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Europe : les conditions d’habitabilité

Ce que le climat va faire à l’Europe. Neuf conditions d’habitabilité

par Nathanaël Wallenhorst

Republication – article paru sur le site de l’institut Momentum

Quelles seront nos conditions d’existence dans vingt-cinq ans et quelle sera l’habitabilité humaine à Thessalonique, en Laponie ou à Rennes ? A quoi ressemblerait notre vie quotidienne, en 2049, sur une Terre qui franchirait les principaux points de basculement ? Fort de savoirs actualisés, ce séminaire de Nathanaël Wallenhorst, qui s’est tenu à Paris le 19 mai 2026, anticipe d’une façon concrète ce que pourrait être 2049 pour les écosystèmes, le climat et la société. Aurons-nous toujours des saisons en 2049 ? De quoi sera faite notre alimentation ? Quels seront nos loisirs ? Climat, eau, santé et migrations, Nathanaël Wallenhorst raconte notre quotidien dans ce futur proche si rien ne change.

2049 n’est pas tant une date qu’une image. Celle d’un monde à venir avec des sociétés humaines explosées par les ruptures que nous créons sur la Terre. C’est une image difficile à voir. Elle résulte de la familiarisation avec des milliers d’articles académiques, de tous champs disciplinaires, accumulés depuis plus de dix ans. 2049, c’est un futur dystopique. C’est un réel en train de se faire, appréhendé à partir d’un faisceau d’analyses scientifiques. Pour cela, il est nécessaire de maîtriser une boîte à outils, constituée de savoirs biophysiques, d’éléments techniques, comme des controverses scientifiques en cours.

Les sciences du système Terre sont une forme de fédération disciplinaire qui étudie notre planète comme un système dynamique et complexe, un système interconnecté et sensible aux perturbations globales. Ses racines remontent à certaines des idées du XVIIIe siècle, comme celles du géologue écossais, James Hutton, sur la théorie de la terre, et aux travaux du bio-géochimiste russo ukrainien, Vladimir Vernadski sur la biosphère au début du XXe siècle.

Ensuite, c’est dans la seconde moitié du XXe siècle, que les sciences du système Terre ont émergé formellement, notamment grâce à des initiatives scientifiques, comme l’année géo physique, 1957–1958, évènement préparé au cours de la décennie précédente, qui regroupe 67 états.

Le concept d’Anthropocène, proposition de nouvelle époque géologique, marquée par une transformation des conditions d’habitabilité de notre planète, introduit par les sciences du système Terre, a été une étape importante dans la formalisation de cette émergence disciplinaire, qui est alors venue interagir avec les sciences géologiques. Celles-ci ont également été profondément marquées par la conceptualisation des tipping points ou points de bascule, dans des sous-systèmes, comme la calotte glaciaire du Groenland, ou l’Amazonie, où des perturbations peuvent entraîner des changements irréversibles.

Dans le monde de la recherche, le savoir, s’organise en silo où chacun approfondit une expertise sans l’articuler aux autres données scientifiques. Cette compartimentation du savoir constitue une entrave pour les chercheurs et les citoyens à disposer d’une vision panoramique, pourtant essentielle dans la compréhension de la trajectoire des sociétés humaines.

Au contraire, travailler sur les conditions d’existence suppose une articulation singulière des données scientifiques, sans être cantonné à un champ disciplinaire. Cela implique, par exemple, d’appréhender l’Anthropocène à partir des savoirs géologiques et de leurs fondements stratigraphiques, sans oublier les savoirs systémiques, ni ceux des sciences humaines et sociales.

Les conditions qui permettent l’existence humaine connaissent de profonds bouleversements. Une dynamique non linéaire, reliant les causes et leurs effets, est en train de changer toute notre compréhension de la Terre, une autre manière d’habiter le monde : la mort, soigneusement mise à distance dans nos sociétés occidentales, fait son grand retour. La pénurie d’eau et les famines que nous avons réussi à évincer, se frayent une place de choix dans nos vies. Mais c’est aussi au dépeuplement de la Terre que nous devons faire face, à l’expérience systématique de la contamination de nos propres, corps, au surgissement permanent de l’imprévisible, aux migrations et aux guerres.

Au cœur des conditions qui permettent nos existences apparaît progressivement le chaos. Fondamentalement, c’est la désaffiliation et l’esseulement qui nous guettent : comment être ensemble, nous soutenir, et nous aimer, dans un environnement où tout nous serait devenu hostile ?

Neuf conditions d’existence

Condition d’existence n°1

La non-linéarité

La Terre est un système complexe où se combinent des interactions multiples, des rétroactions, des seuils critiques. Ce sont des réactions non linéaires ou non proportionnelles, c’est-à-dire que dans la dynamique des points de basculement, les dommages postérieurs sont sans commune mesure avec les impacts qui les ont causés. Ilss’accompagnent aussi d’effets en cascade sur nos systèmes sociaux et économiques jusqu’à pouvoir dépasser les capacités d’adaptation des nations. Les systèmes de gouvernement ne sont pas adaptés à cette menace existentielle qui pèsent sur l’humanité. C’est la raison pour laquelle l’approche actuellement privilégiée par nombre de décideurs encourageant un changement linéaire et progressif n’est plus envisageable.

Un tipping point est un moment critique : un processus dont les conséquences sont non proportionnelles avec ce qui les a déclenchées (un système change d’état). Le mécanisme est parfois comparé à un jeu de dominos.

Par exemple, le ballon de baudruche. Son volume augmente de façon proportionnelle à l’air injecté (logique linéaire), jusqu’à ce qu’il explose (logique non linéaire).

Les tipping points sont marqués par de nombreuses incertitudes et caractérisés par des échelles temporelles variables en fonction des éléments de basculement (années à millénaires). Mais incertitude ne signifie pas ignorance. lmaginons une casserole de lait oubliée sur le feu : nous savons qu’elle va déborder, l’incertitude étant de savoir à quel moment.

En 2023, Timothy Lenton coordonne un rapport de près de 500 pages, Global Tipping Points Report, qui propose un état du savoir et des lacunes sur les tipping points du système Terre.

Condition d’existence n°2

La chaleur mortelle

Les vagues de chaleur estivales européennes ont causé 70 000 décès en 2003, 61 000 en 2022, 47 000 en 2023 (moyenne : 50 000 par an). La létalité de la chaleur s’amplifie avec chaque dixième de degré. Lors de l’été 2022, en France, David Azevedo, 50 ans, meurt d’hyperthermie après une journée de travail à 42°C. En avril 2024, au Bangladesh, Ahsan Habib, enseignant de 37 ans, meurt en classe lors d’une canicule à 42,2°C.

La chaleur humide est potentiellement létale. Elle bloque la transpiration, la survie physiologique est impossible dès 31-35°C, parfois dès 28°C.

Les villes amplifient le danger (îlot de chaleur : +5 °C nocturnes possibles). Les écoles, le travail, les transports, l’électricité, les télécoms sont fragilisés.

2049 est alors l’histoire d’un verrouillage. Le changement climatique, les autres perturbations anthropiques comme les changements d’utilisation des terres ainsi que l’apparition d’événements extrêmes comme les incendies, entraînent les sols d’un territoire dans une dynamique d’aridité. 2049 est l’histoire de la mort. Et singulièrement celle des sols qui ont pourtant permis nos existences en nous nourrissant et en nous hydratant. La mort des sols, c’est la mort des écosystèmes. La mort des écosystèmes, c’est notre mort à nous, humains, c’est la raison pour laquelle les processus de désertification sont particulièrement observés avec une véritable inquiétude dans les communautés scientifique.

À + 3°C, les deux tiers de la population mondiale connaîtront une augmentation des conditions de sécheresse. Elles seront plus fréquentes, plus intenses, plus longues et toucheront une part toujours plus importante de la population mondiale et européenne. L’enjeu désormais vital qui permet littéralement d’arroser nos sociétés, c’est la capacité des sols à recevoir et à capter l’humidité, étape essentielle pour que les végétaux poussent. C’est ce qu’on appelle le cycle de l’eau verte. L’état des sols de 2049 rend difficile de visualiser ce à quoi pourrait ressembler la vie quotidienne au sein de nos sociétés globalisées. Et la question qui continue de s’installer et la suivante : une vie en société pourrait-elles seulement être possible ? Ou faudra-t-il envisager que les humains se fédèrent dans le cadre de petites sociétés autonomes ? Nous sommes face à un risque majeur de transformation du bassin méditerranéen en désert au cours de ce siècle. Innombrables sont les articles qui font consensus autour de ce triste constat. Très concrètement, avec 1,5°C de plus, nos modes de production agricole autour du bassin méditerranéen persistent, tant bien que mal. Mais cela cesse avec +2°C et les déficits chroniques de précipitations s’installent.

Les climats vers lesquels nous nous dirigeons n’ont jamais connu de sociétés humaines établies.

Condition d’existence n°3

La pénurie

Il devient de plus en plus vital d’apprendre à économiser l’eau. Car si l’eau est partout, c’est son manque qui prédomine. Comme 71 % des territoires de la planète sont recouverts d’eau, nous pourrions nous dire que nous n’en manquerons jamais. Mais ce n’est pas si simple, car seul 0,3 % de l’eau douce, qui représente 2,5 % du volume d’eau total, est accessible. La plupart du reste de l’eau douce est contenue dans les glaciers. Cela signifie que seul 0,007 % de l’eau est disponible pour l’humanité. Alors que cette quantité était disponible pour une population de 1,6 milliards d’habitants en 1900, nous devons désormais la partager entre plus de 8 milliards de personnes. Or, les besoins en eau par habitant ont littéralement explosé en raison de nos modes de vie modernes et de la croissance économique du XXe siècle extrêmement consommatrice d’eau douce. Un hamburger nécessite 2400 litres, un jean, 10 000 litres. Aujourd’hui 70 à 80 % de l’eau potable sont destinés à l’agriculture et à la production de nourriture, 10 à 20 % à l’industrie et à peine 10 % aux usages domestiques. Nous vivons déjà dans un monde où l’accès à l’eau en crise. Environ 4 milliards de personnes vivent dans des conditions de grave pénurie d’eau douce pendant au moins un mois de l’année.

