Relire Hans Jonas

Cédric Chevalier

Une opinion de Cédric Chevalier qui nous invite à lire ou relire Hans Jonas et le « principe de responsabilité« 

Paru précédemment sur Linkedin

Hans Jonas
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Pour moi, Hans Jonas est le philosophe qui a le mieux compris le plus grand problème de notre époque, qui sera définitivement, pour toujours, le problème existentiel de l’espèce humaine, depuis la Shoah et l’attaque nucléaire américaine sur Hiroshima, en 1945.

La boîte de Pandore a été ouverte et ne pourra plus être refermée.
  • L’humanité a les moyens technologiques de se suicider. Génocide industriel bureaucratique. Armes de destruction massive. Écocide planétaire. Aujourd’hui l’IA et les nouvelles technologies qui menacent le continuum de la vie. accompagnées par une métaphysique qui nie l’humain, le vivant, la Limite.

-L’humanité n’a pas (encore) réussi à instituer la Limite, à créer des institutions robustes qui lui permettent de réguler voire interdire les moyens technologiques et les usages qui créent une menace inacceptable à l’existence humaine et vivante. Nous transgressons les limites d’un espace d’existence sûr pour les humains et les autres vivants.

  • L’humanité n’a pas encore inscrit dans sa métaphysique ces éléments critiques : 1) sa technologie menace sa propre existence, 2) la Limite doit être instituée 3) nous devons vouloir consciemment persister en tant qu’humanité, et non considérer que cela va se soi.

Nous devons vouloir exister en tant qu’espèce à très long terme, et être convaincus de la nécessité de nous autolimiter à cette fin, également pour garantir une existence authentique.

Je ne vois rien de plus existentiel comme question philosophique, politique, pratique. Toutes les autres questions philosophiques n’existent que parce que l’humanité existe : notre existence matérielle collective (y compris la vie sur Terre) précède, préconditionne la possibilité de notre existence authentique tout court (existentialisme, spiritualité, sens ultime).

Nous devons adopter une nouvelle maxime d’inspiration kantienne : « Agis de telle manière que ton action soit compatible avec la persistance d’une existence authentiquement humaine (vivante) sur Terre. »

Tout l’acquis philosophique doit se revoir via un ensemble de contraintes et de finalités écologiques, sans quoi il n’est plus garanti matériellement et existentiellement.

Cette nouvelle métaphysique de la Limite exige paradoxalement une transgression des nombreuses limites imaginaires de notre ancienne métaphysique.

C’est l’élan essentiel des Lumières, tel que défini par Kant et puis réinterprété par Foucault : actualiser notre conception des Limites, pour une transgression consciente à des fins de libération.

Cela implique de revoir : constitutions, contrat social, lois, normes sociales, politiques concrètes…



Les États-Unis ébranlés ?

Des États-Unis ébranlés par leur offensive de « domination énergétique » ?

Patrice Geoffron

Professeur d’Économie, Université Paris Dauphine – PSL

Republication d’un article paru sur le site Connaissance des Énergies

Un an s’est écoulé depuis que Donald Trump a prêté serment pour son second mandat. Sa campagne de 2024 s’était construite sur la promesse du « retour de l’abondance ». L’un des engagements était de diviser par deux les factures énergétiques des Américains en douze à dix-huit mois, en « libérant » les hydrocarbures des réglementations de l’administration Biden. Un an après, le bilan d’étape de cette politique énergétique révèle un contraste saisissant entre promesses et réalités.

L’exploitation massive des énergies fossiles a effectivement battu des records, faisant des États-Unis le premier producteur et exportateur mondial de pétrole et de gaz. Mais cette « domination énergétique » se construit aux dépens des ménages et des entreprises américaines, qui font face à des coûts en nette hausse, à rebours des espoirs suscités. Analyse d’un piège économique qui se referme sur la base électorale du président républicain et résonne mal avec les promesses de l’America First.

Le retour de l’inflation

Le 20 janvier 2025, jour de son investiture, le nouveau président signait une déclaration d’« urgence énergétique nationale ». Ce texte a activé des leviers d’exception, notamment pour contourner les études d’impact environnemental. L’offensive s’est poursuivie avec le One Big Beautiful Bill Act, promulgué en juillet 2025, qui a enclenché le démantèlement de l’Inflation Reduction Act (IRA), ciblant les subventions à l’éolien et au solaire.

L’idée maîtresse de ces trumponomics était que la suppression de ces subventions, couplée à une dérégulation massive, permettrait de baisser le prix des « vraies énergies », c’est-à-dire les fossiles. Pourtant, le ruissellement de cette abondance vers les ménages s’est brisé sur deux écueils : l’intégration mondiale des marchés et la révolution de l’IA.

Les chiffres de l’inflation publiés par le Bureau of Labor Statistics pour l’année 2025 dessinent un tableau problématique. Une baisse est certes enregistrée sur les carburants liquides (- 7,5 % sur 12 mois), mais sans rapport avec ce qui avait été promis (passer de 3 à 2 $, entre 2,54 et 1,69 €, le gallon, soit une baisse d’un tiers). L’administration Trump ne manque évidemment pas de mettre en scène la baisse (même timide) de cet indicateur qui s’affiche en lettres néon au bord des routes. Mais, dans l’intimité des foyers, l’inflation énergétique est douloureusement ressentie. Sur la même période, l’électricité a augmenté de 6,3 % et le gaz naturel de 9,8 %.

Les États républicains en première ligne

L’organisation Public Citizen estime que, sur les neuf premiers mois de 2025, les consommateurs américains ont payé 12 milliards de dollars (plus de 10 milliards d’euros) de plus pour leur gaz par rapport à 2024. Ce choc frappe de plein fouet les États du Nord et du Midwest, souvent des bastions électoraux clés pour les républicains, où l’hiver 2025-2026 est particulièrement rude.

Ces tensions sont d’autant plus aiguës que la Maison-Blanche a également rendu plus difficile l’accès des Américains aux aides, avec la suppression de crédits d’impôt pour les améliorations énergétiques des logements visant à réduire les coûts. Elle a également restreint le programme d’aide énergétique aux ménages à faibles revenus (LIHEAP), qui soutenait chaque année 6 millions de familles américaines pour le paiement de leurs factures. Le programme a survécu, mais il a été considérablement entravé après que l’administration avait licencié l’ensemble du personnel du LIHEAP, dès le début du mandat.

