Décroissance : le retournement de stigmate

Format court numéro 6

Lettre publique à Timothée Parrique

Térence (*)

01 juilletl 2026

Bonjour Timothée,

En lisant cet article sur le « retournement de stigmate » sur les mots « vieillesse, vieux et vieilles » par les intéressées elles-mêmes (voir références), j’ai pensé à la décroissance, à ton travail et la sortie du débat infini et stérile sur la « décroissance ».

Je pense qu’il ne faut jamais essentialiser un mot. La signification ne se trouve pas dans le mot, dans ou entre les lettres du mot, dans sa forme graphique ou sonore, mais dans la relation entre l’individu et le mot, et dans le système sémantique que tissera la société autour du mot.

Le mot « démocratie » par exemple a eu un parcours intéressant depuis les philosophes grecs, variant du péjoratif au mélioratif selon les époques. Pour moi, le mot « décroissance » évoque immédiatement l’utopie : une ballade à vélo à travers champs (en permaculture), une matinée de travail en coopérative alimentaire, des termes publics alimentés aux énergies renouvelables (luxe communal), une journée hebdomadaire de conseil citoyen, une bonne sieste l’après-midi, et un cinéma de quartier.

C’est pourquoi je suis convaincu qu’il faut continuer avec le mot « décroissance ». Peut-être pas partout et tout le temps chez tout le monde mais en tout cas ne pas céder à l’argument du marketing, pour continuer à utiliser le mot comme un outil philosophe et politique de réflexivité.
Il faut certainement continuer à proposer des conceptualisations, des définitions et des raisonnements rigoureux pour proposer de nouvelles manières de penser, précurseures du changement concret du monde.

Le concept de « retournement du stigmate » me semble donc parfaitement approprié pour le beau mot de « décroissance ».
Il faut retourner le stigmate sur la décroissance pour mieux retourner la réalité du monde.

Bonne journée,


Références :

https://www.rtbf.be/article/vieillir-sans-s-excuser-comment-les-seniors-retournent-les-cliches-a-leur-avantage-11741765

https://publictionnaire.huma-num.fr/notice/retournement-du-stigmate/



Pétrole & El Niño

OA - Liste OA - Liste

Format court numéro 5

Alerte

ObsAnt

04 juin 2026

Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient se font sentir sur les marchés pétroliers depuis un moment déjà.

La question de la durée de cette crise et de ses impacts à long terme se posant avec toujours plus d’acuité.

Et, les dernières informations ne sont pas rassurantes :
filtre:
Julie Renson Miquel

juin 2026

Exxon warns oil inventories will hit dangerously low levels in weeks, forcing prices to shoot higher. […]
Exxon prévient que les stocks de pétrole atteindront des niveaux dangereusement bas d'ici quelques semaines, ce qui fera flamber les prix. Exxon Mobil a averti jeudi que les stocks de pétrole allaient chuter à des niveaux historiquement bas dans les semaines à venir, ce qui entraînera une flambée des prix et freinera la demande

mai 2026

Plusieurs organisations internationales, dont le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM), ont alerté vendredi sur un risque de pénurie de pétrole cet été si le trafic maritime via le détroit d'Ormuz ne revient pas rapidement à la normale. "Les stocks mondiaux de pétrole se réduisent à un rythme record du fait de la perte majeure de livraisons passant par le détroit d'Ormuz", ont alerté dans un communiqué commun le FMI, la BM ainsi que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC), après une rencontre de leurs dirigeants.
Le marché pétrolier pourrait entrer dans une "zone rouge", avec une pénurie d'offre en "juillet ou en août", en l'absence d'issue durable au conflit au Moyen-Orient, a alerté jeudi le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie Fatih Birol.
La fermeture du détroit d’Ormuz n’est pas une perturbation temporaire du transport maritime, mais le début d’un choc agroalimentaire systémique qui pourrait déclencher une grave crise mondiale des prix alimentaires d’ici six à douze mois, a alerté mercredi une agence des Nations Unies.

