Térence
Depuis 2010 et le début de ma réflexion sur les énergies, j’ai toujours vu le nucléaire comme une source d’énergie fabuleuse (le processus physique d’extraire l’énergie de l’atome, est purement magique), mais aux caractéristiques désastreuses.
Tchernobyl et Fukushima douchent la thèse d’un nucléaire « banal ». Fukushima a douché la thèse du « oui mais c’était l’URSS ». Three Miles Island et Fukushima, c’était dans des démocraties et le Japon est peut-être le pays qui a le mieux inscrit le risque (atomique et sismique) dans sa culture quotidienne.
Oui les réacteurs sont de modèles différents et il existe des designs plus sûrs. Oui le volume mondial de déchets est minime.
Peut-on tuer des milliards de gens, ou même des millions, avec le nucléaire civil ? Bof, je n’ai pas compris que c’était le cas. (Contrairement à la guerre nucléaire mondiale).
On peut rendre une zone inhabitable mais inhabitable selon un certain standard de santé publique (élevé). Est-ce que j’exagère si je dis que Tchernobyl est habitable en tolérant un taux de cancers élevé ? Les Japonais recolonisent les environs de Fukushima (analyse froide).
La catastrophe absolue du nucléaire civil semble la contamination lourde d’une capitale, ou d’une zone agricole à forte productivité, ou d’une réserve d’eau douce.
S’il y avait une centrale tous les 10 km, on aurait peut-être un niveau de risque inacceptable.
Bref, je n’ai pas fait partie de la vague écologiste constitutionnellement anti-nucléaire.
Je suis comme le climatologue Jean-Pascal van Ypersele. Je vois l’intérêt de cette technologie, ses risques élevés mais aussi son avantage géostratégique majeur dans les crises civiles, mais aussi son désavantage dans les guerres…
Quel serait ma politique ? Autoriser des réacteurs au procédé « non explosif », forcer l’internalisation de 100% des coûts dans le prix de vente (stockage compris), forcer le stockage définitif en profondeur, retraiter au maximum les déchets pour réduire leur radioactivité, etc.
À concurrence de 15 ou 20% maximum du mixte énergétique (diversification des risques).
À cette condition : si et seulement si je n’ai AUCUNE alternative aux mêmes avantages géostratégiques.
Dès que les énergies renouvelables et le stockage feraient office de « sauvegarde nucléaire » moins le risque, je reléguerais les centrales au passé. Aujourd’hui, le coût des ER a tellement baissé que le nucléaire devient prohibitif pour la simple production.
Il reste son côté assurance production au cas où les énergies renouvelables et fossiles feraient défaut en même temps, en tout ou partie.
Avoir au moins 1 centrale dans une démocratie ne me semble pas idiot, pour alimenter les services critiques, et loin des villes en cas de crise énergétique temps de paix ou de crise.
Si une étude sur l’Ukraine montre que ça ne résiste pas au temps de guerre… cela affaiblit cependant ce raisonnement.
Bien sûr, les cas libanais et pakistanais tendent à montrer que « l’énergie du collapse », c’est avant tout le solaire…
Politiquement, l’écologie politique aura en tout cas perdu énormément de capital politique sur ce seul dossier, avec un résultat mitigé. Oui on ferme des réacteurs, est-ce grâce aux ecolos ? Mais en face la rage nucleariste a décuplé, au risque de nouveaux grands travaux inutiles tant l’industrie n’en veut plus. QUn dogme antinucléaire rigide (Ecolo-Groen) a eu pour conséquence principale un dogme nucléariste massif – MR et NVA).
Ecolo n’aurait pas dû, à mon sens, adopter une ligne aussi extrême. Son revirement en 2024 n’en a été que plus pathétique.
Une stratégie qui change à 180° en fonction d’une bifurcation prévisible est mauvaise par définition.
Cela me fait penser à la neutralité et au pacifisme des scandinaves « tant que les Russes ne sont pas aggressifs ».
Ecolo a été anti-nucléaire tant qu’il n’y a pas eu de crise énergétique historique et de population majoritairement pro nucléaire.
Donc il s’agissait manifestement d’une stratégie non robuste au réel.
Une bonne stratégie se RENFORCE face aux imprévus, et non l’inverse.
Or les écologistes ont mis une énorme part de leur capital politique sur ce seul dossier. Au point de mettre leur participation gouvernementale dans la balance et d’en faire l’alpha et l’oméga du débat écologique.
Ce qui conduit tous les débats quotidiens entre citoyens au « point Nuke, équivalent au point Godwin sur le nazisme. Tout débat profane sur l’énergie finira toujours pas se focaliser bêtement sur les réacteurs nucléaires.
Alors que le nucléaire est un confetti dans l’analyse de l’Écocide planétaire, contrairement au capitalisme, à la décroissance, au fossile, à la sobriété, aux technologies de l’information, au logement, à la mobilité, à l’alimentation, à la démocratie. Un arbre nucléaire qui cache l’immense forêt du problème écologique.
Pendant ce temps, les progrès technologiques des énergies renouvelables et la baisse drastique de leur coût ont rendu le nucléaire inattractif pour le monde économique.
Tout ça pour ça.
Pour Ecolo, ce fut, avec le recul, une mauvaise bataille au mauvais endroit avec la plus grande masse de son armée, qui a renforcé les ennemis de l’écologie, tandis que faire l’impasse sur cette position aurait renforcé les chances de remporter la guerre. Une erreur stratégique.











