Quelle est la situation climatique et politique mondiale actuelle ?

Térence

Pour établir ou mettre à jour une stratégie, c’est-à-dire une logique d’action dans le monde, au niveau individuel ou collectif, il est nécessaire de diagnostiquer régulièrement la situation.

1) Le climat mondial se réchauffe rapidement sous l’effet principalement anthropique des émissions de gaz à effet de serre. Certains indicateurs du système climatique présentent une accélération, notamment l’élévation du niveau marin, la perte de glace et l’accumulation de chaleur océanique. L’augmentation exceptionnelle des températures mondiales observée depuis 2023 est en partie expliquée par des facteurs connus, notamment la variabilité climatique naturelle, mais l’ampleur et la combinaison des facteurs expliquant cet épisode font encore l’objet de recherches.

2) Le réchauffement climatique observé depuis l’ère préindustrielle est, dans sa quasi-totalité, dû aux activités humaines.

3) Le réchauffement passé a déjà causé des dégâts immenses (vies humaines/non humaines, dégâts matériels, psychologiques, etc.).

4) Sans réduction rapide et profonde des émissions mondiales, le réchauffement se poursuivra. Les risques et dommages climatiques augmenteront avec chaque incrément supplémentaire de réchauffement, avec des évolutions parfois non linéaires et des risques croissants de franchissement de seuils, d’irréversibilités et d’effets en cascade.

5) Les coûts économiques du retard augmentent généralement avec l’insuffisance et la durée de l’action : retarder la mitigation réduit le temps disponible, accroît les besoins de réduction ultérieurs, augmente les risques de verrouillage technologique et d’actifs échoués, et conduit généralement à des coûts de transition plus élevés. Une action précoce permet en outre d’éviter davantage de dommages climatiques futurs et de bénéficier plus tôt des co-bénéfices de la transition.

6) Le coût de la transition dépend à la fois des progrès technologiques, qui peuvent réduire le coût unitaire des solutions bas-carbone, et du volume et de la vitesse de l’effort restant à accomplir. Plus l’action est retardée, plus l’effort doit généralement être concentré dans le temps et plus les coûts, contraintes et risques de transition augmentent. Les évaluations économiques disponibles indiquent généralement que les bénéfices de la réduction des dommages climatiques peuvent dépasser les coûts de mitigation ambitieuse, mais cette comparaison dépend des hypothèses relatives aux dommages, à l’actualisation, aux technologies et à la trajectoire considérée.

7) Le changement climatique constitue un risque systémique majeur susceptible de déstabiliser profondément certaines sociétés et, dans les scénarios de fort réchauffement combinés à de fortes vulnérabilités, d’engendrer des risques mondiaux graves et en cascade. Il menace la vie, la santé, les moyens de subsistance et le bien-être de milliards de personnes… et des milliards de vies non humaines, via des inondations, sécheresses, incendies, canicules, tempêtes, hausse niveau mers, etc. qui peuvent engendrer des morts, destructions, famines, manque d’eau, etc.

8) Moins nous agissons massivement et vite (maintenant), plus l’action à mener (demain) doit devenir massive et rapide.

9) Les coûts d’adaptation augmentent avec chaque demi-degré de réchauffement en plus. Les options d’adaptation deviennent progressivement plus contraintes et moins efficaces avec l’augmentation du réchauffement. À un certain stade, l’adaptation devient impossible pour certains systèmes (selon l’endroit, le type de risque). Certaines zones peuvent devenir inhabitables pour l’être humain.

10) Il faut cesser d’utiliser les combustibles fossiles et de déforester le plus vite possible. Toute dépense dans l’exploration ou la mise en exploitation fossile peut accroître les effets de verrouillage, coûts irrécupérables, infrastructures, lobbying, émissions engagées et risque d’actifs échoués

11) Il faut déployer rapidement et simultanément la réduction des demandes les plus carbonées, l’efficacité énergétique et les énergies bas-carbone. Dans certains secteurs et contextes, la réduction de la demande peut permettre de réduire fortement les investissements nécessaires dans les infrastructures énergétiques ; elle ne doit cependant pas être considérée comme un préalable universel au déploiement des technologies bas-carbone.

12) l’action individuelle a du sens (symbolique, morale, contagion sociale, réduction effective des émissions) mais est nettement insuffisante. L’action des marchés et des prix est nettement insuffisante. Une action publique massive et rapide est nécessaire.

13) Sans la mobilisation citoyenne, les institutions démocratiques, les associations, les élections, les mouvements sociaux et la pression électorale comme mécanismes potentiels de changement politique, une action ambitieuse est moins probable.

14) Il existe des points de bascule climatique, dont certains sont en cours de franchissement, qui pourraient rendre irréversible une partie supplémentaire du réchauffement. Mais les seuils sont incertains et difficiles à évaluer. Certains scientifiques examinent le pire des scénarios dans lequel les actions de mitigation pourraient devenir beaucoup moins opérantes (emballement climatique) et la Terre entrer, plus ou moins progressivement, dans un état de Terre-étuve. Un tel scénario doit être évité à tout prix.

15) L’action efficace doit être collective et multiniveau, du local au mondial.

16) Nous avons les moyens technologiques de réduire les émissions nettes à zéro. Le défi est désormais largement celui du déploiement, des infrastructures, des investissements, des chaînes d’approvisionnement, de l’acceptabilité et de la gouvernance.