L’importation de la volatilité mondiale

La politique d’exportation produit des effets mécaniques, à rebours des promesses présidentielles de baisse des factures énergétiques. Sous l’administration précédente, un moratoire et des contraintes logistiques limitaient les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL). Donald Trump, en levant tous les freins à l’exportation dès janvier 2025 et en inaugurant de nouveaux terminaux sur la côte du Golfe du Mexique, a contribué au bond des exportations de près de 25 % en un an. Mais, cela a une conséquence : le prix du gaz américain ne dépend plus seulement de facteurs locaux, mais de la demande à Paris, Berlin ou à Shanghai.

En voulant faire des États-Unis la « superpuissance énergétique », l’administration a importé la volatilité mondiale sur le sol américain. Et le pire est à venir, car si l’Energy Information Administration (EIA) prévoit une pause en 2026, les prix de gros du gaz pourraient croître de… 33 % en 2027 (avec la mise en service de nouvelles infrastructures d’exportation).

Ce dilemme révèle l’impossibilité à maximiser la rente d’exportation des producteurs et tout en protégeant les consommateurs locaux d’une hausse de prix. Entre les profits de l’industrie gazière (soutiens majeurs du Parti républicain) et le pouvoir d’achat des ménages, la politique a tranché en faveur des premiers, créant une tension interne au sein même de la coalition trumpiste, entre les « globalistes » de l’énergie et les « localistes » du pouvoir d’achat.

Voracité électrique des data centers

Le prix de l’électricité est à la fois tiré vers le haut par celui du gaz et par les besoins de l’IA, qui a cessé d’être virtuelle pour devenir un problème d’infrastructure physique lourde. Les data centers nécessaires pour faire tourner les modèles de langage et le cloud computing sont devenus de nouveaux ogres énergétiques, de sorte que la demande électrique de ce secteur est en train de doubler, voire de tripler dans certaines régions.

Et le réseau électrique américain, déjà vieillissant, sature par endroits. La loi de l’offre et de la demande joue à plein face à une capacité de production qui peine à suivre et des goulets d’étranglement dans les lignes à haute tension, de sorte que les prix de gros s’envolent. Selon l’EIA, la moyenne des prix de gros régionaux a augmenté de 23 % en 2025, progression qui pourrait se poursuivre à hauteur de 8 % en 2026.

La responsabilité de l’administration Trump est, a minima, engagée par omission. En supprimant les incitations aux énergies renouvelables, elle a réduit le déploiement de nouvelles capacités rapides à installer (solaire, éolien, batteries). Et le One Big Beautiful Bill Act a créé un attentisme chez les investisseurs verts, alors même que la demande explosait. Pour combler le trou, le réseau s’est tourné vers les solutions de dernier recours, souvent les plus chères à opérer dans un contexte de prix du gaz croissant.

Le retour du charbon

Face à la pénurie, les États-Unis ont également réactivé leur assurance-vie du XXe siècle : la production électrique charbonnière a augmenté de 13 % en 2025, une première après des années de déclin. Des centrales thermiques qui devaient fermer ont été prolongées par décrets. Si cela a permis d’éviter des black-out majeurs, ce choix a un coût, car le charbon n’est plus l’énergie « bon marché » d’antan. Extraire, transporter et brûler du charbon dans des centrales en fin de vie, coûte cher, surtout comparé au coût marginal nul du solaire. D. Trump, habile à orchestrer les symboles, a même obligé le Pentagone à signer un contrat d’approvisionnement en électricité produite au charbon. Sans surprises, ce retour du charbon a fait repartir les émissions de CO₂ à la hausse (+ 2,4 % en 2025).

Autre contradiction : la promesse de réindustrialisation reposait sur un avantage compétitif majeur : une énergie abondante et à prix cassé par rapport à l’Europe ou l’Asie. Or, cet avantage s’érode avec un gaz plus cher et une électricité volatile, les secteurs électro-intensifs (acier, aluminium, pétrochimie, engrais) voient leurs atouts érodés, d’autant que les droits de douane rehaussent le coût de certaines matières premières importées. L’incertitude réglementaire créée par l’abolition de l’IRA réduit, en outre, la capacité des industriels à signer des contrats d’achat d’énergie verte à long terme, qui leur offrent une visibilité sur quinze ou vingt ans.

Des gagnants et des perdants

Cette crise énergétique ne frappe pas les États-Unis de manière uniforme. Une géographie des tensions sur les prix émerge, débouchant sur des tensions politiques régionales. Les États du Sud-Est (comme la Floride ou la Géorgie), très dépendants du gaz naturel pour leur électricité et historiquement réticents aux renouvelables, subissent les hausses les plus fortes.

À l’inverse, des États comme l’Iowa ou le Kansas, qui ont massivement investi dans l’éolien au cours de la décennie précédente, ou la Californie avec vaste parc solaire, amortissent mieux le choc. Bien que l’électricité californienne reste chère dans l’absolu, ses prix ont tendance à se stabiliser voire à baisser légèrement grâce à la pénétration massive des renouvelables, à rebours de la tendance nationale.

Cette disparité met à mal le récit national unifié de D.Trump. Les gouverneurs républicains des États producteurs (Texas, Louisiane) se félicitent du boom économique local lié aux exportations. Simultanément, les élus du même parti dans les États consommateurs doivent répondre à la colère de leurs électeurs, confrontés aux factures qui flambent.

Vers une « gilet-jaunisation » états-unienne ?

À l’orée de 2026, l’administration Trump se trouve face à une impasse stratégique. Le pari de la baisse des prix par la seule production fossile a échoué car il a ignoré le levier de la demande (sobriété et efficacité énergétique) et la réalité des marchés internationaux. Politiquement, le danger est réel, car l’inflation énergétique nourrit un sentiment de déclassement et d’injustice. Tyson Slocum, directeur du programme énergie de l’organisation Public Citizen, résume la situation :

« La priorité donnée par Trump aux exportations de GNL est directement en contradiction avec les efforts pour rendre l’énergie abordable. Les coûts énergétiques des ménages ont grimpé trois fois plus vite que l’inflation générale. »

Même si le pouvoir cherche à reporter la responsabilité sur les responsables démocrates, le slogan « Drill, baby, drill » risque de virer au « Pay, baby, pay »…

Pour sortir du piège, Donald Trump devra peut-être commettre l’impensable pour son camp : admettre que dans un monde globalisé et numérisé, l’indépendance énergétique et les prix bas ne passent plus seulement par des puits de pétrole et de gaz, mais aussi par la maîtrise de la demande, la modernisation des réseaux et, ironiquement, ces énergies renouvelables qu’il met toute son énergie à démanteler.

Sous pression, le pouvoir trumpiste pourrait également décider de réduire les volumes d’exportation de gaz, notamment vers l’Europe qui en est la principale destination, revenant aux racines de l’America First. Motivation essentielle de l’effort de décarbonation dans l’Union européenne (UE), pour réduire ces menaces sur la sécurité d’approvisionnement, et sortir de la zone de domination énergétique américaine.



