Le dossier Climat, ce grand oublié ?

Daniel Menschaert

Reprise d’un post Facebook daté du 9 février 2026

Aujourd’hui mon esprit, comme le vôtre très certainement, est submergé par les catastrophes politiques, sociales, géopolitiques qui nous assaillent. Et nous pouvons nous poser la question : cela vaut-il encore la peine de parler de la nature et du climat ?

Nos valeurs, nos principes, notre vision du débat social et politique, volent en éclat sous la pression d’une droite extrême au pouvoir et ils sont même moqués, ridiculisés. Nous sommes attaqués dans notre dignité de citoyen, de démocrate, de maçon.

Cela n’est-il pas plus important que le Climat ?

Mais ne baissons pas la garde, restons vigilants car ce sont ceux qui ont toujours été hostiles aux mesures à prendre qui sont à la manœuvre et qui trouvent pour le faire des alliés dans l’extrême droite. Ils profitent de la peur et de la souffrance des gens qui voient leurs protections sociales s’envoler brutalement.

Mais c’est peut-être quand la détresse est à son paroxysme et que les drames successifs nous déboussolent qu’il faut faire connaître les raisons les plus profondes, certaines évidentes et d’autres cachées, qui poussent des responsables politiques à tergiverser, à nier la réalité avec cynisme, à oser faire ce qu’ils font à notre monde, à notre planète, à nos sociétés, à chacun de nous.

Certes, nous continuerons à soutenir les Ukrainiens, les Palestiniens, les Soudanais, à condamner le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, à nous battre pour un accueil digne des migrants, la liberté de la presse, parce que nous ne pouvons pas moralement, prendre de la distance par rapport à ces enjeux-là.

Nous ne tomberons pas dans le piège de ceux qui veulent reléguer le dossier du climat, de la biodiversité au bas de la liste des préoccupations voire à le supprimer totalement.

Car, il s’agit, ne l’oublions pas, aussi d’une question de survie de l’humanité. À quoi bon se battre pour elle si nous ne lui donnons aucune chance de survivre à la catastrophe climatique. Dire cette vérité là c’est aussi se battre contre le mensonge, le mépris, la violence, l’arrogance, le complotisme, de déni de la réalité ?

Ce déni atteint son paroxysme quand l’usage même de ces mots sont interdits, que les recherches relatives à ces enjeux ne sont plus financées, quand un ministre belge nous dit que dans l’intérêt de l’économie il faut faire une pause dans les mesures à prendre contre le réchauffement climatique.

S’il fallait encore donner une ultime raison, elle nous est offerte par Donald Trump, lui-même, qui vient de signer un décret retirant les États-Unis de 66 organisations internationales qui dit-il ne servent pas les intérêts américains. Parmi elles 31 sont liées aux Nations Unies dont la Convention cadre sur les changements climatiques fondateur de tous les accords climatiques internationaux depuis 1992.

Il se retire aussi des organisations qui gèrent des fonds pour l’égalité homme/femme, pour la santé des mères et des enfants. Marco Rubio accuse tous ces organismes de promouvoir une « idéologie progressiste » et wokiste parce qu’elles mènent des campagnes, dit-il, pour l’égalité de genre et l’orthodoxie climatique.

Ceux qui condamnent la supposée idéologie woke de convergence des luttes devraient méditer sur cette convergence des exclusions conduite par la vague néo-conservatrice et réactionnaire venant des États-Unis.

Alors, pour leur faire le pied de nez qu’ils méritent, parlons de climat et de biodiversité.


Petit rappel, le 15 juillet 2023 paraissait dans La Libre Belgique le communiqué des 5 Obédiences Maçonniques Belges avec pour titre : « Lorsque la vie des générations futures est elle-même en danger, les francs-maçons belges en appellent a la prise de mesures fortes et rapides pour le climat et la biodiversité ! »



Alimentation + Combustion = 5 milliards/heure !

La production alimentaire et les combustibles fossiles causent 5 milliards de dollars de dégâts environnementaux par heure

Un rapport du PNUE affirme que mettre fin à ces dommages est essentiel à la transformation mondiale nécessaire « avant que l’effondrement ne devienne inévitable ».

Damian Carrington

Traduction IA – Article paru dans The Guardian

« La production non durable de nourriture et de combustibles fossiles provoque 5 milliards de dollars (3,8 milliards de livres sterling) de dégâts environnementaux par heure », selon un important rapport des Nations unies.

Mettre fin à ces dommages constitue un élément clé de la transformation mondiale des systèmes de gouvernance, de l’économie et de la finance, nécessaire « avant que l’effondrement ne devienne inévitable », ont déclaré les experts.

Le rapport « Global Environment Outlook » (GEO), rédigé par 200 chercheurs pour le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), affirme que la crise climatique, la destruction de la nature et la pollution ne peuvent plus être considérées comme de simples crises environnementales.

« Elles sapent notre économie, notre sécurité alimentaire, notre sécurité hydrique, la santé humaine et constituent également des enjeux de sécurité nationale, conduisant à des conflits dans de nombreuses régions du monde », a déclaré le professeur Robert Watson (*), coprésident de l’évaluation.

Toutes les crises environnementales s’aggravent à mesure que la population mondiale augmente et nécessite davantage de nourriture et d’énergie, dont la majorité est produite de manière polluante et destructrice pour la nature, ont expliqué les experts.

Un monde durable est possible, ont-ils affirmé, mais il exige un courage politique.

« C’est un appel urgent à transformer dès maintenant nos systèmes humains avant que l’effondrement ne devienne inévitable », a déclaré le professeur Edgar Gutiérrez-Espeleta (*), autre coprésident du rapport et ancien ministre de l’Environnement du Costa Rica.
« La science est solide. Les solutions sont connues. Ce qui manque, c’est le courage d’agir à l’échelle et à la vitesse que l’histoire exige », a-t-il ajouté, soulignant que la fenêtre d’action se refermait « rapidement ».

Les experts reconnaissent que la situation géopolitique actuelle est difficile, avec les États-Unis sous Donald Trump, certains autres pays et des intérêts économiques puissants cherchant à bloquer ou à inverser les actions environnementales. Watson, ancien président de grands groupes scientifiques internationaux sur le climat et la biodiversité, a déclaré : « Le public doit exiger un avenir durable pour ses enfants et ses petits-enfants. La plupart des gouvernements essaient de répondre. »

Le rapport GEO est exhaustif — 1 100 pages cette année — et est généralement accompagné d’un résumé à l’intention des décideurs, approuvé par tous les pays du monde. Toutefois, de fortes objections de pays comme l’Arabie saoudite, l’Iran, la Russie, la Turquie et l’Argentine aux références aux combustibles fossiles, aux plastiques, à la réduction de la consommation de viande et à d’autres sujets ont empêché tout accord cette fois-ci.

Une déclaration faite par le Royaume-Uni au nom de 28 pays indique : « Nous avons été témoins de tentatives de diversion visant à remettre en cause la nature scientifique de ce processus. Nos délégations respectent pleinement le droit de chaque État à défendre ses intérêts et ses droits nationaux, mais la science n’est pas négociable. »

Le rapport GEO souligne que les coûts de l’action sont bien inférieurs à ceux de l’inaction à long terme et estime que les bénéfices de l’action climatique à eux seuls atteindraient 20 000 milliards de dollars par an d’ici 2070 et 100 000 milliards de dollars d’ici 2100. « Nous avons besoin de pays visionnaires et d’entreprises privées capables de reconnaître qu’ils gagneront davantage en s’attaquant à ces problèmes plutôt qu’en les ignorant », a déclaré Watson.

Le rapport contient plusieurs « vérités cruciales », selon Gutiérrez-Espeleta : les crises environnementales sont des urgences politiques et sécuritaires qui menacent les liens sociaux maintenant les sociétés unies. Les gouvernements et les systèmes économiques actuels échouent face aux besoins de l’humanité, et la réforme financière constitue la pierre angulaire de la transformation. « La politique environnementale doit devenir l’épine dorsale de la sécurité nationale, de la justice sociale et de la stratégie économique. »

L’un des problèmes majeurs est constitué par les 45 000 milliards de dollars de dégâts environnementaux annuels causés par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, ainsi que par la pollution et la destruction de la nature dues à l’agriculture industrielle. Le système alimentaire représente les coûts les plus élevés, avec 20 000 milliards de dollars, suivi des transports (13 000 milliards) et de l’électricité produite à partir de combustibles fossiles (12 000 milliards).

