. Merz. « L’empreinte matérielle des énergies renouvelables est dangereusement sous-estimée. Ces fermes énergétiques doivent être reconstruites toutes les quelques décennies – elles ne résoudront pas le problème global si nous ne nous attaquons pas à la demande. »

Le terme « dépassement » fait référence au nombre de Terres que la société humaine utilise pour assurer sa subsistance – ou sa croissance. L’humanité aurait actuellement besoin de 1,7 Terre pour maintenir la consommation de ressources à un niveau que la biocapacité de la planète peut régénérer.

Alors que les discussions sur le climat se concentrent souvent sur les émissions de carbone, l’accent mis sur le dépassement met en évidence l’utilisation de matériaux, la production de déchets et la croissance de la société humaine, qui affectent tous la biosphère de la Terre.

« Le dépassement est essentiellement une crise du comportement humain », explique M. Merz. Pendant des décennies, nous avons dit aux gens de changer leur comportement sans dire : « Changez votre comportement ». Nous avons dit « soyez plus verts » ou « prenez moins l’avion », mais entre-temps, tous les éléments qui déterminent le comportement ont été poussés dans l’autre sens. Tous ces indices subtils et moins subtils ont littéralement poussé dans la direction opposée – et nous nous sommes demandés pourquoi rien ne changeait ».

L’article explore la manière dont la neuropsychologie, la signalisation sociale et les normes ont été exploitées pour orienter les comportements humains qui font croître l’économie, de la consommation de biens à la fondation de familles nombreuses. Les auteurs suggèrent que les anciennes pulsions d’appartenance à une tribu, de signalisation de son statut ou d’attraction d’un partenaire ont été cooptées par des stratégies de marketing pour créer des comportements incompatibles avec un monde durable.

« L’homme est la victime : nous avons été exploités au point d’être en crise. Ces outils sont utilisés pour nous conduire à l’extinction », déclare Phoebe Barnard, spécialiste de l’écologie comportementale évolutive et coauteur de l’étude. « Pourquoi ne pas les utiliser pour construire un monde véritablement durable ? » 

Un quart seulement de la population mondiale est responsable de près de trois quarts des émissions. Les auteurs suggèrent que la meilleure stratégie pour contrer le dépassement serait d’utiliser les outils du marketing, des médias et des industries du divertissement dans le cadre d’une campagne visant à redéfinir nos normes socialement acceptées et gourmandes en matériaux.

« Il s’agit de remplacer ce que les gens essaient de signaler, ce qu’ils essaient de dire à propos d’eux-mêmes. À l’heure actuelle, nos signaux ont une empreinte matérielle très élevée : nos vêtements sont liés au statut et à la richesse, leurs matériaux proviennent du monde entier, sont expédiés le plus souvent en Asie du Sud-Est, puis ici, pour être remplacés par les tendances de la saison suivante. Les choses auxquelles l’homme peut attacher un statut sont tellement fluides que nous pourrions les remplacer par des objets qui n’ont pas d’empreinte matérielle ou, mieux encore, qui ont une empreinte écologique positive ».

« L’Institut Merz gère un laboratoire sur le comportement de dépassement où l’on travaille sur des interventions visant à remédier au dépassement. L’une de ces interventions consiste à identifier les « influenceurs comportementaux », tels que les scénaristes, les développeurs web et les ingénieurs en algorithmes, qui promeuvent tous certaines normes sociales et pourraient travailler à recâbler la société de manière relativement rapide et inoffensive en promouvant un nouvel ensemble de comportements.

Le document examine l’énorme succès du travail du Population Media Center, une initiative qui crée des divertissements grand public pour faire évoluer les comportements en matière de croissance démographique et même de violence à l’égard des femmes. Les taux de fécondité ont baissé dans les pays où les telenovelas et radionovelas du centre ont été diffusées.

La croissance démographique est un sujet difficile à aborder, compte tenu de l’histoire pas si lointaine de l’eugénisme et du nettoyage ethnique pratiqués dans de nombreux pays du monde. Cependant, Merz et ses collègues insistent sur le fait qu’il est important de se pencher sur la question, car la croissance démographique a annulé la plupart des gains climatiques obtenus grâce aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique au cours des trois dernières décennies.

« Il s’agit franchement d’une question de libération des femmes », explique Phoebe Barnard. « Des niveaux d’éducation plus élevés entraînent des taux de fécondité plus faibles. Qui pourrait prétendre s’opposer à l’éducation des filles – et si c’est le cas, pourquoi ? »

L’équipe appelle à davantage de recherche interdisciplinaire sur ce qu’elle a appelé la « crise du comportement humain » et à des efforts concertés pour redéfinir les normes sociales et les désirs qui poussent à la surconsommation. Interrogés sur l’éthique d’une telle campagne, Merz et Barnard soulignent que les entreprises se battent pour attirer l’attention des consommateurs à chaque seconde de la journée.

« Est-il éthique d’exploiter notre psychologie au profit d’un système économique qui détruit la planète ?  » se demande Phoebe Barnard. « La créativité et l’innovation poussent à la surconsommation. Le système nous pousse au suicide. Il s’agit de conquête, de droit, de misogynie, d’arrogance, le tout dans un emballage fétide qui nous conduit à l’abîme ».

L’équipe est convaincue que les solutions qui ne s’attaquent pas aux facteurs sous-jacents de nos économies basées sur la croissance ne feront qu’exacerber la crise du dépassement.

« Tout ce que nous connaissons et aimons est en jeu », déclare Phoebe Barnard. « Une planète habitable et une civilisation pacifique ont toutes deux de la valeur, et nous devons être conscients d’utiliser les outils de manière éthique et juste. Il ne s’agit pas seulement de l’humanité. Il s’agit de toutes les autres espèces de cette planète. Il s’agit des générations futures. »

« Je suis frustrée de voir que les gens restent paralysés en se demandant ce qu’ils doivent faire. Ou que devons-nous faire ? Il y a des risques moraux partout. Nous devons choisir comment intervenir pour que l’humanité continue d’avancer, car tout ce qui se passe en ce moment est conçu pour nous dépouiller de notre humanité. »



Le réchauffement de la planète dépassera le seuil de 1,5°C cette année, selon un ancien scientifique de la NASA

James Hansen affirme que la limite sera dépassée « à toutes fins utiles » d’ici au mois de mai, bien que d’autres experts prévoient que cela se produira dans les années 2030.

Oliver Milman

Deepltraduction : Josette – article original : Global heating will pass 1.5C threshold this year, top ex-Nasa scientist says

Le seuil convenu au niveau international pour empêcher la Terre d’entrer dans une nouvelle ère de surchauffe sera « dépassé à toutes fins utiles » en 2024, a prévenu celui que l’on appelle le parrain de la science du climat.

James Hansen, l’ancien scientifique de la Nasa à qui l’on doit d’avoir alerté le monde sur les dangers du changement climatique dans les années 80, a déclaré que le réchauffement planétaire causé par la combustion des combustibles fossiles, amplifié par le phénomène climatique El Niño qui se reproduit naturellement, fera grimper d’ici au mois de mai les températures jusqu’à 1,7 °C (3 °F) au-dessus de la moyenne enregistrée avant l’industrialisation.

Ce pic de température, mesuré sur la période de 12 mois allant jusqu’au mois de mai, ne rompra pas en soi l’engagement pris par les gouvernements du monde entier de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C (2,7 °F) par rapport à l’époque précédant la domination du charbon, du pétrole et du gaz. Selon les scientifiques, le plafond de 1,5 °C ne peut être considéré comme franchi que lorsqu’une série de plusieurs années dépassent cette limite, ce moment étant considéré comme le plus probable dans les années 2030.

Toutefois, James Hansen a déclaré que même après l’affaiblissement d’El Niño, qui fait généralement grimper la température moyenne de la planète, l’ensemble des années suivantes se situera toujours à la limite de 1,5 °C. Selon Hansen, le réchauffement de la planète dû aux émissions de gaz à effet de serre est renforcé par des effets d’entraînement, comme la fonte des glaces de la planète, qui rend la surface plus sombre et absorbe donc encore plus de lumière solaire.

« Nous sommes en train de passer à un monde à 1,5°C », a déclaré M. Hansen au Guardian. « Vous pouvez parier 100 dollars contre un beignet et être sûr d’obtenir un beignet gratuit, si vous trouvez un pigeon prêt à prendre le pari. »

Dans un bulletin publié avec deux autres chercheurs en climatologie, Hansen affirme que « le plafond de 1,5 °C fixé pour le réchauffement de la planète a été dépassé à toutes fins utiles, car l’important déséquilibre énergétique planétaire garantit que la température mondiale va encore augmenter ». Hansen a défendu un point de vue, contesté par d’autres climatologues, selon lequel le réchauffement de la planète s’accélère en raison d’un écart croissant entre la quantité d’énergie solaire absorbée par la Terre et la quantité d’énergie renvoyée dans l’espace.

James Hansen, célèbre pour avoir révélé publiquement l’apparition de l’effet de serre au Congrès américain en 1988, a ajouté que la perte imminente du garde-fou de 1,5 °C devrait donner un coup de fouet au groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies, le principal organe de la science du climat qui a tracé des voies pour éviter de dépasser l’objectif fixé.

« Le passage à un monde à 1,5 °C est une étape importante, car il montre que l’histoire racontée par les Nations unies, avec l’assentiment de son organe consultatif scientifique, le GIEC, est un tissu de conneries », a déclaré M. Hansen.

« Nous ne nous dirigeons pas vers un monde à 1,5°C, nous le traversons brièvement en 2024. Nous passerons dans un monde à 2 °C (3,6 °F) dans les années 2030, à moins que nous ne prenions des mesures ciblées pour modifier l’équilibre énergétique de la planète.

Les agences scientifiques des États-Unis et de l’Union européenne devraient confirmer cette semaine que l’année 2023 a été la plus chaude jamais enregistrée, la température mondiale pour 2023 étant proche de 1,5 °C au-dessus de celle de l’ère préindustrielle. Le phénomène El Niño, qui réchauffe certaines parties de l’océan Pacifique et contribue normalement à l’augmentation de la température globale, devrait être encore plus marqué cette année que l’année dernière, avant de s’estomper.

Les gouvernements réunis lors des négociations des Nations unies sur le climat qui se sont tenues à Dubaï en décembre ont réaffirmé l’engagement précédent, pris à Paris en 2015, de s’efforcer de limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 °C, bien que les scientifiques aient averti que le monde est loin d’être sur la bonne voie pour éviter cela en raison de la persistance d’émissions élevées de gaz à effet de serre et des plans en cours pour une surabondance massive de forage de pétrole et de gaz. Les émissions de carbone provenant des combustibles fossiles ont atteint un nouveau record l’année dernière.

Bien que l’objectif de 1,5 °C soit autant politique que scientifique, les chercheurs affirment que les conséquences en termes de vagues de chaleur, de sécheresses, d’inondations et d’autres calamités s’aggraveront si la planète dépasse cette température. Pour les pays en développement et les petits États insulaires menacés par l’élévation du niveau de la mer et les conditions météorologiques extrêmes, l’objectif convenu est un objectif totémique qui a été âprement disputé, « 1,5 pour rester en vie » étant désormais un mantra couramment entendu lors des négociations internationales sur le climat.