Les lumières sombres

Comprendre la pensée néoréactionnaire

Arnaud Miranda

Une lecture essentielle

Pour mieux comprendre les comportements autoritaristes, anti-démocratiques, violents de l’administration Trump d’une part. Mais aussi, plus largement, appréhender cette contre-culture critique de l’humanisme qui déferle sur le Monde.

Au cours des années 2010 et 2020, aux États-Unis, une nouvelle contre-culture de droite radicale s’est développée sur internet. Ses figures centrales, comme Curtis Yarvin ou Nick Land, écrivent le plus souvent sous pseudonymes, sur des blogs et sur les réseaux sociaux. Ils ont donné à ce mouvement son nom, la « néoréaction », ou encore les « Lumières sombres ». Les idées qu’ils défendent sont à la fois anciennes et hypermodernes : détruire la démocratie, établir une monarchie, diriger l’État comme une entreprise, rétablir les inégalités entre hommes et femmes, affirmer les différences entre patrimoines génétiques… D’abord marginaux, ils ont peu à peu obtenu le soutien de certains milliardaires de la Silicon Valley, et leur audience n’a cessé de s’élargir depuis. Avec la victoire de Donald Trump en novembre 2024, ils estiment avoir désormais les mains libres pour faire de l’Amérique le laboratoire de leurs vœux les plus fous.

Cette première analyse met en lumière l’originalité des néoréactionnaires tout en les inscrivant dans l’histoire longue des idées. Elle donne à lire leurs textes et permet de prendre la mesure de ce qui pourrait bien, si nous n’y prenons garde, devenir notre futur.


Docteur en théorie politique, chercheur associé au Cevipof, Arnaud Miranda enseigne depuis 2019 l’histoire des idées politiques et la philosophie à Sciences Po, à l’université Versailles-Saint-Quentin et à l’Institut catholique de Paris. Il a obtenu le prix Jeune Chercheur de la Fondation des Treilles en 2024.

Paru chez Gallimard


Documentation : obsant


Économie et Climat, l’Effondrement ?

Des modèles économiques défaillants pourraient faire s’effondrer l’économie mondiale à cause de la crise climatique, préviennent des experts

Damian Carrington

Traduction IA – Article paru dans The Guardian

Les États et les institutions financières utilisent des modèles qui ignorent les chocs liés aux événements météorologiques extrêmes et aux points de bascule climatiques

Des modèles économiques défaillants signifient que l’impact accéléré de la crise climatique pourrait conduire à un effondrement financier mondial, avertissent des experts.

Selon eux, la reprise serait bien plus difficile qu’après la crise financière de 2008, car « on ne peut pas renflouer la planète comme on l’a fait pour les banques ».

Alors que le monde se dirige rapidement vers un réchauffement global de 2 °C, les risques de catastrophes météorologiques extrêmes et de points de bascule climatiques augmentent fortement. Pourtant, les modèles économiques actuels utilisés par les gouvernements et les institutions financières passent totalement à côté de ces chocs, expliquent les chercheurs. Ils prévoient au contraire une croissance économique régulière, seulement ralentie par l’augmentation progressive des températures moyennes. Cela s’explique par le fait que ces modèles supposent que l’avenir se comportera comme le passé, alors même que la combustion des énergies fossiles pousse le système climatique en territoire inconnu.

Des points de bascule, tels que l’effondrement de courants atlantiques essentiels ou de la calotte glaciaire du Groenland, auraient des conséquences mondiales pour la société. Certains seraient déjà atteints, ou très proches de l’être, bien que leur calendrier reste difficile à prévoir. Des catastrophes météorologiques extrêmes combinées pourraient anéantir des économies nationales, ont déclaré les chercheurs de l’université d’Exeter et du groupe de réflexion financier Carbon Tracker Initiative.

Leur rapport conclut que les gouvernements, les régulateurs et les gestionnaires financiers doivent accorder bien plus d’attention à ces risques à fort impact mais à probabilité plus faible, car éviter des conséquences irréversibles en réduisant les émissions de carbone coûte bien moins cher que d’essayer d’y faire face une fois qu’elles se produisent.

« Nous ne parlons pas d’ajustements économiques gérables », a déclaré le Dr Jesse Abrams, de l’université d’Exeter. « Les climatologues que nous avons interrogés ont été sans équivoque : les modèles économiques actuels ne parviennent pas à saisir ce qui compte le plus — les défaillances en cascade et les chocs cumulés qui caractérisent le risque climatique dans un monde plus chaud — et pourraient saper les fondements mêmes de la croissance économique. »

« Pour les institutions financières et les décideurs politiques, c’est une lecture fondamentalement erronée des risques auxquels nous faisons face », a-t-il ajouté. « Nous pensons à quelque chose de comparable à 2008 [un krach], mais dont nous ne pourrions pas nous remettre aussi facilement. Une fois que les écosystèmes ou le climat s’effondrent, on ne peut pas renflouer la planète comme on l’a fait pour les banques. »

Mark Campanale, directeur général de Carbon Tracker, a déclaré : « Le résultat net de conseils économiques erronés est une complaisance généralisée parmi les investisseurs et les décideurs politiques. Il existe, dans certains ministères, une tendance à minimiser les impacts du climat sur l’économie afin d’éviter de prendre des décisions difficiles aujourd’hui. C’est un problème majeur — les conséquences du retard sont catastrophiques. »

Hetal Patel, du groupe Phoenix, qui gère environ 300 milliards de livres sterling d’investissements à long terme pour ses clients, a déclaré : « Sous-estimer les risques physiques ne fausse pas seulement les décisions d’investissement, cela minimise aussi les conséquences réelles qui finiront par affecter la société dans son ensemble. »



Le dossier Climat, ce grand oublié ?

Daniel Menschaert

Reprise d’un post Facebook daté du 9 février 2026

Aujourd’hui mon esprit, comme le vôtre très certainement, est submergé par les catastrophes politiques, sociales, géopolitiques qui nous assaillent. Et nous pouvons nous poser la question : cela vaut-il encore la peine de parler de la nature et du climat ?

Nos valeurs, nos principes, notre vision du débat social et politique, volent en éclat sous la pression d’une droite extrême au pouvoir et ils sont même moqués, ridiculisés. Nous sommes attaqués dans notre dignité de citoyen, de démocrate, de maçon.

Cela n’est-il pas plus important que le Climat ?