Ces coûts — appelés externalités par les économistes — doivent être intégrés dans le prix de l’énergie et de l’alimentation afin de refléter leur coût réel et d’orienter les consommateurs vers des choix plus écologiques, a déclaré Watson : « Nous avons donc besoin de filets de sécurité sociale. Il faut veiller à ce que les plus pauvres ne soient pas pénalisés par la hausse des coûts. »

Le rapport propose des mesures telles qu’un revenu universel de base, des taxes sur la viande et des subventions pour des aliments sains d’origine végétale.

Il souligne également l’existence d’environ « 1 500 milliards de dollars de subventions nuisibles à l’environnement » accordées aux combustibles fossiles, à l’alimentation et au secteur minier. Celles-ci devraient être supprimées ou réorientées. Watson note que l’énergie éolienne et solaire est déjà moins chère dans de nombreux endroits, mais reste freinée par les intérêts liés aux combustibles fossiles.

La crise climatique pourrait être encore plus grave que prévu, a-t-il averti : « Nous sous-estimons probablement l’ampleur du changement climatique », le réchauffement mondial se situant vraisemblablement dans la fourchette haute des projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Selon le rapport, la suppression des subventions aux combustibles fossiles pourrait réduire les émissions d’un tiers.




Climat : s’adapter plus vite !

David Hercot (*)

L’avancée des modélisations sur le dérèglement climatique alerte les climatologues et physiciens allemands : la terre se réchauffe de plus en plus vite et l’Humanité ne ralenti pas ses émissions de gaz à effet de serre.

Cette dernière alerte en date nous amène à notre tour à appeler à une adaptation plus rapide de nos villes, nos campagnes et nos systèmes de gestion de crise.

Bien sûr, la première chose que nous devrions faire, collectivement, c’est de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Mais, visiblement, nous n’en prenons pas encore le chemin.

Alors à défaut, il nous faut nous préparer à des pics à plus de 40°C, voir plus de 50°C en 2050 déjà, et particulièrement dans les villes.

Ce que ces nouvelles projections nous disent c’est que nous devons encore accélérer l’adaptation des villes. Avec ces pics de température et l’effet d’ilot de chaleur urbain, certaines rues, certains appartements deviendront tout simplement invivables.

La chaleur sera telle que la mortalité estivale sera plus importante que lors des pics de grippe de nos hivers. Les services de sécurité devront organiser l’accueil des réfugiés climatiques qui fuient leur logement devenu invivable, de jour comme de nuit, à l’image d’un plan grand froid inversé.

Il faudra également adapter les hôpitaux, d’un point de vue infrastructure pour garder la chaleur dehors, mais également au niveau des services qui seront fort sollicités en été alors que jusqu’à présent c’est une saison de relative relâche.

Au-delà de 40°C, c’est la capacité même des plantes à survire qui est menacée et donc un risque de voir la production alimentaire fluctuer, de voir des forêts entières perdre leurs feuilles.

Des chercheurs travaillent déjà sur des adaptations de nos cultures. Mais d’une part, il faut encore les déployer et d’autre part, le vivant est pour l’essentiel conçu pour vivre dans une zone de température limitée. On ne pourra pas continuer à faire pousser des salades dans le désert espagnol.

Ces risques et d’autres sont connus. Ils ont été étudiés par le Lancet Countdown à l’échelle mondiale, le CERAC pour la Belgique.

Ils arrivent juste plus vite que prévu.

Il s’agit maintenant de faire une priorité de la mise en œuvre des adaptations nécessaires pour notre santé physique et mentale.


Focus Santé & Climat


Vers plus 3° ?

Réchauffement climatique à 3 °C d’ici 2050 ?

Ce qui se cache derrière la nouvelle alerte climatique allemande

Des scientifiques allemands avertissent que le réchauffement climatique s’accélère plus vite que prévu, ce qui accroît le risque d’une hausse de 3 °C d’ici 2050 et contraint l’Europe à envisager des plans d’adaptation jusqu’ici impensables.

Par Elena Erdmann et Stefan Schmitt

Traduction IA – Article paru dans le Worldcrunch

HAMBOURG — Depuis quelque temps déjà, les climatologues débattent d’une hypothèse inquiétante : le réchauffement climatique est-il en train de s’accélérer ? La Société allemande de physique et la Société météorologique allemande mettent désormais en garde contre ce phénomène dans une déclaration commune. L’hebdomadaire allemand Die Zeit s’est entretenu à ce sujet avec Klaus Richter, président de la Société allemande de physique, et Frank Böttcher, président de la Société météorologique allemande.


DIE ZEIT : Frank Böttcher, Klaus Richter, les associations professionnelles de météorologues et de physiciens en Allemagne avertissent que la Terre pourrait s’être réchauffée de 3 °C d’ici 2050. Cela ne représente que 25 ans. Pensez-vous vraiment que ce soit réaliste ?

KLAUS RICHTER : Le risque augmente que nous manquions l’objectif de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C. Nous pensons qu’une tendance vers une hausse de 3 °C ne peut plus être exclue, notamment au vu de la politique mondiale actuelle. C’est pourquoi nous appelons à des mesures décisives et à un renforcement de la protection du climat afin de réduire ce risque.

FRANK BÖTTCHER : Nous sommes entrés dans une nouvelle phase du changement climatique : le réchauffement mondial semble désormais s’accélérer. Nous l’observons aussi en Allemagne. Les données sont si convaincantes que les membres de nos sociétés ont estimé avoir le devoir de s’exprimer, malgré toutes les incertitudes et la prudence habituelle.

Cette prévision est bien plus dramatique que les recherches actuelles. En tenant compte des politiques climatiques, la plupart des projections situent le réchauffement autour de 2,7 °C d’ici la fin du siècle. En 2050, cela correspondrait à environ 2 °C. Comment arrive-t-on à 3 °C dès 2050 ?

KR : Nous regardons 25 ans devant nous et au-delà. Il ne s’agit donc pas d’une prévision au sens strict. Mais les observations actuelles donnent des raisons de craindre qu’un réchauffement aussi extrême soit possible. La projection à 2,7 °C repose sur les scénarios intermédiaires du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le risque de 3 °C d’ici 2050 s’inscrit dans les scénarios les plus pessimistes du GIEC. Et malheureusement, les données récentes s’en rapprochent davantage.

Le GIEC a-t-il sous-estimé la situation ?

FB : Le dernier rapport du GIEC date maintenant de dix ans. Les données sont aujourd’hui très différentes. Nous observons une accélération nette du réchauffement : depuis l’industrialisation, il a fallu 65 ans pour que la planète se réchauffe de 0,5 °C. Il n’a ensuite fallu que 28 ans pour atteindre 1 °C. Nous pourrions franchir le seuil de 1,5 °C en seulement 17 ans supplémentaires, peut-être même dès l’année prochaine. Les paliers de demi-degré sont atteints de plus en plus rapidement. S’ajoute à cela la question de la température des océans. Pendant longtemps, les océans ont constitué un énorme tampon contre le réchauffement. Mais depuis deux ans et demi, nous observons une forte hausse. Si cela se poursuit, les océans absorberont moins de l’énergie excédentaire due aux gaz à effet de serre, et les températures atmosphériques augmenteront plus vite.

Deux ans et demi, c’est une période courte. Est-ce suffisant pour tirer de telles conclusions ?

KR : L’augmentation des températures océaniques s’inscrit dans un schéma plus large, car plusieurs indicateurs pointent vers une accélération du changement climatique. Environ 15 scientifiques de nos deux sociétés ont passé 18 mois à compiler les résultats actuels. Ils ont notamment débattu de la question de savoir si les fortes hausses récentes de la température mondiale relevaient simplement du bruit statistique ou révélaient une tendance claire. De nouvelles études suggèrent que la sensibilité climatique pourrait être plus élevée qu’on ne le pensait, ce qui signifie que la même quantité de CO₂ entraîne une hausse de température plus importante que prévu. Cela renforce l’idée qu’une tendance existe.

Les scientifiques internationaux vont-ils aussi loin que vous, ou les sociétés allemandes jouent-elles ici un rôle de pionnier ?

KR : Notre appel se concentre sur l’accélération observable du changement climatique. La question de savoir si elle se poursuivra fait partie du débat mondial. Une hausse de 3 °C d’ici 2050, que nous ne pouvons exclure, se situe déjà dans la fourchette des scénarios du GIEC. En tant que sociétés professionnelles, nous avons une responsabilité sociale : signaler tôt les risques potentiels. C’est ce que nous faisons aujourd’hui.