L’Europe du Nord devrait avoir 20 % de précipitations supplémentaires dans les décennies à venir, mais cela n’a rien d’une bonne nouvelle, car ce sera principalement sous la forme d’épisodes de pluie intenses, causant des inondations comme celles que nous avons connues récemment en Allemagne, en Espagne ou en Belgique. Ces alternancesd’inondations et de sécheresses sont problématiques pour l’irrigation de nos cultures, mais aussi pour le transport fluvial. Dans les Alpes, les prévisions indiquent une diminution de l’épaisseur de la neige pour toutes les altitudes, toutes les périodes et ce quels que soient les scénarios des émissions de gaz à effet de serre.

Les réserves vitales pour l’irrigation de nos cultures et pour l’alimentation de nos villes en eau potable sont directement sensibles aux variations de la météo. Une sécheresse peut rapidement nous faire toucher le fond de nos réservoirs. Ces dernières années, un phénomène particulièrement problématique se développe : les sécheresses éclair.

En 2049, la moitié de l’humanité sera privée d’eau douce des glaciers, les réserves d’eau claire vont se raréfier et les terres agricoles seront stérilisées par le sel. Au total, ce sont plus de 10% des terres de la planète qui sont en proie à uneaugmentation de leur salinité. Les inondations côtières vont se multiplier, submergeant les villes côtières à une fréquence accrue.

La pénurie d’eau est la mère des menaces. Une vie sans citerne se profile, car les glaces fondent sans être rechargées par des précipitations neigeuses. Or les glaciers, que les processus géologiques ont mis quelques millions d’années à créer, sont nos réserves. Nos vies sont reliées aux glaces. Sans parler de la bombe à retardement du permafrost, cet ensemble de sols gelés en permanence en Alaska, au Groenland, en Sibérie, sur le plateau tibétain ou dans les hauteurs alpines, qui fondent sous l’effet du réchauffement climatique, ce qui libère des gaz à effet de serre.

Condition d’existence n°4

Le dépeuplement

La disparition d’une espèce n’est pas un drame en soi. Mais ce qui se passe aujourd’hui est d’une toute nature : le rythme de leur disparition s’emballe. Il s’agit d’une annihilation biologique sans précédent. 50 % des espèces migratrices sont en déclin, 20 % sont menacées d’extinction. Le rythme d’extinction est 10 à 100 fois supérieur au taux naturel.

En France ce sont 3000 espèces qui sont menacées. Le tiercé destructeur combine les prélèvements direct, l’exploitation des milieux naturels, et le changement climatique. Ainsi, le thon rouge a été pêché intensivement tout au long du XXe siècle et ses populations se sont effondrées. Ensuite, le changement d’affectation des sols et l’exploitation des milieux naturels ont constitué la plus grande cause de destruction du vivant : ils détruisent ou fragmentent les habitats naturels des espèces tant terrestres qu’océaniques ou d’eau douce, à la fois animales et végétales. Et si le réchauffement climatique se poursuit, il supplantera alors le changement d’affectation des sols comme principal facteur de destruction de la vie.

Par exemple , le hêtre commun, un des feuillus les plus répandus en Europe est considéré comme une « espèce morte-vivante », déjà condamnée par la rapidité du réchauffement.

Ce même processus de dépeuplement affectera la vie marine, touchée par l’acidification. L’acidification, par l’intermédiaire de plusieurs mécanismes interconnectés, fragilise le plancton, élément crucial dans la chaîne alimentaire ou océanique. Mais le plancton est aussi une pompe à carbone qui capte environ 50 gigatonnes de carbone chaque année. Ce sont les océans qui absorbent la majorité de la chaleur émise par le soleil. Ils sont comme une bouillotte ou un chauffage qui maintient la Terre à une température tempérée favorable à la vie. L’océan, qui capte 90 % de la chaleur excédentaire liée au réchauffement climatique, se réchauffe désormais beaucoup trop.

Condition d’existence n°5

La contamination

De nouvelles entités (plastiques, PFAS, pesticides, métaux lourds…), absentes du système Terre avant l’ère industrielle, s’infiltrent dans l’eau, l’air, les sols et nos corps . Nous sommes en présence d’une contamination systémique. Par exemple, les « Plasticenta » sont des microplastiques des deux côtés du placenta. Il s’agit d’une exposition prénatale généralisée.

Or la production de plastiques pourrait tripler d’ici 2060. Les particules fines sont à l’origine de 238 000 décès prématurés en Europe tous les ans. Le changement climatique concourt aux maladies cardiovasculaires, respiratoires, cancers, à la malnutrition, aux maladies vectorielles (dengue, paludisme, chikungunya, bilharziose), aux pathologies mentales, aux suicides, à de nouvelles zoonoses. Le réchauffement accélère l’augmentation du périmètre des maladies et leursmutations. Limiter le réchauffement à +1,5 °C (vs +2 °C) éviterait ~153 000 000 décès prématurés. Sans oublier que le dégel du permafrost peut déclencher la libération potentielle d’agents pathogènes anciens et le relargage de polluants.

Condition d’existence n°6

L’imprévisible

L’Europe entre dans un régime d’événements extrêmes plus fréquents et plus intenses (crues éclairs, méga-incendies, tempêtes) ; chaque choc entame la résilience des territoires.

Entre 1995 et 2015, 606 000 personnes sont décédées et 4,1 milliards de personnes ont été blessées ou se sont trouvées sans abri ou dans le besoin d’une aide d’urgence (au niveau mondial).

L’Europe est touchée par une alternance de sécheresses et d’inondations : l’atmosphère plus chaude charge le cycle évaporation-précipitation. Le réchauffement climatique accélère le cycle d’évaporation-précipitation, ce qui génère une alternance de sécheresses et d’inondations. Il assèche les sols, qui perdent leur fertilité et leur capacité de production agricoles, en même temps qu’il accentue les inondations qui détruisent les cultures.

14 juillet 2021, vallée de l’Ahr (Allemagne) : Meike et Dörte Näkel, viticultrices, emportées par une crue fulgurante, survivent huit heures accrochées à un prunier.

23 juillet 2018, Mati (Grèce) : en 90 minutes, un feu dévore 1 400 hectares et 1650 habitations, piégeant les habitants. 140 morts.

Des phénomènes étranges peuvent survenir, comme le 8 septembre 2020, sous un ciel presque sans nuages, l’eau a envahi la place Saint-Marc à Venise. Sans qu’aucune goutte d’eau tombe du ciel, une très grande marée, poussée par des vents favorables, a suffi, en raison de l’augmentation du niveau de la mer Adriatique, pour que l’eau submerge le seuil des sols urbains. C’est ce qu’on appelle une inondation par beau temps. Sous un soleil radieux, tout d’un coup, la mer, monte plus haut qu’à l’habitude, inonde tout d’eau salée. Cela arrive régulièrement à Hambourg, en Allemagne, particulièrement dans le quartier de Fischmarkt où les commerçants ont pris l’habitude de placer des les marchandises sur des palettes pour que leurs étals ne soient pas détruits par les inondations d’eau salée.

2049 sera le temps de la destruction des infrastructures et sera marquée par l’imprévisibilité au cœur de l’existence, la fin des capacités de planification et la fragilisation civilisationnelle.

Condition d’existence n°7

La faim

Durant des milliers d’années, les populations humaines se sont concentrées dans un sous-ensemble très étroit des régions terrestres, toutes caractérisées par des conditions climatiques similaires caractérisées par des températures annuelles moyennes autour de 13°. C’est ce qu’on appelle une niche de température humaine liée à des contraintes fondamentales. Toutes les espèces animales et végétales ont une niche environnementale leur permettant de se développer. Et c’est aussi le cas pour nous, même si nous disposons d’un outillage technique considérable.

D’ici les années 2070, jusqu’à trois milliards de personnes seront poussées en dehors de cette niche. Un tiers de la population mondiale sera confrontée à des températures moyennes supérieures à 29°C en l’absence de migrations, ce qui est incompatible avec une vie en société (aujourd’hui 0,8% surface terrestre a ce type de température : le Sahara).

La production agricole dépend de l’équilibre fragile entre climat et biosphère. Aujourd’hui, 52% des terres agricoles mondiales sont fragilisées par les forçages anthropiques. Les rendements agricoles sont en baisse structurelle. Depuis 1961, la productivité agricole mondiale a baissé de 21%.

L’agriculture est tributaire des circulations atmosphériques et océaniques. L’affaiblissement de l’AMOC (circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, dont le Gulf Stream est une partie) pourrait provoquer un effondrement de la production alimentaire mondiale. Les conditions plus froides et sèches feraient s’effondrer la production agricole de l’Hémisphère Nord.

La hausse moyenne des températures de surface qui augmente le risque de conditions climatiques extrêmes, augmente le risque de baisse des récoltes mondiales, qui pourrait produire ce qu’on appelle des ruptures de grenier, une insuffisance simultanée aux différents endroits du globe des réserves agricoles, provoquant un choc des prix alimentaires. Le risque d’effondrement agricole pour la population mondiale est tel que nombre de chercheurs ont travaillé à proposer des définitions de ces risques. Le risque global catastrophique (Global Catastrophic Risk, GCR) désigne la probabilité d’une perte de 25 % de la population mondiale à la suite d’une perturbation sévère du système alimentaire, dans un laps de temps donné, et la perte de la capacité de l’humanité à maintenir sa forme actuelle.

Condition d’existence n°8

La migration et la guerre

L’élévation du niveau de la mer aura des impacts significatifs en Europe où 30 millions de personnes vivent dans des zones côtières à risque. La fonte accélérée du Groenland et de l’Antarctique pourrait conduire à des hausses de 2 à 5 mètres, modifiant la carte européenne et mondiale d’ici à 2150. Ce sont de nombreuses villes européennes que nous perdrons à savoir, Amsterdam, Rotterdam et La Haye aux Pays-Bas ; Bruges, Ostende et Anvers, en Belgique ; Londres et Bristol, au Royaume-Uni ; mais aussi, Bordeaux, Nantes, La Rochelle, Marseille, et Nice, en France ; Barcelone, en Espagne ; Lisbonne, au Portugal ; Venise, Naples et Gênes, en Italie ; Hambourg, en Allemagne ; Copenhague au Danemark.

A Fairbourne (Pays de Galles), la décision municipale d’abandonner la digue oblige 850 habitants à être déplacés d’ici 2054 et déclenche l’effondrement des prix de l’immobilier, suscitant l’amertume des habitants.