L’affirmation de M. Hansen selon laquelle cette année marquera le début d’une ère d’escalade de 1,5 °C a reçu une réponse prudente de la part d’autres scientifiques contactés par le Guardian. Drew Shindell, climatologue à l’université Duke, a déclaré que cette année était « exceptionnellement chaude » en raison d’El Niño et que les années suivantes permettraient de mieux juger si l’objectif de 1,5 °C a disparu.

Mais il a ajouté que le monde se rapprochait de ce point et que la limite de 1,5°C serait probablement atteinte « dans les années 2020 et non plus dans les années 2030, étant donné que les dernières années se sont réchauffées si rapidement, de sorte que l’argument plus large de Jim selon lequel nous nous dirigeons rapidement vers l’ère post-1,5°C est correct à mon avis.

« À mon avis, qu’il s’agisse de 2024 ou de 2027 ne change pas grand-chose en fin de compte pour ce qui est d’informer nos actions – nous devons changer de cap immédiatement ou nous perdrons notre capacité à rester en dessous de 2C de la même manière que l’objectif de 1,5C est maintenant devenu hors de portée », a déclaré M. Shindell.

Zeke Hausfather, climatologue à Stripe et Berkeley Earth, a déclaré qu’il n’était pas tout à fait d’accord avec Hansen sur le fait que les températures mondiales ne seraient pas inférieures à 1,4 °C au-dessus de l’ère préindustrielle lorsqu’il y aurait une La Niña compensatoire, une condition climatique inverse d’El Niño. « Mais à plus long terme, ces températures ne seront plus observées, car la Terre continue de se réchauffer », a déclaré M. Hausfather, ajoutant qu’il s’attendait toujours à ce que la moyenne à long terme dépasse les 1,5 °C au début des années 2030.

Andrew Dessler, chercheur en climatologie à l’université A&M du Texas, a déclaré qu’il s’attendait lui aussi à ce qu’il faille « une dizaine d’années » pour franchir la barrière des 1,5 °C, mais que les opinions de M. Hansen devaient être prises au sérieux. « Jim est probablement le plus grand climatologue de l’histoire. J’hésite donc à ne pas être d’accord avec lui, car il aura peut-être raison », a déclaré M. Dessler.

Même si la température mondiale devait franchir la barre des 1,5 °C, les chercheurs soulignent que cela ne signifie pas que tout sera irrémédiablement perdu, chaque fraction de degré ajoutée, ou non, jouant un rôle important dans la gravité des impacts climatiques. Si l’on s’en tient aux promesses de réduction des émissions faites par les gouvernements – et non aux mesures qu’ils ont prises jusqu’à présent -, le monde se dirige toujours vers un réchauffement d’au moins 2,5 °C (4,5 °F) d’ici à la fin du siècle.

« Je pense qu’en nous inquiétant d’un seuil particulier, nous nous trompons de question », a déclaré Kerry Emanuel, expert en climat et en météorologie au Massachusetts Institute of Technology. « Il n’y a pas de chiffres magiques dans le changement climatique, mais des risques qui augmentent rapidement.

Kerry Emanuel a évoqué les vagues de chaleur, les incendies et les tempêtes violents qui se sont produits récemment et qui sont déjà amplifiés par le réchauffement planétaire d’environ 1,2 °C (2,1 °F) par rapport à ce qu’il était il y a un peu plus d’un siècle. « Peut-être qu’une fois que la moitié de la population de la planète aura vécu au moins une de ces catastrophes météorologiques, elle incitera ses dirigeants à agir », a déclaré M. Emanuel. « J’espère qu’il ne faudra pas souffrir autant. »



Écocide, climat : voter Blanco ?

Paul Blume

vers juin2024.eu / juin2024 le Blog

Fin décembre passé est apparu une offre électorale peu conventionnelle, le parti Blanco (https://blanco2024.be/fr/ ).

Le « parti Blanco« , c’est une formation de citoyens qui se dit « sans appartenance politique« , et dont l’objectif est de permettre le vote pour un siège « non attribué » via une modification de la Constitution. Il présentera une liste dans chacune des 11 circonscriptions électorales du pays pour les élections à la Chambre, en juin prochain …

RTBF – 26 décembre 2023

Objectif du parti, visibiliser les citoyens qui ne votent pas, votent blanc ou nul.

Au-delà des débats sur la modification de la Constitution proposée (*) et d’autres questions posées par cette initiative (*), il est maintenant possible d’exprimer une forme de rejet de projets politiques communs à l’ensemble de la classe politique belge.

Il devient envisageable, et cela dès les prochaines élections, d’exprimer un refus des volontés de croissance plus ou moins affirmées. Sans devoir boycotter le processus électoral, en exprimant un vote valable lors des prochains scrutins belges.

Bémol, le processus ne permettra pas d’identifier précisément les motivations. Les potentielles élues et élus s’engageant à ne pas participer aux débats… Blanco est bien le parti d’une seule proposition (*).

Reste que tous les voyants biodiversité et climat sont au rouge vif (*). Que la communauté scientifique (Giec, IPBES,…) hurle à l’extrême urgence. Et que le vote pour les offres politiques actuellement représentées induit inexorablement un soutien aux politiques écocidaires dominantes.

Marquer une rupture d’avec les partis traditionnels sur les politiques énergétiques, environnementales et climatiques est primordial (*).

Voter pour la réduction immédiate de l’utilisation des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) n’est aujourd’hui pas possible. Aucune formation politique ne le proposant.

C’est pourtant la mère des propositions en matière de climat. L’effort indispensable tournant selon les sources à minimum 5 % de réductions annuelles ! Un litre sur 20 minimum de consommé en moins par an dès 2024…

L’effort exigé pour éviter un climat invivable est considérable (*). Continuer de l’ignorer n’est pas crédible.

Voter Blanco pourrait-il être une façon de faire passer le message de l’écologie scientifique ?

A réfléchir.



« Et pendant ce temps, à bord du Titanic… »

Laurent Lievens

Telle est la rengaine qui se rappelle à moi très souvent.

Elle me permet d’avoir un référentiel qui me paraît – jusqu’à preuve du contraire – ajusté afin de déceler l’important du futile, l’information du bruit, l’intelligence parmi la stupidité, celles et ceux qui entretiennent le déni des autres, etc.

C’est en quelque sorte une boussole nourrie par une vision large et systémique de l’état du réel.

Lorsqu’on me communique quelque chose, je recadre cette information en la plaçant mentalement à bord du Titanic afin d’éprouver son intérêt.

Par ce mécanisme, je perçois à quel point très très peu d’informations, d’actes, d’initiatives, de décisions son ajustés à une situation telle que celle du Titanic (qui a déjà heurté l’iceberg).

Cela me permet d’avoir un référentiel de gravité en quelque sorte, et de constater à quel point nous fonctionnons encore sans tenir compte sérieusement de l’incendie qui est au milieu du bâtiment.

Cela appelle donc surtout un changement de cadre de référence.

En quoi un cadre de référence adapté est fondamental?

On sait, notamment depuis les travaux de l’École de Palo-Alto (dans le champ thérapeutique, systémique et communicationnel), qu’une situation acquiert son sens en fonction du cadre dans laquelle elle prend place.

Mes actions pourront ainsi être ajustées ou totalement à coté de la plaque en fonction de ma bonne compréhension (ou pas) du cadre réel dans lequel je suis.

Par exemple, me promener tout nu en rue sera ainsi désajusté, car le cadre n’est pas celui d’une plage naturiste.

Autre exemple, continuer à se féliciter sincèrement de la croissance économique en période d’écocide témoigne d’une vision du réel périmée digne d’un économiste orthodoxe (oui ça existe encore…).

Le cadre est en quelque sorte le paysage mental dans lequel vous vivez, c’est ce qui filtrera toute votre réalité, qui viendra colorer toutes vos perceptions.

Autant dire que si vous ne comprenez rien au réel dans lequel vous vivez, vous vous comporterez de toute évidence à coté de la plaque (on vous diagnostiquera peut-être une pathologie mentale, c’est une autre manière de dire que votre carte mentale dysfonctionne).

Mes actes témoigneront ainsi de l’ajustement ou non de mon cadre mental, de ma perception du réel.

Observer les actes de l’autre, d’une organisation, d’une institution indiquera donc déjà pas mal d’informations sur sa perception ajustée ou non du cadre réel.

Disons-le directement, actuellement, la toute grande majorité est à coté de la plaque.

Tout l’enjeu réside donc dans les ingrédients qui vont servir à construire mon paysage mental, mon cadre de référence afin qu’il soit le plus proche du réel possible.

Et je pense que la méthode scientifique nous en fournit un gros contingent, à relier avec l’intuition, l’expérience etc., sans tout mélanger, sans faire de soupe mais en gardant une approche de la complexité à la Edgar Morin.

Délaisser le cadre proposé par l’asile de fous?

Donc, quel serait le cadre a priori le plus ajusté au réel? Quel réel?

Depuis plus d’un demi-siècle la méthode scientifique – la manière la plus puissante que l’humain ait inventé pour dire des choses non fausses jusqu’à preuve du contraire sur le réel – indique que l’humain est devenu une force quasi géologique (on parle d’Anthropocène) qui modifie (entendre: qui flingue), par ses choix de vie, tous les équilibre planétaires.

Nous constatons que le mode de vie (désiré et/ou réel) dominant reste une sorte d’american way of life, le mode de vie occidental, le package villa-SUV-smartphone-ClubMed, avec toutes ses variations culturelles.

Ce mode de vie écocidaire fonctionne sans doute lorsqu’on est 500 millions d’individus sur Terre, plus du tout lorsqu’on est 8 milliards. (Bah, les autres on en a rien à foutre non?)

Deux scénarios: soit l’on adopte – de toute urgence, pas dans 20 ans – un mode de vie totalement différent, soit l’on réduit drastiquement la population.

En l’état actuel, aucun signe n’atteste que nos institutions et organisations choisissent le premier (ou seraient seulement même en train d’y penser), nous faisant de facto suivre le deuxième, par inertie (lobotomisés avec des écrans, de la (pseudo-)intelligence artificielle, nourris avec du sucre dans des environnements dégueulasses, ça ne tiendra pas longtemps tout ça….).

Les promesses (des criminels de la « vallée du silicone » notamment) nous préparent un bel avenir tout-numérisé, enfin débarrassés de nos corps (on en rêve depuis les Lumières et les religions monothéistes), pour vivre un nouveau départ sur une autre planète. On peut douter qu’elle sera accessible à autre chose qu’aux nantis (nous faisant donc revenir au deuxième scénario). Nos pays « riches » sont en train de choisir de suicider le reste du vivant. Bref…

De manière schématique, le cadre le plus ajusté au réel et la manière de le percevoir me paraissent être actuellement ceci:

Notre modèle de société (Mégamachine) ne peut que détruire le vivant, menant (déjà) à des effondrements multiples. (Je vous renvoie aux différentes publications et interventions où j’ai largement développé cela.)