Mais ne baissons pas la garde, restons vigilants car ce sont ceux qui ont toujours été hostiles aux mesures à prendre qui sont à la manœuvre et qui trouvent pour le faire des alliés dans l’extrême droite. Ils profitent de la peur et de la souffrance des gens qui voient leurs protections sociales s’envoler brutalement.

Mais c’est peut-être quand la détresse est à son paroxysme et que les drames successifs nous déboussolent qu’il faut faire connaître les raisons les plus profondes, certaines évidentes et d’autres cachées, qui poussent des responsables politiques à tergiverser, à nier la réalité avec cynisme, à oser faire ce qu’ils font à notre monde, à notre planète, à nos sociétés, à chacun de nous.

Certes, nous continuerons à soutenir les Ukrainiens, les Palestiniens, les Soudanais, à condamner le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, à nous battre pour un accueil digne des migrants, la liberté de la presse, parce que nous ne pouvons pas moralement, prendre de la distance par rapport à ces enjeux-là.

Nous ne tomberons pas dans le piège de ceux qui veulent reléguer le dossier du climat, de la biodiversité au bas de la liste des préoccupations voire à le supprimer totalement.

Car, il s’agit, ne l’oublions pas, aussi d’une question de survie de l’humanité. À quoi bon se battre pour elle si nous ne lui donnons aucune chance de survivre à la catastrophe climatique. Dire cette vérité là c’est aussi se battre contre le mensonge, le mépris, la violence, l’arrogance, le complotisme, de déni de la réalité ?

Ce déni atteint son paroxysme quand l’usage même de ces mots sont interdits, que les recherches relatives à ces enjeux ne sont plus financées, quand un ministre belge nous dit que dans l’intérêt de l’économie il faut faire une pause dans les mesures à prendre contre le réchauffement climatique.

S’il fallait encore donner une ultime raison, elle nous est offerte par Donald Trump, lui-même, qui vient de signer un décret retirant les États-Unis de 66 organisations internationales qui dit-il ne servent pas les intérêts américains. Parmi elles 31 sont liées aux Nations Unies dont la Convention cadre sur les changements climatiques fondateur de tous les accords climatiques internationaux depuis 1992.

Il se retire aussi des organisations qui gèrent des fonds pour l’égalité homme/femme, pour la santé des mères et des enfants. Marco Rubio accuse tous ces organismes de promouvoir une « idéologie progressiste » et wokiste parce qu’elles mènent des campagnes, dit-il, pour l’égalité de genre et l’orthodoxie climatique.

Ceux qui condamnent la supposée idéologie woke de convergence des luttes devraient méditer sur cette convergence des exclusions conduite par la vague néo-conservatrice et réactionnaire venant des États-Unis.

Alors, pour leur faire le pied de nez qu’ils méritent, parlons de climat et de biodiversité.


Petit rappel, le 15 juillet 2023 paraissait dans La Libre Belgique le communiqué des 5 Obédiences Maçonniques Belges avec pour titre : « Lorsque la vie des générations futures est elle-même en danger, les francs-maçons belges en appellent a la prise de mesures fortes et rapides pour le climat et la biodiversité ! »



Alimentation + Combustion = 5 milliards/heure !

La production alimentaire et les combustibles fossiles causent 5 milliards de dollars de dégâts environnementaux par heure

Un rapport du PNUE affirme que mettre fin à ces dommages est essentiel à la transformation mondiale nécessaire « avant que l’effondrement ne devienne inévitable ».

Damian Carrington

Traduction IA – Article paru dans The Guardian

« La production non durable de nourriture et de combustibles fossiles provoque 5 milliards de dollars (3,8 milliards de livres sterling) de dégâts environnementaux par heure », selon un important rapport des Nations unies.

Mettre fin à ces dommages constitue un élément clé de la transformation mondiale des systèmes de gouvernance, de l’économie et de la finance, nécessaire « avant que l’effondrement ne devienne inévitable », ont déclaré les experts.

Le rapport « Global Environment Outlook » (GEO), rédigé par 200 chercheurs pour le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), affirme que la crise climatique, la destruction de la nature et la pollution ne peuvent plus être considérées comme de simples crises environnementales.

« Elles sapent notre économie, notre sécurité alimentaire, notre sécurité hydrique, la santé humaine et constituent également des enjeux de sécurité nationale, conduisant à des conflits dans de nombreuses régions du monde », a déclaré le professeur Robert Watson (*), coprésident de l’évaluation.

Toutes les crises environnementales s’aggravent à mesure que la population mondiale augmente et nécessite davantage de nourriture et d’énergie, dont la majorité est produite de manière polluante et destructrice pour la nature, ont expliqué les experts.

Un monde durable est possible, ont-ils affirmé, mais il exige un courage politique.

« C’est un appel urgent à transformer dès maintenant nos systèmes humains avant que l’effondrement ne devienne inévitable », a déclaré le professeur Edgar Gutiérrez-Espeleta (*), autre coprésident du rapport et ancien ministre de l’Environnement du Costa Rica.
« La science est solide. Les solutions sont connues. Ce qui manque, c’est le courage d’agir à l’échelle et à la vitesse que l’histoire exige », a-t-il ajouté, soulignant que la fenêtre d’action se refermait « rapidement ».

Les experts reconnaissent que la situation géopolitique actuelle est difficile, avec les États-Unis sous Donald Trump, certains autres pays et des intérêts économiques puissants cherchant à bloquer ou à inverser les actions environnementales. Watson, ancien président de grands groupes scientifiques internationaux sur le climat et la biodiversité, a déclaré : « Le public doit exiger un avenir durable pour ses enfants et ses petits-enfants. La plupart des gouvernements essaient de répondre. »

Le rapport GEO est exhaustif — 1 100 pages cette année — et est généralement accompagné d’un résumé à l’intention des décideurs, approuvé par tous les pays du monde. Toutefois, de fortes objections de pays comme l’Arabie saoudite, l’Iran, la Russie, la Turquie et l’Argentine aux références aux combustibles fossiles, aux plastiques, à la réduction de la consommation de viande et à d’autres sujets ont empêché tout accord cette fois-ci.

Une déclaration faite par le Royaume-Uni au nom de 28 pays indique : « Nous avons été témoins de tentatives de diversion visant à remettre en cause la nature scientifique de ce processus. Nos délégations respectent pleinement le droit de chaque État à défendre ses intérêts et ses droits nationaux, mais la science n’est pas négociable. »

Le rapport GEO souligne que les coûts de l’action sont bien inférieurs à ceux de l’inaction à long terme et estime que les bénéfices de l’action climatique à eux seuls atteindraient 20 000 milliards de dollars par an d’ici 2070 et 100 000 milliards de dollars d’ici 2100. « Nous avons besoin de pays visionnaires et d’entreprises privées capables de reconnaître qu’ils gagneront davantage en s’attaquant à ces problèmes plutôt qu’en les ignorant », a déclaré Watson.