A Nordstrandischmoor (Allemagne), l’ île est inondée jusqu’à 50 fois par an ; 25 habitants sont réfugiés sur quatre monticules artificiels ; des millions investis pour rehausser — emblème européen des « îles qui disparaissent »

Les effets en cascade de ces mobilités seront l’effondrement immobilier, des services publics perturbés (écoles, hôpitaux), des coûts économiques massifs, des tensions sociales, des migrations intérieures et transfrontalières, des conflits pour les ressources.

Condition d’existence n°9

Le chaos

Un mot permet de saisir ce que le climat peut faire à l’Europe de 2049 : le chaos. Le chaos est ce qui s’oppose aux perspectives de civilisation, ce qui ferme l’avenir. La trajectoire actuelle de nos sociétés nous conduit vers l’abîme et bon nombre des indicateurs de pilotage dont nous disposons biaisent notre analyse du réel, ils demeurent exclusivement économiques et tardent à intégrer les savoirs du système Terre. Force est de constater que notre boussole dysfonctionne. Nous sommes confrontés à une boucle de rétroaction socio-climatique : une spirale où la déstabilisation du système Terre fragilise les sociétés humaines, et où la fragilisation des sociétés humaines empêche l’action climatique, renforçant le déséquilibre planétaire.

Les modèles économiques dominants (William Nordhaus, Simon Dietz) sont inadaptés : ils négligent les effets non linéaires, les basculements et les cascades d’effondrements, ils sous-estiment le coût réel du climat.

La croissance des inégalités sociales est explosive. L’empreinte carbone moyenne des 1 % les plus riches et 175 fois plus élevée que l’empreinte carbone des 10 % les plus pauvres. Or ce sont les pauvres qui sont exposés à la surmortalité lors des canicules. Combien de temps vont-ils accepter d’être à ce point les grands perdants ? Nous pouvons imaginer que l’aggravation des différentes injustices climatiques va provoquer des soubresauts politiques dont certains pourront enclencher à terme des guerres civiles. Et ce d’autant que les risques systémiques ne pourront plus être pris en considération par les assureurs qui se demandent comment faire pour assurer les populations contre les risques croissants qu’elles courent. Le dérèglement climatique prend de cours les assureurs avec des coûts qui ont excédé leurs prévisions de 18 % sur la période 2020-2023. Il y a aujourd’hui une tendance chez les compagnies d’assurance à se retirer des zones à risques élevés, comme celles exposées aux incendies de forêt et aux inondations.

Le durcissement des conditions climatiques fragilise les démocraties. Nous savons que les catastrophes climatiques sont généralement suivies de recul des libertés, de réponses autoritaires, de montée des tensions sociales et de risques de conflits.

Un « risque de déraillement » sociétal n’est pas à exclure, dans un contexte d’anomie et de désaffiliation.

Conclusion

2049 n’est pas à comprendre de façon déterministe. Nous les humains sommes caractérisés par notre liberté. Et notamment par la liberté de l’action politique, cette possibilité d’agir de concert pour aller dans une direction, relever un défi, tenir une promesse. Cela suppose d’engager des combats, de les politiser, de refondre notre Constitution et nos outils législatifs, de démanteler les pans mortifère de notre activité économique.

2049 est là pour que nous tenions la promesse que nous avons faite à nos enfants en les projetant dans l’existence. La promesse que la vie ensemble, sur la Terre, vaut d’être vécue.


RÉFÉRENCES

La non-linéarité

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Gemenne, F. (2011). Why the numbers don’t add up: A review of estimates and predictions of people displaced by environmental changes, Global Environmental Change, 21(1), S41-S49.

Le chaos

Carleton, T. A., Hsiang, M. (2016). Social and economic impacts of climate, Science, 353(6304).

UCCRN (2018). The Future we don’t want. How Climate Change Could Impact the World’s Greatest Cities, UCCRN Technical Report, February.

Kemp, L. et al. (2022). Climate Endgame: Exploring catastrophic climate change scenarios, PNAS, 119(34), e2108146119.

Laybourn, L., Evans, J., Dyke, J. (2023). Derailment risk: A systems analysis that identifies risks which could derail the sustainability transition, Earth System Dynamics 14, p. 11è1-1182.



Dénoncer !

«Dénonçons l’obscurantisme, le racisme, le patriarcat et le négationnisme climatique»

L’appel à la résistance du mouvement climat

Republication d’un Appel paru sur le site du média Vert

Alors que le climat se détraque et que l’inaction perdure, les capacités d’action de la société civile se dégradent, au détriment des plus précaires, dénoncent les organisations de la transition écologique et sociale réunies ce samedi à Paris. Dans cette tribune à Vert, elles appellent à un sursaut collectif.

Records de chaleur meurtriers et cyclones dévastateurs, conflits pour l’accès à l’eau, reculs des politiques publiques de transition écologique et juste, montée de régimes autoritaires et multiples violations du droit international, attaques contre les défenseurs et défenseuses de l’environnement et renforcement des inégalités environnementales que subissent les populations les plus vulnérables, l’heure est grave pour les mouvements climat.

C’est face à ce contexte que nous, actrices et acteurs de la société civile de la transition écologique et sociale, réunis les 19 et 20 juin 2026 lors des Rencontres des mouvements climat à Paris, lançons cet appel à la résistance.

La situation politique nationale et internationale, instable et préoccupante, est marquée par une détérioration des équilibres démocratiques, le dénigrement de la science, une concentration des médias menaçant leur indépendance et la montée de discours de repli. Dans le même temps, notre système économique favorise toujours plus les profits à court terme pour un petit nombre de personnes au détriment des conditions de vie dignes de la majorité de la population.

«Qu’adviendra-t-il de la société civile si le contexte s’aggravait du fait de bascules politiques possibles en 2027 ?»

Ce contexte dégrade les capacités d’actions de la société civile pour lutter contre le réchauffement climatique et permettre aux populations les plus vulnérables d’accéder à des conditions de vie dignes et des moyens convenables d’existence et d’accéder aux solutions de transition écologique.

Les menaces pesant sur la résilience des structures associatives et militantes elles-mêmes s’accentuent également (menaces sur les libertés associatives, coupes budgétaires, instauration d’un climat de peur et d’intimidations, etc.), renforçant les inégalités environnementales subies par les personnes racisées, en situation de pauvreté, les femmes et les minorités de genre. Qu’adviendra-t-il de la société civile si le contexte, déjà délétère, s’aggravait du fait de bascules politiques possibles en 2027 ?

Pour toutes ces raisons, les actrices et les acteurs des mouvements climat ne doivent pas faiblir. Nous pouvons faire de l’espoir une puissance d’action, faire de la transition écologique une source d’émancipation, de justice et de protection, et nous renforcer collectivement pour affronter les défis et saisir les opportunités des mois et années à venir. Nous avons les moyens d’être forts aujourd’hui et résilients pour demain.

C’est pourquoi l’ensemble des organisations des mouvements climat est en ordre de marche pour résister :

Faisons preuve de solidarité, plus que jamais, vis-à-vis de la population dans toutes ses composantes, et notamment les minorités oppressées (personnes racisées, en situation de pauvreté, femmes et minorités de genre) : la solidarité doit rester un pan central de notre action.

Dénonçons, chaque fois que cela est possible, l’obscurantisme, le racisme, le patriarcat, le négationnisme climatique ou encore la corruption, dont la montée est une menace pour les droits de tous, mais aussi pour les médias, les lieux de représentation démocratique et les plus hauts niveaux de décision de l’État.

Opposons-nous, encore, à ce système économique d’accumulation des profits, de court terme, privilégiant une minorité.

Renforçons nos liens et les actes d’entraide avec les acteurs essentiels d’une société démocratique et juste : les chercheurs et chercheuses, les syndicats de travailleurs et travailleuses, ainsi que l’ensemble des acteurs de la société civile œuvrant pour une société plus solidaire et un monde préservé. Notre force réside dans cette diversité.

Augmentons notre puissance d’action en demandant une meilleure reconnaissance du rôle des actrices et des acteurs de la justice sociale et climatique dans le fonctionnement de notre société et le respect de leurs droits et la protection de leurs ressources financières.

Ne laissons aucune force mettre en péril les droits humains fondamentaux, les acquis sociaux gagnés de haute lutte, et les équilibres environnementaux dont notre survie dépend directement. Nous devons lutter de concert contre les montées de l’obscurantisme, de la désinformation, des discriminations et des attaques contre les actes de solidarité. Nous sommes fiers, combatifs et plus nombreux que jamais, dans notre diversité et dans nos alliances. On ne lâche rien.


Liste des structures signataires

ESS France, Alofa Tuvalu, Greenpeace France, Reses (Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire), France Nature Environnement, Zero Waste France, 350.org, EKO!, Manifestation Alternatif France, ONAV (Observatoire national des alimentations végétales, Réseau Action Climat France, WECF (Women engage for a common future), Action Santé Mondiale, Fédération Artisans du Monde, Générations Futures, Emmaüs France, Fédération française des usagères et usagers de la bicyclette, ActionAid France, Déclic collectif, Bio Consom’acteurs, CCFD-Terre Solidaire, Gret, Union syndicale Solidaires, Oxfam France, Seastemik, Enercoop, Rester sur Terre, Les Petits Débrouillards, Alternatiba, Action non-violente COP21, Pour un réveil écologique, Emmaüs International, CIWF France, Mouvement pour l’Économie Solidaire, Fridays for future France, ATD Quart-Monde, La Communauté Ecotable, Maison régionale de l’environnement et des solidarités Hauts-de-France, Foodwatch France, Bloom, SOL, Notre Affaire à tous, AVF (Association Végétarienne de France), Commerce Equitable France, Les Amis de la Terre France, Mouvement pour une alternative non-violente (MAN), Reclaim Finance, Amnesty International France, Terre de Liens, Les Désobéissants / La Boutique militante, Énergie Partagée, Attac France, Action Justice Climat Paris, Résistance à l’agression publicitaire, LDH (Ligue des droits de l’Homme / droits humains), L’Heureux Cyclage – Réseau des ateliers participatifs et solidaires, Actes et Cités, Action contre la faim, Agir pour l’environnement, Alda, Citoyen pour le climat, Frugalité heureuse et créative, Institution pour la conception écoresponsable du bâti, JAC (Jeunesse ambassadrice pour le climat et la biodiversité), Lutte et contemplation, Réseau Cler, Réseau «Sortir du nucléaire».



