La solitude du décroissant

Format court numéro 2

billet d’humeur

Térence (*)

28 mars 2026

Beaucoup d’auteurs et de chercheurs en décroissance sont intéressants. Leur message en une ligne : il faut décroître. Oui. Mais le blocage ne se trouve pas là. Une IA rationnelle (rationelle j’ai dit 😉) concluerait qu’il faut décroître.
Le fait qu’il faille décroître et même la manière exacte de décroître ne sont que des sous-enjeux qui deviennent banals dès lors qu’une civilisation aurait réellement décidé de décroître.

Le nœud se trouve bien avant le principe et la méthode.
Pourquoi nous ne voulons pas savoir ? Pourquoi nous ne voulons pas y réfléchir ? Pourquoi nous ne parvenons même pas à la conclusion qui s’impose ? Pourquoi nous ne voulons pas la mettre en oeuvre ? Et pourquoi, si par chance nous savons et voulons, n’agissons pas collectivement pour mettre en œuvre la décroissance ?

Le courant de la décroissance le dit depuis 50 à 75 ans.
Le Bouddhisme le dit depuis 2600 ans, le christianisme depuis 2000 ans. Et les traditions orientales avant le Bouddhisme : il faut décroître pour être heureux !

Une meilleure question est « pourquoi ne le faisons-nous pas ? Ni individuellement ni collectivement ? » (Nous = les occidentaux mais aussi tous les autres qui nous rattrapent dans l’orgie)
La Chine a perdu le fil de la sobriété orientale… en Afrique ou en Amériquedu Sud, on construit des buildings et des autoroutes aussi (Ubuntu et buen vivir, cause toujours !).

Si la décroissance n’a pas de réponse aux blocages, elle reste une pensée de l’inaccessible. Un médecin qui connaît tous les remèdes mais qui ne sait convaincre aucun patient de les suivre.
« Pourquoi mon patient ne veut-il pas se soigner ? »
« Qu’y puis-je ? »
« Quid s’il a décidé de ne PAS se soigner ? »

J’ai l’impression que « quand on veut savoir la vérité », on finit par l’approcher (la majorité refuse la décroissance parce qu’elle ne veut pas savoir, elle ne veut pas savoir que le parti pour lequel elle vote ne va pas la mettre en œuvre).

Et quand on connaît la vérité, et « qu’on veut faire ce qui est bien », on essaie de le faire.
Là encore, énormément d’obstacles : je sais, je veux… mais je ne fais pas…
Ou… je fais… mais ça ne marche pas (apprentissage).

Moi je sais, je veux la décroissance. Je fais certaines choses (pas grand chose individuellement). Et je veux bien m’obliger collectivement si on prend la decision ensemble (gouvernement).
Il semblerait que je sois très minoritaire…
Je vote maintenant la mise au sol de 90% de l’aviation. Qui me suit ? 😀
Je vote maintenant que je ne mange plus de viande et devient végétarien (je suis sincère). Qui me suit ?
Je supprime tous les subsides fossiles directs et indirects, qui me suit ?

Constat : aucun politicien ne propose seulement ça.
Je vote pour qui ?
Pour le « moins pire »…

Je n’ose même pas proposer de réfléchir à la possibilité que… au parti dont je suis le plus proche idéologiquement.

Il est évident qu’ils me regarderont avec un grand sourire mélangé de consternation, de compassion et de mépris.

Quant à participer à une mascarade de politique écologique ? Quand on sait, on ne veut plus de ça !


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