Le rapport contient plusieurs « vérités cruciales », selon Gutiérrez-Espeleta : les crises environnementales sont des urgences politiques et sécuritaires qui menacent les liens sociaux maintenant les sociétés unies. Les gouvernements et les systèmes économiques actuels échouent face aux besoins de l’humanité, et la réforme financière constitue la pierre angulaire de la transformation. « La politique environnementale doit devenir l’épine dorsale de la sécurité nationale, de la justice sociale et de la stratégie économique. »

L’un des problèmes majeurs est constitué par les 45 000 milliards de dollars de dégâts environnementaux annuels causés par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, ainsi que par la pollution et la destruction de la nature dues à l’agriculture industrielle. Le système alimentaire représente les coûts les plus élevés, avec 20 000 milliards de dollars, suivi des transports (13 000 milliards) et de l’électricité produite à partir de combustibles fossiles (12 000 milliards).

Ces coûts — appelés externalités par les économistes — doivent être intégrés dans le prix de l’énergie et de l’alimentation afin de refléter leur coût réel et d’orienter les consommateurs vers des choix plus écologiques, a déclaré Watson : « Nous avons donc besoin de filets de sécurité sociale. Il faut veiller à ce que les plus pauvres ne soient pas pénalisés par la hausse des coûts. »

Le rapport propose des mesures telles qu’un revenu universel de base, des taxes sur la viande et des subventions pour des aliments sains d’origine végétale.

Il souligne également l’existence d’environ « 1 500 milliards de dollars de subventions nuisibles à l’environnement » accordées aux combustibles fossiles, à l’alimentation et au secteur minier. Celles-ci devraient être supprimées ou réorientées. Watson note que l’énergie éolienne et solaire est déjà moins chère dans de nombreux endroits, mais reste freinée par les intérêts liés aux combustibles fossiles.

La crise climatique pourrait être encore plus grave que prévu, a-t-il averti : « Nous sous-estimons probablement l’ampleur du changement climatique », le réchauffement mondial se situant vraisemblablement dans la fourchette haute des projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Selon le rapport, la suppression des subventions aux combustibles fossiles pourrait réduire les émissions d’un tiers.




Climat : s’adapter plus vite !

David Hercot (*)

L’avancée des modélisations sur le dérèglement climatique alerte les climatologues et physiciens allemands : la terre se réchauffe de plus en plus vite et l’Humanité ne ralenti pas ses émissions de gaz à effet de serre.

Cette dernière alerte en date nous amène à notre tour à appeler à une adaptation plus rapide de nos villes, nos campagnes et nos systèmes de gestion de crise.

Bien sûr, la première chose que nous devrions faire, collectivement, c’est de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Mais, visiblement, nous n’en prenons pas encore le chemin.

Alors à défaut, il nous faut nous préparer à des pics à plus de 40°C, voir plus de 50°C en 2050 déjà, et particulièrement dans les villes.

Ce que ces nouvelles projections nous disent c’est que nous devons encore accélérer l’adaptation des villes. Avec ces pics de température et l’effet d’ilot de chaleur urbain, certaines rues, certains appartements deviendront tout simplement invivables.

La chaleur sera telle que la mortalité estivale sera plus importante que lors des pics de grippe de nos hivers. Les services de sécurité devront organiser l’accueil des réfugiés climatiques qui fuient leur logement devenu invivable, de jour comme de nuit, à l’image d’un plan grand froid inversé.

Il faudra également adapter les hôpitaux, d’un point de vue infrastructure pour garder la chaleur dehors, mais également au niveau des services qui seront fort sollicités en été alors que jusqu’à présent c’est une saison de relative relâche.

Au-delà de 40°C, c’est la capacité même des plantes à survire qui est menacée et donc un risque de voir la production alimentaire fluctuer, de voir des forêts entières perdre leurs feuilles.

Des chercheurs travaillent déjà sur des adaptations de nos cultures. Mais d’une part, il faut encore les déployer et d’autre part, le vivant est pour l’essentiel conçu pour vivre dans une zone de température limitée. On ne pourra pas continuer à faire pousser des salades dans le désert espagnol.

Ces risques et d’autres sont connus. Ils ont été étudiés par le Lancet Countdown à l’échelle mondiale, le CERAC pour la Belgique.

Ils arrivent juste plus vite que prévu.

Il s’agit maintenant de faire une priorité de la mise en œuvre des adaptations nécessaires pour notre santé physique et mentale.


Focus Santé & Climat


Vers plus 3° ?

Réchauffement climatique à 3 °C d’ici 2050 ?

Ce qui se cache derrière la nouvelle alerte climatique allemande

Des scientifiques allemands avertissent que le réchauffement climatique s’accélère plus vite que prévu, ce qui accroît le risque d’une hausse de 3 °C d’ici 2050 et contraint l’Europe à envisager des plans d’adaptation jusqu’ici impensables.

Par Elena Erdmann et Stefan Schmitt

Traduction IA – Article paru dans le Worldcrunch

HAMBOURG — Depuis quelque temps déjà, les climatologues débattent d’une hypothèse inquiétante : le réchauffement climatique est-il en train de s’accélérer ? La Société allemande de physique et la Société météorologique allemande mettent désormais en garde contre ce phénomène dans une déclaration commune. L’hebdomadaire allemand Die Zeit s’est entretenu à ce sujet avec Klaus Richter, président de la Société allemande de physique, et Frank Böttcher, président de la Société météorologique allemande.


DIE ZEIT : Frank Böttcher, Klaus Richter, les associations professionnelles de météorologues et de physiciens en Allemagne avertissent que la Terre pourrait s’être réchauffée de 3 °C d’ici 2050. Cela ne représente que 25 ans. Pensez-vous vraiment que ce soit réaliste ?

KLAUS RICHTER : Le risque augmente que nous manquions l’objectif de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C. Nous pensons qu’une tendance vers une hausse de 3 °C ne peut plus être exclue, notamment au vu de la politique mondiale actuelle. C’est pourquoi nous appelons à des mesures décisives et à un renforcement de la protection du climat afin de réduire ce risque.

FRANK BÖTTCHER : Nous sommes entrés dans une nouvelle phase du changement climatique : le réchauffement mondial semble désormais s’accélérer. Nous l’observons aussi en Allemagne. Les données sont si convaincantes que les membres de nos sociétés ont estimé avoir le devoir de s’exprimer, malgré toutes les incertitudes et la prudence habituelle.