Un compromis porteur d’espoir

The Guardian – Editorial

Le point de vue du Guardian sur l’égalité climatique :
une vie plus riche et une véritable abondance publique, pas simplement davantage de biens matériels

Traduction IA – éditorial paru le 8 juin 2026 – The Guardian

L’humanité peut améliorer les niveaux de vie, réduire les inégalités et maintenir le réchauffement climatique en dessous d’une hausse de 2 °C, selon une vision ambitieuse de la survie de la planète rapportée la semaine dernière par The Guardian. À une époque marquée par l’angoisse écologique, c’est une affirmation remarquablement optimiste. Cet optimisme provient du Global Justice Report, élaboré par le World Inequality Lab de Thomas Piketty.

Ce rapport va à contre-courant de l’époque actuelle. La démagogie anti-immigration, le retour en grâce des combustibles fossiles, les attaques contre le multilatéralisme et la captation du pouvoir par les milliardaires s’opposent tous à la capacité redistributive de l’État que le rapport juge nécessaire. Pourtant, l’équipe du professeur Piketty affirme que la décarbonation, la « sobriété » et l’égalité peuvent permettre à la majorité de mener une vie agréable.

Le rapport identifie les principaux obstacles au progrès : la ploutocratie, la puissance américaine et des politiques climatiques timides qui épargnent largement les élites. Sa force réside dans le fait qu’il désigne également les acteurs capables de provoquer le changement — les syndicats, les mouvements citoyens et les coalitions de pays — et qu’il insiste sur la nécessité de construire la transition écologique par des moyens démocratiques plutôt que par des décisions technocratiques imposées d’en haut. Le défi consiste à élaborer une politique concrète dans un contexte marqué par le retour de mouvements nationalistes soutenus par les milliardaires.

L’un des principaux objectifs du rapport est d’amener chaque pays au niveau de revenu des pays riches actuels, soit 5 000 euros par personne et par mois en parité de pouvoir d’achat. En Afrique subsaharienne, ce chiffre n’est aujourd’hui que de 290 euros. Le rapport propose une nouvelle architecture fiscale et monétaire mondiale : des impôts sur les très grandes fortunes permettraient de renforcer les services publics, tandis qu’une « union de compensation » keynésienne et une nouvelle monnaie internationale réduiraient les contraintes extérieures qui limitent les dépenses publiques des pays pauvres.

Le niveau de vie auquel le rapport souhaite faire converger le monde ne repose pas sur une consommation privée sans fin, mais sur des services publics solides, davantage de temps libre et la stabilité climatique. Selon cette vision, il s’agirait d’un niveau de vie très élevé — et potentiellement plus heureux — supérieur à bien des égards à celui dont bénéficie aujourd’hui la majorité des habitants des pays développés.

Cette vision contraste fortement avec la fracture actuelle entre pauvreté et abondance. On en trouve un exemple dans les mines de cobalt et de coltan du Congo : à une extrémité de la chaîne d’approvisionnement, un travail dangereux et mal rémunéré ; à l’autre, des véhicules électriques et des smartphones. Si les minerais africains doivent alimenter la transition écologique, ils devraient le faire dans des conditions favorisant équitablement le développement industriel africain. Pourtant, les pays pauvres peinent encore à contrôler leurs propres ressources, tandis que les consommateurs des pays riches bénéficient du choix sans avoir la maîtrise des conséquences.

Le rapport affirme qu’un mode de vie caractérisé, dans les pays riches, par une forte consommation privée — vols fréquents, grandes maisons, plusieurs voitures, alimentation riche en viande — ne peut être étendu au reste de la planète tout en respectant un budget carbone compatible avec une hausse limitée à 2 °C. Ce qui est proposé est un compromis : chacun bénéficie d’un niveau élevé de services publics et de temps libre ; personne ne profite d’excès oligarchiques. L’abondance matérielle privée actuelle serait remplacée par une abondance sociale. Cela représenterait un niveau de vie élevé, mais différent de celui dont jouissent aujourd’hui les plus aisés.

Les critiques diront que ce rapport relève de l’utopie. Mais c’est peut-être précisément sa force. La résistance politique à ces idées serait immense. Dans les pays riches, beaucoup considèrent leur consommation non comme un « excès », mais comme une compensation face à l’insécurité, aux longues heures de travail, au coût élevé du logement et au sentiment d’aliénation. L’offre du rapport doit donc être comprise non comme « moins pour vous », mais comme moins de gaspillage, moins de travail, moins de rentes captées par quelques-uns, davantage de sécurité, plus de temps libre et davantage de biens publics de qualité. La véritable question est de savoir pourquoi une proposition aussi attrayante est devenue si difficile à faire accepter.


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Pétrole & El Niño

OA - Liste OA - Liste

Format court numéro 5

Alerte

ObsAnt

04 juin 2026

Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient se font sentir sur les marchés pétroliers depuis un moment déjà.

La question de la durée de cette crise et de ses impacts à long terme se posant avec toujours plus d’acuité.

Et, les dernières informations ne sont pas rassurantes :
filtre:
Luc Semal

juin 2026

Exxon warns oil inventories will hit dangerously low levels in weeks, forcing prices to shoot higher. […]
Exxon prévient que les stocks de pétrole atteindront des niveaux dangereusement bas d'ici quelques semaines, ce qui fera flamber les prix. Exxon Mobil a averti jeudi que les stocks de pétrole allaient chuter à des niveaux historiquement bas dans les semaines à venir, ce qui entraînera une flambée des prix et freinera la demande

mai 2026

Plusieurs organisations internationales, dont le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM), ont alerté vendredi sur un risque de pénurie de pétrole cet été si le trafic maritime via le détroit d'Ormuz ne revient pas rapidement à la normale. "Les stocks mondiaux de pétrole se réduisent à un rythme record du fait de la perte majeure de livraisons passant par le détroit d'Ormuz", ont alerté dans un communiqué commun le FMI, la BM ainsi que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC), après une rencontre de leurs dirigeants.
Le marché pétrolier pourrait entrer dans une "zone rouge", avec une pénurie d'offre en "juillet ou en août", en l'absence d'issue durable au conflit au Moyen-Orient, a alerté jeudi le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie Fatih Birol.
La fermeture du détroit d’Ormuz n’est pas une perturbation temporaire du transport maritime, mais le début d’un choc agroalimentaire systémique qui pourrait déclencher une grave crise mondiale des prix alimentaires d’ici six à douze mois, a alerté mercredi une agence des Nations Unies.

Que faire de ces informations :

A court terme, pour l’ensemble des activités dépendantes des énergies fossiles au quotidien, envisager une forme de rationnement semble inévitable. L’État devant s’assurer que les plus faibles puissent assurer la réponse à leurs besoins fondamentaux tandis que les plus riches ne gaspillent pas les ressources collectives.

A plus long terme, c’est le modèle même de nos sociétés qui est remis en cause.

Continuer à faire tourner la « machine » comme si le système ne craquait pas n’est pas réaliste.

Le fait que nous n’avons pas d’alternative agréable « clés sur porte » en vue ne signifie pas que continuer d’épuiser les ressources, polluer l’environnement, affaiblir la biodiversité soit pertinent.


A cela s’annonce un épisode météorologique El Niño important pour les mois qui arrivent :
filtre:
Luc Semal

juin 2026

L’ONU a alerté, ce mardi, sur l’arrivée probable du phénomène climatique naturel dont la puissance pourrait être colossale. «Libération» a rencontré des chercheurs, dont le travail de surveillance doit être impérativement protégé.
L’Organisation météorologique mondiale confirme ce mardi 2 juin que le phénomène climatique naturel va très probablement se déclencher entre juin et août. Son intensité pourrait causer chaleur, sécheresses ou intempéries monstres dans de nombreuses zones du globe.
Le retour du phénomène El Niño et des évènements climatiques extrêmes qui l’accompagnent est maintenant probable à 80%, a annoncé ce mardi l’Organisation météorologique mondiale (OMM).
Il y a maintenant 80 % de probabilité qu’un phénomène climatique El Niño ait lieu dans les prochains mois, sur la période juin — août 2026. C’est l’estimation donnée le 2 juin par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). La probabilité que l’évènement se poursuive ensuite au moins jusqu’en novembre est de 90 %, selon l’OMM.
Alors que les climatologues redoutaient depuis quelques mois un épisode El Niño d’une ampleur sans précédent, leurs craintes semblent se confirmer avec l’apparition d’une gigantesque vague chaude dite « onde de Kelvin » se déplaçant à travers le Pacifique depuis plusieurs semaines. La vague a atteint les côtes sud-américaines à la mi-mai et pourrait initier le début d’un épisode El Niño intense plus tard cette année.

Le deuxième semestre 2026 et l’année 2027 s’annoncent « chauds » !

Dans toutes les acceptions du terme…


vers la liste des Formats courts :


Climat = urgence sanitaire

La crise climatique est une urgence sanitaire mondiale

Déclarer la crise climatique urgence sanitaire mondiale : ce que demandent les experts à l’OMS

Exclusif : Une commission affirme qu’une telle alerte déclencherait une réponse internationale coordonnée susceptible d’éviter la mort de millions de personnes

Anna Bawden

Traduction IA – Article paru le 16 mai dans The Guardian

L’Organisation mondiale de la Santé devrait déclarer la crise climatique urgence sanitaire mondiale, faute de quoi des millions de personnes supplémentaires mourront inutilement, ont affirmé d’éminents experts internationaux.

La commission indépendante paneuropéenne sur le climat et la santé, convoquée par l’OMS, a conclu que la crise climatique constituait une menace si grave pour la santé dans le monde entier que l’OMS devrait la déclarer « urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI).

La propagation internationale de maladies à transmission vectorielle — comme la dengue et le chikungunya —, ainsi que les répercussions sanitaires des évènements météorologiques extrêmes, du réchauffement planétaire, de l’insécurité alimentaire et de la pollution atmosphérique, rendent une telle déclaration nécessaire, indique le rapport de la commission. Celui-ci sera présenté aux ministres européens dimanche [17 mai], avant l’ouverture de l’Assemblée mondiale de la Santé lundi.