Pendant des années, on a dit que les scénarios les plus pessimistes du GIEC avaient été évités, puisque le monde s’était accordé sur des objectifs climatiques et que les émissions avaient moins augmenté que redouté.

FB : L’objectif des conférences sur le climat était de ralentir la hausse du CO₂ et, idéalement, de l’inverser. Or, malgré toutes les promesses, le dioxyde de carbone dans l’atmosphère continue d’augmenter. Si je devais résumer la réponse politique, je dirais : trop peu, trop lent, trop tard.

KR : Les lacunes sont également évidentes en Allemagne. Nos objectifs ne suffisent pas pour atteindre la neutralité climatique d’ici 2045. Et en même temps, nous ne faisons même pas assez pour respecter ces objectifs pourtant insuffisants.

Si l’on se projette : que signifierait un réchauffement de 3 °C dans 25 ans ? À quoi ressemblerait le monde ?

FB : Nous vivrions tous dans des zones climatiques différentes. Ouvrez un ancien atlas du monde et vous verrez une vaste zone rouge pour le Sahara. Avec un réchauffement de 3 °C, cette zone s’étendrait jusque dans certaines régions d’Espagne. La végétation, les précipitations, les régimes météorologiques — tout serait très différent.

Et pour l’Allemagne, que signifieraient 3 °C ?

FB : En été, les records météorologiques pourraient atteindre jusqu’à 50 °C. Trois degrés de réchauffement mondial ne signifient pas que les journées chaudes seront simplement 3 ou 4 degrés plus chaudes. Cela peut vouloir dire jusqu’à 10 degrés de plus. Nous serions également confrontés à des sécheresses beaucoup plus longues.

Peut-on encore faire passer ce message, surtout maintenant, alors que le changement climatique occupe à peine une place dans la politique ou le débat public ?

FB : Nous avons longuement hésité. Aucun d’entre nous ne souhaite être accusé d’alarmisme. Mais les données ont poussé un si grand nombre d’entre nous à prendre la parole. Résultat : pour la première fois depuis 1987, nos deux sociétés sont parvenues à un large consensus.

KR : Le nouveau gouvernement fédéral allemand a jusqu’à présent peu parlé de politique climatique. Mais c’est peut-être justement le bon moment pour remettre le sujet à l’ordre du jour. Notre avenir climatique n’est pas un destin inévitable auquel nous devrions nous résigner.

Que peut-on faire d’autre ?

KR : De nombreuses études ont déjà décrit des trajectoires possibles vers une économie climatiquement neutre. Sur cette base, il existe encore une marge de manœuvre pour limiter le réchauffement futur.

FB : Et nous avons besoin de stratégies d’adaptation pour protéger la société contre les risques. Pour le dire simplement : je ne peux pas vous dire exactement quand et où un incendie se déclarera, mais je peux vous conseiller de maintenir un service d’incendie prêt à intervenir.

Parmi vos dix revendications concrètes adressées aux responsables politiques figure celle de « débattre d’un retrait des régions côtières de faible altitude de la mer du Nord et de la Baltique ». Jusqu’ici, c’était tabou.

KR : À très long terme, sur plusieurs décennies voire un siècle ou plus, le niveau de la mer pourrait fortement augmenter. C’est pourquoi nous devons commencer à en discuter dès maintenant. Si nous agissons tôt, nous aurons le temps de procéder à des ajustements réfléchis.

FB : Nous ne pourrons pas défendre certaines zones contre la mer à long terme. Nous devons aussi réfléchir aux endroits dont il faudra se retirer le long du littoral actuel. Pour Hambourg, par exemple, nous avons besoin d’un plan pour déplacer la ville de 30 à 50 kilomètres vers l’intérieur des terres, au nord-est, d’ici 2200. Pour être clair, personne ne suggère un déplacement massif demain. Mais nous pouvons d’ores et déjà nous demander s’il est judicieux de construire un nouveau parc technologique ou un grand site de production juste au bord de la mer.

Vous appelez également à « garantir que la société dispose d’informations fondées sur la science ». Est-ce menacé ?

KR : Oui, dans certaines régions du monde. Nos collègues aux États-Unis, en particulier, subissent de fortes pressions, surtout dans les sciences du climat. Or, limiter le réchauffement mondial nécessite la contribution de presque toutes les disciplines scientifiques, en dialogue avec la société, bien au-delà des seules sciences naturelles.



Arctique en danger – Pourquoi tout le monde est concerné ?

 

ATTAC_Liège et le Leonardo Da Vinci vous invitent à une conférence-débat « Arctique en danger – pourquoi tout le monde est concerné ? » avec Maëlle Villani, bioingénieure et doctorante financée par le FNRS à l’UCLouvain
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L’Arctique se réchauffe jusqu’à quatre fois plus vite que le reste du globe. Ce phénomène, appelé amplification arctique, n’est pas un simple détail climatique : il entraîne déjà des effets visibles et mesurables, comme la disparition de la glace de mer ou le dégel du permafrost, ce sol gelé en permanence.
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Au cours de cette conférence, nous partirons à la découverte de l’Arctique pour comprendre sa fragilité et les conséquences néfastes là-bas mais aussi chez nous. Nous suivrons ensuite les missions de terrain menées par notre équipe de l’UCLouvain en Suède et en Alaska, afin de découvrir comment les chercheurs étudient le dégel du permafrost.
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Un voyage entre science, terrain et images du Grand Nord, pour comprendre pourquoi l’Arctique est devenu fragile.

COP 30, le bilan

Damian Carrington et Jonathan Watts

Deepltraduction Josette – article paru dans The Guardian

Compromis, mesures volontaires et absence de mention des combustibles fossiles : points clés de l’accord de la COP30

Un accord est le bienvenu après des négociations qui ont failli échouer,
mais l’accord final contient des mesures modestes plutôt que des avancées significatives.

Damian Carrington et Jonathan Watts
22 novembre 2025

Le sommet des Nations unies sur le climat COP30 a fait avancer la lutte contre la crise climatique et les dommages qu’elle cause déjà aux vies et aux moyens de subsistance. Mais les mesures convenues constituent des pas en avant, plutôt que les bonds en avant nécessaires.

1. Le multilatéralisme a survécu… de justesse

Les négociations entre plus de 190 pays ont failli échouer, les pays ambitieux et les États pétroliers menaçant de bloquer tout accord ou de se retirer. Mais le réchauffement climatique nécessite une réponse mondiale et, dans le climat géopolitique fracturé d’aujourd’hui, la conclusion d’un accord soutenu par tous les pays permet à l’ONU de poursuivre son action en faveur du climat.

« À une époque de grands défis politiques, 194 pays se sont réunis dans le cadre de l’accord de Paris pour réaffirmer leur engagement à agir contre la crise climatique », a déclaré le secrétaire britannique à l’énergie, Ed Miliband. « Cet accord n’est pas aussi ambitieux que nous l’aurions souhaité, mais il s’engage à maintenir l’objectif de 1,5 °C. »

Les États-Unis n’ont pas envoyé de délégation, Donald Trump ayant qualifié la crise climatique d’« arnaque ». Certains participants à la COP30 à Belém ont déclaré que la position des États-Unis avait encouragé l’Arabie saoudite et d’autres pays pétroliers à se battre encore plus fort pour bloquer tout progrès.

2. Le financement de l’adaptation a triplé, mais les critiques estiment que cela n’est pas suffisant

Les nations réunies à la COP30 ont convenu de tripler le financement de l’adaptation, c’est-à-dire les fonds fournis par les pays riches et dont les pays vulnérables ont désespérément besoin pour protéger leurs populations contre les effets de plus en plus marqués de la crise climatique. Il s’agit d’une avancée significative par rapport à l’engagement précédent qui prévoyait de doubler les fonds, mais l’objectif de 120 milliards de dollars par an a été repoussé de cinq ans, de 2030 à 2035.

De nombreux pays et observateurs ont réagi avec colère. « Le résultat obtenu en matière d’adaptation est une insulte à toutes les communautés actuellement sous les eaux ou en proie aux incendies », a déclaré Harjeet Singh, de la Satat Sampada Climate Foundation. « Le refus de s’engager à augmenter le financement nécessaire à l’adaptation, qui s’élève à 300 milliards de dollars par an, laisse les populations non préparées sans défense face à une ruine inévitable. Le calendrier ignore l’urgence des catastrophes climatiques qui nous frappent aujourd’hui. »

3. Accueil favorable réservé au plan pour une transition juste

L’un des principaux résultats a été l’accord sur un mécanisme pour une transition juste (MTJ), un plan visant à garantir que le passage à une économie verte à l’échelle mondiale se fasse de manière équitable et protège les droits de tous, y compris ceux des travailleurs, des femmes et des peuples autochtones.