Que faire de ces informations :

A court terme, pour l’ensemble des activités dépendantes des énergies fossiles au quotidien, envisager une forme de rationnement semble inévitable. L’État devant s’assurer que les plus faibles puissent assurer la réponse à leurs besoins fondamentaux tandis que les plus riches ne gaspillent pas les ressources collectives.

A plus long terme, c’est le modèle même de nos sociétés qui est remis en cause.

Continuer à faire tourner la « machine » comme si le système ne craquait pas n’est pas réaliste.

Le fait que nous n’avons pas d’alternative agréable « clés sur porte » en vue ne signifie pas que continuer d’épuiser les ressources, polluer l’environnement, affaiblir la biodiversité soit pertinent.


A cela s’annonce un épisode météorologique El Niño important pour les mois qui arrivent :
filtre:
Julie Renson Miquel

juin 2026

L’ONU a alerté, ce mardi, sur l’arrivée probable du phénomène climatique naturel dont la puissance pourrait être colossale. «Libération» a rencontré des chercheurs, dont le travail de surveillance doit être impérativement protégé.
L’Organisation météorologique mondiale confirme ce mardi 2 juin que le phénomène climatique naturel va très probablement se déclencher entre juin et août. Son intensité pourrait causer chaleur, sécheresses ou intempéries monstres dans de nombreuses zones du globe.
Le retour du phénomène El Niño et des évènements climatiques extrêmes qui l’accompagnent est maintenant probable à 80%, a annoncé ce mardi l’Organisation météorologique mondiale (OMM).
Il y a maintenant 80 % de probabilité qu’un phénomène climatique El Niño ait lieu dans les prochains mois, sur la période juin — août 2026. C’est l’estimation donnée le 2 juin par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). La probabilité que l’évènement se poursuive ensuite au moins jusqu’en novembre est de 90 %, selon l’OMM.
Alors que les climatologues redoutaient depuis quelques mois un épisode El Niño d’une ampleur sans précédent, leurs craintes semblent se confirmer avec l’apparition d’une gigantesque vague chaude dite « onde de Kelvin » se déplaçant à travers le Pacifique depuis plusieurs semaines. La vague a atteint les côtes sud-américaines à la mi-mai et pourrait initier le début d’un épisode El Niño intense plus tard cette année.

Le deuxième semestre 2026 et l’année 2027 s’annoncent « chauds » !

Dans toutes les acceptions du terme…


vers la liste des Formats courts :


La fin de l’Anthropocène ?

Format court numéro 4

Question

Paul Blume (*)

04 avril 2026

L’Anthropocène, période « caractérisée par le rôle que l’être humain joue dans la transformation des conditions de la vie sur terre » (dans sa définition large), a suscité de nombreux débats entre scientifiques jusqu’en mars 2024.

Après 15 ans de débats portant entre autre sur la datation i, un lieu symbolique nommé « clou »ii, le débat officiel est clos.

Depuis, malgré la décision du Congrès géologique international de rejeter la notion iii, cette Cène reste un concept fréquemment utilisé et commenté.

Le terme accompagne le constat d’une profonde marque des activités humaines qui, depuis le néolithique iv, transforment l’environnement.

Bref, progressivement au début et jusqu’à l’accélération exponentielle de nos sociétés industrielles fossiles, l’Humain a façonné la nature, créé et diffusé des structures chimiques préalablement inexistantes, pollué dans des proportions inimaginables, modifié fondamentalement les conditions de la Vie sur « Sa » Terre.

Question :

Et si nous vivions une inversion des rôles ? Et si les raréfactions des eaux pures, des sols fertiles étaient les marqueurs du début d’une autre ère ?

Ce climat qui dérape ? La biodiversité qui s’effondre ?

Ces molécules délétères qui circulent dans le sang des nouveaux nés ?

Ces polluants plus ou moins éternels et leurs conséquences sur la santé humaine et les équilibres environnementaux ?

Peut-on encore dire que Sapiens « pilote » ou vivons-nous une sorte d’énormissime effet boomerang ?