Les USPPI constituent le niveau d’alerte sanitaire le plus élevé. Des déclarations précédentes ont visé des maladies infectieuses telles que la Covid et le Mpox. Si une telle déclaration ne suffirait pas à elle seule à inverser le changement climatique, elle déclencherait le type de réponse internationale coordonnée qu’exige l’ampleur de la crise sanitaire, et qui tarde encore à se concrétiser.

La commission indépendante de onze membres, qui comprend d’anciens ministres de la santé et du climat, a déclaré : « Loin d’être une priorité en déclin ou une infox, le changement climatique représente une menace immédiate et à long terme pour la santé, la sécurité économique, alimentaire, hydrique, environnementale, personnelle, communautaire et nationale. »

Dans un entretien accordé au Guardian, Katrín Jakobsdóttir, ancienne Première ministre d’Islande et présidente de la commission, a déclaré : « La crise climatique n’est peut-être pas une pandémie, mais c’est néanmoins une urgence sanitaire qui menace la santé et la survie même de l’humanité. Si nous n’agissons pas plus rapidement et de manière plus globale, des millions de personnes supplémentaires pourraient mourir ou faire face à des maladies qui changeront leur vie. »

Sir Andrew Haines, professeur de changement environnemental et de santé publique à la London School of Hygiene & Tropical Medicine et conseiller scientifique en chef de la commission, a déclaré : « L’OMS a déjà reconnu que le changement climatique constitue une menace majeure pour la santé mondiale. Ce que nous demandons, c’est d’aller un pas plus loin. »

La commission a également exhorté les gouvernements à cesser de subventionner les combustibles fossiles, directement responsables de 600 000 décès prématurés par an en Europe seule. La région dépense environ 444 milliards d’euros (387 milliards de livres sterling) par an en subventions à la production de pétrole et de gaz, indique le rapport. Dans 12 pays européens, les subventions aux combustibles fossiles ont dépassé 10 % des dépenses nationales de santé en 2023, et dans quatre pays, elles ont excédé l’intégralité du budget de la santé.

« Ce n’est pas une politique énergétique durable. C’est davantage un échec de santé publique », a déclaré Mme Jakobsdóttir. « Et cela pourrait s’aggraver considérablement. De nouvelles subventions aux combustibles fossiles, ainsi que des pays envisageant de reprendre le forage dans le sillage de la crise iranienne, seraient catastrophiques pour la santé. »

« Les gouvernements européens subventionnent les industries mêmes qui sont responsables de la mort prématurée de leurs propres citoyens. Nous avons besoin que les responsables de la santé s’engagent vraiment dans le débat climatique et ne se contentent pas d’en subir les conséquences. »

Le rapport appelle également à des mesures pour lutter contre la désinformation, à un recours accru aux évaluations nationales de l’impact climatique sur la santé, ainsi qu’à la reconnaissance que le changement climatique constitue aussi une crise de santé mentale.

Mme Jakobsdóttir a déclaré : « La façon de combattre le climatoscepticisme et la désinformation est simple : rendre le problème personnel. Le changement climatique ne se passe pas ailleurs, à d’autres personnes, dans le futur. Il raccourcit des vies dans les villes européennes en ce moment même. Il remplit les hôpitaux. Il engendre anxiété, stress et autres problèmes de santé mentale. Et les politiques qui permettraient d’y remédier — air pur, mobilité active, logements bien isolés, alimentation durable — sont précisément les politiques qui rendent les gens plus sains et plus heureux aujourd’hui. »

« Quand l’argument sanitaire et l’argument climatique ne font qu’un, il devient très difficile de s’y opposer. »

Le rapport recommande également que les systèmes de santé des pays deviennent plus résilients face à un environnement en mutation rapide, afin de s’adapter autant que possible.

« Chaque pays doit savoir où sont situées ses infrastructures de santé, quelle est la probabilité qu’elles soient inondées et comment elles pourraient faire face à une vague de chaleur extrême et prolongée », a déclaré M. Haines, soulignant que les hôpitaux étaient souvent construits en zones inondables et rarement économes en énergie.

Le secteur de la santé représentant 5 % des émissions mondiales, il doit accorder la priorité à son adaptation pour devenir plus résilient, conclut le rapport.

En réponse aux recommandations, le Dr Hans Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe, a déclaré : « Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont clairement montré ce que la dépendance aux combustibles fossiles signifie réellement — non pas seulement des factures plus élevées, mais des systèmes de santé mis à rude épreuve ou brisés, des approvisionnements alimentaires et énergétiques perturbés, et des sociétés sous pression. »

« L’argument en faveur d’une action climatique immédiate n’est pas seulement environnemental. C’est un argument de sécurité, un argument sanitaire et un argument économique, tout à la fois. Et c’est un impératif moral. »

M. Kluge a ajouté : « Les décisions prises par les gouvernements aujourd’hui détermineront le fardeau des maladies que porteront les personnes actuellement à l’école primaire. Il nous appartient désormais d’agir sur la base de ces recommandations et de protéger les générations futures. Je m’engage à faire en sorte que le changement climatique soit traité comme l’urgence sanitaire qu’il est dans les 53 États membres de la région européenne de l’OMS. »

Johan Rockström, directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique, a salué le rapport : « L’état actuel de la planète, où nous franchissons de multiples limites planétaires et où cela se manifeste comme des menaces sanitaires affectant des millions de personnes dans le monde, fournit amplement de preuves scientifiques que le changement climatique devrait être déclaré urgence de santé publique de portée internationale. »


Urgence de santé publique de portée internationale – USPPI

El Niño, un monstre climatique

Nous sommes sur le point de découvrir à quel point nous sommes préparés au changement climatique

David Wallace-Wells

Traduction IA – Article paru sur The New York Times

Un monstre climatique est en train de grandir dans l’océan Pacifique, peut-être le plus redoutable épisode El Niño depuis même avant que les scientifiques ne commencent à les modéliser. Ils connaissent désormais assez bien ce phénomène : une vague de chaleur marine dans le Pacifique bouleverse les conditions météorologiques mondiales et provoque, dans certaines régions, des sécheresses plus intenses et, dans d’autres, des pluies diluviennes et des inondations ; des perturbations des trajectoires des ouragans et des saisons de mousson, pouvant entraîner des pertes agricoles massives ; ainsi qu’une chaleur beaucoup plus écrasante.

L’El Niño qui se forme actuellement, et qui devrait atteindre son pic vers la fin de l’année prochaine, s’ajoute au réchauffement climatique mondial. Et il semble extraordinairement intense — presque certainement plus puissant que le « Super » El Niño de 2015-2016, et peut-être le plus intense depuis l’El Niño historique de 1877. Les conséquences mondiales de cet événement climatique furent si dévastatrices que l’historien de l’environnement Mike Davis les a qualifiées de « Holocaustes de l’époque victorienne tardive ».

Le sous-titre du livre de Davis publié en 2001 est « Les famines liées à El Niño et la formation du tiers-monde », mais son argument n’est pas que les catastrophes climatiques furent seules responsables des souffrances de masse, même au XIXe siècle. Au fil de décennies de recherches indépendantes et d’engagement militant à gauche, Davis a souvent tiré la sonnette d’alarme écologique, tout en restant trop profondément radical pour tomber dans le déterminisme environnemental. Selon lui, les catastrophes environnementales frappent surtout ceux qui ont été rendus les plus vulnérables ; les El Niño du XIXe siècle furent autant un test de l’économie politique mondiale qu’une parabole de la fragilité écologique. Très probablement, le prochain El Niño jouera le même rôle pour nous. Même un El Niño monstrueux ne provoquera probablement pas autant de souffrances humaines qu’il y a 150 ans. Mais nous allons apprendre énormément sur la quantité de perturbations climatiques que nous sommes capables de gérer aujourd’hui — et, vraisemblablement, sur ce que nous ne pouvons pas gérer.

Les El Niño dévastateurs ne sont pas apparus pour la première fois à la fin du XIXe siècle. Leur rythme de base était connu des pêcheurs péruviens depuis des centaines d’années, et plus récemment des historiens ont établi des liens avec l’effondrement de dynasties égyptiennes antiques et de civilisations au Pérou, voire avec la Révolution française, qui débuta par des émeutes du pain et coïncida presque parfaitement avec ce qu’on appelle parfois le « Grand El Niño » de 1789-1793.

Mais en termes d’intensité pure, la plupart des scientifiques s’accordent à dire que l’événement climatique qui débuta dans les eaux du Pacifique en 1877 — celui que l’El Niño à venir pourrait égaler ou dépasser — domine tous les autres. Pour illustrer son impact véritablement mondial, Davis suit le grand voyage entrepris par Ulysses Grant après sa présidence en 1877 : d’abord en Égypte, où des milliers de personnes mouraient de faim et où les émeutes étaient fréquentes ; puis en Inde, où plus de cinq millions de personnes étaient officiellement mortes de famine au cours des trois années précédentes ; puis en Chine, où la sécheresse et la famine avaient récemment tué entre huit et vingt millions de personnes. Ces chiffres donnent le vertige, mais il ne s’agissait pas d’événements ordinaires, ni au XIXe siècle ni à aucune autre époque. « C’était comme si les Américains suivaient involontairement les traces d’un monstre dont la gigantesque traînée de destruction s’étendait du Nil à la mer Jaune », écrit Davis.

Le monstre était El Niño, et il provoqua également des sécheresses et famines terribles aux Philippines, en Corée, au Brésil et dans toute l’Afrique, entre autres régions du monde. Des années similaires suivirent plusieurs fois au cours de la décennie suivante, et au total cette courte série d’El Niño particulièrement intenses provoqua des dizaines de millions de morts, estime Davis — entre 31,7 et 61,3 millions rien qu’en Inde, en Chine et au Brésil, et au moins 10 millions en Inde seule. Des épidémies frappèrent ensuite des populations affaiblies par la famine — paludisme, peste, dysenterie, variole et choléra — alors même que, écrit Davis, la faim et les famines réelles disparaissaient rapidement d’Europe occidentale.