Climate Action Network International, une vaste coalition de groupes militants, a salué le MTJ comme l’un des résultats les plus forts en matière de droits de l’histoire des négociations climatiques de l’ONU.

« L’adoption du MTJ est une victoire obtenue grâce à des années de pression de la société civile », a déclaré Tasneem Essop, directrice exécutive du réseau. « Ce résultat n’est pas tombé du ciel : il est le fruit de la lutte, de la persévérance et de la clarté morale de ceux qui vivent en première ligne du dérèglement climatique. Les gouvernements doivent désormais honorer ce MTJ par des actions concrètes. Tout autre comportement serait une trahison. » Les efforts déployés au début des négociations pour associer un financement au MTJ ont échoué.

4. Aucune mention des combustibles fossiles dans le texte final

Les combustibles fossiles n’ont pas été mentionnés dans la décision finale clé, malgré la pression exercée par une coalition de 90 pays développés et en développement pour obtenir un engagement en faveur d’une feuille de route visant à éliminer progressivement les combustibles fossiles. Les pays pétroliers, dont l’Arabie saoudite et ses alliés, se sont battus avec acharnement pour bloquer cette initiative et ont réussi.

Le texte final fait toutefois référence au « consensus des Émirats arabes unis », l’ensemble des mesures adoptées lors de la COP28 à Dubaï en 2023, qui contenait le premier engagement à abandonner les combustibles fossiles. Cependant, selon le Dr Joanna Depledge, experte de la COP à l’université de Cambridge, le caractère indirect de cette référence constitue un pas en arrière : « Le consensus des Émirats arabes unis est un ensemble de mesures très large comprenant huit décisions adoptées à Dubaï sur toute une série de questions. Le langage de Dubaï sur la transition énergétique est donc délibérément dilué et obscurci, et non mis en avant. »

5. La feuille de route pour la transition vers l’abandon des combustibles fossiles survit, mais elle est volontaire

La feuille de route pour la transition vers l’abandon des combustibles fossiles ayant été bloquée par la décision officielle de la COP30, la présidence brésilienne a annoncé que le plan se poursuivrait en dehors du processus des Nations unies. Il sera fusionné avec un plan soutenu par la Colombie et environ 90 autres pays, et un sommet est prévu en avril. Cette « coalition des volontaires » pourrait faire avancer les choses.

Le président de la COP30 et diplomate brésilien, André Corrêa do Lago, a déclaré que le plan d’élaboration de la feuille de route bénéficiait du soutien du président Lula et qu’il donnerait lieu à des dialogues de haut niveau au cours de l’année prochaine, menés par la communauté scientifique et impliquant les gouvernements, l’industrie et la société civile. Une fois le plan finalisé, il a indiqué qu’ils en rendraient compte à la COP.

« Les gouvernements engagés dans la lutte contre la crise climatique à sa source s’unissent pour aller de l’avant en dehors du cadre des Nations unies, sous la direction de la Colombie et des États insulaires du Pacifique, afin d’éliminer rapidement et équitablement les combustibles fossiles, conformément à l’objectif de 1,5 °C », a déclaré Nikki Reisch, du Center for International Environmental Law. « La conférence internationale qui se tiendra en avril prochain est la première étape sur la voie d’un avenir viable. »

6. La conférence sur la forêt tropicale échoue à établir une feuille de route contre la déforestation…

La COP30 a été délibérément organisée en Amazonie afin de mettre l’accent sur le rôle vital des forêts dans le climat. La ministre brésilienne de l’Environnement, Marina Silva, a tenté d’inclure une feuille de route pour mettre fin à la déforestation dans l’accord fondamental de Belém.

Mais celle-ci a été rejetée après avoir été associée à la feuille de route sur les combustibles fossiles. Le fait d’avoir associé ces deux questions semble avoir été soit une terrible erreur diplomatique, soit un sabotage de la part du ministère brésilien des Affaires étrangères, qui s’est longtemps concentré sur la vente du pétrole du pays à l’étranger.

Toerris Jaeger, de la Rainforest Foundation Norway, a déclaré : « L’Amazonie a insisté pour être entendue. Elle s’est imposée dans les négociations sur le climat avec une chaleur tropicale, des pluies torrentielles et la plus grande délégation autochtone de toutes les COP précédentes.»

« Il est décevant que les pays n’aient pas accepté d’élaborer des plans concrets pour mettre fin à la déforestation. »

7. … mais un nouveau fonds a été lancé pour aider à préserver les arbres

Le Brésil a lancé le Tropical Forest Forever Facility (TFFF), là encore en dehors du processus des Nations unies, un fonds d’investissement de plusieurs milliards de dollars qui rémunérera les pays pour préserver leurs arbres.

« Le TFFF reflète une prise de conscience croissante du fait que l’intégrité climatique et la protection des forêts sont indissociables », a déclaré le Dr Fernando Barrio, de l’université Queen Mary de Londres. « Son efficacité dépendra de sa conception. Mais le signal politique est important, car il n’y a pas de voie vers 1,5 °C qui ne passe par la fin de la déforestation au cours de cette décennie. »



Climat, y a-t-il un passage étroit ?

Térence

Reprise de l’article Résumé de la COP30 à Belem – « Y a-t-il un passage étroit ? » paru sur le blog de Paul Jorion

Les journalistes experts du Guardian viennent de résumer en deux articles la COP30 qui vient de se terminer à Belem, au Brésil.

Compromises, voluntary measures and no mention of fossil fuels: key points from Cop30 deal | Cop30 | The Guardian

Cop30’s watered-down agreements will do little for an ecosystem at tipping point | Cop30 | The Guardian

Un scientifique d’envergure internationale nous ramène à la réalité du système climatique, encore qu’avec un certain euphémisme, puisque d’autres de ses collègues et le Secrétaire général de l’ONU estiment, non sans raison, que l’objectif de 1,5°C est mort :

Johan Rockström, directeur de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam et professeur de sciences du système terrestre à l’université de Potsdam, a déclaré : « La vérité est que notre seule chance de maintenir l’objectif de 1,5 °C à portée de main est de faire baisser la courbe mondiale des émissions en 2026, puis de réduire les émissions d’au moins 5 % par an. [Cela] nécessite des feuilles de route concrètes pour accélérer l’élimination progressive des combustibles fossiles et la protection de la nature. Nous n’avons ni l’un ni l’autre. »

Nous allons également assister, dans les prochains jours, à l’éternel bal des interprètes de la COP.

En début de soirée, ce sera la valse des optimistes (aussi appelés « naïfs » par les pessimistes), puis le chachacha des « réalistes » (ceux qui aiment peser le pour et le contre en se croyant plus malins que les optimistes et les pessimistes), enfin, la soirée se conclura par le tango des pessimistes (aussi appelés « catastrophistes » par les optimistes). Shakespeare serait sans doute très inspiré par ce bal des illusions, ce tableau parlant, tandis que les émissions et la concentration en gaz à effet de serre mondiales continuent à augmenter, malgré 30 ans de COP.

Votre serviteur voudrait ajouter quelques réflexions personnelles, issues de son expérience dans les couloirs des gouvernements.

Ce qui me frappe dans les COP, depuis que je les suis de près ou de loin (soit depuis 2010), c’est cette insistance sur le « consensus unanime », « pour sauver le multilatéralisme ».

Or il existe, représentés à l’ONU et négociateurs lors des COP, des pays comme l’Arabie Saoudite (une monarchie absolue de droit divin, une dictature cruelle qui dissout le corps d’un journaliste dans l’acide, un des régimes autoritaires les plus sanglants de la planète) et la Russie (une dictature agressive qui torture et assassine tous ses opposants, y compris à l’étranger, et qui a déclenché la pire guerre en Europe depuis la désintégration de la Yougoslavie).

Sans compter la Chine, qui est aussi une des dictatures les plus impitoyables au monde, au point de menacer directement ses critiques dans les démocraties, et dont les efforts en matière d’énergies renouvelables ne permettent pas d’annuler ses immenses émissions de gaz à effet de serre, en passe de dépasser celles, cumulées, des plus grands émetteurs historiques occidentaux.