Cette prévision est bien plus dramatique que les recherches actuelles. En tenant compte des politiques climatiques, la plupart des projections situent le réchauffement autour de 2,7 °C d’ici la fin du siècle. En 2050, cela correspondrait à environ 2 °C. Comment arrive-t-on à 3 °C dès 2050 ?

KR : Nous regardons 25 ans devant nous et au-delà. Il ne s’agit donc pas d’une prévision au sens strict. Mais les observations actuelles donnent des raisons de craindre qu’un réchauffement aussi extrême soit possible. La projection à 2,7 °C repose sur les scénarios intermédiaires du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le risque de 3 °C d’ici 2050 s’inscrit dans les scénarios les plus pessimistes du GIEC. Et malheureusement, les données récentes s’en rapprochent davantage.

Le GIEC a-t-il sous-estimé la situation ?

FB : Le dernier rapport du GIEC date maintenant de dix ans. Les données sont aujourd’hui très différentes. Nous observons une accélération nette du réchauffement : depuis l’industrialisation, il a fallu 65 ans pour que la planète se réchauffe de 0,5 °C. Il n’a ensuite fallu que 28 ans pour atteindre 1 °C. Nous pourrions franchir le seuil de 1,5 °C en seulement 17 ans supplémentaires, peut-être même dès l’année prochaine. Les paliers de demi-degré sont atteints de plus en plus rapidement. S’ajoute à cela la question de la température des océans. Pendant longtemps, les océans ont constitué un énorme tampon contre le réchauffement. Mais depuis deux ans et demi, nous observons une forte hausse. Si cela se poursuit, les océans absorberont moins de l’énergie excédentaire due aux gaz à effet de serre, et les températures atmosphériques augmenteront plus vite.

Deux ans et demi, c’est une période courte. Est-ce suffisant pour tirer de telles conclusions ?

KR : L’augmentation des températures océaniques s’inscrit dans un schéma plus large, car plusieurs indicateurs pointent vers une accélération du changement climatique. Environ 15 scientifiques de nos deux sociétés ont passé 18 mois à compiler les résultats actuels. Ils ont notamment débattu de la question de savoir si les fortes hausses récentes de la température mondiale relevaient simplement du bruit statistique ou révélaient une tendance claire. De nouvelles études suggèrent que la sensibilité climatique pourrait être plus élevée qu’on ne le pensait, ce qui signifie que la même quantité de CO₂ entraîne une hausse de température plus importante que prévu. Cela renforce l’idée qu’une tendance existe.

Les scientifiques internationaux vont-ils aussi loin que vous, ou les sociétés allemandes jouent-elles ici un rôle de pionnier ?

KR : Notre appel se concentre sur l’accélération observable du changement climatique. La question de savoir si elle se poursuivra fait partie du débat mondial. Une hausse de 3 °C d’ici 2050, que nous ne pouvons exclure, se situe déjà dans la fourchette des scénarios du GIEC. En tant que sociétés professionnelles, nous avons une responsabilité sociale : signaler tôt les risques potentiels. C’est ce que nous faisons aujourd’hui.

Pendant des années, on a dit que les scénarios les plus pessimistes du GIEC avaient été évités, puisque le monde s’était accordé sur des objectifs climatiques et que les émissions avaient moins augmenté que redouté.

FB : L’objectif des conférences sur le climat était de ralentir la hausse du CO₂ et, idéalement, de l’inverser. Or, malgré toutes les promesses, le dioxyde de carbone dans l’atmosphère continue d’augmenter. Si je devais résumer la réponse politique, je dirais : trop peu, trop lent, trop tard.

KR : Les lacunes sont également évidentes en Allemagne. Nos objectifs ne suffisent pas pour atteindre la neutralité climatique d’ici 2045. Et en même temps, nous ne faisons même pas assez pour respecter ces objectifs pourtant insuffisants.

Si l’on se projette : que signifierait un réchauffement de 3 °C dans 25 ans ? À quoi ressemblerait le monde ?

FB : Nous vivrions tous dans des zones climatiques différentes. Ouvrez un ancien atlas du monde et vous verrez une vaste zone rouge pour le Sahara. Avec un réchauffement de 3 °C, cette zone s’étendrait jusque dans certaines régions d’Espagne. La végétation, les précipitations, les régimes météorologiques — tout serait très différent.

Et pour l’Allemagne, que signifieraient 3 °C ?

FB : En été, les records météorologiques pourraient atteindre jusqu’à 50 °C. Trois degrés de réchauffement mondial ne signifient pas que les journées chaudes seront simplement 3 ou 4 degrés plus chaudes. Cela peut vouloir dire jusqu’à 10 degrés de plus. Nous serions également confrontés à des sécheresses beaucoup plus longues.

Peut-on encore faire passer ce message, surtout maintenant, alors que le changement climatique occupe à peine une place dans la politique ou le débat public ?

FB : Nous avons longuement hésité. Aucun d’entre nous ne souhaite être accusé d’alarmisme. Mais les données ont poussé un si grand nombre d’entre nous à prendre la parole. Résultat : pour la première fois depuis 1987, nos deux sociétés sont parvenues à un large consensus.

KR : Le nouveau gouvernement fédéral allemand a jusqu’à présent peu parlé de politique climatique. Mais c’est peut-être justement le bon moment pour remettre le sujet à l’ordre du jour. Notre avenir climatique n’est pas un destin inévitable auquel nous devrions nous résigner.

Que peut-on faire d’autre ?

KR : De nombreuses études ont déjà décrit des trajectoires possibles vers une économie climatiquement neutre. Sur cette base, il existe encore une marge de manœuvre pour limiter le réchauffement futur.

FB : Et nous avons besoin de stratégies d’adaptation pour protéger la société contre les risques. Pour le dire simplement : je ne peux pas vous dire exactement quand et où un incendie se déclarera, mais je peux vous conseiller de maintenir un service d’incendie prêt à intervenir.

Parmi vos dix revendications concrètes adressées aux responsables politiques figure celle de « débattre d’un retrait des régions côtières de faible altitude de la mer du Nord et de la Baltique ». Jusqu’ici, c’était tabou.

KR : À très long terme, sur plusieurs décennies voire un siècle ou plus, le niveau de la mer pourrait fortement augmenter. C’est pourquoi nous devons commencer à en discuter dès maintenant. Si nous agissons tôt, nous aurons le temps de procéder à des ajustements réfléchis.

FB : Nous ne pourrons pas défendre certaines zones contre la mer à long terme. Nous devons aussi réfléchir aux endroits dont il faudra se retirer le long du littoral actuel. Pour Hambourg, par exemple, nous avons besoin d’un plan pour déplacer la ville de 30 à 50 kilomètres vers l’intérieur des terres, au nord-est, d’ici 2200. Pour être clair, personne ne suggère un déplacement massif demain. Mais nous pouvons d’ores et déjà nous demander s’il est judicieux de construire un nouveau parc technologique ou un grand site de production juste au bord de la mer.