Évidemment, il ne faut pas entendre effondrement au singulier: ce n’est que dans les délires du cinéma qu’on voit un gros évènement unique. Ce qui est déjà en train de se passer ce sont des effondrements locaux et à d’autres échelles, des effondrements du vivant, des effondrements multiples et variés, une lente dégradation des conditions d’habitabilité de la planète pour nombre de vivants donc, humains y compris.

Je précise également ici que lorsqu’on parle de métamorphose, on parle – dans la langue de Palo-Alto – de changement de type 2, c’est à dire un changement de cadre, et pas un changement dans le même cadre (qui lui est appelé changement 1). Sur la base des constats scientifiques, seul un changement 2 est actuellement pertinent, c’est-à-dire un changement complet de cadre, de manières d’habiter le monde, de concevoir le réel, d’être en relation avec le vivant (humains y compris). Cela veut dire pour nous : une décroissance forte de notre niveau de vie, une baisse très conséquente de nos consommations d’énergie et de matière, un tout autre projet de société pour quitter la plaie technocratique.

Mais attention, ce n’est pas parce qu’un cadre est de toute évidence périmé qu’il sera abandonné. Nous avons l’exemple caricatural des économistes orthodoxes (c’est à dire une large part) dont les bases théoriques sont autant valables que l’astrologie. C’est joli, ça semble sérieux, y’a plein d’équations compliquées, mais c’est basé sur une construction idéologique dont le réel a démontré l’ineptie. Et même si je n’ai aucun problème avec l’usage d’une religion dès que cela peut contribuer à un monde un peu meilleurs, c’est quelque chose que cette théorie semble incapable d’atteindre. C’est pourtant toujours l’approche théorique dominante de la profession, preuve que l’humain est décidément très lourd à faire changer.

C’est tout le dossier (que je traiterai ailleurs) de ce qu’on nomme la pédagogie des catastrophes, et qui ne m’enchante pas. Elle indique qu’à l’échelle individuelle mais aussi collective, on ne changerait que lorsqu’on est au pied du mur, que lorsque l’on n’a plus le choix. Vous arrêterez vraiment de picoler uniquement après un accident de voiture dramatique p.ex.

Dit en langue de Palo-Alto, on n’accepte le changement 2 que lorsqu’on a épuisé tous les possibles changements 1.

Normal, un changement de ce type équivaut à la mort du système, à la fin de son fonctionnement pour entrer en latence, éventuellement se transformer pour éventuellement renaître sous une toute autre forme.

Mais autant dire que si nous attendons cela à l’échelle planétaire, il ne restera plus rien de vivant d’ici là.

Oui, ok, je sais, la vie continuera, comme cela s’est déjà passé. Pas besoin de me servir cet argument tarte-à-la-crème tellement pratique, mais un peu pauvre non?

En tout cas il n’enlève rien au gâchis phénoménal que l’humain est en train d’accomplir dans son œuvre de destruction du vivant. Et pour arriver à quoi au juste? Pour une noble cause j’imagine.. Ah oui, c’est vrai, pour pouvoir se filmer constamment, être à la mode, se fringuer, prendre l’avion pour faire des immondes selfies, commenter les commentaires des commentaires, être hyper-connectés, faire du ski en plein désert, rouler à 200kmh en voiture de sport, manger des burgers et des fraises, avoir son costume-cravatte, etc. Toutes ces tellement nobles causes qui élèvent l’humanité. Merci à vous!

Comme le dit si justement Aurélien Barrau, nous détruisons la vie, pour des activités qui sont, dans une très large proportion, intrinsèquement de la merde. Je ne l’aurais pas mieux dit.

Or, quel est le cadre habituel vis-à-vis de l’écocide?

Pour une bonne partie: cela n’existe même pas, tout va bien, nous sommes sur la voie du progrès, nous sommes le summum de l’évolution, etc. Continuons, tête baissée, droit dans mur.

Pour d’autres: nous avons perçu que quelque chose clochait, et nous pensons qu’on peut le réparer en modifiant quelques paramètres, une sorte d’écomodernisme gentil (c’est tout le blabla du développement durable, de la transition, des réformettes et autres niaiseries, contre lesquelles j’ai d’ailleurs tenté de lancer l’alerte là où j’œuvrais, sans succès apparemment). C’est tout le versant des petits ajustements de consommation, les touillettes en bambou FSC et plus en plastique, les panneaux solaires, le papier recyclé, etc. Bref, tout ce qui ne veut absolument pas mettre à l’arrêt la Mégamachine, qui pense qu’on peut s’en sortir en développant un bout de potager bio alors qu’une armée de rouleaux compresseurs détruisent l’ensemble des espaces autour d’eux. C’est en vérité l’aboutissement de l’atomisation de nos sociétés, du chacun pour soi, de la destruction de toute existence politique (au sens du politique, et non de la farce de la politique).

Je constate surtout que très peu d’organisations/institutions ont intégré ce cadre: il suffit de regarder leurs actions, leurs déclarations, leurs ambitions, bref, toute leur manière de se comporter. Celle-ci indique qu’elles n’ont pas perçu le réel et sont dans le business-as-usual, parfois un peu verdi, parfois un peu réellement écologisé, souvent greenwashé pour continuer de vendre leur came (merdique, car sinon pas besoin d’en faire des tonnes pour la vendre). Lorsqu’on a vraiment perçu l’incendie au milieu du bâtiment, on ne continue pas à discuter, à jouer du piano, à faire ce qu’on faisait il y a 3 minutes, on intègre cette information et on agit en conséquence, à moins d’être totalement idiot (ça existe), suicidaire (on est donc dans une sorte de folie), traumatisé (on se fait aider alors).

Simple exemple: combien d’entre elles ont relégué les outils des gafam à la poubelle pour n’utiliser que des systèmes d’exploitation/logiciels issus du libre? (vous savez, ce truc qu’on appelle Linux p.ex.)

… oui oui, un détail pour beaucoup, mais un détail plutôt signifiant au vu de la place (obscène) du numérique dans nos vies.

Au milieu de l’incendie, une personne refuse d’évacuer en prétextant que rester dans cette pièce, « c’est tellement pratique…tu comprends, impossible de changer »

Autre exemple « rigolo »: si une organisation francophone adore utiliser des formulations anglaises qui ne veulent rien dire mais qui font sérieux (du genre nous on fait du smart challenging future, ou encore du young leadership excellence, ou, nous œuvrons pour des produits fair-eco-conscious-bidule, – bref, vous avez compris – en général ça sent le pâté avarié. (Mais l’usage des mots n’est jamais anodin, c’est un autre dossier, mais ça en dit aussi beaucoup sur l’état d’esprit).

Bref, pure folie dès que l’on observe cela avec la lucidité du changement de cadre. Un jour une amie m’a déposé cette phrase à l’oreille: « la lucidité est la brûlure la plus forte, hormis celle du soleil ». Je ne sais plus d’où elle la tenait, mais cela m’avait touché.

On pourra sans doute avoir ici une hypothèse explicative du phénomène d’écoanxiété, relié à la colère et au sentiment de trahison qu’éprouvent notamment certains jeunes. Car dès lors qu’on est – même un peu – lucide sur ce cadre et que l’on constate l’idiotie des directions prises, la stupidité de beaucoup d’élites, l’arrogance des nombreux « sachants », la poursuite du business-as-usual, etc., on ne peut qu’être pris de rage et de désespoir. C’est pourtant souvent le signe d’un état de santé « normal » et adapté au réel.

Le Titanic comme métaphore

C’est là que j’en viens avec ma métaphore du Titanic. Elle me permet de me rappeler au mieux ce cadre d’une nécessaire et urgente métamorphose.

Comme toute métaphore, il s’agit bien entendu d’une figure de style qui donne du sens par analogie, non par exacte vérité. Nous ne sommes pas physiquement sur un bateau p.ex.

Mais elle me permet de ne pas oublier qu’il y a le feu au milieu du bâtiment, tandis que je croise presque uniquement des personnes qui n’en savent rien, qui s’en foutent, qui n’ont pas perçu les conséquences, qui pensent que nos ingénieurs vont/ont trouvé la solution miracle, bref, des personnes qui continuent de percevoir et d’agir comme s’il n’y avait pas le feu, souvent en toute bonne foi malheureusement. Si de plus en plus voient le feu, beaucoup pensent qu’avec leur gobelet d’eau ça ira (vous savez les conneries du colibri), beaucoup pensent que les ingénieurs sont en train d’inventer un feu qui ne tue pas, beaucoup pensent qu’il y a aussi des bons côtés au feu, etc.

Bon, que s’est-il passé avec ce foutu bateau? (pour un rappel historique, écouter cet excellent podcast, les parallèles avec notre monde son édifiants…)

  • Un gros bateau (une Mégamachine bien compliquée) fait la fierté de ses constructeurs,
  • se croit par extrême arrogance (d’ado attardé) insubmersible au point qu’il néglige les canots de secours en suffisance,
  • avec une force d’inertie gigantesque (une fois lancé, changer de direction, voire faire marche arrière prends plus de temps que disponible),
  • tape l’iceberg (car pas de jumelles, pas de vagues, n’écoute rien des alertes, … ),
  • met un sacré temps à y croire et à agir en conséquence,
  • « organise » l’évacuation d’une manière stupide (on dirait en mode « poulets sans têtes » dans notre jargon),
  • se retrouve avec un nombre gigantesque de cadavres (évitables).

Un beau gâchis donc!

Le naufrage prend un sacré bout de temps, avec un très long moment où il ne se passe presque rien chez les humains, le bateau pour sa part est bien en train de prendre l’eau sans arrêt et s’enfoncer inexorablement. C’est l’illustration de l’idée qu’un système tient en général plus longtemps que prévu, mais s’effondre aussi plus vite que prévu une fois l’effondrement débuté. (Vous savez, le fait de tenir tout l’hiver pour aller au boulot et puis de vous effondrer dans la grippe le premier jour de vacances). (voir cette reconstitution en temps réel)

Oui dans les cales du bateau il y avait bien des compartiments sensés isoler en cas de brèche, mais, c’est ballot ça, ils étaient interconnectés par au-dessus. Non? ça ne vous rappelle rien ça? L’idée qu’on met tout en lien, sur un même réseau (parce que c’est tellement pratique de connecter la banque, l’hôpital, la défense, les communications, les centrales; parce que c’est tellement nécessaire de pouvoir s’envoyer des photos de chats en temps réel, …, bref, vous avez compris l’imbécilité de ce qui nous subjugue souvent).

Comme l’idéologie de la toute puissance était présente tout au long de la conception et de la navigation, évidemment rien n’a été pensé, éprouvé, balisé en cas de naufrage. On se retrouve donc surpris, mettant un temps énorme à simplement changer d’idéologie – car le réel nous y contraint physiquement – ce qui ne peut que créer du trauma, ralentissant encore notre capacité à lire le réel et à agir adéquatement. Gageons même qu’avant sa survenue, l’idée même d’un naufrage est totalement inaudible pour les zélateurs du bateau; ne tentez même pas de les convaincre ils vous riront au nez. Et même après un réel naufrage, la capacité de déni fonctionnera à plein (vous savez, comme durant la crise de 2008, où on avait bien juré qu’on changerait la finance, qu’on régulerait le système économique, qu’on cadenasserait les comportements prédateurs pour que plus jamais cela n’arrive… hahahah la bonne blague).