Tandis qu’un régime comme l’Inde, nominalement la plus grande démocratie du monde, est dirigée par un individu proche de l’extrême-droite nationaliste, tout en ayant des émissions massives, seulement limitées par la pauvreté de sa population.

Enfin, l’absence des États-Unis est liée à la présence d’un proto-dictateur à sa présidence. Or les USA sont un des premiers pollueurs climatiques au monde.

Et ne négligeons pas l’essor des dirigeants d’extrême-droite dans plusieurs pays d’Union européenne. Nous participons également à la grande parade de la destruction de la démocratie dans le monde.

Si l’honnêteté intellectuelle impose de comparer les émissions par habitant (qui restent supérieures en Europe et aux États-Unis à celles de la Chine et de l’Inde), et d’évaluer les émissions historiques cumulées, on ne peut pas non plus se satisfaire de l’excuse du développement du Sud, auquel le Nord a eu droit par le passé, pour pardonner aux grandes puissances du Sud global leur opposition systématique lors des COP.

Car ce n’est pas parce qu’une partie de la famille a incendié la moitié de la maison dans le passé que l’autre partie peut se prévaloir aujourd’hui du droit d’incendier ce qu’il en reste, peu importe les torts historiques de chacun. L’atmosphère planétaire n’a que faire de nos torts historiques. La physique est impitoyable et se conjugue au présent. La réalité c’est que le Sud ne peut pas se développer de la même manière que le Nord. Or c’est pourtant ce qu’il fait (mégapoles, autoroutes, aéroports, ports, consumérisme, etc.).

Un jour prochain, les émissions historiques du Sud seront supérieures à celles du Nord global. On découvrira alors que c’est moins l’Occident par essence que la contingence historique qui nous a rendus responsables de la révolution industrielle et de la colonisation du monde. Un argument en plus en faveur du constat que nous sommes une seule et même espèce. Et que les Orientaux, les Africains et les Américains du Sud aussi, peuvent être écocidaires, sans l’aide des Occidentaux.

L’insistance sur le consensus unanime « pour sauver le multilatéralisme », quand on négocie avec de telles tyrannies, et quand les plus grandes démocraties du monde (Inde et USA) versent dans l’autoritarisme écocidaire, me laisse songeur.

Une autre étrangeté depuis les origines des COP est l’omniprésence des industriels, en particulier ceux de l’industrie des énergies fossiles (émissions de gaz à effet de serre liées aux combustibles fossiles) et de l’agro-alimentaire (déforestation donc destruction des puits de carbone et émissions de méthane par l’industrie de la viande). Sans compter les grands complexes industriels comme celui de la construction, de l’automobile, de l’aviation, des GAFAM, du tourisme international et de l’armement, qui ne sont que le corolaire, les usagers, du complexe énergétique fossile.

N’avait-on pas banni les industriels du tabac des accords mondiaux sur la santé ?

Ce qui m’étonne en conséquence, c’est que les « autres pays » : ceux qui apparemment voudraient vraiment avancer, les pays du Sud et du Nord démocratiques (dont l’Union européenne) – ou du moins, pas suffisamment démocratiques mais sincèrement préoccupés par le climat  – ne concluent-ils pas, entre eux, un traité légalement contraignant, pour sortir des énergies fossiles et réduire leurs émissions de GES. Faut-il attendre un improbable consensus mondial ? Avec des États qui sont des tyrannies et se soucient de leurs citoyens comme d’une guigne ?

Pourquoi ne pas avancer sans eux ?

On me dira : « Oui mais ça ne sert à rien d’agir sans les USA, la Chine, l’Inde et la Russie, qui représente la plus grande masse des émissions mondiales ».

Je répondrais : « Agir sans eux réduirait pourtant notoirement les émissions mondiales et surtout, cela autoriserait notre coalition d’ambition à installer des barrières géopolitiques pour contraindre les États qui ne veulent pas bouger » (comme des droits de douanes climatiques).

Il existe des stratégies « du faible au fort ». De quels atouts disposons-nous ?

L’Union européenne est par exemple un des premiers marchés économiques mondiaux.

L’Union européenne avançait dans cette voie jusqu’à encore récemment. Ses dernières décisions, qui vident de leur substance certaines législations du Green Deal, sèment le doute, pour le moins, sur son positionnement de leader mondial du climat. Si l’Europe n’est même plus leader de l’action climatique, que restera-t-il comme espoir au monde ?

Mais même l’Union européenne n’est pas dépourvue d’ambigüité.

En fait, certains pourraient soupçonner que les pays apparemment « volontaires » ne veulent pas sortir du multilatéralisme et de la règle du consensus à l’ONU pour une bonne raison : cela leur permet de conserver une trajectoire majoritairement énergies fossiles, en apparaissant comme des États vertueux, et en reportant la faute sur les États voyous.

Mon parcours en politique m’a illustré de nombreuses fois la « règle du valet puant ». Dans ce jeu de cartes, le but du jeu est de ne pas être le dernier joueur en possession du valet de pique, dit le « valet puant ». Il s’agit d’un jeu de rôles où certains négociateurs autour de la table ne veulent pas qu’une décision courageuse soit prise, veulent éviter d’apparaitre comme des opposants à l’accord, et cherchent à reporter la faute du désaccord sur d’autres négociateurs, accusés de tout bloquer.

Tout l’art politicien est de tirer parti des opportunités d’illustrer son courage et sa vertu théoriques, quand on sait à l’avance qu’on ne court aucun risque de devoir en faire usage en pratique. Comme se porter « courageusement » volontaire pour participer à un bataille, au dernier moment, alors qu’on sait que la guerre sera terminée avant. Si l’on est certain qu’un négociateur va tout refuser, c’est l’occasion inespérée d’afficher son volontarisme vertueux, en communiquant abondamment sur sa frustration de voir l’ambition bloquée par cet infâme opposant.

Parfois, je me demande si de nombreux pays dits « volontaires » ne veulent pas, en réalité, que rien ne change, ne sont pas prêts à prendre des décisions courageuses devant leur électorat, et se révèlent bien soulagés que l’Arabie Saoudite, la Russie, la Chine, l’Inde (et les États-Unis quand ils participent) existent pour tout bloquer.

Je ne serais pas étonné qu’il y ait une part de vérité dans ce soupçon, malgré son injustice pour les pays sincères.

Je m’étonne par exemple de la position de certains États européens à Belem, dans la coalition des États ambitieux et volontaires, qui ont réclamé une feuille de route de sortie des énergies fossiles. Je n’ai pas l’impression que ce sont les mêmes États qui s’expriment sur notre continent, au siège de leurs gouvernements, au sein des institutions européennes.

Enfin, il est possible que même ce soupçon soit une illusion.

Le problème climatique est considéré comme un super wicked problemWicked problem – Wikipedia). Il est sujet au fameux « dilemme du prisonnier » (Prisoner’s dilemma – Wikipedia) et représente une « tempête morale parfaite » pour certains philosophes ( A Perfect Moral Storm: The Ethical Tragedy of Climate Change | Oxford Academic).

Cependant, peu de commentateurs ont évoqué un problème encore plus fondamental : celui de la possibilité biophysique de la réglementation de la mégamachine mondiale humaine, c’est-à-dire de la réduction de la vitesse et de la taille des flux de matière, d’énergie et d’information de l’économie mondiale humaine. Ou, en termes philosophiques conceptuels : notre espèce est-elle capable d’instituer la Limite ?

Aujourd’hui, la puissance géopolitique est indexée sur la puissance militaire, elle-même indexée sur la puissance économique, à son tour indexée sur l’usage massif et croissant de matière et d’énergie, reposant essentiellement sur les combustibles fossiles et fissiles.

Sortir des fossiles, c’est décroitre. Décroitre, c’est baisser la garde. Baisser la garde, c’est perdre sa souveraineté et sa puissance.

Depuis plusieurs années, les démocraties redécouvrent la politique, brutale et sans pitié, de la puissance, et l’usage de la coercition économique et de la force militaire. La boussole du droit international et du règlement diplomatique des conflits est cassée.

Les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde, etc., parlent le langage de la puissance géopolitique.

L’Union européenne, à son tour, y est forcée. On réarme. Y compris démographiquement, si possible.