L’Anthropocène entre-t-elle en phase terminale?

Références :

i https://journals.openedition.org/rechercheseducations/11539

ii https://www.liberation.fr/sciences/histoire/le-lac-crawford-au-canada-symbole-de-lentree-de-la-planete-dans-lepoque-de-lhumain-20230712_UY3JCMYMEBBA7LAJI32CHGPZPI/

iii https://www.courrierinternational.com/article/science-l-anthropocene-nouvelle-ere-terrestre-pas-encore-decident-les-geologues

iv https://medium.com/anthropocene2050/n%C3%A9olithique-et-anthropoc%C3%A8ne-nous-navons-pas-la-fin-de-l-histoire-eb2ba6ccfca0


vers la liste des Formats courts :


Devenons des contemplatifs

Format court numéro 3

billet d’humeur

Térence (*)

02 avril 2026

Les contemplatifs ont été vaincus par l’Histoire.

L’agitation individuelle et l’entropie collective sont devenus le symbole du succès. Vitesse, bruit, suractivité, performance, production, accumulation d’objets, surcharge informationnelle, communication instantanée, hyperconnexion.

Au prix de la destruction de notre expérience de vie et de la vie sur Terre. Cela nous rend malades. Nous inventons des problèmes de toutes pièces.

Où est passée l’intensité d’exister ?

Pouvons-nous apprendre à retirer plutôt qu’ajouter ? À nous retirer, y compris de notre égo étroit, pour contempler l’univers et l’autre en déploiement, instant après instant ? Cela exige la décision consciente de ralentir.

S’entraîner à ne rien faire est un acte de résistance, qui maintient ouverte cette autre voie pour l’Humanité.

Mais dans un monde qui glorifie tous les excès, c’est presqu’impossible ! Il faut commencer modestement pour l’apprenti. Créer de petits espaces d’éternité.

Une balade printanière, loin du trafic automobile, est un premier pas.

Les oiseaux, la rivière et la rosée du matin seront nos maîtres.


vers la liste des Formats courts :


La solitude du décroissant

Format court numéro 2

billet d’humeur

Térence (*)

28 mars 2026

Beaucoup d’auteurs et de chercheurs en décroissance sont intéressants. Leur message en une ligne : il faut décroître. Oui. Mais le blocage ne se trouve pas là. Une IA rationnelle (rationelle j’ai dit 😉) concluerait qu’il faut décroître.
Le fait qu’il faille décroître et même la manière exacte de décroître ne sont que des sous-enjeux qui deviennent banals dès lors qu’une civilisation aurait réellement décidé de décroître.

Le nœud se trouve bien avant le principe et la méthode.
Pourquoi nous ne voulons pas savoir ? Pourquoi nous ne voulons pas y réfléchir ? Pourquoi nous ne parvenons même pas à la conclusion qui s’impose ? Pourquoi nous ne voulons pas la mettre en oeuvre ? Et pourquoi, si par chance nous savons et voulons, n’agissons pas collectivement pour mettre en œuvre la décroissance ?

Le courant de la décroissance le dit depuis 50 à 75 ans.
Le Bouddhisme le dit depuis 2600 ans, le christianisme depuis 2000 ans. Et les traditions orientales avant le Bouddhisme : il faut décroître pour être heureux !

Une meilleure question est « pourquoi ne le faisons-nous pas ? Ni individuellement ni collectivement ? » (Nous = les occidentaux mais aussi tous les autres qui nous rattrapent dans l’orgie)
La Chine a perdu le fil de la sobriété orientale… en Afrique ou en Amériquedu Sud, on construit des buildings et des autoroutes aussi (Ubuntu et buen vivir, cause toujours !).