Et ici on ne pose même pas la question de l’utilité d’un tel navire, du pourquoi ce voyage, de quel sens a tout cela.

On se retrouve donc à écraser les troisièmes classes, à laisser mourir un paquet de gens en remplissant les quelques canots à moitié. La pagaille donc, avec à la clé un sacré paquet de victimes tuées par l’idéologie et non la fatalité technique. De quoi tomber de sacré haut lorsqu’on plane sur les mirages du progrès, de la technologie, de l’illimitisme.

Un problème de riches, bien entendu…

Oui oui, évidemment avoir peur des effondrements révèle qu’on se considère comme en situation normale.

La peur du naufrage touche éventuellement les passagers d’un bateau qui flotte, … mais les déjà-naufragés, les précaires installés sur des radeaux, ou ceux qui ont une demi bouée ont une vision très différente de la notre.

De larges pans du vivant sont déjà effondrés, des peuples, sociétés, pays vivent déjà en situation d’effondrement, et tout notre bavardage sur comment s’en protéger, que faire pour ne pas, etc. sont assez futiles en regard de cela.

Mais même ici la métaphore du Titanic continue de fonctionner!

  • La première classe se goinfre, disserte, danse, pavane, et n’a rien senti du choc contre l’iceberg. Elle entretient des liens étroits avec le capitaine, qui appartient symboliquement à leur milieu. Ils savent tous que ce navire est le plus beau, le plus puissant, le plus fort, évidemment…, et rêvent d’en vendre aux autres pour les aider à se développer p.ex.
  • La deuxième classe vivant déjà dans un espace moins feutré (même si toujours bien hors-sol) a sans doute perçu quelque chose, mais est très occupée à lorgner sur la possibilité d’arriver en première classe un jour, et de ne surtout pas tomber en troisième classe. Pour info, si vous lisez ces lignes c’est que vous faites de toute évidence partie de cette deuxième classe. La troisième classe n’a pas de temps à perdre à lire cela, elle est en train de gérer le réel – loin du joli décor – dans lequel elle est.
  • C’est cette troisième classe qui est la plus proche du sol, et qui est déjà largement les pieds dans l’eau. Une partie est déjà morte noyée dans les premières cales inondées, tandis qu’une autre partie a de l’eau jusqu’à la taille, jusqu’au cou parfois. Cette classe sait et sent – dans sa chair, dans son être, dans sa réalité quotidienne – que le navire coule et qu’il y a de fortes chances qu’elle en crève. Elle existe partout, invisibilisée dans les pays « riches », bien visible dans des zones entières du monde.

Il y a donc un découplage total – et mortel – entre ceux qui savent, qui sentent, qui vivent le réel, et la catégorie – ridicule en nombre – qui a le plus de pouvoir d’action et de décision. La première et la deuxième classe refusent la moindre éventualité de mettre un terme à un mode de vie prédateur; les autres n’ont qu’à bouger. Cette première classe est d’ailleurs en train de tenter de s’immuniser contre tout naufrage, il suffit de penser aux survivalistes débiles qui se construisent des bunkers et achètent des îles, ou lorgnent sur une escapade sur une autre planète (s’ils pouvaient tenter d’aller s’établir sur le soleil, cela nous ferait déjà des vacances!).

C’est donc également un paradoxe: la deuxième classe, au lieu de se laisser fasciner par atteindre un jour la première classe, au lieu de se laisser divertir par les joujoux inoffensifs que la première classe lui sert (comme c’est chouette un casque VR, waouw la belle grosse bagnole, trop bien la finale de la coupe du monde, etc.) ferait bien mieux de porter le regard sur la troisième classe pour voir les effets réels et déjà présents de son mode de vie, et pour également apprendre à vivre ailleurs qu’en deuxième classe (et encore moins en première). Mais apparemment, nous sommes anthropologiquement câblés pour désirer monter à l’étage du dessus. Quand on vous dit que le changement est une métamorphose et pas un petit coup de peinture…

C’est bien beau, mais quand on a posé ce cadre, on fait quoi?

On s’assied, on respire.

Ce n’est pas une mince affaire de bouger un cadre de perception du réel, cela prend du temps et requiert de l’honnêteté avec soi-même, et un deuil vis-à-vis de ses anciennes conceptions.

… Et tant que la bascule n’est pas réellement faite en vous (pas qu’avec votre tête donc, mais de manière existentielle), tout ce qui est dit ici vous paraît sans doute inepte, exagéré, loufoque. C’est le propre d’un cadre de pensée de filtrer la réalité.

  • -ok si on est sur le Titanic, c’est un peu foutu non?
  • -oui c’est clair, on arrivera pas de l’autre coté sur ce bateau, il va falloir faire le deuil de ça
  • -mais donc y’a plus rien à faire…
  • -bah, ça dépend, tu peux t’asseoir par terre et attendre
  • -autant en profiter alors!
  • -oui c’est ça, va te goinfrer au buffet…

La tentation de tout refoutre sous le tapis est grande. On sait que de nombreux mécanismes existent pour préserver à tout prix sa vision du monde, retardant de facto toute action sérieuse.

Imaginez-vous: vous savez que la bateau va couler, qu’est-ce qu’il reste à faire?

Beaucoup de choses non?

Il n’y a aucune recette toute faite, mais vous pouvez poser des actes en fonction de ce qu’il se passe autour de vous, de qui vous êtes, de l’état dans lequel vous êtes. Vous allez agir en conséquence, de la manière la plus ajustée possible, et elle le sera uniquement si vous avez encodé que le naufrage est en cours. Et autour de vous, ce seront très certainement des poulets sans tête pendant un petit bout de temps. Peu importe leurs compétences, leurs qualités, leur intelligence, etc., ils seront à coté de la plaque par absence de lucidité sur le réel. Ils sont donc souvent dangereux pour eux et pour les autres (tout sauveteur le sait!).

Mais au-delà de choses à faire – dont on ne peut parler qu’en situation concrète – il y a surtout un comment être. Il y a à rester digne, à ne pas se vautrer dans la situation, à tenter d’élever – par votre dignité – toute l’humanité. Cela s’est toujours passé, de tout temps, dans des moments tragiques et difficiles.

  • Certaines personnes refusent.
  • Refusent de vendre l’autre.
  • Refusent de s’enrichir sur une situation.
  • Refusent de gagner une promotion.
  • Refusent ce job pourtant si bien payé.
  • Refusent d’écraser le voisin.
  • C’est rare.
  • Elles le font car elles savent qu’elles ne pourront plus se regarder en face après s’être corrompues dans la situation.
  • Elles le font, et en paient souvent le prix fort pour être sorties du troupeau.
  • Elles appliquent en quelque sorte une éthique des vertus plutôt qu’une éthique utilitariste (tellement en phase avec le capitalisme celle-là).

Nous ne sommes pas sur le Titanic, nous sommes dans un monde qui est en train de crever par nos actions et nos modes de vies puérils.

Il y a d’abord à rester digne, à faire que cela ne passe pas par moi, à ne pas être un Mr Smith.

Il y a à cesser de nuire et refuser de parvenir comme le dit si bien Corinne Morel-Darleux dans son essai.

Il y a à sortir des niaiseries du c’est par la joie qu’on se met en route, tellement rabâché dans les courants de développement personnel lucratif. Pensez-vous qu’on attend que les passagers soient joyeux et se décident d’avoir l’élan de contribuer à l’évacuation en toute bienveillance? On fait ce qu’il faut faire. Point. L’action est dictée par ce que la situation requiert, en lucidité. ET peut-être que dans l’action, il y aura des moments de joie, oui! j’espère que quelqu’un a fait une blague à la con sur au moins un des canots et que cela a pu faire rire les autres. La joie peut y être, mais c’est un sous-produit, pas le carburant de départ.

Et donc, « pendant ce temps sur le Titanic… »

Nous avons soulevé la nécessité de changement de type 2, de changement civilisationnel pour quitter la Mégamachine.

Nous sommes bien face à une situation dont la métaphore du Titanic est une illustration quasi parfaite: un sacré changement (d’imaginaire et d’action) est requis, faute de quoi le réel nous rattrapera dans des conditions très très éprouvantes, comme il commence à la faire.

Me rappeler mentalement que nous sommes sur le Titanic, me permet de distinguer l’important du futile, et de pouvoir évaluer l’état de lucidité d’une décision, d’une personne, d’un groupe, d’une organisation.

Cela me permet surtout de ne pas donner trop d’attention à ce qui n’en mérite pas.

Ainsi, la majeure partie des choses qui actuellement paraissent importantes, sérieuses, fondamentales, m’apparaissent – après ce tamis – stupides, stériles, futiles.

Une très large proportion de décisions prises sont totalement à coté de la plaque, et me font penser à des passagers qui se querelleraient pour décider de leur place à table, ou de l’équipage qui se réunirait pour décider du prochain sous-chef.

Tous leurs comportements indiquent – malgré eux – qu’ils n’ont toujours pas pris la mesure du réel.

Évidemment, je peux faire semblant de trouver cela important, mais si je le fais, c’est pour rejoindre l’autre, là où il se trouve. Je ne me fais pas avoir en pensant moi aussi que cela est fondamental.

C’est tout comme avec un tout petit lorsqu’il a perdu son nounours: vous vous mettez en lien avec lui en considérant l’importance de la chose pour lui. Et vous faites ce qu’un adulte doit faire.

Beaucoup semblent avoir perdus leurs nounours, au milieu de très peu d’adultes …



Du nucléaire comme dessert à Noël ?

Paul Blume

Fin des années 70, début des années 80, les mouvements anti-missiles animent les débats sur les risques liés au déploiement d’armes nucléaire spécifiques, susceptibles d’être réellement utilisées.

Avec une attention toute particulière pour les aspects sanitaires.

Le nucléaire militaire est alors une préoccupation citoyenne très présente dans les agendas politiques. Cela se comprend et l’importance de ces débats se vérifie avec l’histoire des traités de limitation des armements.

Bien que l’accident de Tchernobyl n’ait pas encore eu lieu , les anti-nucléaires « civil » développent déjà leurs arguments, dont  :

  • Le principe de précaution, le caractère hyper-capitalistique de la production nucléaire, les accidents, les conséquences de potentiels accidents sur l’environnement, les aspects sanitaires de ces risques, l’ingérable dossier des déchets, etc …

Au fil du temps, ce discours anti-nucléaire trouve écho dans la population belge pour en arriver en janvier 2003 à la Loi sur la sortie progressive de l’énergie nucléaire à des fins de production industrielle d’électricité.

L’événement est considéré alors comme une victoire par les écologistes belges.

Ce principe de sortie du nucléaire sera défendu « bec et ongles » comme le montre les deux encarts sous l’article (1, 2).

« Mais cela, c’était avant ». Depuis : crise énergétique majeure et retournement de veste.

Et c’est une ministre issue du mouvement écologique qui est à la manœuvre.

Les derniers développements ont le mérite de clarifier le dossier, la Belgique prolonge certaines centrales au minimum jusqu’en 2036.