S’engage alors la fameuse « course aux armements », qui n’est pas que liée aux armements stricto sensu. Il s’agit, pour chaque bloc de puissance, de s’assurer du maintien de sa puissance, et même d’un iota supplémentaire, pour dissuader les autres blocs de prendre l’ascendant, et minimiser le risque que sa propre puissance soit neutralisée, ou bien a contrario de permettre de prendre l’ascendant sur eux et de les neutraliser.

On a souvent justifié l’agression par la nécessité de prévenir l’agression d’autrui.

Une sorte d’hypothèse de la Reine Rouge, issue initialement des recherches en biologie sur les théories de l’évolution (Red Queen hypothesis – Wikipedia), se révèle ainsi en matière géopolitique. Il faut courir pour ne pas être dépassé par ses adversaires, et courir de plus en plus vite.

Tant que la puissance est indexée sur les combustibles fossiles, comment imaginer qu’à Belem, lors de la COP30, les différents blocs géopolitiques les plus puissants acceptent la moindre feuille de route de sortie des énergies fossiles ?

Ce serait baisser la garde au moment où le monde réarme, et où le « Grand Jeu » recommence (Nouveau Grand Jeu — Wikipédia).

Si, comme certains penseurs en écologie le pensent, nous sommes face à une indexation forte de la puissance géopolitique sur les énergies fossiles, dont nous devrions nous débarrasser pour réduire l’impact du réchauffement climatique, alors nous avons *un léger problème*.

Certains pourraient en conséquence estimer que l’humanité est condamné à poursuivre l’exploitation fossile, à cause du grand jeu géopolitique des puissances, jusqu’à ce que la seule boucle de régulation qui puisse y mettre fin soit celle du système Terre lui-même, via les catastrophes climatiques (et écologiques en général) de plus en plus critiques (ce que certains appellent « l’effondrement »).

Il existe toutefois des exemples où les humains ont limité, même imparfaitement, la course aux armements (effet Reine Rouge) entre grandes puissances, celui des traités de limitation et de désarmement nucléaires.

Il est peut-être opportun de rappeler aujourd’hui que cet outil pourrait également s’appliquer au problème climatique. On ne parlerait plus du « climat » ou des « émissions » (les conséquences) mais des causes fondamentales, c’est-à-dire des combustibles fossiles, comme on ne parlait pas de traité sur « l’holocauste nucléaire » ou les « retombées radioactives » des bombes (les conséquences) mais bien du nombre de têtes nucléaires actives et de leur réduction immédiate, c’est-à-dire des causes fondamentales.

Une telle idée existe et a été défendue par 100 prix Nobel, elle s’appelle « Traité de non prolifération des combustibles fossiles » (Fossil Fuel Non-Proliferation Treaty Initiative – Wikipedia ;  en français — Traité de Non-Prolifération des Combustibles Fossiles).

Si la course à la puissance est un effet émergent du système réel, et qu’il repose sur une dynamique qui conduit à l’extermination du genre humain (bombes nucléaires ou combustibles fossiles – ou les deux), le meilleur outil que nous ayons, sans garantie de succès, est peut-être que les grandes puissances reconnaissent ensemble l’impasse dans laquelle nous conduit l’accélération concurrentielle, et décident, ensemble, de s’auto-limiter mutuellement, par un traité contraignant.

Les outils de contrôle mutuel existent. Les arsenaux nucléaires ont réellement baissé, de manière drastique, suite à ces traités, même s’ils restent une menace existentielle pour l’humanité.

Outre les accords de l’ONU au « consensus » et « sauvant le multilatéralisme », il existe donc deux autres pistes :

– la conclusion d’un traité international contraignant entre « pays volontaires », jusqu’à forcer les grandes puissances à en tenir compte ;

– la conclusion d’un traité international contraignant entre « grandes puissances », jusqu’à forcer les autres pays à en tenir compte.

Tout traité contraignant permettant d’agréger progressivement une partie des nations du monde en ce sens pourrait servir d’étape intermédiaire vers ces objectifs. Une « prise en tenaille » des pays derniers récalcitrants, par mixte des deux pistes supra, est envisageable.

Mais que la voie est étroite, entre le gouffre et le précipice, et comme nous en sommes déjà proches !

Comme le dit Paul Atréides dans Dune :

« Nos ennemis nous entourent de partout et, dans de nombreux futurs, ils l’emportent. Mais je vois une issue. Il existe un passage étroit. »



Redémarrer la planète ?

Michael Mann à Bill Gates : vous ne pouvez pas redémarrer la planète si vous la détruisez

Michael E. Mann (*)

Deepltraduction Josette – Article paru dans thebulletin.org

« Je suppose qu’il est tentant, si le seul outil dont vous disposez est un marteau, de traiter tout comme s’il s’agissait d’un clou. » C’est ce qu’écrivait le célèbre psychologue Abraham Maslow en 1966.

Si Maslow était encore parmi nous aujourd’hui, j’imagine qu’il approuverait le corolaire selon lequel si votre seul outil est la technologie, chaque problème semble avoir une solution technologique. Et c’est une caractérisation pertinente de la pensée centrée sur les « tech bro » qui prévaut aujourd’hui dans le discours public sur l’environnement.

Il n’y a pas de meilleur exemple que Bill Gates, qui, cette semaine, a redéfini le concept de mauvais timing en publiant une note de 17 pages destinée à influencer les travaux de la prochaine COP30, le sommet international sur le climat qui se tiendra au Brésil. Cette note minimisait la gravité de la crise climatique au moment même où (très probablement) l’ouragan le plus puissant de l’histoire de l’humanité dans l’Atlantique, Melissa, alimenté par le changement climatique, frappait la Jamaïque avec des conséquences catastrophiques. Le lendemain, un nouveau rapport majeur sur le climat (avertissement : j’en suis coauteur), intitulé « Une planète au bord du gouffre »(*) , a été publié. Ce rapport a reçu beaucoup moins de couverture médiatique que la missive de Gates. Les médias traditionnels semblent plus intéressés par les réflexions sur le climat d’un ancien magnat de l’informatique que par l’évaluation sobre des plus grands climatologues mondiaux.

Gates est devenu célèbre dans les années 1990 en tant que PDG de Microsoft, à l’origine du système d’exploitation Windows. (Je dois avouer que j’étais plutôt un adepte de Mac.) Microsoft était connu pour commercialiser des logiciels présentant de nombreuses failles de sécurité. Les détracteurs affirmaient que Gates privilégiait la commercialisation prématurée de fonctionnalités et le profit au détriment de la sécurité et de la fiabilité. Sa réponse au dernier ver ou virus qui plantait votre PC et compromettait vos données personnelles ? « Hé, nous avons une solution pour ça ! »

C’est exactement la même approche que Gates a adoptée face à la crise climatique. Son groupe de capital-risque, Breakthrough Energy Ventures, investit dans des infrastructures basées sur les combustibles fossiles (comme le gaz naturel avec capture du carbone et récupération assistée du pétrole), tandis que Gates minimise le rôle des énergies propres et de la décarbonisation rapide. Il privilégie plutôt les nouvelles technologies énergétiques hypothétiques, notamment les « réacteurs nucléaires modulaires », qui ne pourraient en aucun cas être développés à grande échelle dans le délai imparti pour que le monde abandonne les combustibles fossiles.

Plus inquiétant encore, Gates a proposé une « solution miracle » à l’échelle planétaire pour la crise climatique. Il a financé des projets à but lucratif visant à mettre en œuvre des interventions de géo-ingénierie qui consistent à pulvériser d’énormes quantités de dioxyde de soufre dans la stratosphère afin de bloquer la lumière du soleil et de refroidir la planète. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? Et puis, si nous détruisons cette planète, nous n’aurons qu’à faire de la géo-ingénierie sur Mars. N’est-ce pas, Elon ?

En réalité, ces solutions technologiques pour le climat nous mènent sur une voie dangereuse, à la fois parce qu’elles remplacent des options bien plus sûres et fiables, à savoir la transition vers les énergies propres, et parce qu’elles fournissent une excuse pour continuer à brûler des combustibles fossiles comme si de rien n’était. Après tout, pourquoi décarboniser si nous pouvons simplement résoudre le problème avec un « patch » plus tard ?

Voici le problème, Bill Gates : il n’y a pas de « patch » pour la crise climatique. Et il n’y a aucun moyen de redémarrer la planète si vous la détruisez. La seule solution sûre et fiable lorsque vous vous trouvez dans un trou climatique est d’arrêter de creuser – et de brûler – des combustibles fossiles.