Les famines liées à El Niño à la fin du XIXe siècle ne furent pas seulement aggravées par l’incompétence autocratique et la cruauté coloniale ; elles ont peut-être aussi renforcé ces dynamiques, montre Davis, permettant une ultime ruée européenne pour établir et étendre un contrôle impérial sur des populations affaiblies par la faim et la maladie dans le Sud global. « Ce qui apparaissait, depuis les métropoles européennes, comme le dernier éclat glorieux de l’impérialisme du XIXe siècle n’était, du point de vue asiatique ou africain, que la lumière hideuse d’un immense bûcher funéraire. »

Que brûlera-t-il au cours des 18 prochains mois ? Il est encore trop tôt pour le dire avec certitude, car même si les modèles virent au rouge, nous sommes encore assez tôt dans la saison pour que les scientifiques restent prudents dans leurs projections. Mais certains parlent déjà d’un « Super Duper El Niño », d’autres d’un « Godzilla El Niño », tandis que le réchauffement sous-jacent s’est accéléré ces dernières années de manière inquiétante, faisant craindre qu’un simple pic temporaire ne pousse la planète vers des températures réellement inconnues jusqu’ici. Il est en fait presque certain que cet El Niño fera de 2027 l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec une marge importante, et il existe une possibilité, selon le climatologue James Hansen, que la température moyenne mondiale grimpe à 1,7 degré au-dessus de la moyenne préindustrielle l’an prochain.

Les scientifiques parlent généralement des seuils de réchauffement en termes de moyennes de long terme plutôt que de pics annuels isolés, mais un El Niño monstrueux nous offrira au moins un aperçu temporaire d’un monde plus chaud et plus chaotique — une année 2027 ressemblant à ce qu’on imaginait autrefois pour 2035, et qui, il n’y a pas si longtemps, semblait improbable avant 2050. « Préparez-vous au chaos », écrivait plus tôt cette année l’auteur écologiste Bill McKibben.

Mais si ce super El Niño offre un avant-goût du futur climatique, il constituera aussi un test de notre niveau de préparation et d’adaptation. Si les sécheresses s’intensifient dans certaines régions d’Afrique, à quel point la crise alimentaire mondiale — déjà deux fois plus grave qu’en 2019 selon le Programme alimentaire mondial — empirera-t-elle ? Les incendies probables en Australie provoqueront-ils autant de dégâts humains que le « Black Summer » de 2019-2020, qui détruisit des milliers de maisons, tua des dizaines de personnes et força des centaines d’autres à être évacuées par l’armée depuis des plages encerclées par les flammes ? Sans parler du fait que Sydney fut recouverte d’une fumée si épaisse que les ferries ne pouvaient plus naviguer dans le port et que les alarmes incendie des immeubles de bureaux se déclenchaient régulièrement à cause de l’air ambiant.

Lors d’un El Niño même faible il y a quelques années, les inondations déplacèrent un demi-million de personnes dans un seul État brésilien ; alors qu’apportera un épisode intense ? L’adaptation et l’acclimatation feront-elles que les chaleurs extrêmes — aux États-Unis et ailleurs — seront moins meurtrières qu’auparavant ? Le mois dernier, le climatologue Andrew Dessler a calculé que le réchauffement climatique était responsable d’environ 1,7 % des décès estivaux dans son État natal du Texas. Selon la base de données internationale EM-DAT sur les catastrophes, imparfaite mais éclairante, entre 2022 et 2024, plus de 59 000 personnes sont mortes chaque année dans le monde à cause de températures extrêmes — soit environ vingt fois plus que la moyenne de la décennie précédente.

Cet El Niño servira également d’autres tests, peut-être tout aussi importants. Le premier concerne la science du réchauffement lui-même, étant donné les débats persistants sur la vitesse réelle de l’accélération des températures — et ses causes. Depuis une dizaine d’années, un groupe influent d’alarmistes mené par Hansen publie des études suggérant que la communauté scientifique a fortement sous-estimé le rythme du réchauffement, lequel s’accélérerait bien plus rapidement que ce que la majorité reconnaît. Selon eux, cette accélération rapide montre que de nombreux modèles prédictifs conventionnels sont mal calibrés et que nous nous dirigeons vers un réchauffement beaucoup plus grave que presque tout le monde ne l’imagine. Ces derniers mois, Hansen a proposé que cet El Niño constitue un test direct de cette hypothèse. D’ici un ou deux ans, pense-t-il, nous le saurons avec certitude.

Un autre test concerne la réaction et l’opinion publiques. Il y a dix ans, ceux qui se concentraient le plus sur le climat pensaient généralement que les événements météorologiques extrêmes et les catastrophes climatiques en cascade augmenteraient inévitablement l’inquiétude du public et, idéalement, la demande d’action collective. Aujourd’hui, alors que des incendies sans précédent ravagent les forêts du sud des États-Unis abattues par l’ouragan Helene, une nouvelle sagesse conventionnelle prévaut : le public serait passé à autre chose, épuisé par l’alarmisme des années Greta Thunberg et désormais focalisé sur d’autres paniques successives, parfois tout aussi apocalyptiques — le Covid, puis l’intelligence artificielle, les smartphones, la baisse de la natalité, les inégalités de revenus ou encore la crise de la démocratie américaine.

Dans les médias et la politique, il est vrai que les inquiétudes climatiques ont reculé, remplacées dans les gros titres par les débats sur le coût de la vie, les besoins énergétiques des centres de données et une forme de triomphalisme énergétique simpliste. Pourtant, l’opinion publique s’est révélée étonnamment résiliente : presque autant d’Américains disent aujourd’hui « beaucoup s’inquiéter » du réchauffement qu’aux pics précédents de 2017, juste après la première élection de Donald Trump, et de 2020, juste avant la pandémie. Cette proportion est supérieure à toutes les années des présidences de Joe Biden, Barack Obama ou George W. Bush. Et même si ces réponses semblent parfois creuses, étant donné le peu de personnes qui organisent réellement leur engagement politique autour du climat, il n’est pas certain que cette question ait tant perdu de son importance politique chez les électeurs progressistes.

Que fera un super El Niño au fragile équilibre qui prévaut depuis la fin des grandes manifestations climatiques et l’échec du vaste projet de transition climatique américain ? Sur sa page Substack, McKibben prédit qu’il mettra rapidement fin à l’idée selon laquelle « le réchauffement climatique est terminé », alors que les Américains deviendront plus inquiets face à la vitesse à laquelle le monde se rapproche de points de bascule irréversibles — dans l’Arctique, l’Amazonie ou l’Atlantique. À l’inverse, dans la publication spécialisée Heatmap, Jeva Lange soutient que ce sera « une mauvaise nouvelle pour la politique climatique », notamment aux États-Unis, où certains effets d’El Niño pourraient sembler bénéfiques aux observateurs détachés — davantage de pluie, par exemple, mettant fin à la sécheresse record qui frappe une grande partie du pays et limitant peut-être les incendies.

Et moi ? Beaucoup dépendra de la véritable ampleur d’El Niño et de l’échelle des souffrances qu’il déclenchera. En général, j’ai tendance à penser que les militants climatiques surestiment l’impact politique des catastrophes ponctuelles — et que nous finissons par normaliser même les événements les plus sidérants, comme nous l’avons fait ces dernières années avec les incendies à Los Angeles et Maui, les morts massives dues à la chaleur dans le nord-ouest du Pacifique et lors du pèlerinage du Hajj, ou encore les inondations en Espagne et au Brésil dépassant tout ce qui avait été observé depuis des décennies. Mais dans le contexte d’une présidence Trump encore plus hostile aux préoccupations climatiques que la précédente, et après une guerre ayant clairement montré les dangers de la dépendance aux énergies fossiles et fait exploser les prix de l’alimentation et de l’énergie, je pense qu’une série de perturbations climatiques mondiales incontestables pourrait largement ébranler notre apparente complaisance. Ce qui viendra ensuite dépendra, comme toujours, autant de l’économie politique que du climat.



La planète meurt

La planète est en train de mourir mais tu as du travail lundi

Lettre à celle ou celui qui vient de s’éveiller

Sarah Connor

Traduction IA – Article paru sur collapse2050.com

Je sais exactement où tu es assis(e) en ce moment. Tu fixes un graphique des températures de surface de l’Atlantique Nord, observant une ligne rouge s’envoler vers un territoire inconnu et terrifiant. Encore une donnée horrible qui confirme ce que tu sais déjà. Tu ressens ce nœud familier au creux de l’estomac alors que tu prends conscience de la réalité biophysique : les systèmes de la planète sont en train de s’effondrer.

Quinze minutes plus tard, tu te connectes à une réunion Microsoft Teams. Ton manager partage un diaporama sur l’alignement stratégique de la marque et les objectifs de chiffre d’affaires du troisième trimestre, ou quelque chose comme ça. Tu acquiesces. Tu écris une question polie dans le chat pour montrer que tu es là. Tu souris.

Le choc entre le pergélisol qui fond et les absurdités de façade des entreprises fait l’effet d’un profond schisme cognitif.

Tu te demandes comment tu peux continuer à faire ça. Tu as la conviction inébranlable que les systèmes qui soutiennent notre civilisation sont en déclin terminal, et pourtant tu dois continuer à feindre de l’enthousiasme pour des réunions absurdes avec des gens absurdes sur des problèmes absurdes.

Tu as peut-être l’impression de devenir fou/folle en gaspillant ton temps restant à faire des choses qui, au fond, n’ont aucune importance. Mais tu dois acheter de la nourriture pour ton chat et payer la facture d’électricité… alors tu continues d’assister à ces réunions Teams.

Je t’écris pour t’assurer d’une vérité fondamentale : ta dissonance cognitive est rationnelle.

Tu fais partie d’un sous-ensemble discret mais en expansion rapide de la classe professionnelle qui traverse une rupture épistémologique profonde. Tu as abandonné les prémisses de l’« environnementalisme » moderne. Tu ne crois plus que l’innovation technologique ou les initiatives de durabilité des entreprises puissent éviter des issues catastrophiques. Tu reconnais que la catastrophe est déjà là.

Le traumatisme spécifique que tu as ressenti en abandonnant le mythe du développement durable porte un nom clinique. Les chercheurs en soins palliatifs l’appellent la « gifle existentielle ». Cela décrit la crise aiguë et désorientante qu’un patient subit lorsqu’il reçoit un diagnostic terminal, le moment où son futur anticipé disparaît. Ta gifle existentielle s’est produite lorsque tu as enfin intégré les calculs de la théorie des systèmes complexes et de la fragilité globale. Le récit du progrès humain s’est effondré. L’Organisation mondiale de la santé note que les patients en phase terminale ressentent une douleur spirituelle aiguë lorsque leurs croyances fondamentales sont détruites. Tu ressens exactement cette douleur spirituelle. Tu fais le deuil d’une civilisation tout en étant contractuellement obligé(e) de faire semblant de t’intéresser pendant que ton supérieur met l’équipe à jour sur la dernière version des formulaires.