17) Les ressources financières mondiales sont, en principe, suffisamment importantes pour financer une transition ambitieuse, mais leur mobilisation, leur allocation et leur coût constituent des obstacles majeurs.

18) Le complexe fossile mondial est un des premiers obstacles au changement requis. Le risque d’actifs fossiles échoués se chiffre potentiellement en milliers de milliards de dollars et constitue un enjeu majeur de la transition.

19) La trajectoire actuelle de l’action de réduction des émissions des pays du monde est insuffisante (trop lente, trop minime). Les scientifiques estiment qu’avec les politiques actuelles, le monde se dirige vers environ 2,8 °C, et vers 2,3–2,5 °C même si les engagements nationaux annoncés sont intégralement mis en œuvre.

20) Une majorité de gouvernements dans le monde n’agit pas à la hauteur du nécessaire voire agit contre la transition. Les politiques publiques sont en partie contraintes par les préférences et rapports de force sociaux, mais on ne peut pas déduire simplement que l’insuffisance climatique reflète la volonté majoritaire. Dans les démocraties, l’insuffisance de l’action climatique ne peut donc pas être attribuée simplement à une absence de soutien populaire : elle résulte de préférences électorales multidimensionnelles, de systèmes institutionnels, de rapports de force, d’intérêts organisés et de divergences sur les moyens de l’action. Dans les démocraties, les gouvernements ont été formellement installés en respect des lois et des élections. Cependant, on n’observe pas de révolte d’une majorité de leur population pour des motifs d’inaction climatique. Cela indique-t-il que la majorité de leur population a, malgré l’insuffisance de l’action de leur gouvernement, décidé de leur laisser le pouvoir ? C’est sans doute aller un peu trop loin dans les conjectures…

21) La mise en œuvre de plans d’action nationaux à la hauteur de l’urgence reste minoritaire dans le monde, quelle que soit l’orientation politique. La plupart des gouvernements priorisent d’autres objectifs au-dessus du climat.

22) Des acteurs économiques et politiques puissants cherchent délibérément, dans de nombreux pays, à empêcher ou ralentir certaines politiques climatiques ambitieuses, notamment des acteurs liés aux intérêts fossiles et certains États fortement dépendants des combustibles fossiles.

23) Les populations soutiennent largement l’action climatique en principe, selon les enquêtes, mais ce soutien déclaré à l’action climatique ne se traduit pas nécessairement par un soutien électoral aux partis proposant les politiques climatiques les plus ambitieuses.. Les résultats deviennent plus hétérogène lorsque les politiques ont des coûts distributifs concrets. Certaines mesures défendues par les scientifiques font face, en réalité, à d’importantes oppositions de certains groupes de citoyens.

24) D’autres risques existentiels ou catastrophiques mondiaux tels que le réchauffement existent et demeurent ou s’aggravent :

  • guerre nucléaire massive
  • IA generale ou super IA hors de contrôle ou sous contrôle d’acteur génocidaire
  • effondrement des écosystèmes
  • pollution massive
  • agent biologique pandémique, artificiel ou naturel
  • effondrement de la démocratie
  • guerre conventionnelle (mondiale)
  • impact d’un gros astéroïde
  • éruption volcanique de haut niveau

25) Le risque climatique se compose avec ces autres risques existentiels mondiaux. Les interactions peuvent être synergiques, antagonistes ou contextuelles, et se propager de manière systémique.

26) L’immense majorité des êtres humains sont gouvernés par des gouvernements qui reconnaissent nominalement l’existence du réchauffement climatique, même si certains grands pays font exception. Mais aucun gouvernement n’agit à la hauteur de l’urgence actuellement.

27) Aucun pays ne met en œuvre une politique nationale de décroissance. Aucun grand État ne poursuit actuellement comme objectif macroéconomique explicite une décroissance du PIB afin de réduire les pressions environnementales ; les politiques climatiques nationales restent généralement structurées autour de la décarbonation de la croissance, de la transformation technologique et/ou de l’efficacité, plutôt que d’une réduction volontaire et planifiée de l’activité économique

28) Plusieurs courants philosophiques et politiques estiment que mettre en œuvre une politique de décroissance pour éviter les mauvais scénarios climatiques est impossible, trop risqué, contreproductif et/ou superflu. D’autres estiment au contraire que la décroissance est indispensable et bénéfique.

29) Plusieurs courants philosophiques et politiques estiment que l’abolition du capitalisme, dans le même objectif climatique, est impossible, trop risquée, contreproductive et/ou superflue. D’autres pensent l’inverse.

30) Il n’existe pas aujourd’hui de consensus scientifique sur le caractère déterminant ou non (de la sortie) du capitalisme et de la croissance par rapport à l’urgence climatique. Cependant, une erreur d’appréciation à ce sujet conduit à des scénarios a priori pires, étant donné le temps perdu à agir dans un cadre n’autorisant pas le solutionnement du problème. Certains estiment qu’une logique de « pari éthique » (principe de précaution) implique de considérer le capitalisme et la croissance comme de réels obstacles à l’atteinte des objectifs climatiques, et proposent d’adopter des politiques robustes à l’erreur d’appréciation à ce sujet, en privilégiant notamment l’intervention de l’Etat et la réduction de la demande partout où c’est envisageable.