C’est sans doute Gates qui a inspiré, au moins en partie, le méchant Peter Isherwell, le technophile, dans le film d’Adam McKay « Don’t Look Up ». Le film part du principe qu’une « comète » géante (une métaphore à peine voilée de la crise climatique) fonce vers la Terre alors que les politiciens restent inactifs. Ils se tournent donc vers Isherwell qui affirme disposer d’une technologie exclusive (une métaphore à peine voilée de la géo-ingénierie) capable de sauver la situation : des drones spatiaux développés par son entreprise qui détruiront la comète. Par coïncidence, les drones sont conçus pour extraire des fragments de comète des métaux rares d’une valeur de plusieurs milliards de dollars, qui reviennent tous à Isherwell et à son entreprise. Si vous n’avez pas vu le film (que je recommande vivement), je vous laisse imaginer comment tout cela se termine.

Pour ceux qui suivent depuis un certain temps les prises de position de Gates sur le climat, son soi-disant « revirement » soudain n’en est pas vraiment un. Il s’agit plutôt de la conséquence logique de la voie erronée qu’il a empruntée depuis plus d’une décennie.

J’ai commencé à m’inquiéter de la façon dont Gates présentait la crise climatique il y a près de dix ans, lorsqu’un journaliste m’a contacté pour me demander de commenter sa prétendue « découverte » d’une formule permettant de prédire les émissions de carbone. (Cette formule est en réalité une « identité » qui consiste à exprimer les émissions de carbone comme le produit de termes liés à la population, à la croissance économique, à l’efficacité énergétique et à la dépendance aux combustibles fossiles). J’ai remarqué, avec un certain amusement, que la relation mathématique que Gates avait « découverte » était si largement connue qu’elle avait un nom, « l’identité de Kaya », d’après l’économiste spécialisé dans l’énergie Yōichi Kaya qui avait présenté cette relation dans un manuel il y a près de trente ans. Elle est connue non seulement des climatologues sur le terrain, mais aussi des étudiants qui suivent un cours d’introduction au changement climatique (Kaya).

Si cela semble être une critique gratuite, ce n’est pas le cas. Cela témoigne d’un degré d’arrogance inquiétant. Gates pensait-il vraiment qu’une chose aussi fondamentale sur le plan conceptuel que la décomposition des émissions de carbone en un produit de termes constitutifs n’avait jamais été tentée auparavant ? Qu’il est si brillant que tout ce qu’il imagine doit être une découverte novatrice ?

À l’époque, j’ai réservé mes critiques à l’égard de Gates, non pas pour sa redécouverte de l’identité de Kaya (hé, s’il peut aider ses lecteurs à la comprendre, c’est formidable), mais pour avoir déclaré que cela impliquait en quelque sorte que « nous avons besoin d’un miracle énergétique » pour atteindre zéro émission de carbone. Ce n’est pas le cas. J’ai expliqué que Gates « rendait injustice aux progrès spectaculaires réalisés dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique », en citant des études évaluées par des pairs et menées par des experts de renom qui fournissent « des grandes lignes très crédibles sur la manière dont nous pourrions atteindre une production d’énergie 100 % sans carbone d’ici 2050 ».

Le soi-disant « miracle » dont il parle existe : il s’agit du soleil, du vent, de la géothermie et des technologies de stockage d’énergie. Des solutions concrètes existent déjà et sont facilement adaptables grâce à des investissements et des priorités appropriés. Les obstacles ne sont pas technologiques, mais politiques.

Le mépris de Gates dans ce cas n’était pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une tendance constante à minimiser l’importance des énergies propres tout en promouvant des solutions technologiques douteuses et potentiellement dangereuses dans lesquelles il investit souvent personnellement. Lorsque j’ai eu l’occasion de l’interroger directement à ce sujet (il y a quelques années, The Guardian m’avait demandé de contribuer à une liste de questions qu’ils prévoyaient de lui poser lors d’une interview), sa réponse a été évasive et trompeuse. Il a insisté sur le fait qu’il y avait une « prime » à payer pour le développement des énergies propres, alors qu’en réalité, leur coût moyen est inférieur à celui des combustibles fossiles ou du nucléaire, et a éludé les questions en recourant à des attaques ad hominem. (« Il [Mann] fait en réalité un excellent travail sur le changement climatique. Je ne comprends donc pas pourquoi il agit comme s’il était contre l’innovation. »)

Tout cela nous fournit un contexte pour évaluer la dernière missive de Gates, qui ressemble à un jeu de bingo minimisant le changement climatique, reprenant presque tous les clichés utilisés par les désinformateurs professionnels sur le climat, comme Bjorn Lomborg, qui se qualifie lui-même d’« environnementaliste sceptique ». (Soit dit en passant, le centre de Lomborg a reçu des millions de dollars de financement de la Fondation Gates ces dernières années et Lomborg a récemment reconnu avoir été conseiller de Gates sur les questions climatiques).

Parmi les mythes lomborgiens classiques promus dans la nouvelle diatribe de Gates, que je vais paraphraser ici, figure le vieux refrain selon lequel « l’énergie propre est trop chère ». (Gates aime mettre l’accent sur quelques secteurs difficiles à décarboniser, comme l’acier ou le transport aérien, afin de détourner l’attention du fait que la plupart de nos infrastructures énergétiques peuvent désormais être facilement décarbonisées). Il insiste également sur le fait que « nous pouvons simplement nous adapter », même si, en l’absence d’une action concertée, le réchauffement pourrait très bien nous pousser au-delà de la limite de notre capacité d’adaptation en tant qu’espèce.

Il affirme que « les efforts pour lutter contre le changement climatique nuisent aux efforts pour lutter contre les menaces pour la santé humaine ». (L’un des points centraux de mon nouveau livre « Science Under Siege », coécrit avec le scientifique en santé publique Peter Hotez, est que le climat et la santé humaine sont indissociables, le changement climatique favorisant la propagation de maladies mortelles). Il affirme ensuite que « les pauvres et les opprimés ont des préoccupations plus urgentes », alors qu’en réalité, c’est exactement le contraire : les pauvres et les opprimés sont les plus menacés par le changement climatique, car ils ont le moins de richesses et de résilience.

Ce que Gates avance ne sont pas des arguments légitimes qui peuvent être avancés de bonne foi. Ce sont des arguments éculés de l’industrie des combustibles fossiles. Les reprendre à son compte est tout aussi embarrassant que d’être pris, métaphoriquement parlant, la main dans le sac.

Pendant des années, lorsque je critiquais Gates pour ce que je considérais comme son point de vue erroné sur le climat, mes collègues me disaient : « Tu ne comprends tout simplement pas ce que Gates dit ! » Aujourd’hui, alors que Donald Trump et la machine médiatique de droite de Murdoch (la rédaction du Wall Street Journal et maintenant une tribune libre signée par nul autre que Lomborg lui-même dans le New York Post) célèbrent la nouvelle missive de Gates, je peux affirmer avec certitude : « Non, vous n’avez pas compris ce qu’il disait. »

Peut-être, juste peut-être, avons-nous appris une leçon importante ici : la solution à la crise climatique ne viendra pas des licornes volantes saupoudrées de poussière de fée que sont les « ploutocrates bienveillants ». Ils n’existent pas. La solution devra venir de tous les autres, en utilisant tous les outils à notre disposition pour lutter contre un programme écocide mené par les ploutocrates, les pollueurs, les États pétroliers, les propagandistes et, trop souvent aujourd’hui, la presse.



Quatre composantes majeures du système terrestre perdent leur stabilité

Deepltraduction Josette

Selon une nouvelle étude à laquelle a contribué l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam (PIK), quatre éléments clés du système climatique terrestre sont en train de se déstabiliser. Les chercheurs ont analysé les interconnexions entre quatre éléments de basculement majeurs : la calotte glaciaire du Groenland, la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC), la forêt amazonienne et le système de mousson sud-américain. Tous quatre montrent des signes de diminution de leur résilience, ce qui augmente le risque de changements brusques et potentiellement irréversibles.

« Nous disposons désormais de preuves observationnelles convaincantes que plusieurs composantes du système terrestre se déstabilisent », déclare Niklas Boers (*), auteur principal de l’étude et membre du PIK et de l’Université technique de Munich. « Ces systèmes pourraient approcher des seuils critiques qui, s’ils sont franchis, pourraient déclencher des changements brusques et irréversibles aux conséquences graves. » La principale préoccupation des chercheurs est que ces systèmes climatiques ne sont pas isolés. Ils font partie d’un réseau plus vaste d’éléments de basculement, qui interagissent entre eux via les océans et l’atmosphère.