A priori, changer de point de vue, retravailler ses doctrines peut être compris comme une adaptation aux réalités politiques. Et celles-ci sont de plus en plus complexes en matière de politiques énergétiques.

Le recours à la technologie nucléaire continue néanmoins de soulever de nombreuses et importantes questions.

Dont la principale – qui n’est pratiquement pas évoquée actuellement dans les débats – étant celle de la pertinence pour l’humanité de continuer à dissiper massivement de l’énergie (sous quelque forme que ce soit) pour soutenir des activités économiques engendrant d’innombrables détériorations, pour la plupart irréversibles, des conditions de vie sur Terre.

Posée autrement, c’est la question des réponses politiques à la réalité des effondrements en cours.

Cette question de l’Ecocide embarrasse d’autant plus les écologistes défenseurs d’une croissance verte, qu’elle est relayée par des scientifiques issus de disciplines diverses se revendiquant à la fois de l’Ecologie et de la Science.

Il y a un réel découplage entre les appareils politiques se revendiquant de l’Ecologie et les fondements scientifiques de celle-ci.

De la question du traitement de écocide en cours découle celle des réactances inévitables au déroulé de promesses de moins en moins crédibles.

Le futur se décline de plus en plus au présent. Les promesses de croissance vertueuse mais également de décroissance joyeuse ou de sobriété heureuse deviennent de moins en moins en crédibles.

Là également, les constats sont précis. Et vendre du rêve est toujours dangereux en politique. Surtout quand ils sont à l’évidence inatteignables.

Sans oublier, pour revenir au nucléaire civil, que les interrogations légitimes sur les risques induits par cette activité demeurent.

Le débat semble actuellement « plié » aux niveaux européen et mondial.

La volonté de relancer la construction de centrales est présente dans tous les caucus économico-politiques et étayée, y compris dans le cadre des débats autour du réchauffement climatique.

Mais, cet avenir que l’on essaie de nous vendre autour de plus de nucléaire et de renouvelables est-il crédible ?

La faisabilité fût-elle théorique d’un découplage entre l’usage des énergies fossiles et les énergies de substitution est-elle démontrée ?

Les questions demeurent.

Et quand bien même une forme de croissance serait-elle encore possible, serait-elle désirable ?

C’est l’une des questions posées par Aurélien Barrau dans « l’Hypothèse K ».

A mettre sous le sapin. A la place du nucléaire ? …


Selon diverses sources, le Gouvernement fédéral reporterait la décision de sortie du nucléaire après les élections de 2019. La décision finale serait alors postposée à 2021 ! « Ce nouveau retard est le pire scénario possible, tant pour des questions de sécurité liées à l’état de nos vieilles centrales, que d’approvisionnement énergétique. Rappelons à cet égard que la Belgique détient le triste record du nombre de jours d’indisponibilité de ses centrales pour des raisons imprévues ! » réagit le chef de groupe Ecolo à la Chambre, Jean-Marc Nollet.
Pour Ecolo, cette décision constituerait une nouvelle pantalonnade montrant Charles Michel courbant une fois de plus l’échine devant le véritable patron de ce gouvernement, Bart De Wever : « Alors que notre Premier Ministre a le soutien d’une large majorité de partis, y compris le sien, pour sortir du nucléaire, il s’écrase à nouveau platement devant la N-VA… le jour anniversaire des 15 ans du vote de la loi de sortie du nucléaire. Que de temps perdu en tergiversations ! », commente Patrick Dupriez, coprésident d’Ecolo.
C’était en effet il y a 15 ans que le Gouvernement arc-en-ciel votait la loi sur la sortie du nucléaire assortie d’un cap et d’un échéancier. En 2015, cette loi a été confirmée et 1/2 précisait la date à laquelle chaque centrale nucléaire devait être fermée, la dernière en 2025. « En reportant la décision, le Gouvernement envoie un signal extrêmement négatif à tous ceux qui veulent investir, et ils sont nombreux, dans une transition énergétique durable. Il y a un besoin énorme de clarté et de stabilité, » poursuit Patrick Dupriez. « Ce report rend en outre notre pays totalement vulnérable face aux choix et exigences que pourrait nous imposer le propriétaire des centrales, Engie, à l’approche de l’échéance de 2025. Au-delà des centrales vieillissantes, c’est aussi notre démocratie qui se fissure, » ajoute Patrick Dupriez.
Les écologistes appellent les partis de la majorité à respecter la loi et à maintenir leur position, soulignant qu’il y a un soutien suffisant au Parlement et dans la société pour aller de l’avant. C’est la raison pour laquelle Ecolo et Groen déposent aujourd’hui, via une résolution dans tous les parlements, le pacte énergétique tel qu’il a été négocié et approuvé par les 4 ministres de l’énergie de notre pays. Ce pacte prévoit clairement une sortie du nucléaire en 2025 et des investissements massifs dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. « Nous espérons que les partenaires de la coalition ne seront plus pris en otage par la N-VA. Ce n’est que par une décision claire et sans délai que nous pourrons garantir un approvisionnement en énergie sûr, durable et abordable. Chaque année perdue par défaut de choix clair rend l’indispensable transition plus coûteuse et plus difficile,» concluent les écologistes.

Patrick Dupriez – Le 16 janvier 2018

L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE N’EST PAS LA SOLUTION
Par un courrier adressé au Gouvernement, Engie Electrabel remet sur la table la question de la prolongation des réacteurs nucléaires et veut même s’inviter dans la discussion gouvernementale à ce sujet. Les écologistes dénoncent cette initiative et invitent le monde politique belge à garder le cap vers la sortie du nucléaire.
« Engie Electrabel semble à son tour vouloir profiter de la situation sanitaire et économique dramatique de notre pays pour tenter d’imposer sa vision de notre avenir énergétique. C’est vraiment problématique d’une point de vue démocratique, avec un Gouvernement dont nous rappelons qu’il est minoritaire et chargé exclusivement de la gestion du Coronavirus », analyse Georges Gilkinet, chef de groupe Ecolo à la Chambre.
La sortie du nucléaire est inscrite dans la Loi depuis près de 20 ans et les alternatives au nucléaire existent et se développent depuis lors dans notre pays, avec des opérateurs économiques et citoyens ne demandant que le signal définitif et des actes clairs pour poursuivre et soutenir la transition.
« Le nucléaire n’est pas la solution, pas plus en période de crise qu’hier. Ce qui compte, c’est la Loi, pas un courrier d’Engie Electrabel. Les raisons qui justifient une sortie du nucléaire et rassemblent une majorité des forces démocratiques sont toujours aussi valables aujourd’hui », poursuit Georges Gilkinet.
« Plutôt que d’entretenir des solutions du passé, dangereuses et problématiques pour les générations futures, la priorité est d’accentuer les investissements dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Ce sont des options bien plus positives pour la création d’emplois et pour la capacité de résistance de notre économie à des chocs conjoncturels ou à une rupture dans les chaînes d’approvisionnement en matière première. L’énergie nucléaire n’est pas la solution. Nous devons regarder vers l’avenir plutôt que vers le passé », conclut Georges Gilkinet.
Les écologistes interpelleront dès que possible la Première Ministre Sophie Wilmès et le Gouvernement minoritaire pour l’appeler à garder le cap de la sortie du nucléaire.

Georges Gilkinet Chef de groupe à la Chambre et député fédéral – 16 avril 2020


Qui mangera quoi demain ? Qui le produira ?

Raphaël Goblet

Eco-Conseiller chez Les Joyeux Résistants ; Administrateur de L’Ardoise, Monnaie Locale ; Animateur & Conférencier ; Organisateur d’événements ; Auteur, compositeur, interprète.

Voici un petit compte-rendu complet de nos deux journées de travail avec L’Atelier Paysan ces 8&9 décembre derniers à Neufchâteau: Qui Mangera Quoi Demain, Qui le Produira ? Je vous ai concocté un petit concentré de ce que nous y avons (ré)appris, les processus en jeu, la méthode employée et les résultats obtenus ! Ce fut jouissif, mais le meilleur reste à venir !

Retour sur deux journées de travaux et de rencontres entre producteurs, consommateurs, acteurs sociaux, les 8 et 9 décembre 2023 à Neufchâteau[1].

Après un premier succès en 2022 avec la venue du systémicien Arthur Keller pour deux jours de réflexion autour de la résilience alimentaire territoriale[2], le collectif organisateur s’est élargi pour proposer deux journées de travail concret sur l’alimentation avec L’Atelier Paysan [3] comme intervenant principal.

Auteur de « Reprendre la Terre aux Machines, manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire » (Seuil)[4], l’Atelier Paysan se définit comme « une coopérative d’intérêt collectif à majorité paysanne, qui œuvre à la généralisation d’une agroécologie paysanne, pour un changement de modèle agricole et alimentaire radical et nécessaire ». Un programme plutôt ambitieux ! D’autant que mobiliser suffisamment de personnes (producteurs, citoyens, collectifs, associations, travailleurs sociaux, …) pendant deux journées n’est pas une sinécure ! Mais les 11 membres du collectif et les 6 citoyen.ne.s du groupe organisateur ont plus d’un tour dans leur sac, et après 8 mois de travail, ce sont plus de 80 personnes issues d’horizons, d’âges, de régions très diversifiées (un quart de producteurs, un quart de représentants d’associations et collectifs, et une moitié de citoyen.ne.s soucieux de l’avenir de leur alimentation) qui ont participé à ce défi avec la promesse qu’il ne s’agisse pas d’une énième rencontre intéressante, certes, mais stérile.

Photo : Le collectif organisateur & les animateurs de l’Atelier Paysan

L’engagement ? Nous ne nous quitterons pas sans avoir compris la nature profonde des enjeux et pris rendez-vous pour mettre en œuvre et réaliser des projets concrets qui répondent à ces défis fondamentaux. Un pari audacieux, certes, mais qui sera couronné de succès !

Retour sur un processus de réflexion et de création collective.

Comprendre avant de se lancer

La première journée était dédiée à l’exploration des enjeux de la production de nourriture et les questions d’alimentation, sous la verve habile d’Hugo Persillet et Arina Susa, de l’Atelier Paysan. Des exposés percutants, touchants, et surtout donnant de sacrés coups de pieds dans la fourmilière de nos idées reçues.

Il s’agissait de commencer par comprendre que les producteurs, éleveurs, agriculteurs, maraîchers, peu importe leur manière de travailler et leur filière, sont piégés de la même façon par un système agro-industriel qui tend à les dépouiller du sens (et du produit) de leur travail.

En aval, ils sont pieds et poings liés par une industrie de collecte, de transformation et de distribution qui les relèguent à de simples « producteurs de minerai » dont ils n’ont pas à se poser la question de la destination : de nourriciers du monde, ils ne sont plus qu’un fournisseur de matières premières parmi d’autres.