Si la décroissance n’a pas de réponse aux blocages, elle reste une pensée de l’inaccessible. Un médecin qui connaît tous les remèdes mais qui ne sait convaincre aucun patient de les suivre.
« Pourquoi mon patient ne veut-il pas se soigner ? »
« Qu’y puis-je ? »
« Quid s’il a décidé de ne PAS se soigner ? »

J’ai l’impression que « quand on veut savoir la vérité », on finit par l’approcher (la majorité refuse la décroissance parce qu’elle ne veut pas savoir, elle ne veut pas savoir que le parti pour lequel elle vote ne va pas la mettre en œuvre).

Et quand on connaît la vérité, et « qu’on veut faire ce qui est bien », on essaie de le faire.
Là encore, énormément d’obstacles : je sais, je veux… mais je ne fais pas…
Ou… je fais… mais ça ne marche pas (apprentissage).

Moi je sais, je veux la décroissance. Je fais certaines choses (pas grand chose individuellement). Et je veux bien m’obliger collectivement si on prend la decision ensemble (gouvernement).
Il semblerait que je sois très minoritaire…
Je vote maintenant la mise au sol de 90% de l’aviation. Qui me suit ? 😀
Je vote maintenant que je ne mange plus de viande et devient végétarien (je suis sincère). Qui me suit ?
Je supprime tous les subsides fossiles directs et indirects, qui me suit ?

Constat : aucun politicien ne propose seulement ça.
Je vote pour qui ?
Pour le « moins pire »…

Je n’ose même pas proposer de réfléchir à la possibilité que… au parti dont je suis le plus proche idéologiquement.

Il est évident qu’ils me regarderont avec un grand sourire mélangé de consternation, de compassion et de mépris.

Quant à participer à une mascarade de politique écologique ? Quand on sait, on ne veut plus de ça !


vers la liste des Formats courts :


Famine ou abondance ?

Format court numéro 1

Commentaire

David Hercot (*)

26 mars 2026

Pouvoir nourrir sa population, en toutes circonstances, devrait être une priorité pour tout politicien qui se soucie du bien être des citoyens de son pays. Et pourtant, la politique agricole belge et européenne est orientée sur la productivité et le rendement, avec très peu de considération pour la robustesse et l’autonomie.

Dans cet article, George Monbiot rappelle à quel point le système alimentaire mondial est concentré dans quelques mains et dépendant d’un équilibre mondial de plus en plus fragile. Il est de plus dépendant de goulots d’étranglements tel le détroit d’Ormuz ou le canal de Suez qui peuvent à tout moment devenir inutilisables comme nous le rappelle l’actualité.

Et pourtant des alternatives existent. Les chercheurs ont démontré qu’il est possible de réduire notre dépendance aux importations d’engrais, d’aliments, de pesticides. Mais cela nécessite une réforme de la politique agricole, un soutien aux agriculteurs pour transformer les pratiques, rendre leur activité viable économiquement tout en réduisant leur exposition et celle de la population générale aux pesticides. Je soutiens terre-en-vue et agricovert. De nombreuses autres initiatives existent que vous pouvez aussi soutenir. Au niveau individuel, la première étape c’est d’acheter plus de produits locaux, végétaux, entiers et bio.

On ne peut plus laisser la politique agricole aux mains de grandes sociétés aux pieds d’argile.


Références :
Soutenez les :

vers la liste des Formats courts :


Les formats courts de l’Observatoire

format court numéro 0

Présentation
ObsAnt.eu

24 mars 2026


L’Observatoire vous propose régulièrement des « Formats courts ».

Commentaires, billet d’humeurs, micro-analyses, etc … alimentent cette rubrique avec pour objectif d’interpeller, de faire réfléchir dans une période de plus en plus chaotique.

Ces formats courts sont signés individuellement, collectivement ou anonymes.

Les autrices et auteurs anonymes sont connus de l’équipe qui gère l’Observatoire.

Chaque texte n’engage que ses autrices et auteurs.

Bonnes lectures.

PS : Les publications d’ObsAnt respectent une charte qui sera publiée sous peu. Les formats courts n’y font pas exception. Les formats billet d’humeur, y compris satiriques, seront signalés de manière transparente.


Vers la Liste des « formats courts »