Afin d’identifier et de suivre les signes de déstabilisation, l’équipe internationale de scientifiques a analysé des données d’observation à long terme et mis au point une nouvelle méthode mathématique permettant d’évaluer la capacité des systèmes à se remettre des perturbations. Une capacité de récupération réduite est un signe évident de déclin de la stabilité. Toutes les sources de données et techniques d’analyse aboutissent à la même conclusion : plusieurs sous-systèmes climatiques perdent leur stabilité.

Signaux à travers le système terrestre

Si les modèles climatiques ne sont pas encore en mesure de saisir ces dynamiques avec une fiabilité suffisante, les signaux d’observation sont déjà visibles. La calotte glaciaire du Groenland, par exemple, est déstabilisée par des rétroactions qui accélèrent la fonte. L’AMOC est menacée par l’apport croissant d’eau douce provenant de la fonte des glaces et des précipitations, qui réduit la salinité et la densité des eaux de surface, un facteur clé de la circulation. Dans le même temps, le changement climatique et la déforestation affaiblissent la forêt amazonienne, tandis que le système de mousson sud-américain risque de subir des changements brusques dans les précipitations si le système de recyclage de l’humidité de la forêt est perturbé.

« Chaque dixième de degré de réchauffement supplémentaire augmente la probabilité de franchir un point de basculement », souligne M. Boers. « Cela seul devrait constituer un argument de poids en faveur d’une réduction rapide et décisive des émissions de gaz à effet de serre. »

Comme les seuils exacts restent incertains, les auteurs soulignent l’importance de mettre en place un système mondial de surveillance et d’alerte précoce afin de détecter les premiers signes de déstabilisation. Les données satellitaires haute résolution sur la végétation et la fonte des glaces, combinées aux archives climatiques à long terme et aux techniques modernes d’apprentissage automatique, pourraient permettre de suivre en temps réel la résilience des éléments critiques susceptibles de basculer.



Moyen-Orient & Climat

Les pays du Moyen-Orient sont parmi les plus exposés au changement climatique. Pourquoi les médias en parlent-ils si peu ?

Marianna Poberezhskaya, Imad El-Anis, Marwa Mustafa

Deepltraduction Josette – article paru dans The Conversation


Le Moyen-Orient traverse une période de turbulences politiques et économiques intenses, plusieurs pays de la région étant en proie à des conflits. Ces conflits se déroulent dans un contexte d’aggravation de la crise climatique.

En 2023, le groupe de réflexion mondial Carnegie Endowment for International Peace a conclu que les pays du Moyen-Orient « comptent parmi les États les plus exposés au monde aux effets accélérés du changement climatique causé par l’homme, notamment les vagues de chaleur, la baisse des précipitations, les sécheresses prolongées, l’intensification des tempêtes de sable et des inondations, et l’élévation du niveau de la mer ».

La capacité d’une société à recevoir, traiter et utiliser les informations relatives au climat est au cœur d’une réponse efficace au changement climatique. Les médias jouent un rôle important : ils sont essentiels pour faire progresser la compréhension du public sur le changement climatique et son lien avec la sécurité individuelle, communautaire et nationale.

Pourtant, au cours des deux dernières décennies, la couverture médiatique du changement climatique au Moyen-Orient a été parmi les plus faibles au monde. Selon l’Observatoire des médias et du changement climatique de l’Université du Colorado à Boulder, les médias du Moyen-Orient ont publié en moyenne un article sur le changement climatique en août 2025, contre 66 articles pour les médias nord-américains au cours du même mois.

Le manque de couverture médiatique du changement climatique au Moyen-Orient s’explique par les nombreux problèmes structurels auxquels sont confrontés les médias de la région. Comment parler du changement climatique lorsque les conflits armés échappent à tout contrôle ou lorsque le débat public est monopolisé par des questions jugées plus urgentes ?

La Jordanie constitue un bon exemple pour nous aider à comprendre ces défis et à les surmonter.

Les médias en Jordanie

La Jordanie joue depuis longtemps un rôle stabilisateur au Moyen-Orient. Elle a accueilli un grand nombre de réfugiés provenant des conflits voisins et a agi en tant que médiateur et négociateur de paix entre les rivaux du Moyen-Orient. Cependant, le changement climatique menace la stabilité de la Jordanie.

Raed Abu Soud, ministre jordanien de l’Eau et de l’Irrigation, a déclaré en mai 2025 : « La Jordanie est confrontée à l’une des crises hydriques les plus graves au monde, avec une disponibilité en eau par habitant qui tombe à seulement 60 mètres cubes par an. »

Une multitude d’autres facteurs aggravent la situation. Le sous-développement économique de la Jordanie entraîne un chômage persistant et des troubles sociaux, tandis que les conflits régionaux sapent la cohésion sociale.

La manière dont la Jordanie réagit aux risques liés au changement climatique et préserve sa stabilité est extrêmement importante pour le Moyen-Orient et au-delà. La compréhension de ce défi par le public sera essentielle pour apporter une réponse efficace. C’est là qu’interviennent les médias.

Nos recherches sur le changement climatique en Jordanie ont consisté à analyser plus de 2 500 articles publiés dans les principaux médias écrits du pays et à mener des entretiens approfondis avec la population locale. Nous avons constaté que, si le changement climatique devient un sujet de plus en plus important dans le pays, de nombreux obstacles empêchent encore un débat cohérent sur cette question.

En Jordanie, comme dans beaucoup d’autres pays touchés par des conflits, il est courant que les discussions sur le changement climatique soient reléguées au second plan lorsque d’autres crises surgissent. Depuis 2023, date à laquelle la guerre à Gaza a éclaté, les médias jordaniens se sont naturellement concentrés sur la couverture de la crise humanitaire dans cette région, au détriment du changement climatique.

Cette situation est exacerbée par le fait qu’il y a très peu de journalistes en Jordanie qui travaillent régulièrement sur les questions liées au climat et qui peuvent offrir une couverture précise et opportune. La pénurie de journalistes spécialisés dans le climat est un problème courant dans tout le Moyen-Orient.

Lorsque le changement climatique est couvert par les médias jordaniens, il est souvent présenté comme une considération secondaire par rapport aux menaces géopolitiques, et non comme un défi à part entière. En raison de la politique d’accueil des réfugiés menée par le pays, les médias jordaniens ont souvent présenté leur pays comme une « deuxième victime » de la guerre civile en Syrie et du conflit israélo-palestinien insoluble. Les réfugiés sont décrits comme une pression supplémentaire sur des ressources déjà limitées.

Érosion de la confiance

En Jordanie, le discours sur le changement climatique tend à être fortement influencé par les partenaires internationaux, notamment les gouvernements étrangers, les organisations caritatives et les organismes de financement.

Il existe en Jordanie de nombreux cours éducatifs et professionnels financés par des fonds extérieurs et axés sur le changement climatique, destinés à divers publics, y compris les professionnels des médias. Si cela facilite l’avancement des discussions sur le changement climatique, cela peut également éloigner la couverture médiatique du changement climatique du contexte et des connaissances locales. Cela est particulièrement vrai si les partenaires extérieurs se contentent d’« enseigner » aux Jordaniens ce qu’ils estiment nécessaire, sans comprendre pleinement les défis spécifiques auxquels la Jordanie est confrontée.

Cela peut également éroder la confiance entre les Jordaniens et ces partenaires étrangers. Dans certains des cas que nous avons étudiés, les journalistes jordaniens considéraient le changement climatique comme faisant partie d’un programme imposé par l’Occident visant à contrôler les pays en développement.

La Jordanie est un pays très important pour le Moyen-Orient, l’Europe et au-delà. Sans une adaptation efficace au changement climatique, elle risque de perdre son rôle de refuge pour les réfugiés et de stabilisateur régional.

Les médias peuvent jouer un rôle essentiel dans la promotion du discours sur le changement climatique au Moyen-Orient, à la fois en demandant des comptes aux gouvernements et en sensibilisant le public aux questions climatiques. Certaines études suggèrent que l’intérêt du public est corrélé au volume de la couverture médiatique, et que l’attention peut s’estomper lorsque d’autres questions dominent l’espace médiatique.

Une couverture médiatique soutenue et inclusive est essentielle pour garantir un engagement à long terme et une participation éclairée du public à l’action climatique, même en période de turbulences politiques et économiques.