En amont, ils sont liés (souvent par les mêmes groupes industriels qu’en aval) pour la quasi-totalité de leurs ressources et intrants : des semences aux engrais en passant par la grande famille des -cides, les producteurs sont devenus des exécutants de tâches prédéfinies par les besoins de l’agro-industrie, perdant par la même occasion toute souveraineté économique, maîtrise de leurs pratiques et de leur éthique : pressés comme des citrons entre  ces deux flux opiniâtres et sans pitié, très peu d’entre eux peuvent encore dire qu’ils vivent de leur travail sans affronter des fins de mois pour le moins très compliquées. Pour les conglomérats en amont et en aval, par contre, pas de souci à se faire : les dividendes pleuvent plus fort chaque année.

Le but de ce système agro-industriel ? Faire baisser un maximum les prix des denrées alimentaires, afin de libérer une part croissante du budget des ménages pour les allouer à d’autres postes. Il est « amusant » de noter que la courbe de l’augmentation des loyers suit de manière exactement inverse la courbe de la baisse du prix de la nourriture, par exemple[5]. Le constat du prix anormalement bas de la nourriture agro-industrielle est d’ailleurs une vraie question : une nourriture respectueuse du sol, du vivant en général, et des êtres humains en particulier ne peut rivaliser au niveau de son coût avec les denrées issues du système « conventionnel » : dès lors il faudra peut-être reparler du vrai prix de la nourriture, qui ne pourra s’assumer qu’en réaugmentant la part financière que les ménages allouent à ce poste, au détriment d’autres choses… et en instaurant idéalement une réelle sécurité sociale alimentaire (nous y reviendrons plus loin).

Certes, le prix du ticket de caisse de l’alimentation produite par l’agro-industrie n’inclut pas ses « externalités négatives » (et il n’est pas près de le faire), dont les dépenses en matière de santé publique : une nourriture de moins bonne qualité, tant gustative que nutritionnelle ne permet plus aux populations d’être correctement nourries (apparition de maladies liées aux carences alimentaires, par exemple). Passons sur le trop gras, trop sucré, trop salé généralisé (diabète, obésité, …), ajoutons les résidus de pesticides ingérés, les eaux polluées aux nitrates et phosphates, et pensons aux producteurs eux-mêmes qui sont en toute première ligne face aux produits phytos qui leur détruisent la santé. Il est évident qu’aucun d’entre eux ne se lève le matin tout réjoui d’aller épandre de la chimie de synthèse sur ses terres : ils sont tout simplement pris au piège, avec peu d’espoir d’en sortir la tête haute, quand ils ne sont pas éreintés au point de ne même plus se poser de questions, avec la série de dénis (climatiques & idéologiques principalement) qui peuvent aller avec.

Photo : Des exposés en grand groupe impactants et mobilisants par Hugo Persillet

Ajoutons les aides de la PAC, qui ne figurent pas non plus sur la facture au consommateur, mais qu’il paye pourtant de manière indirecte via ses impôts. Il n’inclut pas non plus la casse sociale générée par ce système, ni le mal-être flagrant des producteurs.

Enfin, on peut ajouter la facture énergétique (le plus souvent de l’énergie fossile : pétrole pour la plupart des machines, gaz pour les engrais, …) et environnementale qui ne devrait même plus faire débat : nous le savons, l’agriculture, comme tous les autres pans de nos sociétés, doit se remettre en question si nous désirons éviter d’hypothéquer les conditions mêmes de survie des espèces actuelles, humains inclus.

Ne pas opposer, mais rassembler autour d’une cible commune.

Une chose est très claire, il est contre-productif de fustiger les producteurs, de viser personnellement les femmes et les hommes qui travaillent la terre, pilotent des machines ou gèrent des exploitations. Au contraire, identifier un « ennemi commun », définir une cause commune à toutes et tous peut permettre de rassembler, plutôt que diviser : c’est déjà un défi en soi ! Mais un défi salvateur.

En attendant, reconnaissons-le, toute une série d’initiatives, de manières de faire, de techniques moins gourmandes en intrants, moins polluantes, plus respectueuses du vivant, du sol, de l’eau, des humains et non-humains voient le jour, en réponse à une prise de conscience profonde de nombreux producteurs et consommateurs. En circuit court bien sûr, avec souvent un impératif de transformation et vente directe pour assurer la rentabilité minimale nécessaire à la pérennisation de l’activité.

Cessons d’être inoffensifs…

« Croire, ou faire croire, qu’une multitude d’initiatives, aussi disruptives ou subversives soient-elles, vont pouvoir faire pencher la balance vers une autre agriculture globale relève de la fable. »

Ces alternatives sont motivantes, innovantes, prometteuses, mais bien qu’on nous laisse à penser que ces modes de production deviennent petit à petit la norme, ou se développement massivement, ils restent totalement inoffensifs pour le système agro-industriel, quand ils ne le renforcent pas carrément : la bio, le labellisé du terroir, le « producteur local » font un complément d’offre parfait pour la clientèle aisée du supermarché. Depuis les années 80, par exemple on parle d’une progression du bio de 300%[6], mais dans le même temps, une progression dans des proportions comparables est constatée sur les ventes de pesticides et engrais artificiels[7], qui jouent eux à une tout autre échelle !

Croire, ou faire croire, qu’une multitude d’initiatives, aussi disruptives ou subversives soient-elles, vont pouvoir faire pencher la balance vers une autre agriculture globale relève de la fable : cela n’arrivera pas. Groupes d’achats communs, jardins partagés, réseaux d’achats paysans, épiceries locales sont autant de projets jubilatoires qui vont dans le bon sens, mais ils n’ont aucune chance de renverser un système globalisé, robuste, où trop d’acteurs ont trop d’intérêts. Du moins si on en reste là.

Les 3 piliers de la transformation sociale.

Car nous avons besoin d’une profonde et réelle transformation socio-économique, sur la quasi-totalité des aspects de notre vivre ensemble.

Nous devons travailler collectivement deux autres angles d’attaque que nous avons tendance à oublier, tant l’urgence peut nous presser à développer des solutions pratiques : toutes les transformations sociales qui ont abouti dans l’histoire comportaient trois piliers, complémentaires et indispensables. Le premier étant la construction d’alternatives crédibles, opérables, efficaces, prêtes à prendre le relais. C’est ce que nous avons fait presque exclusivement pendant les dernières décennies : nous ne devons certainement pas laisser tomber cette démarche, et continuer à la développer encore et encore !

Le second pilier consiste à travailler les rapports de force : le déséquilibre est tel que la puissance et la force de frappe est très nettement en faveur du système agro-industriel. Nous regrouper (fédérations, syndicats, collectifs, …), pratiquer un lobbyisme assumé, repolitiser le sujet, ne pas hésiter à aller au front, de toutes les manières possibles, saboter, empêcher, confisquer, « ZAD partout », … tout est bon pour rééquilibrer la balance au maximum.

Nous aurons beau avoir les meilleures idées concernant les manières de produire de quoi manger, scientifiquement et empiriquement démontrées, si nous ne sommes pas capables de rivaliser massivement avec le système agro-industriel, celui-ci ne changera pas pour nos beaux yeux ou pour préserver l’environnement et le vivant (si non, cela aurait déjà eu lieu !).

« Si nous ne sommes pas capables de rivaliser massivement avec le système agro-industriel, celui-ci ne changera pas pour nos beaux yeux ou pour préserver l’environnement et le vivant. »

Vient enfin l’éducation populaire et permanente : il nous faut aménager des espaces sûrs, dédiés, où l’on peut se retrouver, réfléchir, apprendre, développer une pensée critique sur les circonstances et les processus, identifier les acteurs (tant nos alliés que les autres). Sans permettre les conditions de la construction d’un savoir autogénéré par les premiers concernés (à priori : toute personne soucieuse de produire et manger mieux), nous ne pourrons ni développer des alternatives suffisamment solides ni des rapports de force à notre avantage.

Complémentarité plutôt que rivalité !

Bien entendu, impossible pour chaque individu de se consacrer aux 3 piliers : nous avons tous nos propres appétences, préférences, connaissances, compétences, les journées ne sont pas près de faire plus de 24h et le quotidien a une fâcheuse tendance à se rappeler intempestivement à chacun d’entre nous. Non, l’idée n’est pas d’être sur tous les fronts à la fois, mais à minima de ne pas les opposer. On peut être séduit ou non par les activistes (les terribles écoterroristes diraient certains) et leurs actions coup de poing, ils participent néanmoins au changement de rapports de force. On peut penser que prendre le temps de s’asseoir autour d’une table et discuter soit improductif ou en tout cas pas assez rapide, nous ne rallierons pas durablement des forces vives si elles n’ont pas pu prendre le temps de se convaincre intimement de la nécessité de proposer des alternatives ou de s’opposer frontalement aux règles imposées par un système prétendument tout-puissant. On peut croire que l’association qui pratique l’agroécologie à très petite échelle serait tout de même bien plus utile en manif, il n’en reste pas moins qu’elle participe à la co-construction et la (re)découverte d’un savoir et d’un savoir-faire qui risquent d’être plus que bienvenus quand il faudra commencer à prendre le relais de l’agro-industrie pour nourrir une part croissante de la population.

C’est donc bien un triptyque qu’il nous faut déployer, forcément de manière collective. Nous devons créer des ponts entre les piliers, nous encourager et nous soutenir mutuellement plutôt que de se tirer dans les pattes en pensant avoir trouvé « LE » seul moyen d’action efficace. L’histoire nous a montré que quand les étoiles sont alignées et que vient le moment de tester concrètement le rapport de force (ce moment arrive rarement à l’initiative de la minorité qui veut le changement, mais survient souvent quand le système dominant commence à faillir ou quand il va trop loin), il faut être capable de proposer immédiatement des alternatives, qui soient crédibles et déjà éprouvées, portées par un réseau d’individus et de collectivités profondément encapacités à conduire, gérer, transposer et déployer ces alternatives. Sans un projet solide comme contre-proposition, la transformation sociale a toutes les chances d’échouer à l’issue des affrontements (on ne se met pas à réfléchir en pleine bataille), et peut même laisser le champ libre à des projets pires et moins démocratiques encore, mortifères et liberticides : l’histoire regorge d’exemples et les tournants politiques que prennent de nombreuses régions du monde actuellement résonnent comme des avertissements glaçants.

Voilà pour les premiers constats. Effrayants. Désarmants. Mais aussi puissamment remotivants : passé l’effroi, c’est l’envie (la nécessité ?) de se jeter dans l’arène qui prend le pas !

Photo : Réflexions et sentiments restitués en grand groupe

Produire, c’est une chose. Comment on se nourrit en est une autre…

Passé le temps nécessaire à digérer tout cela (ainsi qu’un excellent buffet communautaire à partager, préparé par les participants eux-mêmes), les premiers échanges en groupes débutent autour de trois thèmes liés à l’alimentation (qui est le pendant complémentaire de la production) : la violence alimentaire sous toutes ses formes (tant pour les producteurs que les consommateurs, et spécifiquement les mangeurs déjà précarisés), sur base d’un extrait vidéo d’une interview de Bénédicte Bonzi[8] ; un recensement des initiatives existantes pour contrer la précarité alimentaire (précarité qui, avec la pauvreté en générale, est un sous-produit inhérent au système agro-industriel lui-même : il s’agit d’un « dommage collatéral » au mieux, d’une intention consciente au pire) ; et un travail sur la notion de la SSA : la sécurité sociale alimentaire, qui part du constat qu’une part croissante de la population connaît des difficultés financières pour s’alimenter, et en tout cas n’a pas accès à un choix d’aliments réellement sains.