Vous appelez également à « garantir que la société dispose d’informations fondées sur la science ». Est-ce menacé ?

KR : Oui, dans certaines régions du monde. Nos collègues aux États-Unis, en particulier, subissent de fortes pressions, surtout dans les sciences du climat. Or, limiter le réchauffement mondial nécessite la contribution de presque toutes les disciplines scientifiques, en dialogue avec la société, bien au-delà des seules sciences naturelles.



Biodiversity : « My name is … »

L’effondrement de la biodiversité menace la sécurité du Royaume-Uni, avertissent les chefs du renseignement

Fiona Harvey

Traduction IA – article original de : The Guardian

La destruction des écosystèmes va accroître les pénuries alimentaires, le désordre et les migrations de masse, des effets déjà visibles.

L’attaque mondiale contre la nature menace la sécurité nationale du Royaume-Uni, ont averti des responsables du renseignement gouvernemental, alors que l’effondrement de systèmes naturels vitaux, de plus en plus probable, entraînerait des migrations massives, des pénuries alimentaires et des hausses de prix, ainsi qu’un désordre mondial.

Les approvisionnements alimentaires sont particulièrement menacés car, « sans augmentations significatives », le Royaume-Uni ne serait pas en mesure de rivaliser avec d’autres nations pour des ressources rares, indique un rapport remis aux ministres.

Certains écosystèmes essentiels pourraient s’effondrer d’ici cinq ans, menaçant la sécurité nationale et la prospérité du Royaume-Uni, selon ce rapport de 14 pages.

De nombreux impacts se font déjà sentir sous forme d’échecs de récoltes, de catastrophes naturelles intensifiées et de flambées de maladies infectieuses. Ceux-ci vont s’aggraver et provoquer « une instabilité géopolitique, une insécurité économique, des conflits, des migrations et une intensification de la concurrence entre États pour les ressources ».

Ce rapport percutant, qui aurait dû être publié à l’automne dernier sans une intervention de Downing Street, est officiellement attribué au ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales, mais le Guardian comprend que le comité conjoint du renseignement, qui supervise les agences MI5 et MI6, en est responsable.

Les experts en sécurité nationale ont intensifié leurs avertissements selon lesquels la crise climatique apportera des dangers existentiels auxquels nous ne sommes toujours pas préparés. Le rapport de mardi se concentre sur une menace encore moins prise en compte : l’effondrement des systèmes biologiques, comme les forêts tropicales se transformant en savanes sous l’effet de la déforestation, du dérèglement climatique et d’autres pressions.

Le lieutenant-général Richard Nugee, ancien haut commandant militaire, a déclaré : « Cette évaluation, reconnaissance bienvenue et importante de la nature critique de la diversité des menaces auxquelles le Royaume-Uni est confronté, traite l’effondrement des écosystèmes avec le sérieux qu’il mérite, comme une menace pour notre sécurité nationale. Lorsque les risques sont systémiques, inévitables et déjà en cours, il existe un devoir de renforcer la résilience et la préparation nationales, qui dépendent de la compréhension et de l’honnêteté. »

Le rapport est inhabituel en ce qu’il applique des techniques de renseignement militaire pour examiner la crise de la biodiversité dans le monde. « Les écosystèmes critiques qui soutiennent les principales zones de production alimentaire et influencent le climat mondial, les cycles de l’eau et de la météo sont les plus importants pour la sécurité nationale du Royaume-Uni », indique le rapport.

« Une dégradation sévère ou leur effondrement entraîneraient très probablement une insécurité hydrique, une forte baisse des rendements agricoles, une réduction mondiale des terres arables, l’effondrement des pêcheries, des changements dans les régimes météorologiques mondiaux, la libération de carbone piégé aggravant le changement climatique, l’apparition de nouvelles maladies zoonotiques et la perte de ressources pharmaceutiques. »

Les auteurs identifient des zones clés de plus en plus menacées comme « particulièrement importantes » pour le Royaume-Uni, notamment les forêts amazoniennes et congolaises, les forêts boréales, l’Himalaya ainsi que les récifs coralliens et mangroves d’Asie du Sud-Est.

Certaines de ces zones, dont les récifs coralliens et les forêts boréales, devraient commencer à s’effondrer à partir de 2030, tandis que les autres pourraient tenir jusqu’en 2050, selon le rapport. Certains scientifiques ont averti que l’Amazonie montre déjà des signes de basculement plus rapide que prévu.

Ruth Chambers, chercheuse principale au sein du think tank Green Alliance, qui a fait pression sur le gouvernement pour publier le rapport, a déclaré : « Cela devrait être une lecture essentielle pour le gouvernement. Cela devrait inciter à respecter les objectifs visant à inverser le déclin de la nature au Royaume-Uni, où les progrès sont en retard dans la plupart des domaines. Mais cela devrait aussi nous amener à repenser notre retrait des efforts internationaux pour préserver la biodiversité, comme notre incapacité à contribuer à un fonds pour les forêts tropicales du monde lors du dernier sommet climatique mondial. »

Les ministres débattent du montant que le Royaume-Uni devrait consacrer à l’aide aux pays pauvres pour faire face à la crise climatique et enrayer le déclin de la nature, lorsque l’engagement actuel de 11,6 milliards de livres pour 2021-2026 arrivera à échéance. Des sources ont indiqué au Guardian que ce montant serait probablement fortement réduit et que le fléchage de certaines dépenses vers des projets liés à la nature pourrait prendre fin.

Zac Goldsmith, ancien ministre du climat et de la nature sous Boris Johnson, a mis en garde contre de telles décisions. « L’évaluation montre que nous ne pouvons pas espérer détruire des écosystèmes clés comme les grands bassins forestiers, les tourbières, les mangroves ou les récifs coralliens sans conséquences graves pour notre sécurité et notre prospérité. Mais c’est ce que nous faisons », a-t-il déclaré. « Le gouvernement a déplacé ses priorités de la nature vers un objectif très étroit centré sur le carbone, et nous devons espérer que ce rapport impose un changement de cap. »

Le rapport indique également que le Royaume-Uni doit se concentrer sur ses propres systèmes alimentaires, très dépendants des importations, car sans une action forte « il est peu probable que le Royaume-Uni puisse maintenir sa sécurité alimentaire si l’effondrement des écosystèmes alimente une concurrence géopolitique pour la nourriture ».