Tu te demandes probablement pourquoi tu ne peux pas simplement compartimenter et faire ton travail. Le domaine de la théorie de la gestion de la peur explique parfaitement ta paralysie. Les humains construisent des visions du monde culturelles élaborées pour se protéger de la peur paralysante de notre mort inévitable. Pour le professionnel moderne, l’évolution de carrière et l’accumulation de richesse servent de projets d’immortalité. Le travail fournit une hiérarchie mesurable de valeur et nous distrait du vide.

Ton acceptation intérieure de l’effondrement civilisationnel a court-circuité ce mécanisme de défense. Ton projet d’immortalité s’est révélé être un moteur de destruction écologique. L’entité corporative a perdu toute permanence. Quand ton manager parle de croissance économique infinie et de planification à long terme, tu reconnais que c’est une impossibilité biophysique. Le travail ne calme plus ton anxiété ; il agit comme un rappel constant de l’effondrement imminent. Les sociologues appellent cela une « crise de légitimation » du travail. Le travail émotionnel que tu fournis pour maintenir la fiction de ton emploi est une forme de violence spirituelle.

Pour survivre à la journée de travail, tu tentes actuellement une adaptation complexe et épuisante de double conscience. Le sociologue W.E.B. Du Bois a inventé ce terme pour décrire l’expérience des personnes marginalisées forcées de maintenir simultanément deux réalités inconciliables.

Ta version est un cerveau scindé. Une moitié traite la trajectoire terrifiante de l’Anthropocène. L’autre moitié traite des feuilles Excel pour maintenir ton revenu. Séparer les deux nécessite un pare-feu psychologique, car tu crains que dire la vérité dans la salle de pause déclenche les mécanismes de défense du monde de tes collègues et entraîne une ostracisation sociale.

Ce masquage corporatif élaboré, comme tu l’as probablement constaté, n’est pas durable. Sans les moyens de t’autofinancer, tu as besoin d’un nouveau cadre de sens pour naviguer dans l’open space d’une planète mourante.

Considère la « Deep Adaptation », un concept développé par Jem Bendell. La Deep Adaptation abandonne le modèle traditionnel de gestion des impacts climatiques pour maintenir le statu quo. Elle propose une méthode de traitement du deuil à travers des questions fondamentales, notamment le principe de « renoncement ».

Le renoncement exige d’abandonner intentionnellement les comportements et attentes qui aggravent la crise. Tu pourrais réduire ton enthousiasme performatif au travail. Le monde de l’entreprise dira que tu fais du « quiet quitting » — un échec générationnel de caractère. Je considère cela comme une manœuvre psychologique rationnelle et protectrice.

Tu dois fournir le minimum d’efforts nécessaire pour maintenir ton revenu et ton assurance santé. Tu dois aussi protéger délibérément ton esprit d’un système toxique et rediriger ton énergie vers ta communauté, tes réseaux d’entraide et la régulation de ton propre système nerveux.

À moins que tu ne sauves des vies ou quelque chose du genre, abandonne la croyance arrogante et moderniste que ton travail individuel a un sens. Adopte la posture d’un travailleur en soins palliatifs. Vois ton rôle comme celui de quelqu’un qui prend soin d’une institution mourante, en minimisant la souffrance immédiate des personnes piégées en son sein, y compris toi-même. Concentre-toi sur les relations humaines agréables au bureau. Protège tes subordonnés de la toxicité de la direction. Pratique une empathie extrême et localisée.

Finalement, cette acceptation t’apportera un certain soulagement. Accepte que la bataille pour sauver le paradigme industriel est perdue. Cela apporte un léger apaisement à cette dissonance cognitive torturante.

Le Dark Mountain Project, un mouvement fondé sur la philosophie de la « décivilisation », encourage à accepter la fin de l’ère anthropocentrique et à se concentrer sur des tâches profondément humaines : créer de l’art, préserver les connaissances et raconter des histoires honnêtes dans l’ombre de l’effondrement.

Hélas, tu as des factures à payer.

Tu te connecteras encore aux réunions stratégiques du mardi matin. Tu regarderas encore les tableaux Excel. Cependant, les frontières rigides de ton ego professionnel s’assoupliront. L’avenir de l’humanité est terrifiant et incontrôlable. Le présent doit devenir ton sanctuaire vital. Tu es coincé(e) dans le jeu, alors tu dois apprendre à y jouer avec détachement, pleinement conscient(e) qu’aucun de ces objectifs trimestriels ne changera la trajectoire finale de notre déclin. Tu es éveillé(e) dans une société de somnambules. Ton rôle maintenant est simplement de faire ce que tu peux pour rendre la fin un peu moins cruelle.



PFAS : Que fait la Wallonie ?

PFAS dans les pesticides : Que fait la Wallonie ?

Virginie Pissoort

Reprise d’un post LinkedIn


Hausse inquiétante des ventes et des réponses politiques ultra minimalistes – ridicule – dérisoire !

En Belgique, on vient de l’apprendre, les ventes de pesticides contenant des PFAS ont augmenté de 26 % en 2024, avec un total de 371.000 kilos de substances actives PFAS, selon nos calculs, confirmant une tendance déjà à la hausse ces dernières années, mais l’amplifiant encore davantage.

En parallèle, la contamination des ressources en eau au TFA (un produit de dégradation très persistant et très mobile) continue de progresser en Wallonie.

Malgré cette situation, les décisions prises ce 16 avril par le gouvernement wallon restent largement insuffisantes.

Derrière l’annonce du gouvernement wallon qui dit se prononcer pour « une interdiction progressive », les mesures concrètes se limitent à demander au représentant wallon au sein du comité d’agréation des pesticides de plaider pour :

  • l’interdiction uniquement pour les usages non professionnels (marginaux)
  • l’interdiction de certains usages professionnels uniquement s’il existe des alternatives agronomiquement et économiques praticables, avec une évaluation au cas par cas
  • l’élaboration d’une liste d’interdictions en concertation avec les syndicats agricoles (???!!!)

Allôô : qui fixe le cap ? Les autorités publiques ou les acteurs qu’elles sont censées réguler ? En s’en remettant à une liste d’interdictions à établir en concertation avec les syndicats agricoles, le gouvernement envoie un signal inquiétant …

Tout ça pour ça ??? !!!! alors que :

  • Les PFAS sont des substances extrêmement persistantes, associées à des risques sanitaires importants, notamment en tant que perturbateurs endocriniens, et à une contamination durable des ressources en eau.
  • Les auditions sur les risques sanitaires des pesticides au parlement wallon ont clairement établis les risques et la nécessité de changements majeurs !
  • Que des alternatives existent déjà : agriculture biologique et pratiques agroécologiques montrent qu’il est possible de produire sans ces substances.

Face à l’urgence sanitaire et environnementale, il est temps de changer d’échelle :

  • Interdire les pesticides PFAS pour tous les usages
  • Soutenir activement la transition des agriculteurs
  • Protéger durablement l’eau et les populations

Le décalage entre les constats scientifiques et les décisions politiques ne peut plus durer.



L’obsession anti-nucléaire des écologistes

Térence

Depuis 2010 et le début de ma réflexion sur les énergies, j’ai toujours vu le nucléaire comme une source d’énergie fabuleuse (le processus physique d’extraire l’énergie de l’atome, est purement magique), mais aux caractéristiques désastreuses.

Tchernobyl et Fukushima douchent la thèse d’un nucléaire « banal ». Fukushima a douché la thèse du « oui mais c’était l’URSS ». Three Miles Island et Fukushima, c’était dans des démocraties et le Japon est peut-être le pays qui a le mieux inscrit le risque (atomique et sismique) dans sa culture quotidienne.

Oui les réacteurs sont de modèles différents et il existe des designs plus sûrs. Oui le volume mondial de déchets est minime.

Peut-on tuer des milliards de gens, ou même des millions, avec le nucléaire civil ? Bof, je n’ai pas compris que c’était le cas. (Contrairement à la guerre nucléaire mondiale).

On peut rendre une zone inhabitable mais inhabitable selon un certain standard de santé publique (élevé). Est-ce que j’exagère si je dis que Tchernobyl est habitable en tolérant un taux de cancers élevé ? Les Japonais recolonisent les environs de Fukushima (analyse froide).

La catastrophe absolue du nucléaire civil semble la contamination lourde d’une capitale, ou d’une zone agricole à forte productivité, ou d’une réserve d’eau douce.

S’il y avait une centrale tous les 10 km, on aurait peut-être un niveau de risque inacceptable.

Bref, je n’ai pas fait partie de la vague écologiste constitutionnellement anti-nucléaire.

Je suis comme le climatologue Jean-Pascal van Ypersele. Je vois l’intérêt de cette technologie, ses risques élevés mais aussi son avantage géostratégique majeur dans les crises civiles, mais aussi son désavantage dans les guerres…

Quel serait ma politique ? Autoriser des réacteurs au procédé « non explosif », forcer l’internalisation de 100% des coûts dans le prix de vente (stockage compris), forcer le stockage définitif en profondeur, retraiter au maximum les déchets pour réduire leur radioactivité, etc.

À concurrence de 15 ou 20% maximum du mixte énergétique (diversification des risques).

À cette condition : si et seulement si je n’ai AUCUNE alternative aux mêmes avantages géostratégiques.

Dès que les énergies renouvelables et le stockage feraient office de « sauvegarde nucléaire » moins le risque, je reléguerais les centrales au passé. Aujourd’hui, le coût des ER a tellement baissé que le nucléaire devient prohibitif pour la simple production.

Il reste son côté assurance production au cas où les énergies renouvelables et fossiles feraient défaut en même temps, en tout ou partie.

Avoir au moins 1 centrale dans une démocratie ne me semble pas idiot, pour alimenter les services critiques, et loin des villes en cas de crise énergétique temps de paix ou de crise.

Si une étude sur l’Ukraine montre que ça ne résiste pas au temps de guerre… cela affaiblit cependant ce raisonnement.