La Sécurité Sociale Alimentaire (SSA) comme arme de réappropriation massive.

Déjà en test dans plusieurs grandes villes de France, et pointant timidement le bout de son nez en Belgique, la SSA consiste à assurer à toutes et tous un minimum d’accès à une production alimentaire correcte tant du point de vue nutritionnel que de la préservation de notre planète. Pour résumer le principe dans ses grandes lignes : chaque personne sur un territoire donné se voit remettre une somme d’argent (monnaie marquée, chèque, bon, évalué à l’heure actuelle à un montant de 150€ par personne et par mois) à dépenser en achat de denrées alimentaires.

3 grands principes sous-tendent la SSA :

C’est un droit universel : chaque personne, du nouveau-né à la personne âgée, du travailleur au chômeur en passant par le migrant ou le SDF, reçoit inconditionnellement cette aide, chaque mois.

La SSA est basée sur une cotisation, idéalement gérée par une structure indépendante du pouvoir politique, afin d’en garantir la stabilité dans le temps. Le montant de la cotisation dépend évidemment des moyens de chacun, les plus aisés cotisant bien d’avantage afin de compenser les faibles cotisations (ou l’absence de celles-ci) des plus démunis. C’est donc un système redistributif, que nous connaissons déjà bien sous d’autres formes (et donc : ça fonctionne !) comme la sécurité sociale tout court, les mutuelles, les impôts, …

Dernier principe, où l’exercice démocratique est prépondérant : le conventionnement. Il convient de définir collectivement les denrées, point de vente, produits, modes de production, éligibles au système, qui seront donc conventionnés. L’idée n’est pas de prioriser ou favoriser à priori la ou les filières dans lesquelles la population pourra faire usage de son droit à la SSA, mais bien d’en débattre de manière informée (un peu comme l’expérience de la convention citoyenne pour le climat, malheureusement sabordée ensuite par le gouvernement Macron).

Il subsiste peu de doutes que les filières de productions locales et vertueuses pourraient bien être les premières bénéficiaires, mais à l’heure actuelle il n’y a généralement pas suffisamment de production que pour approvisionner pour 150€ par tête de pipe sur un territoire donné. Mais l’objectif de cette démarche est de générer une demande forte qui puisse tirer la production nettement vers le haut, mais de manière durable (contrairement à la période post-covid que nous avons connue). Les producteurs locaux, étant assurés d’un débouché rentable sur la durée, seront probablement plus enclins à développer des filières et adopter des pratiques correspondant aux critères du conventionnement de leur territoire.

Il s’agit d’un chantier d’envergure, qui nécessitera temps et énergie, mais qui pourrait réellement rééquilibrer le rapport de force et contribuer à l’éducation populaire et permanente !

Forts de toute cette matière, nos quelques 80 participants ont pu passer aux choses sérieuses le lendemain, après une soirée festive bien méritée…

Passer au concret. Pour du vrai.

L’engagement de l’Atelier Paysan et du collectif organisateur était donc clair : nous ne nous quitterions pas sans avoir démarré des projets concrets, et pris rendez-vous ferme, date, heure, lieu et ordre du jour à l’appui, pour faire avancer, dans la vraie vie, les projets en question.

« L’engagement était clair : nous ne nous quitterions pas sans avoir démarré des projets concrets. »

La méthode utilisée est relativement simple : il s’agit d’employer l’intelligence collective, en dirigeant le moins possible les échanges (mais en les cadrant de manière assez stricte), afin de parvenir à faire émerger des idées concrètes, réalisables avec les moyens disponibles. Cela peut paraître candide, mais c’est diablement efficace.

Photo : Réflexions thématiques en sous-groupes

Le grand groupe est divisé en 3, selon différents sujets relativement larges. Chacun est libre de se diriger dans le groupe qu’il désire et d’en changer quand il le souhaite. Les discussions se déroulent selon un canevas soigneusement minuté de 3×30 minutes : d’abord on énumère pêle-mêle les problèmes à résoudre, les freins à lever, les verrous à faire sauter. Ensuite on lance des idées d’initiatives concrètes dans un monde idéal (où l’on ne manque ni de temps, ni d’argent, ni de main d’œuvre). Attention, il ne s’agit pas de supprimer la faim dans le monde, la guerre, l’argent, ou tout autre intention louable mais chimérique : il doit s’agir de concret, avec une méthode si possible, des étapes et un but réaliste à atteindre ! Les idées fusent, certaines très terre-à-terre, d’autres plus farfelues, mais c’est le jeu : on rêve un peu, et ça fait du bien. La dernière phase réintroduit la réalité dans les utopies. Qu’est-ce qui, dans ces projets lancés, pourrait aboutir dans le monde réel, dans lequel nous avons peu de temps, pas assez d’argent et bien souvent moins de bras qu’il n’en faudrait, moyennant des étapes intermédiaires, une révision à la baisse de l’ambition, des créations de partenariats ?

A l’issue de ce processus, ce ne sont pas moins de 14 idées de projets qui sont affichées sur le mur de la grande salle. 14 potentialités réalisables qui agissent sur l’un des 3 piliers de la transformation sociale : les rapports de force, l’éducation populaire et permanente et le développement d’alternatives. C’est déjà une très belle satisfaction ! Mais nous ne sommes pas encore au bout du processus, il reste le principal à accomplir : définir, ici et maintenant, la manière dont on va s’y prendre, et se lancer.

Ce sera l’objet du travail de l’après-midi : chacun est invité à choisir un des 14 projets (pas forcément celui qu’il a proposé, mais celui qui l’enthousiasme le plus), et à se regrouper autour de cette proposition. Après un petit quart d’heure, 11 des 14 projets sont attribués (dans des groupes de 2 à 8 personnes). Cela signifie que 3 projets ne verront peut-être jamais le jour… et ce n’est rien : ce n’était pas le bon jour, pas les bonnes personnes pour les développer. Il n’en reste pas moins que pendant l’heure et demie qui va suivre, c’est la créativité de terrain qui va prendre le dessus : les groupes définissent leurs objectifs, la ou les manières de les atteindre, et mettent en place une série de jalons, dont le plus important : quand est-ce qu’on se revoit, où, et à quelle heure, avec quel ordre du jour !

Photo : Travail concret sur les propositions d’actions réalistes: quoi, comment, et quand !

C’est ainsi que sont nés ces 10 projets, au stade de phase de lancement :

1.      Demander/provoquer un débat constructif et respectueux sur les différents modèles d’agriculture à la foire agricole de Libramont.

2.      Création d’un podcast recueillant la manière donc les acteurs agricoles voient l’impact de la technologie sur leur vie et leur travail.

3.      Présentation d’outils de maraîchage « do it yourself » ou low techs à la petite foire de Semel avec la Fabriek Paysanne et d’autres acteurs.

4.      A l’occasion des élections qui se profilent en 2024, obliger l’ensemble des partis à se positionner et donner leur vision de l’agriculture de demain.

5.      Création d’une fondation sur l’autonomie paysanne, analyser la vision de l’autonomie que les paysans ont, définir les besoins et chercher des pistes pour y répondre collectivement.

6.      Création d’ateliers partagés pour que les paysans puissent construire leurs machines de maraîchage sans devoir investir dans des outils onéreux.

7.      Recensement et cartographie des outils, plans et lieux qui existent déjà pour que les paysans puissent construire leurs outils de travail du sol.

8.      Recensement et soutien des projets de distribution de produits locaux, identifier les zones blanches en province de Luxembourg, tenter de les combler.

9.      Projet de mutualisation des ressources des producteurs afin d’alléger leur responsabilité sociétale amenant vulnérabilité et sentiment de malaise.

10.    Groupe de réflexion concernant la sécurité sociale alimentaire, la documenter, recenser les initiatives, concocter un argumentaire et soumettre le principe aux candidats des élections 2024.

11.    Projet de cassure des barrières sociales : comment amener les publics moins favorisés à s’intéresser par eux-mêmes à l’alimentation issue de l’agriculture paysanne ?

Ne soyons pas naïfs, certains de ces projets seront menés à leur terme, mais d’autres n’aboutiront peut-être pas, ou pas comme imaginés. Cependant tout est réuni pour donner les meilleures chances à chacun d’entre eux.

Affaires à suivre…

Raphaël Goblet, pour le collectif organisateur.

Photo : Partages, échanges et gratitude tous ensemble avant de nous quitter, provisoirement, avant de nouvelles aventures !


Envie de participer au prochain événement ? Des suggestions, des propositions ? Contactez-nous :

Johanna Reynckens, Nature Attitude, 063 42 47 27 – 0477 729 149 – johanna.reynckens@natureattitude.be

Raphaël Goblet, Les Joyeux Résistants, 0497 27 64 70 – raphael.goblet@gmail.com

Nathalie Monfort, citoyenne, 0473 32 91 01 – contact@nathaliemonfort.be


[1] https://quimangeraquoi.jimdosite.com

[2] https://www.youtube.com/watch?v=iGbP3t7X6wg

[3] https://www.latelierpaysan.org/

[4] https://www.seuil.com/ouvrage/reprendre-la-terre-aux-machines-l-atelier-paysan/9782021478174

[5] https://www.observationsociete.fr/modes-de-vie/evolutionconsommation/

[6] https://www.agencebio.org/wp-content/uploads/2018/10/carnet_monde_2017.pdf

[7] https://www.novethic.fr/actualite/environnement/agriculture/isr-rse/atlas-des-pesticides-entre-addiction-et-monopole-tout-comprendre-en-infographie-151531.html et https://www.researchgate.net/figure/Evolution-de-la-production-et-de-la-demande-mondiale-et-francaise-en-engrais-azotes_fig1_332800086

[8] https://www.youtube.com/watch?v=_vHa_a8Mjak


Devenez des activistes !

Plus d’un millier de scientifiques spécialistes du climat exhortent le public à devenir des activistes

« Nous avons besoin de vous », déclare Scientist Rebellion, qui comprend les auteurs des rapports du GIEC sur les changements climatiques, alors que les diplomates se réunissent dans le cadre de la Cop28.

4 décembre 2023 – Damien Gayle – traduction deepl / Josette – voir l’article original sur The Guardian


Wolfgang Cramer a participé pour la première fois aux travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans les années 90. Il a travaillé sur le deuxième rapport d’évaluation, publié en 1995, qui confirmait l’existence d’un dérèglement climatique d’origine anthropique. À cette époque, personne ne pouvait dire qu’il ne savait pas ce qui se passait.


Près de trois décennies plus tard, M. Cramer a fait partie de l’équipe scientifique internationale qui a préparé le sixième rapport du GIEC. La conclusion de ce rapport, rendue en mars dernier, lance à la civilisation humaine un sombre « dernier avertissement » : la biosphère est sur le point de subir des dommages irrévocables.