David Exwood, vice-président de la National Farmers’ Union, a déclaré que le gouvernement devait fournir un soutien financier pour aider les agriculteurs à investir dans des améliorations environnementales et dans la production alimentaire. « Avec une situation géopolitique et climatique de plus en plus instable, nous ne pouvons pas compter sur les importations pour nous nourrir. Investir dans notre sécurité alimentaire nationale doit être une priorité, et cela commence par investir dans la terre », a-t-il déclaré.

Un porte-parole du ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales a déclaré : « La nature soutient notre sécurité, notre prospérité et notre résilience, et comprendre les menaces que nous fait peser la perte de biodiversité est essentiel pour y faire face. Les conclusions de ce rapport guideront les actions que nous entreprendrons pour nous préparer à l’avenir. »



Psychologie : l’Avenir perdu ?

Nous vivons une époque de polycrises. Si vous vous sentez coincé·e, vous n’êtes pas seul·e

Je n’avais pas pleinement compris à quel point l’idée d’un avenir meilleur me soutenait – aujourd’hui, comme beaucoup d’autres, j’ai du mal à être productive

Theresa MacPhail

Traduction IA – article original de : The Guardian

photo Marie

Une nouvelle année commence. Traditionnellement, c’est un moment où l’on se projette vers l’avenir, où l’on imagine et où l’on planifie.

Mais j’ai remarqué que la plupart de mes ami·e·s ont du mal à penser au-delà des prochains jours ou des prochaines semaines. Moi aussi, j’éprouve des difficultés à me représenter un avenir meilleur – que ce soit pour moi-même ou de manière générale.

J’ai partagé cette réflexion sur les réseaux sociaux à la toute fin de 2025, et j’ai reçu de nombreuses réponses. Beaucoup de personnes étaient d’accord : elles avaient l’impression de simplement exister, enfermées dans une bulle de présent perpétuel, avec une route devant elles obscurcie par l’incertitude. Mais contrairement au principe bouddhiste réconfortant de vivre dans l’instant présent, ce sentiment d’être prisonnier du maintenant nous paralysait.

J’en ai parlé à mon thérapeute, le Dr Steve Himmelstein, psychologue clinicien basé à New York et exerçant depuis près de 50 ans. Il m’a assuré que je n’étais pas seule. La plupart de ses patient·e·s, m’a-t-il dit, ont « perdu l’avenir ».

Les gens se sentent dépassés et surstimulés, bombardés chaque jour de mauvaises nouvelles : instabilité économique et politique mondiale, hausse du coût de la vie, insécurité de l’emploi, événements climatiques extrêmes. Tout cela accroît non seulement l’anxiété, mais rend aussi plus difficile le simple fait de continuer à avancer.

Je n’avais pas pleinement compris à quel point l’idée d’un avenir meilleur me soutenait – comment elle rendait la vie plus supportable, les épreuves plus tolérables et la créativité possible. Lorsque je pouvais facilement imaginer un monde plus juste et plus sain, il m’était plus facile de m’engager dans des projets à long terme et d’investir dans la génération suivante. Mais dans le contexte politique et environnemental actuel, cette vision s’est brouillée – et moi, comme beaucoup d’autres, j’ai trouvé bien plus difficile d’être productive et de planifier l’avenir.

Quand j’ai demandé à Himmelstein si notre incapacité actuelle à penser l’avenir était inédite, il m’a répondu que la situation semblait pire qu’au lendemain immédiat du 11-Septembre. Il a échangé avec d’autres psychologues de son cercle professionnel pour recueillir leurs impressions.

« Les patient·e·s sont moins optimistes aujourd’hui et parlent beaucoup moins de l’avenir », m’a rapporté Himmelstein. « Le consensus est que les gens ne se sentent pas très bien dans leur vie actuelle. Il y a beaucoup de désespoir. J’ai quelques patient·e·s qui n’ont, en réalité, plus de projets. Et quand je leur demande ce qu’ils attendent avec impatience, la plupart n’ont aucune réponse. Ils n’attendent rien avec impatience. »

Himmelstein fut l’un des derniers élèves du célèbre psychologue Viktor Frankl, survivant des camps de concentration, professeur et auteur de « Découvrir un sens à sa vie ». Il a appris de Frankl que, pour survivre et s’épanouir, nous avons besoin de croire en un lendemain stable et plus lumineux. Durant ses jours les plus sombres, Frankl fut capable non seulement d’accepter la réalité de la souffrance qui l’entourait, mais aussi de recentrer son attention sur le sens plus large de sa vie. C’est ce « tragique optimisme » qui l’a protégé de la perte totale de foi en l’avenir.

Lorsque j’ai demandé à Himmelstein ce que Frankl aurait pensé des événements actuels, il a marqué une pause avant de répondre. « Je pense que cela lui ferait peur », a-t-il dit, « comme cela nous effraie tous. »

Comment les crises affectent notre rapport à l’avenir

Le cerveau humain n’a pas été conçu à l’origine pour penser l’avenir – et nous restons mauvais dans cet exercice. Lorsque ses patient·e·s rencontrent des difficultés à ce niveau, Himmelstein leur demande de rêvasser à leur vie dans un ou deux ans, dans un monde plus parfait. « L’avenir est leur devoir », dit-il.

Mais ce n’est pas facile. D’une certaine manière, notre biologie joue contre nous.

« D’un point de vue évolutif, nous ne sommes pas faits pour penser à un avenir très lointain », explique le Dr Hal Hershfield, psychologue et professeur de marketing et de prise de décision comportementale à l’UCLA.

En réalité, nous ne pensons pas vraiment à notre avenir – nous nous en souvenons, explique Hershfield, qui étudie la manière dont les humains pensent le temps et comment cela influence leurs émotions et leurs comportements. Lorsque nous rêvassons ou que nous nous imaginons à un moment ultérieur de notre vie, nous créons essentiellement un souvenir. Nous utilisons ensuite ces souvenirs pour construire nos idées de l’avenir. Ce processus est appelé « pensée prospective épisodique » ; il soutient notre prise de décision, notre régulation émotionnelle et notre capacité à planifier.

Le type d’incertitude radicale généré en période de crise – lorsque tous les facteurs susceptibles d’influencer les événements ou les résultats futurs sont impossibles à connaître à l’avance – perturbe notre capacité à rappeler ces futurs. Cela rend plus difficile la prévision de ce qui va se produire et donne l’impression que le calcul de probabilités fiables est presque impossible.

Les êtres humains ont déjà connu cela, m’a rappelé Hershfield. Par exemple, les personnes vivant la crise des missiles de Cuba n’avaient aucun moyen clair de savoir si elles – ou le monde lui-même – survivraient.