Bien sûr, les cas libanais et pakistanais tendent à montrer que « l’énergie du collapse », c’est avant tout le solaire…

Politiquement, l’écologie politique aura en tout cas perdu énormément de capital politique sur ce seul dossier, avec un résultat mitigé. Oui on ferme des réacteurs, est-ce grâce aux ecolos ? Mais en face la rage nucleariste a décuplé, au risque de nouveaux grands travaux inutiles tant l’industrie n’en veut plus. QUn dogme antinucléaire rigide (Ecolo-Groen) a eu pour conséquence principale un dogme nucléariste massif – MR et NVA).

Ecolo n’aurait pas dû, à mon sens, adopter une ligne aussi extrême. Son revirement en 2024 n’en a été que plus pathétique.

Une stratégie qui change à 180° en fonction d’une bifurcation prévisible est mauvaise par définition.

Cela me fait penser à la neutralité et au pacifisme des scandinaves « tant que les Russes ne sont pas aggressifs ».

Ecolo a été anti-nucléaire tant qu’il n’y a pas eu de crise énergétique historique et de population majoritairement pro nucléaire.

Donc il s’agissait manifestement d’une stratégie non robuste au réel.

Une bonne stratégie se RENFORCE face aux imprévus, et non l’inverse.

Or les écologistes ont mis une énorme part de leur capital politique sur ce seul dossier. Au point de mettre leur participation gouvernementale dans la balance et d’en faire l’alpha et l’oméga du débat écologique.

Ce qui conduit tous les débats quotidiens entre citoyens au « point Nuke, équivalent au point Godwin sur le nazisme. Tout débat profane sur l’énergie finira toujours pas se focaliser bêtement sur les réacteurs nucléaires.

Alors que le nucléaire est un confetti dans l’analyse de l’Écocide planétaire, contrairement au capitalisme, à la décroissance, au fossile, à la sobriété, aux technologies de l’information, au logement, à la mobilité, à l’alimentation, à la démocratie. Un arbre nucléaire qui cache l’immense forêt du problème écologique.

Pendant ce temps, les progrès technologiques des énergies renouvelables et la baisse drastique de leur coût ont rendu le nucléaire inattractif pour le monde économique.

Tout ça pour ça.

Pour Ecolo, ce fut, avec le recul, une mauvaise bataille au mauvais endroit avec la plus grande masse de son armée, qui a renforcé les ennemis de l’écologie, tandis que faire l’impasse sur cette position aurait renforcé les chances de remporter la guerre. Une erreur stratégique.



Moment Pearl Harbor ?

Retour sur le moment Pearl Harbor et l’État d’Urgence écologique

Térence

Les recherches s’accumulent sur la capacité de survie des êtres humains face aux températures thermomètre-mouillé. Un problème qui devient de plus en plus concret avec le réchauffement climatique, malgré le déni écologique international actuel. Pendant que nous avons les yeux rivés sur le Moyen-Orient, les USA vient de connaître le mois de mars le plus chaud de leur histoire (sur 132 ans de mesure), qui est aussi le mois individuellement « le plus anormalement chaud » par rapport aux moyennes climatiques.

En ce qui concerne notre capacité de supporter ce réchauffement, en une phrase : les précédentes tables de survie étaient trop optimistes, notamment par rapport à l’âge et au sexe des personnes, soumises à des températures et une humidité importantes, au soleil ou à l’ombre, pendant 6 heures continues.

Évidemment, on parle ici de survie humaine hors de toute technologie de refroidissement (la fameuse clim’), uniquement à partir du mécanisme naturel de refroidissement du corps par transpiration.

Mais on sait qu’une bonne partie de l’humanité (la majorité) vit dans des zones géographiques où le phénomène de dépassement des seuils se rapproche / augmente ET ne dispose pas de technologies de refroidissement. On sait aussi que la plupart d’entre nous concevons la vie humaine normale hors d’un scaphandre et avec la liberté permanente de nous rendre à l’extérieur, même en été, même lors d’une canicule.

Donc ces résultats scientifiques pointent vers l’émergence de zones « inhabitables » supplémentaires (il en existe déjà, pour différentes raisons, comme la pression extrême et l’absence d’air respirable au fond de l’océan) pour homo sapiens (mais aussi pour ses cultures végétales et ses élevages animaux, qui ont aussi des limites « corporelles »).

Ajoutons à cela une probabilité croissante de « super » El Nino en 2026 et 2027 (phénomène qui peut lui-même s’aggraver avec le réchauffement climatique durant la suite du siècle).

On ne peut qu’observer le renforcement des convergences vers une sorte de « singularité écologique » sur Terre.

J’ai discuté l’autre jour avec un collègue qui a fait une thèse en philo (dont la société a certifié qu’il savait réfléchir, même s’il y toujours une marge d’incertitude). Il me disait qu’il pensait qu’on ne bougerait pas avant d’y être forcés. De plus en plus d’amis me disent la même chose. Qui croit encore en l’écologie comme mouvement politique capable d’initier le changement AVANT que « le pire » ne se produise (le pire écologique étant déjà bien entamé en réalité) ?

C’est embêtant d’en venir à cette conclusion (que font aussi souvent les médecins et les psychologues) car vu l’inertie massive du système Terre, on va peut-être se bouger oui, forcés par les événements oui, mais quand il sera trop tard (trop tard chaque fois « pour tel niveau de dégât irréversible »… pouvant aller jusqu’à « l’extinction de l’humanité » -je mets la borne théorique du raisonnement). Le « trop tard pour x ou y » est en effet une affirmation dynamique, glissante vers le pire, à chaque seuil d’irréversibilité franchi (trop tard pour l’Amazonie, trop tard pour le Gulf Stream, trop tard pour les manchots empereurs, trop tard pour x ou y ou z… jusqu’au « trop tard pour homo sapiens » – à nouveau borne théorique du raisonnement, du moins anthropocentré).

Tant que l’espèce humaine est toujours viable, il n’est pas « trop tard » pour elle (en tant qu’espèce, on pourrait parler des milliards d’individus passés par « pertes et profits »). Mais il y a déjà plein d’espèces qui ont disparu, ayant franchi leur propre seuil de « trop tard » (si on adopte une métaphysique moins anthropocentrée).

Et il est déjà « trop tard » pour pas mal d’implantations humaines dans le monde (certaines îles par exemple).

Je songe dès lors encore et toujours à ce raisonnement autour du concept « d’État d’Urgence écologique » et du concept de « Moment Pearl Harbor ».

L’hypothèse selon laquelle, à un moment donné (ou plusieurs successivement), il y aura des fenêtres d’opportunité historiques, vu l’immensité des chocs (des catastrophes écologiques/climatiques provoquant un nombre incalculable de morts par exemple), pour que soient tentés des scénarios « d’État d’Urgence écologique » (version démocratique) ou d’état d’urgence (version non démocratique) via des moments socio-politico-historiques de type « Pearl Harbor ».

Ce qui s’est passé pendant la pandémie de covid-19 peut ainsi être vu comme un « modèle » analogue de ces scénarios (je le dis de façon descriptive, sans juger si les réactions politiques durant la pandémie étaient bonnes ou mauvaises, on ne peut nier qu’elles ont vu l’usage d’instruments d’exception, même par des démocraties).

Ces « moments Pearl Harbor » sont des singularités biophysiques et anthropologiques dans l’histoire du système combiné Antropobiosphère, où « quelque chose pourrait se produire » mais sans garantie que « ça » se produise. Ce quelque chose pourrait être une bifurcation par rapport aux mégatendances actuelles, par exemple une réduction de la voilure économique mondiale pour réduire massivement l’empreinte écologique, et donc ralentir l’Écocide planétaire.

La probabilité de tels « moments Pearl Harbor » ne fait qu’augmenter plus « ça empire » (c’est d’une logique imparable, toutes choses égales par ailleurs).

Il est a contrario tout à fait possible qu’il ne se passe « rien ». C’est à dire que le moment Pearl Harbor se présente en tant que possibilité, mais qu’il ne se réalise pas en tant que tel, ne donnant pas lieu à une « tentative d’État d’Urgence écologique » (qui peut ou pas « réussir », la définition de « réussite » étant synonyme de « minimiser la casse » dans toutes les branches des scénarios ultérieurs pour l’Anthropobiosphère).

S’il ne se passe « rien », on peut imaginer à long terme des résultats « à la Mad Max », où rien n’a été tenté, et l’Écocide planétaire s’est réalisé. Les humains résiduels ayant même perdu la mémoire, c’est-à-dire toute capacité à « se représenter » ce qui leur est arriveé. On voit l’émergence de cette possibilité d’apocalypse ignorée via la destruction de l’infrastructure scientifique climatique et écologique aux USA. Les populations ne peuvent dès lors pas élaborer à ce sujet, et encore moins agir adéquatement, collectivement. C’est un Ecocide silencieux, qui ne parvient jamais à la conscience collective ou qui en disparait progressivement.

Si la réalité est déjà « alternative », des milliards d’humains pourraient subir la catastrophe écologique sans ressentir la moindre révolte, le moindre affect politique, conditions nécessaires d’un Moment Pearl Harbor entièrement réalisé, au-delà de sa simple fenêtre de possibilité biophysique.

Tout ceci me fait beaucoup penser au concept de psychohistoire » développé par Isaac Asimov dans son cycle de science fiction « Fondation ».

Anticiper les ruptures de continuité possibles du système combiné Anthropobiosphère passe en effet par une connaissance des phénomènes biophysiques les plus généraux (réchauffement climatique, écocide, limites de survivabilité humaines, usage des combustibles fossiles) et des phénomènes anthropologiques : psychologiques, sociologiques, économiques, politiques et historiques, sans oublier les vecteurs technologiques comme l’industrie, la science, la technique et possiblement, l’IA.

Si on résume la trajectoire du système combiné Anthropobiosphère, en se concentrant uniquement sur les mégatendances, avec un regard d’analyste mathématique de fonctions en recherche de singularités dans les courbes, on voit forcément apparaitre ces grandes formes génériques, pour lesquelles chacun aura son vocabulaire :

  • Anthropobiosphère
  • Écocide planétaire
  • Moment Pearl Harbor
  • État d’Urgence écologique (démocratique ou non)

Et donc deux issues macroscopiques : l’Effondrement ou la Métamorphose.