Aujourd’hui, alors que les diplomates se réunissent à Dubaï pour le 28e cycle de négociations sur le climat de la Cop, au cours d’une année qui devrait être la plus chaude jamais enregistrée et alors que les émissions de carbone continuent d’augmenter, M. Cramer est l’un des 33 auteurs du GIEC parmi les 1 447 scientifiques et universitaires qui ont signé une lettre ouverte appelant le public à prendre des mesures collectives pour éviter l’effondrement du climat.


« Nous sommes terrifiés », préviennent-ils. « Nous avons besoin de vous. »


« Où que vous soyez, devenez un défenseur ou un activiste du climat », implore la lettre, publiée lundi par Scientist Rebellion, un groupe d’activistes du climat. « Rejoignez ou créez des groupes qui militent en faveur de politiques visant à garantir un avenir meilleur. Contactez les groupes actifs dans votre région, renseignez-vous sur leurs réunions et participez-y.


« Si nous voulons créer un avenir vivable, l’action climatique doit cesser d’être quelque chose que les autres font pour devenir quelque chose que nous faisons tous. »


Cette lettre est envoyée alors que les délégués se réunissent aux Émirats arabes unis, un pays riche en pétrole, pour la Cop28. Ils y débattent de la question de savoir s’il convient d’ « éliminer » ou de « réduire progressivement » l’utilisation des combustibles fossiles émetteurs de gaz à effet de serre, qui sont la principale cause du dérèglement climatique. Un fonds a été créé pour les pays les plus pauvres, pour lesquels les catastrophes liées au climat sont déjà une réalité.

Wolfgang Cramer déclare que lui et ses collègues scientifiques étaient de plus en plus frustrés. Les gouvernements occidentaux, les gouvernements européens ont tendance à dire : « Oh, nous faisons déjà beaucoup » », a-t-il déclaré au Guardian. « Et oui, bien sûr, nous devons nous en féliciter, nous devons nous réjouir de chaque petit pas dans la bonne direction.


« Mais je pense que l’échec de la communication en ce moment est de parler suffisamment de l’inadéquation, de la déconnexion totale, entre les engagements que nous voyons de la part des gouvernements lors des Cop, et dans la mise en œuvre de leurs engagements à la maison, d’une part, et les objectifs clairs de l’accord de Paris, d’autre part. »


En amont de la Cop28, le Programme des Nations unies pour l’environnement a lancé un avertissement sévère selon lequel les politiques nationales de réduction du carbone sont si insuffisantes que le réchauffement de 3 °C (5,4 °F) par rapport aux niveaux préindustriels sera atteint au cours de ce siècle, soit le double de la limite de 1,5 °C (2,7 °F) qui, selon les accords de Paris sur le climat, permettrait d’éviter les effets les plus catastrophiques de l’effondrement du climat.

« Aucun pays n’agit dans le sens d’un réchauffement de 1,5°C », indique la lettre de Scientist Rebellion. « Poursuivre sur cette voie entraînera des souffrances indicibles. De grandes parties de notre planète deviendront inhabitables, créant des centaines de millions de réfugiés, des famines sans précédent et de graves conflits politiques ».


Mais « nous n’avons pas à nous résigner à cet avenir », insiste le rapport. « Les solutions existent, mais leur mise en œuvre dépend d’une « mobilisation à grande échelle de la société » pour vaincre les intérêts particuliers qui profitent du statu quo.


« Nous devons rapidement abandonner les combustibles fossiles, mais la Cop28 est présidée par le PDG d’une compagnie pétrolière, ce qui illustre l’influence profonde de ce pouvoir bien établi », ajoute la lettre.


Minal Pathak, professeure associée au centre mondial pour l’environnement et l’énergie de l’université d’Ahmedabad et autre signataire, était scientifique principal dans l’unité de soutien technique du groupe de travail III du sixième rapport du GIEC, qui portait sur l’atténuation de la dégradation du climat. Tout comme M. Cramer, elle s’est sentie frustrée par l’impuissance apparente des avertissements des scientifiques. Elle a déclaré au Guardian qu’elle était en fait en colère.

« À un moment donné, on aurait pu penser que la rédaction d’articles percutants dans des revues de grande qualité ou la publication de rapports de l’ONU étaient la solution pour établir des preuves », a-t-elle déclaré. « Mais apparemment, cela ne fonctionne pas, n’est-ce pas ? Ou ne fonctionne pas comme il le faudrait. Je suis vraiment, vraiment déçue de la façon dont les choses se passent. J’ai une fille adolescente et j’ai vu ce qui s’est passé pendant une décennie. Qu’est-ce qu’il faut faire, vraiment, pour agir ? »



Sauvegardons Neerpede

Un projet d’étang de baignade au cœur du Parc des Étangs de Neerpede met en danger la biodiversité

Josiane Van Obbergen

Le mouvement citoyen « Sauvegardons Neerpede » s’oppose au projet d’étang naturel de baignade sur l’un des 3 principaux étangs du Parc des Etangs de Neerpede, à Anderlecht.

Le 6 décembre 2021, le ministre bruxellois de l’Environnement Alain Maron a convoqué la presse pour annoncer la création du premier étang de baignade à Neerpede en 2024. Bruxelles-Environnement venait de publier une étude de faisabilité envisageant la transformation des étangs Mayfair ou Moyen en un étang « naturel » de baignade, et d’indiquer lequel serait le plus approprié à cette activité. C’est l’étang Moyen qui a été retenu.

L’étang Moyen constitue la partie centrale du futur Parc de Neerpede, situé dans le quartier de Neerpede, partie excentrée d’Anderlecht nichée dans le sud-ouest de Bruxelles. L’étang Moyen, l’étang Mayfair et le bassin d’orage Bruxelles Mobilité constituent le périmètre visé par le projet et occupent le centre de l’enfilade des étangs de Neerpede et de Marius Renard. Cette partie ne peut pas être isolée des autres étangs qui assurent ensemble d’équilibre écosystémique de ce couloir écologique. Cet endroit encore préservé de la ville, havre semi-sauvage de plans d’eau, de friches, de ruisseaux, de boisements, de champs, de prairies et cheminements déjà présents et praticables, remplit le rôle de poumon vert d’Anderlecht, en périphérie de Bruxelles.

Suivant Bruxelles-Environnement, l’enfilade fait partie du réseau écologique bruxellois et présente des zones à très haute valeur écologique, haute valeur biologique et valeur biologique importante. L’étang Moyen est majoritairement de valeur biologique importante.

Pour le mouvement citoyen « Sauvegardons Neerpede », à l’heure où l’importance de la biodiversité, l’importance de protéger la nature et l’importance de développer des zones vertes dans les quartiers n’en ayant pas, ne sont plus à démontrer, il est inconcevable de proposer une activité qui drainera une foule trop importante pour la préservation d’un tel espace vert.

La présence de 225 baigneurs simultanément ainsi que de toutes les personnes qui s’accumuleront aux abords de l’étang (2000 personnes par jour) pour profiter d’une aire de repos, tout au long de la journée, apporteront immanquablement des nuisances au site tout entier.

D’autre part, la présence massive de personnes entraînera un changement radical en transformant cet endroit paisible où chacun.e peut venir se ressourcer au contact de la nature en un endroit bruyant et hyper actif.

Le Plan Régional de Développement Durable (PRDD) adopté en 2018, a pour ambition d’apporter les réponses adéquates aux défis et enjeux que connaît Bruxelles en tant que territoire urbain.

Autour de l’étang de baignade de Neerpede, les aires de repos se situent pour certaines dans une zone définie comme étant un « site semi-naturel à protéger et à revaloriser ».

En 2020 et 2021, une phase test a été menée sur quelques jours, quelques heures et uniquement sur réservation. Cette phase test a démontré qu’une jauge réduite de 15 personnes devait être respectée pour préserver la biodiversité. Aujourd’hui, il est effectivement interpellant de constater que la jauge a été multipliée par 17 et que la préservation de la biodiversité a perdu de son intérêt.

La commune d’Anderlecht possède une piscine intérieure au Céria, une piscine en plein air, à côté du canal, au niveau du pont Marchant («Flow», projet géré par Pool is Cool), ouverte depuis 2021 pendant les mois d’été et la future piscine aux Abattoirs de Cureghem, sur le toit du bâtiment Manufacture. Bruxelles-Ville a également un projet de piscine naturelle au quai Béco.

Le permis d’urbanisme et d’environnement pour le projet d’étang de baignade a été déposé en décembre 2022. En mars 2023, l’enquête publique a été lancée. Celle-ci s’est terminée en avril de la même année. Le 15 mai 2023, l’avis de la Commission de Concertation a été publié : pas d’avis commun. Abstention de Bruxelles Environnement (le porteur du projet), avis défavorable de la commune d’Anderlecht et avis favorable d’URBAN (section Monuments et Sites et Urbanisme) sous conditions.

A partir de l’avis, le dossier repasse aux mains de la Région. Bruxelles Environnement a 6 mois pour revoir sa copie et doit répondre à chaque condition émise dans l’avis. Dans certains cas, ce délai peut être prolongé. Le collectif citoyen « Sauvegardons Neerpede » craint que l’administration régionale de l’Urbanisme passe outre et n’accorde un permis malgré tout.

En un mot, l’ambition régionale vise à rassembler les différentes zones en un tout cohérent, sur les 40 hectares du futur Parc de Neerpede. S’opposer à cette première phase est donc crucial pour la préservation de l’ensemble du site sur le long terme.

Le collectif citoyen « Sauvegardons Neerpede » a été co-fondé par Madame Yannick Laurent en décembre 2021 suite à l’annonce de Monsieur Alain Maron de l’ouverture du premier étang de baignade à Neerpede en 2024, comme si c’était un fait accompli.

Sauvegardons Neerpede s’oppose à la transformation de ce site du maillage vert et bleu en une zone récréative nuisible à la faune, à la flore et à la quiétude ambiante.

Il dénonce le détournement du Plan Opérationnel de Neerpede, datant de septembre 2020, à des fins récréatives de masse par pure ambition mégalomane. Malgré les dires de certains acteurs impliqués dans l’élaboration du projet, aucune concertation citoyenne et surtout riveraine n’a été organisée.

Sauvegardons Neerpede a lancé une pétition en ligne et papier (actuellement plus de 7000 signatures). Le mouvement est présent sur les réseaux sociaux. Des affiches et des communiqués de presse ont été diffusés. Des rencontres avec les porteurs du projet et la commune ont été planifiées et le seront encore.

Vu que rien n’est décidé encore, de nouveaux arguments sont en cours de développement ainsi qu’une éventuelle action au Conseil d’État. Sauvegardons Neerpede continue le combat. Parce que tous les espaces verts de Bruxelles encore intacts tissent la trame de la survie sur le long terme de toutes les espèces dont nous faisons partie. La nature nous sauve et non le contraire. Ne sacrifions par l’étang Moyen, futur martyr écologique, à l’autel d’un récréatif consumériste ! Neerpede est un lieu à préserver de toute urgence, avant qu’il ne soit trop tard.

Afin d’être informés des suites du dossier, vous pouvez vous abonner à la page Facebook de Sauvegardons Neerpede. Vous y trouverez également les moyens mis à disposition pour soutenir le collectif.


Documentation & contact :


Pour signer la pétition :

https://www.change.org/p/a-la-région-bruxelloise-sauvegardons-neerpede